J'ai rêvé que j'étais un garçon.
Michèle ASTRUD.
Note : 3,5 / 5.
Elle est-il?
Avec cette lecture, j'essaye de rattraper le retard accumulé, et je vais également parler d'auteurs qui sont invités à « La rue des Livres » qui se tiendra à Maurepas, quartier de Rennes le 13 Mars.
Je rencontre depuis deux ans cet écrivain au salon du livre de Carhaix. J'ai lu il y a maintenant quelques temps « Amitiés », un roman étrange à l'histoire très originale. Ici on retrouve un récit plus conventionnel, très loin de mes lectures habituelles, mais il est bon parfois de chercher autre chose, de tenter des ouvrages d'un autre genre.
Michèle est une jeune fille contemplative et solitaire. Pas la tête de turc de sa classe, mais la fille qu'on évite comme si elle était transparente. Elle vit mal son redoublement malgré le fait que tout le monde pense que ce soit une bonne chose pour elle. Son amie Samira part en vacances en Tunisie, et n'en reviendra pas. La prochaine rentrée scolaire ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices!
Mais parmi les nouvelles, il y a Annie son opposée! Blonde, belle sans complexe, elle devient d'abord à son insu le rayon de soleil de Michèle.
Un soir, dans un magasin de la ville, Annie lui montre des « fringues » qu'elle aime, en particulier dans le rayon pour hommes . Sur un coup de tête, Michèle achète les articles montrés par Annie, puis les essaye chez elle! Et elle devient Michel, sort habillé de la sorte et découvre l'admiration dans le regard des autres.....
Alors pendant quelques temps, ce petit jeu de cache-cache va perdurer, avec tous les risques que cela comporte pour Michèle.
Michèle contemple le monde et l'école, elle, la solitaire, fille banale sortant du moule stéréotypée d'une jeunesse nourrie de télévision et de publicité! Avec son alter ego masculin, Michel, elle découvre l'inverse et l'admiration dans les yeux des autres, mais l'illusion ne peut pas durer éternellement!
Annie est son opposé, blonde, enjouée, séductrice, décontractée pour ne pas dire culottée, elle est le centre de son univers aussi masculin que féminin.
Différentes autres copines sont évoquées, de celles qui passent et surtout partent comme Samira ou comme Muriel.
Les parents sont rarement évoqués, sauf pour évoquer un divorce, et ses conséquences désastreuses comme dans le cas de Salomé.
Honnêtement, ce n'est pas un genre littéraire que j'affectionne particulièrement. Les problèmes de l'adolescence sont loin derrière moi, pour ne pas dire très loin.
Cela dit, ce livre se lit très bien, car bien écrit et on s'attache à cette pauvre Michèle, car dans la vie nous avons tous connu ce genre de personnage, et sûrement un moment ou un autre de notre jeunesse, nous avons été personnellement confrontés à cette situation. Être différent, dans un univers créé de toutes pièces par les médias et la communication à outrance, mais qui oublie le plus important, les contacts humains!
J'ai souri à l'évocation par l'auteur du film « Docteur Jerry et Mister Love » avec Jerry Lewis, version campus américain de « Docteur Jekill et Mister Hyde »!
Plus d'après moi un livre pour adolescent! Mais il me reste « Monplaisir Sans-Souci » dans ma bibliothèque qui sera très certainement plus à mon goût!
Extraits :
- Tu feras de nouvelles amies, tu en auras toujours plus que cette année, ça ne sera pas bien difficile.
- ...tout est prétexte à se toucher, se tripoter, se palper et se malaxer sans vergogne sous le regard impassible des surveillants.
- Le deux septembre, jour de la rentrée, je débarque seule, une fois de plus, dans ce milieu pourtant familier.
- Marche ou crève.
- Je n'ai plus rien à craindre, je ne suis plus dans leur classe, elles ne me pourriront plus la vie.
- Celui qui est seul ne peut compter sur personne.
- Rassurez-vous. J'arrête. Je ne veux pas lasser. C'est tellement rare que quelqu'un m'écoute.
- La prochaine fois je me défendrai. Jamais, je me laisserai humilier.
- Je ne suis pas un membre important du groupe, il existe enfin, en son sein. A mon arrivée, il s'ouvre, m' absorbe et se referme comme une fleur.
- Je ne suis qu'un mâle déguisé, un dom Juan de pacotille, un mime prisonnier d'une camisole.
- Je reste farouche solitaire, isolé dans ma petite bulle de verre.
- En fille, je souhaite qu'on ignore ; en garçon, je ne veux pas être oublié.
- J'ai envie de chanter, de siffloter. Je me retiens. Un dernier relent de sagesse.
- Je ne me supporte plus en fille et commence à me détester en garçon.
Éditions : Diabase (2009).
Autre chronique : Amitiès.