Et que le vaste monde poursuive sa course folle.
Colum McCANN.
Note : 3,5 /5.
Silence, il marche........
Après avoir lu, je dirais, religieusement Colum McCann période irlandaise, j'ai arrêté mes lectures à partir de « Danseur ». Par contre l'année dernière pour sa venue à Lorient, j'avais relu « Ailleurs en ce pays ».
Ayant eu des échos mitigés sur ce livre, je pense qu'il vaut mieux que je me forge ma propre opinion.
Un préambule sur le fil, est-ce un roman, un recueil de nouvelles?
Un jour, le 7 août 1974, une ville, New-York, un évènement, Philippe Petit, funambule français, traverse sur un fil l'espace entre les deux tours du World Trade Center. Un homme entre deux tours, ex-vestiges de la puissance américaine, un autre homme aux prises, lui avec la déchéance et les « laissés pour compte » de l'arrogance américaine!
« Tous mes hommages au ciel, j'aime mieux rester ici. »
Après les attentats de Dublin en 1974, un homme, Ciaran quitte l'Irlande pour retrouver son frère John, prêtre au États-Unis. Celui-ci avait sombré dans l'alcoolisme, mais la religion l'a tiré d'affaire. Il s'occupe des déshérités du Bronx , en particulier des prostituées qui trouvent refuge chez lui. Le nouvel arrivant va découvrir une autre face de son frère et de l'Amérique, dans la couleur rouge-orangé des incendies volontaires. Un peu comme dans « Les saisons de la nuit », Colum McCann plonge dans l'Amérique des « laissés pour solde de tous comptes », les vieux, les marginaux , les prostituées droguées, jeunes encore pour certaines, mais déjà en fin de carrière.
Mirò, Mirò au mur.
Changement de monde, la richesse et un appartement dans Park Avenue, une femme Claire en attend d'autres, leur point commun : elles ont toutes perdu un fils au Vietnam. Mais, une des arrivantes a vu un homme dans les airs, qu'est-ce qui se passe aujourd'hui à New-York? La condition sociale n'est pas la même pour toutes ces femmes et la maîtresse de maison apparaît comme bien futile et dépassée par son rôle. J'aime le style d'écriture de cette histoire, mais pas franchement le personnage principal, bourgeoise new-yorkaise.
Peur de l'amour.
Nous rencontrons de nouveau Ciaran Corrigan, frère du prêtre irlandais, qui fait la connaissance d'une jeune femme, Lara, dans des conditions dramatiques. Une certaine attirance les rapproche, mais Ciaran doit rentrer en Irlande.
Dans « La maison de Blanche Neige », nous retrouvons Tillie, prostituée de couleur, usée par la vie. Elle est en prison, pense à sa fille et à ses petites filles et fait le bilan d'une vie cauchemardesque! Une dénommée, Lara, lui rend visite....
Beaucoup de personnages très contrastés, un prêtre irlandais, son frère et la faune des quartiers des déshérités, Claire et ses invitées : des mères dont les garçons sont morts au Vietnam. Un couple d'artistes beatniks vivant en pleine campagne. Suite à un accident, la femme culpabilise, l'homme non, la tête pleine de son art! Un jeune hispanique et son appareil photo qui s'imagine imagiste. Quelques férus d'informatique pendus au téléphone, un juge qui jette un regard lucide sur sa vie et son travail loin des idéaux de sa jeunesse, une infirmière originaire du Guatemala, une femme descendante d'esclaves dont les trois fils sont morts à la guerre. Un portraits des habitants de ce patchwork qu'est New-York.
Et un funambule.......Et le vaste monde......
Colum McCann au moins dans le premier texte du livre n'oublie pas qu'il est Irlandais, il a cette phrase :
-
Nous emportons notre pays en partant-il est parfois d'autant plus présent qu'on l'a quitté.
Un puzzle de récits se passant le même jour, ce fameux 4 août 1974. En dehors de cet événement, pour des gens anonymes, la vie a continué, le vaste monde a continué de tourner, de moins en moins rond.
Une opinion plutôt mitigée ; si certains textes m'ont plu, d'autres beaucoup moins, j'ai trouvé l'ensemble plutôt long. Je préfère le Colum McCann irlandais que le Colum McCann new-yorkais. Les auteurs irlandaise à mon humble avis cherchent trop l'américanisation et perdent une part de leur personnalité. Comme le pays d'ailleurs!
Je ne garderais pas grand chose de ce livre, bien loin de l'émotion que m'a procuré « Ailleurs en ce pays » par exemple.
Une interrogation subsiste, cet ouvrage est pour certains magazines littéraires le livre de l'année! Pourquoi, et surtout si souvent, cette grande différence entre les professionnels et le lecteur moyen?
Il me restera toujours le souvenir de ces deux rencontres avec un homme charmant et chaleureux*
Extraits :
- ...de longues divagations enracinées de ce qui ressemblait à une tout autre Irlande.
- Pour la première fois de sa vie, elle paraissait abandonnée : son corps la trahissait comme un vieil amant.
- Je n'avais jamais vraiment suivi ce qui se tramait dans le Nord.
- La peur, c'est comme la poussière, ça flotte dans les airs.
- Tu pourrais faire quelque chose en Irlande. Dans le nord. À Belfast. Quelque chose pour nous. Pour les tiens.
- Et lui avait dit un jour qu'il faisait l'amour comme un pendu, en érection mais mort.
- Le menu stupide et infini de la mort.
Punaisé derrière la porte de la cabane : « personne ne tombe jamais à moitié. »
-
Fernando Y. Mercano. Imagiste. Le Bronx. États-Unis.
- On n'oublie pas son premier marle. Tu l'aimes jusqu'à ce qu'il te tape dessus avec un démonte-pneu.
- L'amour à cela de particulier qu'il se révèle dans le corps d'un autre.
- …..il avait vu ce bonhomme narguer les dieux dans le ciel- un mec qui marchait sur sa croix au lieu de la porter.
Éditions : Belfond (2009)
Titre original : Let the Great World Spin (2009).
* Rencontre avec Colum McCANN