Casa
Casa Del Amor.
Jean FAILLER.

Note : 4 / 5.
Arsenic et politique.....
Beaucoup de monde connait Mary Lester, personnage créé par Jean Failler, il y a quelques années, héroïne récurrente de trente cinq ouvrages maintenant.
Je croise souvent (et avec toujours autant de plaisir) Jean dans les différents salons littéraires que nous fréquentons, lui comme auteur, moi comme touriste. Mais nous trouvons très souvent le temps de parler de choses et d'autres, comme nous l'avons fait à Penmarc'h.
Après un voyage rendu mouvementé par une panne de voiture et une marée montante sur le passage du Gois, Maryse arrive enfin sur l'
île de Noirmoutier, loin de ses bases bretonnes.
Elle doit enquêter avec un maximum de discrétion sur une tentative d'empoisonnement de la gouvernante de Madame Helder.Celle-ci n'est évidement pas la première venue, ancienne grosse fortune nantaise : sa propriété est la résidence d'été de Gédéon Bélier, sénateur et secrétaire d'état à la Défense....
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'à « La Moinaudière », villa cossue, lieu de la tentative d'empoisonnement, l'ambiance familiale n'est pas des plus cordiales. En effet dans la propriété habite Madame Helder et dans une plus modeste bâtisse, la «Casa Del Amor »,  Marie-Ange, sa belle-sœur, veuve de Julien Marescot, défunt frère de Madame Helder.
L'héritière légale est Marie-Ange, mais elle a préféré faire construire avec l'aide de son amant argentin (et argenté) une dépendance et laisser la demeure principale à la sœur de son époux. La cohabitation est des plus froides. Alors une tentative de meurtre n'est pas faite pour arranger les relations déjà tendues entre les deux femmes qui se haïssent. Surtout que sur un bidon de produit destiné à tuer les rongeurs, les empreintes de Joséphine, jeune fille qui travaille chez Marie-Ange, sont trouvées et que celle-ci a disparu....Mary Lester a du mal à imaginer Joséphine en Jégado locale.....
A tout seigneur tout honneur, commençons notre tour d’horizon des personnages par le capitaine Mary Lester, héroïne de la série, bretonne pur beurre (salé, bien entendu!). Jeune femme très attachante qui « ne boit pas, ne fume pas et (à première vue) ne drague pas », ce qui change un peu des héros du roman policier actuel. Madame Helder affublée du diminutif très péjoratif de « Giguitte » par sa meilleur ennemie, (sa propre belle-sœur), vieille rombière rêvant sur une gloire et une fortune passée. C'est le type même du personnage vivant dans un autre siècle.La belle sœur en question, c'est Marie-Ange Le Tortelec, pièce rapportée de la famille ; elle est à l'opposé de « Giguitte, native de l'
île, c'est elle qui a hérité du reste de la fortune de son mari. Pas mal de personnages secondaires, comme Joséphine, jeune fille un peu simplette qui est chapeautée par Marie-Ange, les gendarmes du coin un peu dépassés par le côté « marchons sur des œufs » de l’enquête, Denise, femme à tout faire de Madame Helder, victime de la tentative d’empoisonnement. Quelques ombres planent sur l’affaire, Mervent, le conseiller auprès du ministre de l'intérieur, à qui Mary rend compte de la progression de l’enquête, le sénateur Gédéon Bélier, qui malgré le côté un peu ridicule de son patronyme a réussi dans le monde politique. Il est amusant de voir la guéguerre que se livrent, tout en finesse, Mary Lester et les gendarmes de l'île qui se sentent un peu déboussolés par la présence de cette intruse dans leur enquête.
Un roman très agréable, style littérature policière classique, pas de violences gratuites, d'alcool, de drogue et de sexe. Une lecture reposante et bucolique dans le cadre de l'
île de Noirmoutier.  Mais sous l’apparente tranquillité de ce décor se cachent des convoitises et des  secrets de famille qui poussent certains à transgresser les lois....J'ai trouvé dans ce roman quelques mots qui ne sont plus guère usités : grouillot, gabelous, goberger....
Extraits :
- Dans leur volonté de retrouver la Bretagne de leurs ancêtres et ses cinq départements, les Bretons seraient-ils tentés d'annexer également le sud de la Loire?
- Alors une requête...... Le terme la laissait perplexe.
- Tous les champs de patates deviennent des lotissements. Regardez-moi ça, des villages fantômes, habités trois semaines par an.
- C'était une atmosphère familiale, rassurante........pour un peu on se serait cru dans Les vacances de Monsieur Hulot.
- Dame, quand j'étais enfant, la patate assurait l'essentiel, mais pour le superflu, il fallait aller le chercher à la grève.
- Ici, ça sentait l'encaustique, la cire d'abeille et il y régnait un silence religieux, un silence de nécropole.
- Voilà, c'était la version insulaire et maritime du prince et de la bergère.
- Oui, j'en ai un moi aussi. Un gros matou tout noir. Il se nomme Mizdu. - Quel drôle de nom!
- Ça veut dire novembre, en breton.
- Deux siècles ont passé depuis lors et, convenez-en, les gendarmes de la cinquième République n'ont plus rien de commun avec les égorgeurs du général Turreau!
- Car la République, bonne fille, nourrit bien ses grands-prêtres.
Éditions : Éditions du Palémon. (2010).
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