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Ti kreizh.
Claude LUCAS .

Note : 5 / 5.
Anagramme, pic et pic et colégram.....
Un titre qui m’interpelle et un auteur que je ne connais pas !
Après quelques recherches, je découvre ce que l'on peut appeler sans aucune connotation péjorative un personnage ! Né à La Baule, élevé à Saint Malo, il a passé plusieurs années en prison et vit maintenant à Ouessant.
Un fonctionnaire, Simon Balard, est chargé de remettre une mallette (mystérieuse et à molette bien évidement !) à un autre personnage, dans un autre bureau, dans un autre service et dans un autre quartier. Après de nombreuses péripéties, il disparaît...
Grenier, son chef de service, demande à un membre de sa famille, Andros, pour répondre à l'insistance de l'épouse du disparu, d’enquêter...., son statut d'écrivain de roman policier, étant sa seule légitimité pour ce travail. Mais Leno Balard étant une belle femme cela lui donne des ailes...et des espoirs...
Le récit se déroule suivant un double cycle, Simon, puis Andros.... Donc nous retrouvons Simon dans de sales draps ou dans une triste posture, enfin c'est pas la joie pour lui....mais la vie réserve parfois des surprises...et des revirements de situations!
Puis Andros fait un ictus en présence de Madame Balard qui, elle-même, a la présence d'esprit de prévenir Véronique, la soeur d'Andros, qui le dit à Monsieur Grenier, son époux, qui est également le chef de service de Simon, qui vient sur place et est bien évidement présent...etc...etc...
La roue tourne (rond) heureusement, c'est toujours farfelu, épique, et les aventures se suivent et ne se ressemblent pas.. mais tous les chemins mènent à Ouessant..... Bref, beaucoup de plaisir
Simon Balard, fonctionnaire anonyme (du genre de ceux qui restent à leur place!!!Paris XVème. Ligne numéro 8.) , placardisé à vie dans un sombre bureau...Alors quand il disparaît, à part son épouse, personne ne s'en inquiète ! Pas ses lecteurs bien sûr puisqu'il n'en a pas! Et que Leno, c'est en tant qu'épouse, que lui viennent ses inquiétudes. Donc le monde littéraire dort en paix.
Andros Laimb et ses pseudonymes littéraires Adam Brilson et son détective Sam Baldorin ou alors Boris Ladoman, un auteur édité lui ! Auteur de gare soit, mais il en vit ! Et plutôt pas mal à première vue !
Leno, la seule lectrice de Simon et son épouse, a en plus donc deux raisons pour le moins valables d'essayer de le retrouver.  En plus de ces personnages principaux, on découvre une faune d'hommes et de femmes qui ressemblent plus à des caricatures qu'à des personnages réellement humains. Des hôtesses d’accueil futuristes, puis une sécano-dionysienne dans un avion à Ouessant, un couvreur de la même île où Andros possède une maison répondant au doux nom de « Ti kreiz » qui est en réfection(et l'artisan en pleine réflexion!) où du moins son toit ! Des « Djeunes »  au langage imagé, un révérend digne de la Sainte Inquisition, une dénommée Andrease, nom (et l'auteur le fait remarquer) qui rime avec Pégase, mais qui, elle, n'est pas à cheval sur les principes , bref du beau monde (et du moins beau aussi).
A mon avis un des meilleurs livres que j'ai lu cette année, j'aime bien ce genre de littérature qui part dans tous les sens (cinq ou plus si affinités), même si cette lecture n'est pas si aisée qu'il n'y parait. Imaginez un mélange un peu détonant de Flann O'Brien, Pierre Dac et de George Orwell pour la littérature , un zeste de « Brazil » avec les décors « Play Time » de Jacques Tati pour le cinéma et en prime un délire géographique ! Car entre Novokouznetsk-lès-Baillageaux ou Cocktown-en-Auxois, Oasis-le Saunier (un mirage ou au choix de la mauvaise musique) Oulan-Bator-en Gohelle, Saint Chely d'Abcher (habitants, les Barbarans, ou Barbarannes), N'Kongsamba-sur-la-Sorgue, Santa-Fe-de-Plougastel ou encore Saint-Merd-les-Oussines, il y a de quoi perdre non pas son latin, mais sa destination !
Ajoutez à cela un humour très caustique par exemple quand Andros fait découvrir a son épouse niçoise bon teint les charmes d'Ouessant sous la brume ! Avec une description des  avantages de la terre battue  et des dalles de granit quand les îliens tuaient le cochon et que le sang coulait à flot....Un mariage qui bien évidement se termine en eau de boudin!
Une description qui vaut aussi son pesant d'or :
-....sa physionomie caoutchouteuse aux traits grumeleux et flottants comme du porridge ne me disait rien qui vaille....
A consommer sans modération, je parle bien entendu livre, pas du porridge  !
Extraits :
- Sa mère exulte ; l'X la venge de l'ex ; le fils matheux tue le père écrivain....
- Si la crampe de l'écrivain est douloureuse, son coïtus interromptus l'est tout autant.....
- Mon Louis a embarqué sur un pinardier, ça a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Il est mort de la cirrhose l'année de sa retraite.
- Le problème, vois-tu, c'est que chez toi l'originalité est la forme la plus aboutie de l'égoïsme.
- En Bretagne, les maisons ont souvent un nom, je crois.
- C'était une allumeuse, une pétroleuse, que cette pyrowoman des empyrées.
- Ma soeur a du mal à admettre qu'un bureau d'écrivains, c'est plus intime encore qu'une chambre à coucher. C'est d'ailleurs une chambre à coucher sur le papier.
- Comme il est reposant, si reposant, de n'être qu'un personnage imaginaire.
- « D'accord. Mais entre la fiction et la réalité.....
Je ne vois pas de différence » trancha-t-elle avec aplomb.
Éditions : P.O.L. (2010).
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