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Lille, Nord, Noir.
Collectif/ Romans d'une ville.
Note : 4 / 5.
Ne pas perdre le nord!
Je me suis petit à petit procuré quelques livres de cette série « Romans d'une ville » des éditions
« Autrement », car j'aime beaucoup le concept, une ville, des écrivains et des nouvelles souvent noires, parfois très noires.
Le principe est le même que pour Brest, mais ici on remplace le cidre par de la bière et les écrivains sont Philippe Delepierre, Roger Facon, Noël Simsolo, Serge Turbé et Dimitri Vazemsky. Une vraie découverte je n'en connais aucun !
Ce recueil commence sur les chapeaux de roue par
«
Sortie 10 à 7 km »
avec en fond sonore la chanson suivante :
« Nuit de Lille,
nuits câlines
nuits d'amour ».
Prenez un homme, le narrateur, pas meilleur mais certainement pas pire qu'un autre, il est marié, son épouse a eu deux enfants d'un mariage précédent, bref des gens ordinaires. Mais un samedi, Marylène décide d'aller à Lille faire quelques courses, et insiste pour qu'il l'accompagne, ce qu'il fait à contre cœur. Comme l'ambiance entre eux n'est pas au beau fixe, chacun part de son côté, mais la journée est longue et les rencontres pas forcément agréables. Une journée et une nuit noires!
Ensuite c'est Noël dans « Le caveau de Camille », ou « Roméo et Juliette », version trash.
Antonio et Juliette aimeraient une vie meilleure, pour cela ils sont prêts à tout, même à doubler un dealer local ! Mais la neige, la vraie tombe du ciel, l'autre il faut la voler et après le paradis (non artificiel). Mais, et malgré que ce soit Noël, certains ne font pas de cadeaux! Et que vient faire Michel Baratte dans cette histoire qui ne manque pas de sel!
« Le pendu de septembre » ou la triste mort d'un libraire, avec encore un fond sonore :
J'en ai assez
De me balancer
Sous ma potence*.
Fric et flic, cela ne fait pas bon ménage, même si la femme est très belle, un jeune stagiaire enquêteur de la police l'apprendra à ses dépends. Quand un libraire nommé Labranche est retrouvé pendu, c'est peut-être l'arbre qui cache la forêt! Même très longtemps après, Alger la blanche porte encore des dessous très sombres. Dommage que l'auteur se laisse aller à certaines extravagances et à certains clichés, comme le policier alcoolique!
« Vengeance glacée », un paisible vieillard, invente un nouveau passetemps « Le jeux des 7 ennemis ».
Règle numéro un : trouver, règle numéro deux : tuer. Faites vos jeux, impair et grand-père!
A tous les coups l'on gagne! Morale : Tout se paye dans la vie.
Un très beau texte.
« Tout et cliché » ce n'est pas pour moi un texte clair-obscur, mais obscur! Deux pellicules 24/36 250 ASA, l'histoire d'un quartier en plein bouleversement, un monde qui change. Soixante douze photos en forme de témoignage ou de testament? Un mystère pour moi, j'ai dû louper quelque chose, la vitesse, la mise au point, bref l'impression est floue!
Pour les personnages, on est gâté, une femme pour le moins étrange et aux réactions imprévisibles dénommée Marylène, un homme de caractère qui veut venger un jeune couple assassiné, un fils de famille et son père pensant que l'argent achète tout. Un clochard sobre, qui raconte comment d'enquêteur, il a fini dans le ruisseau, un marabout sénégalais qui essaye de se transformer en castra, mais qui décède d'une embolie pulmonaire! Une autre femme belle, riche mais un peu trouble, il n'en faut pas plus pour troubler un homme. Un grand-père qui tel Zorro surgissant de l'ombre, règle certains comptes et le compte de certains.
On sent chez beaucoup d'auteurs une nostalgie du vieux Lille et de ses quartiers, Wazemmes, en particulier qui sert souvent de décor à ces histoires.
Je m'excuse pour les autres, mais j'ai remarqué l'écriture pleine d'humour de Philippe Delepierre, un style que j'affectionne particulièrement.
Extraits :
- Lille, ici Lille.... Je redescends. De l'eau, aussi, mais il pleut, simplement, et puis ce n'est pas Ostende.
- Tu ne penses jamais, tu scénarises.
- Cela lui prenait les nuits de pleine lune, comme aujourd'hui. Maman savait tout mais ne disait rien.
- «  Si c'est un accident ça concerne Dieu, sinon, trouve les coupables et venge-là »!
- Je m'y trouvais bien, depuis, dans son lit. Et j'avais tort...Monstrueusement tort.
- Toutes les journées sont longues à Wazemmes quand on a le cafard et qu'on pue.
- Ils pouvaient passer tout un dimanche sans échanger une parole.
-
«  Avec quatre milliards d'anciens francs, vous allez pouvoir faire des cadeaux à vos petits enfants! »
- Cliché 26. Un plat du jour politiquement correct: « Salade verte et tartine au brie »
- Cliché 42. Citation. Prévert. «  Exécution des capitales »:Les bombardiers fusillent les villes, les urbanistes leur donnent le coup de grâce.
Éditions : Autrement/ Romans d'une ville. (2002)
* Le pendu, paroles et musiques Jacques Brel.