Au_coeur_de
Au cœur du Léthé.
Michel DRÉAN .

Note : 4,5 / 5.
C'est Léthé lointain, dans le temps et l'espace !*....
Il y a maintenant plusieurs années que Michel et moi nous connaissons, et la découverte d'un de ses nouveaux romans est toujours très agréable, alors en route... Et de la route dans ce roman, il va falloir en en faire (et parfois en enfer et même dans des îles paradisiaques, qui sont un peu pavées de mauvaises intentions!).
Nous sommes en 2019, l'état du monde ne s'est pas arrangé, les attentats terroristes ont rendu nos sociétés de plus en plus politisées. Le prix du pétrole flambe, les drogues synthétiques se répandent à une allure folle. En France où Brice Hortefeux a été élu président devançant Manuel Vals, la situation financière est catastrophique, des coupes drastiques dans le budget laissent des quartiers entiers à l'abandon ; alors les gangs s'installent et la loi de la jungle règne. Les pauvres sont de plus en plus pauvres et les riches survivants de la période « Bling-bling » sont de plus en plus riches, futiles et arrogants.
Dès lors la télévision va remplacer les antiques jeux du cirques et devenir l'opium du peuple....mais dans cette lutte à l'audimat, à la notoriété, à l'argent et à la puissance, la lutte est sans pitié.
Le titre de la première partie du livre est : L'impossibilité d'une île !

Car pour rester dans le ciné ou la télé réalité, pour que le téléspectateur (ou la téléspectatrice d'ailleurs) ait sa dose d'émotions fortes, il faut que le casting et le spectacle soient à la hauteur, même si cela semble voler au ras des pâquerettes.... Medhi est un de ces concurrents, un comme les autres.....Pour réussir ce tour de force (hauteur et pâquerettes réunies) rassemblée dans un endroit cerné par les eaux, une brochette d'hommes et de femmes venus là par nécessité ou par prétention et les faite vivre (sans vivres!) à la dure et sous le regard d'un bataillon de caméras.....Tous les ingrédients d'un grand spectacle sont réunis, mais petit à petit les participants ne sont pas ceux que l'on croyait... et les dés sont dès le départ pipés...Et quand en plus la nature s'en mêle, déréglant tout le scénario prévu, la catastrophe est proche. Mais quel était le vrai scénario ?
Dans la seconde partie du roman : le projet Léthé, nous retrouvons Medhi, rescapé d'un long voyage, aux prises avec une réalité toute différente, mais tout aussi apocalyptique. Et encore une fois il devra combattre pour sauver sa peau. Le champ de bataille a changé, la nature luxuriante est remplacée par la grisaille du béton des quartiers des alentours de Paris.
La troisième partie de ce roman est appelée « Sous la protection de l'ange ». Est-elle bien nommée ? Le monde s’apaisera-t-il ? Au bout du chemin, enfin les révélations.....Le meilleur ou le pire des mondes ...et si les deux étaient les mêmes... ?
Medhi Chariff est le héros de ce roman. Mais qui est véritablement cet homme, dont l'esprit est traversé de pensées fulgurantes ? Qui sont ces femmes ou enfants qui hantent ses rêves ? Pourquoi est-il devenu l'objet de cette chasse à l'homme ?
Parmi les nombreux personnages secondaires, j'ai beaucoup d'estime pour Novak Blasevitch et Lucie Buru, gens ordinaires mais très attachants, ils sont voisins de palier, il la protège et l'aide..Un soir de beuverie, ils ont fait l'amour, lui aimerait recommencer, elle non....mais il aidera Medhi à savoir la vérité. Les riches sont comme on le devine les résidus de ceux qui ont fait florès aux environs des années 2005 et qui sévissent encore......
Des chapitres courts pour un récit très prenant et qui malgré un éclatement géographique (Ile du Pacifique, Amsterdam, New-York, Paris, Nantes, le Québec etc...) reste très cohérent. Dans ce roman, comme dans tous ceux qui traitent du même sujet, l'avenir de notre société, l'injustice sociale et le manque de perspective pour la majorité des gens sont flagrants. Une chose est originale, c'est que le monde décrit ici est plus que plausible pour ne pas dire probable, et qu'il n'est pas très lointain...2019, c'est très proche. Certains personnages et quelques situations font malgré tout partie de notre quotidien....un peu d'humour malgré tout, bien que l'auteur ait dit qu'il avait essayé de ne pas trop faire de jeux de mots et aussi le portrait féroce mais mérité d'un personnage très public que tout le monde reconnaîtra dans la description qui figure dans les extraits.
Un très bon roman mêlant études de sociétés, roman noir et anticipation.
Extraits :
- La lutte pour la survie était partout et jusque dans les cœurs canins.
- Il venait de faire connaissance avec la tradition ancestrale des rérés de Polynésie.
- Le trou du cul du monde avait quand même de sacrées couleurs.
- Un homme de l'ombre. Le grand public ignorait jusqu'à son existence mais son pouvoir était immense.
- Certains appelaient cela un crime d'honneur. Le putain de prétexte ignoble.
- Au fond, la vie était belle même au milieu du chaos. Du pognon, de la bonne herbe, des potes qui se seraient fait tuer pour lui, des meufs qu'il pouvait cueillir autant qu'il en voulait. Que demander de mieux ?
- Il la trouva belle et s'en voulut de cette attirance qu'il n'arrivait pas à combattre et qui rendait les choses si difficiles.
- Adossée à la petite lampe halogène, près d'un vieux bouquin écorné des Kerouac, la photo de Lucie lui souriait.
- Toujours des questions, jamais de réponses.
- Toujours dans l'ombre. Dans le no man's land tortueux et obscur de la raison d'État que la raison réprouve. Au fond, il n'était rien d'autre qu'un barbouze de la science. Et cela lui suffisait.
- Delaplace regarda sa Rolex. Il se souvient vaguement de la vieille histoire d'un connard oublié qui avait bavé à la télé et que celui qui n'en possédait pas une à cinquante ans avait raté sa vie.
- Dire qu'un jour, il avait milité pour ce nabot ridicule qui voulait tout régenter du haut des chaussures à talonnettes. Comme tout cela lui paraissait loin à présent. Et si dérisoire.
Editions : Pourquoi viens-tu si tard ? (2011)
Les titres de chroniques auxquels vous avez échappé :
Télé mon bon plaisir ; Chariff fais moi peur ! ; Léthé de tous les dangers ; Léthé du Bocal ; Souviens-toi Léthé dernier, etc....
Pour ceux qui pensent que l'auteur m'a acheté pour deux apéritifs et le même nombre de photos dans la presse locale, je réponds unanimement, (ce qui n'est pas difficile étant donné que je suis le seul à répondre), « OUI » (Phrase en option!!!).
Dr_an_et_moi

Photo Sylvie Delanoy (Ouest-France)
Autre chroniques de l'auteur sur ce blog.

DREAN Michel / Genèse et autres........
  DREAN Michel / La lune dans le Kenavo.  DREAN Michel / Ploemeurtre.