Londres
Londres noir.
Cathi UNSWORTH.* (Présenté par)
Note : 4 / 5.
La Tamise n'est pas un long fleuve tranquille !
J'aime beaucoup les nouvelles noires, j'ai d'ailleurs sur ce blog chroniqué une série de recueils de la collection
« Romans d'une ville » des éditions « Autrement ». Étrangement, aucun de ces livres traitant de villes étrangères n'avait Londres comme cadre. Les éditions « Asphalte », dont la ligne éditoriale est très originale, comblent cette lacune. Ayant vécu trois ans à Londres, je vais tenter de retrouver des lieux ou peut-être des pubs connus!
Ce recueil est divisé en quatre parties : Police & Thieves, I Fought the Law, Gun on the Roof et London Calling. Dix-sept nouvelles par le même nombre d'écrivains. Les seuls que je connaisse sont les irlandais Ken Bruen et Patrick McCabe et aussi, mais de loin le gallois John Williams. Un Londres des quartiers relativement méconnus du touriste, une ville sombre comme si le célèbre « Smog » étendait encore sa chape de cendres sur la capitale anglaise. Deux hommes se croisent par hasard, ils ne se sont pas vus depuis vingt six ans, c'est peut-être le moment de jouer carte sur table! Le Brixton dont nous parle Ken Bruen dans « A bloc » me donne l'impression de déjà lu de sa part dans « Hackman blues »? Sexe, coke et meurtre au menu, et que cela saute ! Avec Steward Home, ce n'est pas « Home sweet home », mais avec Barry Adamson et « Maida Hill/Maida Hell » c'est vraiment l'enfer et damnation. À mon goût la nouvelle la plus étrange et la plus captivante du recueil. « I Fought the Lawyer », c'est la version londonienne de « L'arroseur arrosé » ou le magicien mystifié !  Un psy amoureux de sa cliente, pourquoi pas? La nouvelle se nomme « Je déteste ses doigts », histoire de main et de musique dans un quartier sinistré de Londres. Un parc même londonien peut être le théâtre d'une histoire sordide comme celle qui se passe à Clissord Park. Un peu de football dans « Trouble is a Lonesome Town » qui se déroule à King Cross gare d'où partent les trains pour le nord de l'Angleterre, et ce jour-là, Newscastle joue dans la capitale anglaise ! À noter, la description des clients d'un restaurant!!!!! Renversant ! La famille obèse, la pute et son mac shooté aussi, mais au crack ! Du football encore dans un texte intitulé « Chelsea 3, Scotland Yard 0 ». J'ai souvenir de plusieurs matchs vus à Stamford Bridge, époque (très) lointaine où ce sport m’intéressait!  Mais surprise, uniquement le titre parle de football. « Amour » ne parle pas d'amour, mais de haine, et du déclin industriel d'un pays, des laissés pour compte du monde des petits ouvriers blancs et peu instruits et de leur récupération par les mouvements extrémistes. Un texte très sombre et violent. Enfants livrés à eux-mêmes, magie noire et meurtres rituels. Des figures de la pègre aux pauvre types fauchés qui espèrent un gros coup. Des dealers et des putes, quelques flics parfois et pas très honnêtes, quelques irlandais (Ken Bruen est passé par là). Bref tous les marginaux et les paumés d'une grande ville, mais aussi un prêtre,  un voleur à la tire qui s'essaye au chantage et qui en revient bredouille. Un enfant solitaire, un fugitif qui attend quoi ? Une femme bien sûr ! Mais, et c'est classique dans ce genre d'histoire, il sera berné par cette dernière. Un pauvre type dans une famille ravagée, des musiciens rêvant de gloire.....Un militant de l'I.R.A. prénommé Emmet qui prépare un assassinat à Londres. Rêve? Réalité? Hier? Aujourd'hui? Demain? Le Londres futuriste était le quartier de Canary Wharf, sera-t-il celui du futur ? Mais la figure principale, c'est Londres avec la musique en fond sonore, les musiques, devrais-je dire, c'est la ville crépusculaire de « Sic transit gloria mundi » où même la musique n'adoucit plus les mœurs! Des musiciens, des chanteurs et chanteuses, mais ceux qui galèrent dans des boui-boui infectes pour des cachets de misère.....
Un avant-propos nommé très à propos « Crimes et establishment » de Cathi Unsworth, une biographie des auteurs et une playlist musicale complètent (fort bien) ce recueil. Comme dans tous ces ouvrages, la qualité n'est pas toujours égale, mais c'est la loi du (mauvais) genre.
Extraits : - Tout le monde cherche quelque chose à Soho. Moi, je voulais des lasagnes.
- La faute aux Irlandais. Ils sont habitués, avec cette culpabilité catholique dont ils héritent. Pour eux, la faute est, disons, habituelle.
- Dans une société saine, les criminels n'auraient pas de droits, et la police n'aurait pas besoin d'enfreindre la loi pour protéger les gens bien.
- Chacun d'eux taillé dans le crime et la rédemption.
- L'alcool est devenu sa seule protection contre un monde qui n'avait qu'une incroyable quantité de désillusions à offrir.
- L’archétype même du conservateur britannique.
- Plus on se rapproche de Kentish Town, plus cela devient moche.
- On pouvait voir le rêve de sa vie s'étaler au dos de son tee-shirt : « 9-Shearer** ». Mais le garçon ressemblait plus au ballon qu'au joueur.
- Avant, ici, c'était une terre de héros, quand les Anglais étaient des rois et que leurs maisons, des châteaux.
- Personne n'avait jamais dit, dans tous ces magazines ou à la télévision, que Londres était si décatie, sale et remplie d'ordures ; c'est terriblement crade.
- …. ces yeux détournés qui semblaient reconnaissants pour le moindre petit morceau d'espoir, ce  pouvait être n'importe quel couple d'âmes réunies à la dérive dans le noir et le gris délavés de ces années 1950 irlandaises, tristes et sans lumière.
Éditions : Asphalte (2010)
Titre original : London Noir (2006)
*Liste des auteurs par ordre alphabétique : Barry Adamson, Desmond Barry, Dan Benett, Ken Bruen, Max Décharné, Joolz Denby, Ken Hollings, Steward Home, Patrick McCabe, Joe McNally, Mark Pilkington, Sylvie Simmons, Jerry Sykes, Cathi Unsworth, Michael Ward, Martyn Waites et John Williams.
**Footballeur international anglais qui a fait une grande partie de
sa carrière à Newcastle.