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Une heure de sommeil en moins.
Hervé BELLEC.
Note : 3,5  / 5.
Qu'une fois libéré d'cette ordure
Je suis entré en littérature*
Cet ouvrage est  présenté comme la seconde saison des « Mots de billets », la première mouture s'intitulait « Demain, j'arrête d'écrire », promesse qu'il n'a apparemment pas tenu! Chose dont je ne lui tiendrais pas rigueur. Il sera comme de nombreux autres à Rennes le 13 mars.
Un inventaire de coups de cœurs et coups de gueules ! La vie, c'est un peu des deux, un livre aussi d'ailleurs. Ce recueil commence par un état des lieux, ces lieux qui restent dans la mémoire, longtemps, bien longtemps après. Ces endroits qui ont eu à un moment de nos vies un côté magique que l'on n'oublie pas. Pas mal de nostalgie dans ces billets, un hommage aux filles d'antan, la tristesse d'une maison familiale que l'on n'habite plus. L'auteur pour éviter les futurs procès prévient, les noms ne sont pas les vrais, mais certaines situations ont un goût de vécu! « Une histoire de couilles », c'est pas de la tarte d'en parler ! « De mauvais poils  » et « Sainte Barbe » n'ont rien en commun, le premier texte constate une humeur matinale, le second une sainte martyre! Mais parfois il est possible de se sentir martyrisé par quelqu'un de mauvais poil! Le service militaire au fin fond de l'Allemagne et l'absurdité de certaines situations, apprendre (à ses dépends) à vingt ans à conjuguer l'expression « tuer le temps ».  Plus tard, en mai 2007, la gueule de bois d'un lendemain d'élection!Le monde littéraire à travers le livre l'objet, souvenirs d'enfance, la marraine qui tient un café où viennent les ouvriers de l'imprimerie voisine. Puis avoir ses propres œuvres éditées et constater que le monde a bien changé. Connaître cette pratique du « Pilon » où les livres sont détruits, cela arrive hélas. Dans « Un petit quart d'heure devant moi » ou  dans « La dédicace » il nous conte  les états d'âmes d'un auteur ou d'une lectrice. Pauvre Marie, un mari devant le football et pour elle la déception de la dédicace d'un livre acheté le jour même. « Entre collègues » est une réflexion sur un moment simple et fugace, une demie heure de discussion comme cela pour rien, un concours de circonstances, mais la vie continue.  Le travail de professeur de géographie, pas toujours évident d'intéresser les élèves, ni de leur faire passer leurs examens. La fin des bistrots de campagne est une triste réalité à l'intérieur de la Bretagne. Quelques lignes sur les couleurs habituellement attribuées aux enfants, bleu pour les garçons, rose  pour les filles, ici cela reste bleu pour la gente masculine, mais devient rouge pour les dames. L'auteur nous parle des « Kabig », ce vêtement tout terrain et tout crachin.
Les voyages forment la jeunesse, alors promenons nous, en Bretagne bien sûr, dans les Cévennes sur les pas de Stevenson, à Saint-Jacques de Compostelle sur les traces de nombreux pèlerins, dans le Vercors ou à l'île d'Oléron.
Parmi les personnages marquants et détestables, la « Castafiore » de l'aéroport décroche la médaille d'or toute catégorie! Quoi de plus pénible que ces gens parlant fort dans un portable, surtout pour ne rien dire! Quel est le crétin qui a inventé le forfait illimité! Un abruti et son chien : le plus bête est celui qui se tient sur deux pattes! A part celui là les personnages de ces quelques courts récits sont plutôt sympathiques.
Hervé Bellec parle de certains de ses confrères, Bukowski, John Fante, Steinbeck et plus près de nous Glenmor et Armand Robin. Il cite aussi et plus longuement Jean-Pierre Abraham, écrivain qui était gardien de phares avant d'écrire.
Il est évidement question de Jack Kerouac et là il m'a fait sourire :
- Je m'imaginais mal Jack Kerouac au retour de son périple mexicain inviter ses amis à une soirée diapo suivi d'un apéritif dinatoire.
C'est d'une lecture facile et agréable avec pas mal d'humour. Mais la réalité n'est jamais bien loin, dans quelques instants de bonheur tout simple.
Extraits :
- Moi, je ne chasse pas les mots. Les élèves en pot, patiemment, j'attends qu'ils mûrissent avant de les arracher par la tige. Je suis donc un cultivateur en quelque sorte.
- Et pour lui proposer sur le champ je ne sais quel putain de saloperie de bouquins de merde dont j'aimerais bien connaître la foutue recette.
- Certains me demandaient où était la Bretagne et si j'avais déjà vu la mer.
- Lire jusqu'à plus soif comme on dit. Faire à manger, aussi. Servir l'apéro. Mais surtout lire. Découvrir Joseph O'Connor, relire Jim Harrison.
- Nous parlons livres et  littérature- ce qui n'est pas tout à fait la même chose- et c'est normal puisque c'est la raison de ma présence en ces lieux.
- Ce novembre, le mois noir, celui des morts, des visites à la famille.
- La plupart, élevées au Kig-Ha-Farz dès leur plus tendre enfance, sont plus costaudes que moi.
- Après il suffit de retirer la polaire, le pull, l'écharpe, les gants, d'ôter des bottes en caoutchouc, les couches successives de collant et je vous épargne la suite de ce que l'on appelle  ici le strip-tease pagan**.
- Je serais incapable d'expliquer objectivement par quel biais j'ai fini par écrire des bouquins.
Éditions : Coop Breizh (2009)
Chronique de « Demain j'arrête d'écrire » ici.
*Phrases extraites de « Reconnaissance de dettes »
** Région du Finistère.