Pommes

Pommes
Richard MILWARD.

Note : 4 / 5.
Adam and Eve made in England.
Premier roman de ce très jeune auteur anglais qui n'avait que 22 ans à la parution de ce livre.
Effectivement avoir 15 ans à Middlesbrough dans le nord de l'Angleterre profonde et sinistrée c'est pas forcément vivre au paradis (l'Eden in english, sorry). La vie au mieux est pleine de pépins alors au pire !
Nous, lecteurs, faisons connaissance d'Eve au McDonald du coin. Elle vient d'apprendre que sa mère a un cancer des poumons et elle doit piocher 10 livres dans sa tirelire pour se saouler....Est-ce suffisant ?
Adam reste chez lui cherchant à boire dans la chambre de ses parents en écoutant le double album blanc des Beatles...il ne trouve rien pour la soif, mais un magazine pornographique....
Au matin Eve se retrouve dans un lit inconnu avec un gros mal au crane et une haleine de poubelle.
Adam et Eve se croisent en cours d'arts plastiques...Adam a les yeux qui lui sortent de la tête...Eve s'en fout , elle se rappelle plein de choses dont Adam est absent...
Puis « Il était une fois » est un chapitre avec comme narrateur « Le puceau » : c'est l'histoire d'une boom et plein de filles canon... et de fumée...d'alcool et de sexe...
Puis vient le tour de « La Pucelle », enfin plus vraiment en fait...mais c'est mieux de faire semblant surtout quand le Puceau traîne avec de l'herbe dans une fête...
Eve dont le papa est parti pour une plus jeune dans un autre quartier...elle fait du babysitting, les parents du bébé sont un peu inconscients...Eve aussi d'ailleurs....mais elle est jeune et dans les vapes....
Adam pendant ce temps...passe le temps... et prend une raclée par son père.
Un papillon sort de sa chrysalide, arrive à tire d'aile pour assister à la rencontre entre Adam et Eve, sur une pelouse anglaise sous un chaud soleil, Eve a défait quelques boutons de son chemisier....Bref pour Adam, c'est le paradis sur terre.
Une dénommée Claire arrive un matin dans le texte. Trop d'alcool et de dope, un réveil à moitié dénudée qui ne laisse aucun doute sur sa fin de nuit. Les copines, la clinique pour la pilule du lendemain et sauver ce qui peut l'être.... l'angoisse....
Un petit garçon en gestation pas content d'être dérangé par les nombreux membres qui rendent hommage à sa salope de mère...On peut se développer tranquillement non, dur dur d'être un fœtus !
Eve, sa famille et ses copines, ses virées dans les bars, ses cuites, la drogue et le sexe. Les matins blafards après un mélange détonant des trois...alcool, ectasy et baise...et le réveil dans un lit inconnu. La santé de sa mère qui la préoccupe.
Adam et ses tocs...tout faire sept fois avant de recommencer ses complexes et sa solitude. Sa passion pour les Beatles, son réveil « Yellow Submarine ». Son père ouvrier depuis vingt ans chez British Steel et très sûrement prochainement licencié, sa mère grande fumeuse devant l'éternel, bref une famille en or.
Debbie, elle, ne voit plus les choses à l'endroit...un des chapitres les plus énigmatiques du livre.
Les Filles-Jalouses, Gros-Con, sont quelques-uns des personnages secondaires aux noms pour le moins imagés.
Bref, un roman pour le moins dérangeant, mais cela ne me trouble pas outre mesure. La seule chose que je regrette, c'est l'absence de repères et d'espoir de cette jeunesse dans des villes industrielles en pleine déconfiture. C'est terrifiant de voir l'espèce d'habitude prise de la cuite, la drogue et le sexe obligatoire pour un week-end réussi. L'écriture est âpre, crue et choquera souvent, tenant du classicisme et de la morale, rigoristes de tous poils passez votre chemin. La morale n'est pas sauve, hélas ! Mais à quoi sert cette même morale à l'heure actuelle !
L'âge de l'auteur m'amène plusieurs réflexions. D'abord l'admiration : écrire un tel roman à 22 ans c'est étonnant. Mais c'est aussi consternant d'être à cet âge aussi cynique et désabusé ? Etre autant adepte de la devise punk « Non Futur » ? Décidément le monde que nous laissons aux futures générations est loin d'être paradisiaque et bien sûr nous avons tous notre part de responsabilité.
Un univers bien déprimant !Elle est laide la vie !
Deux titres des Beatles « Yer Blues » et « All Your Need is Love » sont dans l'habituelle playlist musicale qui figure sur chaque titre de cette maison d'édition. Ce qui m'a permis de réécouter ce fameux album dit « Le double blanc » qui était le chant du cygne des Beatles.
Extraits :
Eve) Perso, je trouvais le sexe plutôt ennuyeux au quotidien : après tout, la plupart du temps, ça se résume à rester allongée et se faire pilonner, mais chacun sa façon de prendre son pied.
Adam) J'en avais marre d'être un pauvre con chiant comme la pluie.
A) Le rêve érotique avait eu comme résultat de me faire changer mes draps moi-même pour la première fois de ma vie.
E) Le Hard fait bander mou.
E) D'un côté, tu culpabilises de claquer le salaire des mecs mais, au moins, ils ont du fric, et personne ne les force.
E) J'étais la perfection incarnée.

A) Depuis vendredi j'avais toutes ces chattes dans la tête, et je n'ai pas arrêté de fixer Eve et Debbie.
A) Le jour où je perds ma virginité, le monde sera un kaléidoscope de pétales. J'espère que ce sera avec elle.
E) Ça faisait genre un an que j'avais perdu ma virginité d'ecsta puis ma virginité tout court sur la même lancée.
A) Je ne savais pas ce qui était le plus dégoutant : être au grenier ou me branler avec mon pantalon et mon boxer baissé à quatre heures de l'après-midi.
E) Elle nous a dit que quand on diagnostique un cancer des poumons, c'est déjà trop tard pour le guérir.
A) J'étais la définition même du type qui tient la chandelle.
E) Je me suis dit que c'était pour rembourser la peinture : un baiser de Debbie se monnayait sur le marché à vingt-cinq livres.
E) L'endroit sentait un peu la vasectomie.

E) On peut dire avec certitude que Fairhurst a été mon meilleur coup, tout en levrette, léchouilles, bisous et câlins après. Pourtant, il ne voulait plus m'approcher maintenant.
E) Je me suis dit que les garçons étaient partout pareils, mais j'en voulais quand même un.
A) Et j'ai ouvert les yeux.

Éditions : Asphaltes (2010).
Titre original : Apples (2007)
Logo_Dialogues