Acide caustique et petites gourmandises.
Martine ÇUHACIENDER.
Note : 4,5 / 5.
Gratinées et épicées !
Je ne connaissais pas cet écrivain, alors je me suis renseigné et les éditions « Siloé » m'ont fait parvenir cette présentation faite par l'auteur elle même :
J'ai été élevée jusqu'à l'âge de 8 ans dans une famille d'artistes. J’ai participé à des défilés de mode, à des films, à des concours de beauté... Puis, enfermée dans des institutions religieuses très strictes jusqu'à mes 17 ans, j'ai eu tout le loisir de méditer sur ma splendeur passée. La lecture, seule distraction autorisée avec le chant, a été ma compagne et ma passion, avec une prédilection pour Maupassant et Mauriac, le théâtre de Montherlant, des auteurs oubliés comme Edouard Estaunié (Les choses voient, L'Empreinte)... Et puis j'ai dévoré tous les Agatha Christie, les Maurice Leblanc, les Simenon, les Exbrayat, et aussi les livres de Gaston Leroux. 
Maintenant je vis comme miss Marple, j'observe mes semblables et je les dissèque avec amour.
Avec amour soit, mais avec un œil très critique également.
« La daube une recette qui me vient de ma mère » est dans un certain sens (un des cinq) l'entrée de ce livre. Daube, mot féminin, recette de cuisine en général du bœuf, qui se prépare à l'avance. Daube en argot, mot féminin qui désigne quelque chose ou quelqu'un sans valeur (et non pas sans saveur). Pour faire court, ne jamais dire à la cuisinière que sa daube est de la daube, elle pourrait ne pas apprécier....La vengeance est un plat qui se mange froid.
« Drôle de naufrage » baigne dans une ambiance marine, le capitaine Piccolo ayant trop picolé avait du mal à garder le cap, mais oh mirage! (on parle de mirage dans le désert, mais en mer?...) une vieille maquerelle est changée en sirène , il en est tout déboussolé.....
« Complot de famille », le pot, certains en ont, d'autres pas ! Noël n'est pas la fête des pères même si on parle de Père Noël, par contre cela pourrait bien être la fête de certains pères, impair et père, il faut choisir! C'est vrai le père Noël est une ordure. Eh oui mon bon Monsieur, ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers....
« La foi selon tante Laure », c'est la vie de Dominique, sa mère l'a abandonné pour un pilote de ligne, le ciel est à elle, le septième aussi peut-être! Alors le pauvre garçon atterrit chez Laure, la dévote, du genre de celle que décrit Jacques Brel dans sa chanson « Les bigotes ». Bénédiction et goupillon cela équivaut pour lui à rébellion et divagation. Avec ses compagnons, il ne multiple pas les pains mais les litrons. Du cinq étoiles, pas celui de messe, mais plutôt celui du mess des simples matelots....
La vie n'est pas toujours rose pour « Crevette », mais plutôt grise, le bouquet est rarement de sortie, son sort c'est plutôt celui de Cosette...Les crevettes lorsque j'étais enfant, on les trouvait dans les trous d'eau quand la marée descendait... Une histoire très sombre......
« Êtes-vous un bon père? » décrit un futur plutôt angoissant, un clic par-ci, un clic par-là, double cliqué pour faire tout disparaître, clic, clic.....
La vengeance est un plat qui macère longtemps, et « Une promesse est une promesse », ne l'oubliez pas, jeune fille de la ville, un brave garçon, paysan un peu obtus, vous a un soir attendu....
« Ventre affamé » n'a pas d'oreille dit-on, mais dans cette version moderne d'Adam et Eve, Adam a faim, Eve fait une course d'obstacles avec jockey (spécialiste du plat , peut-être?) et Peggy pleure dans son berceau... Morale ne jamais dire à un jockey, j'ai oublié de faire les courses....ou alors sortir son joker à ce moment là !
Attention les personnages sont souvent navrants pour ne pas dire consternants. Le fils et la mère par exemple, copies conformes, qu'il doit être pénible de supporter pour le repas du dimanche midi. Marinette, elle, est une chouette nénette, ce n'est pas le Capitaine qui dira le contraire je pense. Avoir trois garçons et les prénommer Damien, Côme et Pacôme, cela n'aide pas forcément à l'amour filial. Prenez Gabrielle, veuve dans un village abandonné, dans une rue désertée, mais elle attend, le retour de …. manivelle, non elle a déjà donné, la pauvre. Et peu avant son trépas, enfin miracle, Marco est revenu. Meurt en paix Gabrielle....Un autre personnage féminin, Suzanne, ancienne monte en l'air, visiteuse de demeures bourgeoises, mais à soixante dix ans, l'acrobatie ne paye plus, alors il faut envisager de se reclasser, car pas question de retraite ou de pension. Elle revêt son plus bel habit noir et change son prénom pour celui d’Émilie ...Prenez Mireille et Gégé, ce n'est pas la vie rêvée, mais enfin chacun en a pris son parti, Gégé se console dans les revues pleines de belles filles nues que lui prêtent un copain. Mireille collectionne les poupées, sauf qu'un jour.... Il faut bien reconnaitre que les personnages masculins sont particulièrement affligeants....et c'est peu dire, surtout les maris qui sont en général pathétiques...Sauf Henri, mais Mathilde, son épouse, avait une dent contre lui....
Pour parler de ce livre je reprendrais une expression fort usitée dans la publicité » « Petit mais costaud ».
J'aime bien ce genre d'histoires politiquement très incorrectes, genre humour noir qui fait rire jaune.
C'est très réussi, parfois cruel, mais en général pour des gens qui le méritent, et même si ce n'est pas toujours apparent la morale est sauve (qui peut aussi...) jubilatoire souvent hilarant par moment, un livre à découvrir et a consommer sans modération. J'ai beaucoup aimé, mais je reconnais bien volontiers que je suis très bon public pour ce genre d'ouvrage.
Extraits :
- Maintenant qu'il est repu, il regarde avec des petits yeux de cochons attendris. C'est sa façon, à lui, de me faire l'amour.
- La mousseline jaune était déjà à l’œuvre, occupée à préparer le petit déjeuner. L'île aux cent collines s'agitait avec eux grâce au rythme des petites mules à pompons roses.
- Dans un élan de générosité insolite le bonhomme avait offert, par trois fois, les joies de la maternité à son épouse à présent disparue.
- Hélène G. n' était pas une mauvaise mère, mais elle avait la cuisse aérienne.
- Il sert d'un peu trop près l’ancêtre mais Émilie sait donner de sa personne, ça fait partie du job.
- Pin massif avec hublot. Ceci dit, il n'y verra que du feu!
- Pépin le Bref, c'est ainsi que Mireille le surnommait pour se moquer de ses « performances » au lit …
- Crevette savait maintenant qu'elle ne pouvait compter sur personne. Cette femme avait simplement l'apparence d'une fée.
- Le duo, épris de musique de chambre, connaissait la partition mais malgré leur virtuosité la symphonie restait inachevée....
- On aurait dit un Botero en bouton, l'ébauche d'une Mona Lisa, l’œuvre prometteuse d'un artiste
à la lippe gourmande et aux yeux plus grands que le ventre.
Éditions : Siloé (2010)
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