Marseille, du noir dans le jaune.
Collectif/ Romans d'une ville.
Note : 4,5 / 5.
Quel pastaga!
Les auteurs pour ces nouvelles de la cité phocéenne, Philippe Carresse, Michèle Courbou, Marcus Malte, René Merle, Gilles Del Papas et Jean-Bernard Pouy. Un petit bonjour à Gilles Del Papas, en souvenir d'un petit déjeuner pendant le festival du roman policier de Penmarc'h.
Une galéjade, parler de Marseille sans parler de football, ici c'est Jean-Bernard Pouy, le régional de l'étape qui s'y colle! « Aller-retour », c'est pas voyage au bout de l'enfer, mais voyage pour voir la Canebière! Mais quand le train est plein de supporters de football, bretons et bourrés, ( il est possible d'être l'un sans être l'autre), c'est la galère. Mais tout a une fin, le voyage est enfin terminé, vite sortir de la gare et ensuite...... Moralité, mets ton écharpe pour ne pas prendre un courant d'air.
« Pas un chat » de Philippe Caresse (pour une fois je donne le titre et l'auteur!) est « LA NOUVELLE » superbe et bluffante, avec un final décoiffant! Je n'en dirais pas plus, suivant en cela les recommandations (avisées) de l'auteur.
« Mourir à Sugiton » est une belle histoire, celle de Yoyo, elle habite à Bonneveine, c'est bien sa veine. Elle n'a pas beaucoup de passé, encore moins d'avenir. Entre les concerts du soir et les boulots peu reluisants, et encore quand elle les obtient, que faire? Il reste un petit coin de bord de mer, pour méditer ou plus, suivant l'humeur. Mais même là, elle n'est pas seule! Et elle se rend compte que ses problèmes personnels ne sont que des enfantillages!
L'histoire de Marseille de l'Antiquité à nos jours, c'est ce que nous propose Gilles Del Papas dans « L'ombre du Mistral ». Un peintre, une femme , une ville, un très beau récit, plein de bruit, de fureur, dans la vie de tous les jours à Marseille pendant la guerre. Mais la vie reprend ses droits, l''amour et l'amitié fleurissent de nouveau. Un des meilleurs textes de ce recueil.
J'ai déjà parlé de la nouvelle « Le père à Francis *» qui pour moi décrit les (rares) bons côtés du football :« Le père à Francis » est une belle histoire qui me rappelle plein de souvenirs, la vie d'un petit club d'une cité de la ville de Marseille. Ce football là, celui de mon enfance, des adultes bénévoles qui ne comptaient pas les heures, des gosses comme nous qui prenions le métro et le bus, un casse croûte dans la poche. Nous ne rêvions pas de carrière, ni d'argent. Une histoire qui est celle de millions d'enfants partout en France. Bravo et merci de rendre hommage à tous ces « Pères de Francis » qui ont permis à beaucoup d'entre nous de rester des gosses avec quelques repères pour plus tard.
« La belle de Mai ». Joli moi de mai, mais illusion perdue, mai fait ce qu'il te plait! Une femme quitte un appartement en trombe! Petit à petit on découvre sa vie, sa copine, ou plus si affinité, Afida, Philippe l'homme avec qui elle vit, Jonas son amant. Philippe, homme politique, cynique imbu de sa personnalité, Jonas peintre et photographe, un peu nomade, l'inverse l'un de l'autre! Tout finit au son du bal musette!
Un brave gars, qui va voir sa famille à Marseille, pas de chance, n'est pas seul dans le train! Une jeune fille un peu grosse, celle du genre à se faire plaquer par son mec, décide d'agir! Un petit homme et un plat de petits gris à la provençale et la vie devient belle. Un peintre amoureux comme aux premier jours, un homme en prison, un bénévole, et un ballon, l'un n'a pas empêché l'autre, hélas! Un homme politique antipathique (pléonasme!), toute une galerie de portraits d'une ville cosmopolite et unique, une des capitales du roman policier français. A noter la « Langue» employée par Gilles Del Papas, qui donne un air de vécu à son texte sans jamais tomber dans la caricature. Et avec un peu d'imagination on entend les dialogues, c'est magique!
Extraits :
- Mais si la violence augmentait doucement, l'agressivité avait disparu. Il formait comme un bloc d'acier se préparant à rentrer dans le mou de la ville.
- Prisonniers d'une société qu'ils ont reconstituée malgré eux, tout en essayant d'échapper à l'autre ; une société marginale aussi aliénante que l'autre.
- Cette putain de ville, impasse désespérante qui se la joue capitale du Sud. Un monstrueux amalgame d' ingrédients incohérents, de personnalités antinomiques, de civilisations incompatibles qui ne se décident toujours pas à s'entretuer.
- Quoi qu'il en soit, il n'y avait pas foule sur les trottoirs et la plupart des Marseillais étaient persuadés qu'il fallait être fou ou voyou pour sortir la nuit.
- De grouillante, embouteillée et populeuse de jour, elle devenait déserte et silencieuse la nuit. Elle en était même inquiétante.
- Oui, tu es sensible comme les ailes d'une libellule dans la queue d'un mistralounet en fin de soirée, dans un champ de lavande!
- Si elle était de Marseille elle aurait dit : «Je vous ai espinché hier, raide comme un stasi. Je vous ai pris pour un ravi, tanqué comme ça...... »
- Elle riait pour exorciser ce qui n'aurait jamais dû arriver. Ce qu'elle a mis tant de temps à dominer.
- Jonas l'a nimbé d'or comme une icône à la Klimt. Elle a les pieds sur une écharpe de supporter blanc et bleu.
Éditions : Autrement/ Romans d'une ville. (2001).
* Voir ma chronique ici.