La drôle d'histoire du train et des cheminots.
Didier Le GORREC.
Note : 5 / 5.
La vie duraille.
Cette chronique est dédiée à tous les amies et amis que j'ai rencontrés en dix ans de voyages quotidiens, ainsi qu'au personnel de la SNCF, contrôleurs (qui sont toujours en première ligne) et autres. Quelques années après, j'ai toujours beaucoup de joie à passer à la gare de Lorient et toujours autant de plaisir d'être salué comme un ami. Le sous-titre est aussi un hommage à certains personnels de cette grande entreprise pour qui la vie n'est pas toujours un long fleuve tranquille.
L'auteur, petit-fils de cheminots, est journaliste économique. Le rapport n'est pas évident, mais ne compartimentons pas les genres! En parlant de compartiments, c'est réellement une chose que je pense, et avec moi beaucoup d'usagers, regrette et qui donnaient une convivialité certaine entre groupes de voyageurs. Les trains style TGV sont à mon goût d'une tristesse et d'un manque de chaleur humaine évidente. Hélas, dans les trains, si les gens sont en ligne, c'est sur leur portable, bonjour la tranquillité des autres voyageurs! L'histoire de France retient cette phrase «  Messieurs les Anglais tirez les premiers ». C'est ce qu'ils firent pour le chemin de fer, en lançant un train en 1804 roulant à l'allure folle de 8 km/h! Toute médaille a son revers, le premier mort pour cause de trafic ferroviaire fut lui aussi anglais. Mais à cette époque, il était nécessaire d'aller au charbon, et de ne pas avoir ses vapeurs pour faire avancer les choses. Une spécificité, le vocabulaire SNCF, la particularité de ce langage, est soit le silence absolu, personne ne sait ce qui se passe!, soit si une voix sort des hauts-parleurs, nous avons droit à ce genre de propos : « Une sortie de voie », nettement plus rassurant que la version « Un déraillement ». Mais, « un accident de personne »signifie plusieurs heures de retard suite à un décès sur la voie.
Pourquoi, par exemple, dire une « Micheline » et non pas une
« Clémentine », ce n'est pas une question de fruits de saison, je vous rassure. Mais lisez le livre pour trouver la réponse. Petit clin d'œil familial : « Hé oui, une gare bioclimatique, ça existe. Celle de Bellegarde-sur-Valserine, dans l'Ain, peut se prévaloir d'une telle appellation » .
Les acteurs bien réels de toutes ces histoires ont peut-être un peu changé, mais avec une certaine pratique, on les a croisés un jour ou l'autre. « La dame au chapeau », calvaire (pas forcément breton) des contrôleurs, objet de risée ou d'exaspération des autres voyageurs. Partant du principe qu'il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, cette dame n'est jamais d'accord avec les autres! Elle a bien évidemment sa version masculine, qui n'est pas plus agréable! Le voyageur qui demande dix fois au contrôleur si le train va bien à Paris ou ailleurs!Quelques anecdotes, parfois stupides, un train retardé par une machine à....laver, jetée d'un pont, les auteurs de ce geste n'ont pas besoin de lavage de cerveau, c'est déjà fait et l'essorage a détruit leur dernier neurone (au singulier). D'autres sont méconnus, mais tragiques, Saint Jean de Maurienne, 425 morts le 12 décembre 1917. Pour ces voyageurs rapatriés du front italien, le voyage sera le dernier. L'armée classe le dossier « Secret militaire », 6 cheminots passent en conseil de guerre, mais ils sont heureusement acquittés. Déjà, l'air de la grande muette et des lampistes!
Les livres, comme les voyages, ont une fin. Au bout des lignes, quelques lettres sont accrochées sur les panneaux de la gare. Quelques courriers de personnels de la SNCF , qui pourraient s'appeler par exemple, La chèvre de Mr Radin, Suzanne et le train-train, Nénesse et Mai 68, Les tarifs SNCF revus par Kafka et Courteline, Le Ronsard du rail etc.....
Beaucoup de dessinateurs, mais peu que je connaisse. Je reconnais bien volontiers que ce n'est pas ma spécialité, mais je vais les citer tous : Alex, Bélom, Brachemi, Coicault, de La Cassinière, Gégé, Lindingre et Nono.
On sent l'auteur à son affaire (roviaire!), de bien beaux textes et quelques chiffres pour certainement remettre les pendules à l'heure et cela sans retard!
Titres et sous-titres de certains chapitres, avec mes commentaires, pas toujours contrôlés (!) :
- Le train arrive sur le continent. Saint-Étienne au charbon. Le noir avant le vert.
- Des débuts difficiles. l'Intelligentsia le siffle. La locomotive ne s'appelait pourtant pas Hernani.
- L'Orient-Express, palace roulant. Hercule Poirot traîne à bord. Le crime ne paie pas.
- Bébé voyageur en quête de lait. Les pompiers se mobilisent. Une affaire qui aurait pu mal tourner.   
- Littérature ferroviaire. Des wagons de livres. Romans de gare.
- Trains Britanniques. Là-bas, on rêve.... du modèle français. See Now Car Fast.
- En Angleterre, il y a des retards. Les baisers sont visés. Qui trop embrasse retarde les trains.
- La profession se féminise. Les dames deviennent de fer. Non, pas Mme Thatcher.
Bon voyage, et le train-train du matin en gare de Rennes « Veuillez emprunter les passages souterrains s'ils vous plait », mais personne ne m'a jamais dit à qui les rendre!
Éditions : La Ligne Pourpre (2009). Plusieurs autres titres sont disponibles dans cette collection « La drôle d'histoire de..... »
Un dernier petit texte, un extrait de « Ouest France », et dans le cas présent (et ancien) cela ne peut que se passer en Bretagne.

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