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Mélancolie de la masse critique.
Christophe PAVIOT.
Note : 3,5 / 5.
Clap de fin !
Auteur né en 1967 que je découvre par l’intermédiaire de ce recueil de douze nouvelles.
Le thème général est la rupture ! J'ai d'ailleurs failli interrompre ma lecture d'entrée de jeu, je ne devais pas être sur la bonne vague, mais une seconde tentative fut plus probante.
« J'avais un camarade » raconte au cours d'un entretien avec un journaliste la vie et la mort d'un jeune militaire français en Afghanistan.
« Voyage au bout du crédit » est un joyau, comptant ou pas content, tout se paye à l'avance ou en retard mais à son heure ! Et tout cela à Las Vagas, l'enfer du jeu et l'envers du décor. Tout se vend et tout s'achète, un petit crédit de plus ou de moins... Une nouvelle époustouflante !
« Tous les chemins mènent à Turin » ou un voyage pour rien, bizarrement Turin rime avec chagrin....Le chemin est souvent semé d'embûches. Et l'arrivée est peut-être pire.
« Littoral Atlantique » ou la vérité toute nue est une histoire qui, sous un côté bon enfant quoique un peu osée, cache une réalité très surprenante et inattendue.
« La maladie de Léodie » est un texte très dur qui (enfin c'est mon avis) donne l'impression d'être un voyeur en plus d'un lecteur. Impression très forte dans ce texte, mais gênant en l’occurrence, avant une fin programmée.... Enfin pas tant que cela.
« Wiedersehen » (Retrouvailles) nous narre l'histoire d'une femme et de ses retrouvailles d'un jour, une impromptue , la rencontre de son patron dans la salle d'attente de son sexologue et celle programmée avec son père qu'elle n'a vu qu'une fois, il y a vingt et un ans.
Deux « Roms » dans un Paris hors des clichés , celui des no mans land à la périphérie des zones urbaines cette « Zone Frontalière » un peu à la dérive. Ce récit clôt ce recueil.
Les personnages sont souvent en rupture de quelque chose, d'eux-mêmes parfois, partisans de la fuite comme dans « Wild is the wind » de vie tout simplement dans ce court, mais puissant texte  « Des constructions dans la plaine ». En rupture de rêve comme cet homme qui annule un déménagement, d'amour celui éconduit après un voyage pour rien. Une femme forte aux prises avec la maladie, sa famille et ce qui lui reste de vie, un soldat du futur, un DJ.
Les ruptures sont numérotées, mais ont aussi un titre, c'est plus parlant, mais pas forcément plus poétique! Certains titres ont des connotations très littéraires, comme par exemple « Les DJ se cachent pour mourir »;  Céline dans « Voyage au bout du crédit » ou Cormac McCarthy dans « Des constructions dans la plaine », ou tous simplement la transposition d'une expression courante dans « Tous les chemins mènent à Turin ».
On peut ne pas aimer ce genre de littérature, peu classique avec des sujets parfois  scabreux et cela je le comprends très bien. Personnellement cela ne me dérange pas si la qualité narrative est là, et c'est le cas même si l'ensemble est un  peu inégale.
Une écriture contemporaine pour une épopée moderne, nous promenant de Bretagne en Afghanistan avec des détours par Paris et Berlin..Un sentiment mitigé, mais je lirai autre chose de cet auteur.
Extraits :
- « S'il y a un parking, ce n'est pas du windsurf », c'est inscrit dans ma tête, en capital.
- Maintenant qu'il est parti, maintenant ils nous l'ont ramené dans une caisse avec un drapeau dessus ?
- Avec l'âge, les êtres l'ont abîmé davantage que les choses.
- La gamine n'en est plus une, c'est une jeune femme d'environ vingt huit ans, quelqu'un qui a déjà vu passer de l'amour, des séries télé et des enterrements.
- La petite vieille qui m'embarque dans sa Fiatrimo m'ensevelit sous ses paroles, elle sort d'une greffe de la langue ou quoi ? On dirait qu'elle n'a pas vu un chien ou un humain depuis plus de huit ans au moins.
- Voilà comment il sera plus tard, diminué, avec des larmes dans les yeux, nettoyés de leurs illusions.
- La corpulence générale de Serge rappelle celle de ces mammifères marins qui vivent en colonies dans les eaux froides du Pacifique de l'Antarctique. Il oscille ainsi entre le gabarit d'une otarie de trois ans et le jeune mâle adulte de la famille des morses.
- Putain, il faut que je dorme, demain on est impliqué dans un « charnier », c'est comme ça qu'on appelle les missions les plus pourris.
- Les croyants sont-ils tranquilles face à la mort ? Non, ils ont peur.
- Silke se souvient très bien de ce qu'elle pensait de leurs relations après deux mois seulement passés ensemble, elle se disait qu'ils étaient parfaits l'un pour l'autre, parfaitement incompatibles.
- ….ils s'enferment sous leurs écouteurs, isolés, infantiles, si peu consistants, ils représentent pourtant le rêve inaccessible de Sergui et Milhail, ils puent l'Occident.
Éditions : Dialogues (2010)
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