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Les athlètes dans leur tête.
Paul FOURNEL.
Note : 4 / 5.
La tête et les jambes.
Après une lecture relativement décevante de cet auteur sous le pseudonyme de Profane Lulu, j'ai fait quelques recherches sur internet. Le corps est encore une fois à l'honneur, après l'amour (dans l'ordre de mes lectures), le sport! Vingt deux courts textes pour cent vingts pages, il y a de l'Antoine Blondin dans tout cela. La quatrième de couverture parle d'ironie, mais aussi de respect pour ces hommes et femmes qui cherchent sans cesse à dépasser leurs limites. Dommage que parfois certaines substances prohibées aident quelques tricheurs et faussent certaines valeurs!
Il est question pour commencer de ski et de l'épreuve reine, la descente, et comme cela arrive parfois, il est question de chute! Puis le lecteur enchaîne avec de l'athlétisme, bien que le titre soit « La cavalière », ou comment prendre de la hauteur, et passer de la chambre d'appel à la chambre nuptiale! Avec « La course en tête », c'est hélas de la chambre à air à la chambre mortuaire, vie et mort d'un cycliste hors normes.
Un boxeur qui y croit, il sera un jour un tueur, mais dans combien de temps? Un athlète que l'on façonne pour la gagne, mais à quel prix? Quelques mots également sur les sports mécaniques : les rallyes auto dans « Le bavard » et la moto dans « Surdoué ». « Olympiades » est une réflexion sur le fait inéluctable qu'un jour ou l'autre, tout sportif connaîtra la défaite, alors tirer sa révérence avant?
« Coup de pompe » est aussi un très beau texte sur la vie d'un coureur à pied, qui malheureusement tombera de haut et de son piédestal!
Quelques personnages sont reconnaissables, même si l'auteur ne cite pas leurs noms, un coureur cycliste portugais fantasque dont la longévité fut étonnante et qui décéda en selle! Un autre prénommé Jacques qui se remet en selle après une cuite carabinée, dans une nouvelle intitulée « Le crack » et dédié à André Le Dissez.
L'amitié et le moral d'un sportif dans un superbe texte « Deux amis » avec un extrait :
-Un miracle: Banks sur cette tête de Pelé au Mexique en 1970 : c'était impossible et il l'a fait.
Pelé s'en est remis......et Banks aussi d'ailleurs.....mais d'autres non.
Le moral aussi dans « Gamberge » où un joueur de tennis se laisse distraire et dérègle son jeu. On prend son vélo avec un cycliste méticuleux ; restons dans le vélo : un porteur d'eau remarque une belle spectatrice. Spectatrice aussi, mais de patin à glace, cette « Folle de Bercy » qui espère tirer le bon numéro et jouer à l'école des fans ! Et pour cela elle est prête à tous les sacrifices....
L'esprit de clocher et l'amour du maillot, c'est ce joueur qui se dit que si on gagne trop, il faudra faire venir des joueurs étrangers au village et l'ambiance ne sera plus la même. Philosophe de l'Ovale!
Il y a une catégorie d'athlètes dont on parle peu, ce sont les lanceurs, est-ce parce que le niveau français est plutôt faible? Ou alors que ces costauds ne sont pas très esthétiques? L'auteur répare cet oubli dans un très beau texte intitulé  "Lanceur" , qui m'a fortement rajeuni ayant été très ami dans ma lointaine jeunesse avec un lanceur de poids de très bon niveau.
Un autre texte remarquable « Collectif » : ensemble est-on plus fort? Onze individualités ne font pas forcément une grande équipe de football et c'est bien mieux pour la morale sportive.
Je reconnais bien volontiers que j'ai été plus à l'aise (dans mes baskets) à la lecture de ce livre que du précédent. La photographie qui figure sur la couverture est assez saisissante, cette femme-enfant aux poignets bandés et aux doigts harnachés, une gymnaste sans doute (cheval d'arçon peut-être) spécialiste des barres asymétriques.
Un monde sportif à l'ancienne, des histoire d'hommes et de femmes parfois vainqueurs, mais très souvent vaincus, c'est la loi du monde, donc aussi celle du sport. Dans ces récits, on sent un amour de l'effort mais surtout des sportifs, même les plus humbles! Mais ce mot « humble » existe t-il encore dans le sport dit « de haut niveau » ?
Une lecture rafraichissante avec un style d'écriture que j'ai beaucoup aimé.
Extraits :
- Maintenant, il y a moi.
- Ses muscles s'étaient à peine remplis, toujours aussi longs et puissants et il lui avait poussé deux nichons minuscules, qui ne constitueraient jamais un handicap.
- Il en va souvent ainsi des cyclistes : les plus malicieux manquent de cuisses et les plus cuissus manquent de malice.
- Moi, je suis un matheux, je construis, j'ordonne, je dribble, je distribue, je dessine le football sur le terrain.
- C'est dur d'être sprinter.
- Quand elle m'a regardé comme ça, moi, j'ai l'impression qu'elle était toute nue, Rita. Si Raymond gagne le tour, le patron nous a promis le « Crazy Horse ».
- Son seul vrai boulot de jardinier consistait à creuser des petits trous avec ses chaussures à pointes dans les sous-bois.
- Il en avait désespéré des générations. On s'use vite dans la défaite.
- Le cent mètres est une course interminable.
- Il voulait responsabiliser les machines à courir, les machines à lever la fonte, les machines à avaler le bitume.
- Un sport imbécile que je pratique bêtement.
Éditions : Éditions du Seuil (1994).
Chroniques d'Antoine Blondin:
Sur le tour de France, ici.
L'ironie du sport, .