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Les vitamines du bonheur.
Raymond CARVER.

Note : 3 / 5.
Il est où le bonheur ?
Ce quatrième volume de l’œuvre complète de l'auteur comporte douze nouvelles. Une très bonne idée des éditions de l'Olivier que de faire redécouvrir cet écrivain qui est, à mon avis, un des meilleurs auteurs de nouvelles américaines, mais qui comme tout un chacun peut avoir des moments de faiblesse.
Ce recueil commence par un texte nommé « Les plumes » qui aurait pu s'intituler « Chez qui on va diner ce soir? » Deux couples, seuls les maris se connaissent, les invités ne veulent pas d'enfants, les hôtes ont un bébé, moche, très moche le petit garçon, et un paon comme animal de compagnie. Après cela la vie n'est plus la même pour les invités. « Le compartiment » se passe comme son nom l'indique dans un train qui amène un homme de Milan à Strasbourg où il doit retrouver son fils qu'il n'a pas vu depuis huit ans. Un incident va l'amener à réfléchir sur le but de son voyage et à sa pertinence...« Une petite douceur » figure également dans le recueil débutant, ce qui permet de comparer les deux versions qui se ressemblent beaucoup. La surprise vient de l'adaptation cinématographique d'Altman dans « Shorts Cuts ». La nouvelle qui donne son titre au recueil est un peu l’archétype d'un texte sur l'Amérique moyenne, sexe, adultère et alcool. Un couple dans la tourmente sentimentale et pécuniaire. « Là d’où je t’appelle » est le texte le plus élaboré du recueil, à mon avis. Ce sont les fêtes de fin d'année, des hommes en cure de désintoxication alcoolique se racontent et parlent de leurs vies bien déglinguées et aussi de leurs épouses ou maîtresses..L'un tente de téléphoner à l'une ou à l'autre. Ce n'est pas simple comme un coup de fil, la vie! Deux collègues enseignants dans la même école, lui seul, elle divorcée, tous les deux avec enfants, elle lui plaît et elle n'est pas exigeante. Dans « La bride », un couple de fermiers ruiné avec deux garçons s'installe dans un meublé en Arizona. Drôle d'endroit pour trouver du travail pour un agriculteur ! Pourquoi cette ruine ? Mais un soir de fête fortement alcoolisé, un drame survient.
« Cathédrale » qui clôt ce recueil est un beau texte sur la différence. Une femme correspond par envoi de cassettes avec un aveugle depuis des années. Celui-ci, qui est veuf depuis peu, doit venir chez elle pour quelques jours. Le mari de cette femme est pour le moins embarrassé et ne sait que faire et comment agir.
Les personnages qui hantent ces histoires sont pour le moins particuliers, un mari qui garde le moulage des dents de son épouse posé sur la télé, un couple qui essaye de se retrouver, un chômeur qui ne quitte plus son canapé, un boulanger témoin bien involontaire d'un drame. L'alcool est omniprésente dans la plupart de ces histoires, alcooliques repentis ou pas, des hommes, mais parfois aussi des femmes.
Ces textes dégagent une certaine cruauté de l'auteur vis à vis de ses personnages, en particulier dans la première nouvelle où l'épouse et le bébé sont décrits d'une manière pour le moins cavalière. On sent que Carver n'a que peu de sympathie pour les hommes et les femmes de ses récits, peut-être parce qu'ils lui ressemblent trop. Quelques références littéraires à Jack London et une nouvelle « Le train » est dédiée à John Cheever, puis il parle aussi de Colette.
Je trouve que ces nouvelles qui sont très bien écrites pêchent par des fins peu explicites, encore plus que dans
« Débutants » par exemple. On n'éprouve pas ce qui en général fait le charme de la nouvelle ; la chute que l'on ne voit pas venir et qui surprend ! Sauf dans « La bride »où la chute est brutale!
Extraits :
- Qu'est-ce que ça peut me faire ? semblait-elle dire. De toute façon, la journée est foutue.
- Sandy l'aimait encore, pourtant elle savait que la situation devenait bizarre.
- Ce garçon avait dévoré la jeunesse de son père, avait transformé la jeune femme qu'il avait courtisée et épousée en une alcoolique névrosée que l'enfant plaignait et tyrannisait alternativement.
- Il était boulanger. Il était content de n'être pas fleuriste. C'est mieux de nourrir les gens. Et ça sentait encore meilleur que les fleurs.
- Elle a regardé son verre vide. Elle était saoule. Mais elle m'a laissé l'embrasser. Après, je suis parti au boulot.
- Une partie de moi voulait de l'aide. Mais il y en avait une autre.
- Ce matin, j'ai envie de boire. C'est déprimant, mais je n'ai rien dit à J.P. J'essaie de penser à autre chose.
- Mais vous vieillirez. Et alors, vous aurez des choses à dire. Attendez d'avoir mon âge. Ou le sien, dit la femme en montrant le vieillard du pouce.
- En son temps, tout arrive. Vous n'aurez pas besoin de chercher. Ça viendra tout seul.
- Et ces gens avaient l'air fiable. Au bout du rouleau, c'est tout. Ce n'est pas une honte.
Éditions : Éditions de l'Olivier (2010).
Titre original : Cathedral (1983)
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