L_herbe

L'herbe de la vierge.
Jaskez RIOU.
Note : 3,5 / 5.
La (sombre) vie rurale.
Auteur né à Lothey (Finistère) en 1899, mort de tuberculose en 1937, il est d'après les spécialistes un des plus grands auteurs de langue bretonne. La première édition de ce recueil date de 1934.
Onze nouvelles souvent courtes, tristes sur la vie en Bretagne des paysans et des classes très modestes.
Ce livre commence par une longue préface de Youenn Drezen, qui nous parle de celui qui fut un de ses amis. La campagne bretonne sert de décor à ses récits, qui semblent venir d'un autre âge, « Les marins » est la seule nouvelle qui parle des gens de mer.
« L'herbe de la vierge », nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage est l' histoire de la mort d'une jeune femme, victime de la pingrerie de son père. Ce texte donne une idée de l'ensemble du livre, avec l'omniprésence de l'Ankou.
« Un coup de vent », et l'argent péniblement gagné s’envole.... et pour Yann, ce n'est qu'un épisode d'une longue suite de malheurs, alors il ne reste plus que la corde pour se pendre.
« Yun », un peu comme dans « La demande » concerne un jeune homme qui, dépassant sa classe sociale, demande la main d'une jeune fille des environs. Hélas pour lui, il est un peu considéré comme simplet et bien entendu son offre est rejetée. Dans les deux cas, la fin peut être tragique.
Dans « Mona », Alan revient au pays, il n'a pas changé ce pays, pense-t-il! Sauf qu'une personne l'a quitté, ce pays.....
« La fête du sacrement », c'est un pardon, comme il en existe d'autre en Bretagne. Mais pour Hervé, longtemps malade, c'est comme une forme de renaissance.
Peut-on peindre la beauté ? Dans« La colline du soleil », cette beauté est une jeune femme sourde-muette
et le peintre en est amoureux! Ne vous réjouissez pas trop vite, l'issue sera tragique.
« Anna Trégidi » revient aussi au pays, comment concilier fierté et maladie, pour ne pas se sentir diminuée......
« Le grand-père »se meurt, le recteur pense qu'il ne passera pas la nuit, dans la course son chien hurle à la mort.....
« Lan, le crieur des cendres » pense que l'argent achète tout, et il est riche, mais les traditions ont la peau dure. Il ne faut pas se moquer des petites gens.
« Les marins » qui clôt ce recueil est une histoire à la limite du fantastique. Elle se déroule à deux niveaux, un bateau en mer, à terre des ouvriers en grève....Et bien sûr, la mort rode...
Les personnages sont des gens de la terre souvent, des marins plus rarement, des femmes et des hommes aux conditions de vie très rudes. La maladie et la mort sont les deux ingrédients principaux de ses écrits, les paysans aisés étant d'un mépris profond pour les plus pauvres qu'eux. Les défauts, comme l'avarice étant souvent pointée du doigt par l'auteur.
J'ai vis-à-vis de ce livre un sentiment très mitigé, il fait partie des classiques de la littérature en langue bretonne, mais à mon goût il date beaucoup. Le monde a tellement changé qu'on a du mal à penser que ce livre a été écrit au début du siècle dernier. En plus, l'ambiance est souvent pesante, la pauvreté est omniprésente, le suicide apparaissant parfois comme la solution à tous les maux.
Un ouvrage à lire à petites doses, de préférence un jour de grand soleil, pour combattre la noirceur et la mélancolie de ces récits qui n'ont pas toujours des fins explicites, mais très souvent tristes .
Extraits :
- Le printemps fleurissait les arbres, les talus, les terrains herbeux, les prêts et le gazon des chemins ; les oiseaux chantaient au soleil et à leurs nouvelles amours.
- Il n'y eut, en fin de battage, ni chant ni danse, ce qui est un affront pour une maison comme il faut.
- Le parfum de l'herbe, le parfum des fleurs, le parfum de la sève, le parfum de la terre féconde chantonnait dans le verger....
- Le cœur d'Alan tressaillait de retrouver sans changement son pays natal.
- Rien n'avait changé dans le pays avec la fuite du temps.
- En souriant, Alan me dit : rien n'a changé dans le pays.
- L'été qui venait de naître, vibrait par bouffées dans les vergers de Basse Bretagne. Le vent bruissait dans les arbres.
- Hervé se serra la taille dans son turban bleu et revêtu son « chupenn » noir brodé.
- Le mot monsieur ne plut pas à Rivanon. N'avait-il donc plus l'aspect d'un homme de son pays ?
-Marie Buorz, héritière fastueuse, vient en tête avec son mari. Elle est éblouissante dans son corsage brodé d'or et son tablier de soie perlé.
- Ils ne savent pas où ils sont.
Si ! La mer à droite, la mer à gauche, la mer devant la mer derrière illimitée, et illimitée, le ciel au-dessus de leurs têtes.
- Les choses, comme les hommes, comme le mal et le bien, sont figés immuablement.
Éditions : Terre de Brume (1991)