29 novembre 2009
BLONDIN Antoine / L'ironie du sport
L'ironie du sport.
Antoine BLONDIN.
Note : 5 / 5.
Le sport....................Jadis!
En ce temps de veaux gras pour certains sportifs et de vaches maigres pour les tenants d'une certaine étique sportive, relisons Antoine Blondin. La poule aux œufs d'or et le cochon de payant, fable moderne ayant pour cadre un stade, ces arènes modernes.
J'ai déjà ici parlé d'Antoine Blondin pour son ouvrage « Sur le Tour de France ». J'appréciais particulièrement sa verve, son franc-parler et son humour teintés de poésie. De 1954 à 1982, il a écrit sept cents chroniques pour le journal « L'équipe », certaines sont réunies dans ce livre. Du tour de France de 1954 qui sera son premier aux championnats d'Europe d'athlétisme en 1982, le tour est bouclé, du vélo à la cendrée, salut l'artiste.
Je ne connais du bobsleigh que quelques images vues à la télévision, Blondin y consacre quelques lignes écrites pendant les J.O. d'hiver de Cortina d'Ampezzo. Il parle d'un dénommé Robin, qui était pilote du double français, qui a refusé de partir pour la seconde manche, victime d'une angoisse insidieuse, son copain Grosso approuvait-il ce choix? C'était l'époque où cette spécialité était parfois une course à la mort, les dénommés Fould et un champion du monde Hendricks l'ont appris à leur dépends.
Un peu de gaité, un après midi au « Vel d'Hiv » pendant les 6 jours de Paris, la rencontre inopinée entre un père qui devait être à son travail au ministère et un fils qui était censé être à l'école! Sur la piste, les coureurs chassaient la prime têtes baissées, sur un podium Minou Drouet déclamait un poème, commentaire de Blondin :
-….récitait un morceau de sa composition, dans ce style finaud, hermétique et bretonnant qui a assis son triomphe auprès de classes populaires.
Dans mes souvenirs et dans ceux de Blondin figurent le Racing Club de Paris (l'ancien), équipe de foot qui jouait tous ses matchs à l'extérieur! Pour un RCP-Rennes, par exemple, le public était en grande majorité breton, et nordiste pour la venue de Lille.
De Roland-Garros à Paris-Roubaix, la gouaille de Blondin rendait le sport aux hommes et aux femmes, des soeurs Press* à Wilma Rudolph, de Michel Macquet à Guy Texereau.
Les personnages sont les spectateurs vus au détour d'un virage, aperçus au sommet d'un col. C'est ce gamin impertinent dans un article le bien nommé « Cépage est sans pitié » qui dit à Blondin : -« Dites, je vous ai vu passer au pied du Chioula dans cette auto rouge. Vous dormiez avec le chapeau sur la tête. Qu'est-ce que vous teniez! »
Cette Madame Louise, poissonnière qui accompagnait son mari au stade et qui veuve, y retourne malgré tout, l'auteur lui rend un hommage tout en délicatesse : -Ses bijoux ordinaires sont des écailles scintillantes abandonnées à l'annulaire.
Les sportifs aussi, bien sûr, certains restent dans les mémoires, Anquetil, Bobet, Kopa, Poulidor, Hinault mais d'autres sont passés de la gloire à l'oubli, un petit mot sur un Breton, Fernand Picot surnommé « Le réduit breton » en raison de sa petite taille, mais qui finit en 1956 second du classement par points du tour de France.
On sent, mais encore de manière diffuse, que les problèmes de dopage et d'argent approchent à petit pas, Blondin le souligne dans quelques-uns de ses articles.
Un petits florilège des noms des chapitres:
Du pin et des jeux; De la chambre d'appel à la femme de chambre; On aime d'abord l'ovale...pour sa rondeur; L'affaire est dans le sacre; L'épée dans l'airain, et un dernier pour la route, L'Aimar au diable etc....
Une image pour le jeune homme que j'étais (Jadis!), une nageuse américaine Shirley Babashoff dont la plastique ne me laissait pas indifférent. Je l'ai vu la première fois (sur un écran de TV) à Munich, puis quatre ans après à Montréal. Pour elle ce ne fut pas la ruée vers l'or. Malgré huit médailles elle n'a jamais été championne olympique en individuelle, dommage. Mais je me rappelle encore d'elle, par contre je n'ai aucun souvenir des lauréates! Une pensée émue pour Lilian Board, seconde du 400 mètres de Mexico derrière Colette Besson en 1968, puis double médaillée d'or aux championnats d'Europe d'Athènes en 1969, morte d'un cancer en 1970 à 22 ans.
D'autres souvenirs également, Christine Caron, croisée à la piscine de Pantin, un certain match de football, « C.A.Montreuil / Aix en Provence », quel intérêt me direz-vous? la présence dans l'équipe méridionale d'un certain Henri Michel.
Il est rare qu'un journaliste sportif soit également un poète dans l'âme, doublé d'un éternel adolescent, Blondin était tout cela. Et il faut aussi se souvenir quel grand écrivain il fut. Enfin, cela fait du bien de retrouver le sport comme il devrait toujours être!Mais je dois faire maintenant partie des vieux ronchons dont la devise est « De mon temps »
Une parodie de Jacques Brel, encore :
Adieu, l'Antoine je t'aimais bien tu sais.
Extraits :
- Je peux bien le dire, mon grand regret est de ne pas m'être vu passer.
- Il racontait cela dans un livre intitulé : L'enfant chargé de chaînes, qui doit bien avoir quelque rapport avec la bicyclette....
- Mais je me sens à ma juste place. Car je crois à la nécessité des sportifs en veston.
- Pour lui, le sport dépasse son aspect ludique pour un aspect éthique : il cesse d'être un jeu pour devenir une morale. (Écrit en 1954! Note personnelle.)
-La neige possède les privilèges de l'éponge.
- L'amateur, au contraire, ne doit rien conserver que de louable dans son dessin. Par conséquent il ne gagnera pas plus d'argent, victorieux ou vaincu.
- …...mais, hélas, les années de champagne comptent double.
- Elle au moins n'attend pas un miracle du petit Jesoss, le soutien-gorge qui vous fait gagner d'une poitrine.
-...ignorant que l'étape Luchon-Pau aura la saveur mouvementée du dernier métro et que le rire, aussi, est parfois jaune.
Éditions : François Bourin. (1988) / Bouquins: Robert Laffont (1991)
* Tamara et Irina Press, leurs plastiques m'impressionnaient également,mais pas pour les mêmes raisons que Shirley Babashoff. Lanceuses de poids et de disques, elles régnèrent longtemps sur ces deux disciplines.
26 novembre 2009
KERGRIST Jean/ Les bagnards du canal de Nantes à Brest.

Les bagnards du canal de Nantes à Brest.
Jean KERGRIST.
Note : 5 / 5.
Vogue la galère!
Ce samedi, sur France 3 Ouest (qui couvre 9 départements) à 15h25, sera diffusé un documentaire sur ce sujet auquel Jean Kergrist tient beaucoup. Habitant Glomel, où était situé un des camps de bagnards, il était le mieux placé pour écrire ce livre et participé à cette docu-fiction. Quelques chiffres, la tranchée fait 3,2 km de long, 10 mètres de large, 23 mètres de profondeur, et a occasionné environ 1 500 000 mètres cubes de déblais! Pratiquement ce qu'il faut pour construire une pyramide. L'Histoire (avec un grand H) se déroule sur 9 ans, de 1823 à 1832. Pour désenclaver Brest, l'idée d'un canal a fait son chemin, mais à pas menus, c'est le moins que l'on puisse dire. Brest a une situation privilégiée, en ce temps où l'ennemi héréditaire est l'Angleterre, sa rade est un lieu très bien protégé, mais en cas de blocus maritime,son approvisionnement est très aléatoire. Pour le pas menu de l'histoire, quelques repères : le projet est de Vauban, puis Napoléon donne son accord, mais le chantier ne commence qu'en 1823.
Imaginons un instant les problèmes d'intendance de ce colossal chantier, en plus pour l'époque. Quelques chiffres 650 bagnards, autant d'ouvriers libres (ou beaucoup plus!), des gendarmes pour faire régner l'ordre, quelques personnels administratifs, un minimum de service de santé, etc..... Les temps sont troublés, que crier « Vive le Roi », « Vive la République » ou « Vive l'Empereur » ? Les préfets changent, à chaque renversement du régime, la politique aussi, ce qui donne des situations absurdes, comme celle de Nicolas-Aubin Coulon, le bagnard qui refuse de partir après l'amnistie d'août 1830 et qui se retrouve quasiment seul dans le camp! Les évasions et les punitions, les relations tendues entre bagnards et ouvriers, la maladie et la mort, la vie suit son cours! Un petit mot sur les « grâces », en réalité, souvent les graciés retrouvaient leurs anciens régiments, et les questions financières étaient primordiales, s'ils étaient libérés en janvier, l'administration disait qu'ils étaient nourris depuis plusieurs mois avec une activité réduite à cause du temps! En juillet cela ne convenait pas, car il fallait toutes les forces vives pendant qu'il faisait beau! Amusant ce sens de l'économie, surtout quand on sait que le plus gros « salaire »mensuel était celui du......préfet! qui était également rémunéré pour le chantier du canal d'Ille et Vilaine. Les temps n'ont pas changé! Mais des résidents du bagne de Glomel, au fil du temps et de prime en prime, c'est l'aumônier qui est le mieux rétribué! Certaines fortunes se sont faites, d'autres se sont défaites, pour les bagnards, ils touchaient un « Pécule » s'ils étaient libérés (somme qui était transférée à leurs régiments s'ils finissaient leur temps d'incorporation), une misère évidement! On retrouve la lutte entre les laïques et le clergé, les passe-droits, la politique et ses alliances, et des jugements dédaigneux sur les habitants du Centre Bretagne, perçus comme à la limite de l'obscurantisme et de la barbarie! Le plus triste de l'histoire est que la création du lac de Guerledan et la construction d'un barrage, en submergeant 17 écluses, coupe le canal en deux, ce qui rend caduque sa destination première, moins de cent ans plus tard, en 1928 !
Les bagnards sont les principaux personnages de ce récit, mais il est nécessaire de rappeler un détail, ce ne sont pas des détenus de droit commun, mais uniquement des déserteurs de l'armée et il n'y a pas de Bretons parmi eux pour limiter l'aide aux évadés. Il y a en dehors des bagnards des figures qui se détachent, par exemple Charles Beslay, l'entrepreneur de la Tranchée, personnage au destin exceptionnel, de Dinan à Neuchâtel, de Glomel aux Chemins de fer helvétiques, il fit revenir les bagnards au camp en 1830 seuls et sans armes. Lecor (qui obtiendra des autorités l'ouverture d'une école pour les bagnards!) et de Kermel ont également eu un rôle très important dans l'installation du camp et dans son bon fonctionnement. Le docteur Goëlo, anticlérical convaincu, mais bien seul dans la région où la religion catholique est toute puissante, et manœuvre bien pour le rester. Un autre médecin, Levincent, dénoncera les conditions de vie au camp. Le lieutenant de gendarmerie, enfin pour un temps, il sera muté après l'évasion de 1830, répond au doux nom de Trompette! Était-il mal embouché, nul ne le sait? Peu de femmes dans ce monde, sauf une religieuse femme de caractère sœur Constance, et une blanchisseuse!
L'auteur me disait qu'il lui avait fallu plus d'an de travail et de consultation des archives avant de commencer ce livre et que ce n'était pas fini! L'auteur mêle l'histoire et beaucoup d'anecdotes ce qui permet à cet ouvrage de ne pas avoir un style trop scolaire. Je laisse le mot de la fin à Claude Boissier, directeur des éditions Keltia-Graphique et également imprimeur, à la question :
Quels sont les livres que vous êtes content d'avoir édités ?
Sa réponse est: Sans aucun doute, parmi d'autres, les deux livres de Jean Kergrist consacrés aux bagnards de Nantes à Brest (17000 exemplaires vendus à ce jour).
Ces lignes sont extraites du catalogue sur la littérature de Bretagne édité pour le festival du livre de Carhaix.
Extraits :
- La réalité historique n'a pourtant rien d'aussi désobligeante : aucun condamné de droit commun à fréquenter ce bagne, réservé uniquement aux militaires déserteurs de l'armée royale.
- Ils ne méritaient aucunement l'opprobre du silence dans lequel, par la suite, ils furent enfermés.
-« Ces canaux traversent un pays inculte, une espèce de désert, rien qu'annonce l'agriculture et le commerce puisse vivifier d'ici plusieurs siècles ».
- Je vais faire en sorte de recruter parmi les ouvriers marins qui sont plus intelligents et plus actifs que ceux des campagnes.
- Les condamnés sont maintenant prévenus de la règle du camp, inscrite en filigrane de leur travail quotidien : l'évasion ou la grâce. Ces deux rituels opposés ont désormais ponctué leur vie au camp.
- Apprendre à lire à des bagnards, n'est-ce pas les émanciper, alors qu'ils sont là pour être punis ? Est-ce bien le moment ?
- Toutes ces cabanes isolées seront autant de cabaret qui dérouteront les ouvriers et où les désordres de toutes espèces peuvent avoir lieu. Déjà trois cabarets sont en exercice sans qu'ils m'en est donné aucun avis.
-Les gendarmes craignent une révolte des travailleurs qui pourrait se propager à la population locale et aux condamnés.
-Je pense que les difficultés qu'éprouveront dans le pays ce qui se sont jetés dans la campagne dont il ne parle pas la langue........
Éditions : Keltia Graphique. (2003).
En italique, les correspondances de l'époque.
Deux ouvrages sur le même sujet chez le même éditeur :
Bagnards en cavale de Jean KERGRIST.
Charles Beslay, du canal de Nantes à Brest à la Commune de Paris de Philippe RICHIER.
Plus de renseignements sur le site de Jean Kergrist, ici.
25 novembre 2009
CRUMLEY James / Le bandit mexicain et le cochon.

Le bandit mexicain et le cochon.
James CRUMLEY.
Note : 3 / 5.
Ben mon cochon!
Recueil de neuf nouvelles qui est ma première lecture de cet auteur pourtant très renommé, mais hélas décédé dernièrement. J'aime bien découvrir un écrivain par des nouvelles, cela me permet de sélectionner ce qui me plait, tout en me laissant la liberté de passer sur des textes que j'estime moins bons.
Dans la première nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage, vous mettez ensemble : un détective privé en vacances dans une petite ville mexicaine près de la mer et une jeune fille bien de sa personne, mais un peu allumée. Vous ajoutez une bande communiste révolutionnaire braquant des cars, une truie avec un bandana rouge (pour ne pas qu'elle puisse se prendre pour autrui), un bébé kidnappé, un policier mexicain alcoolique et un avocat marron. Pour les ingrédients en plus de la tequila et de la bière, quelques cigarettes qui donnent de l'euphorie. Et tout cela vous donne un détective privé un peu berné. Un peu est un doux euphémisme.
« L'Ouest, le grand » est un texte beaucoup plus sérieux, un court essai sur l'histoire de l'Ouest américain. L'auteur nous parle de quelques livres traitant du sujet et cite Henry David Thoreau : « Vers l'Est, j'y vais seulement contraint et forcé, mais vers l'Ouest, j'y vais de mon plein gré ».
Sonny Sughrue, le détective privé de la première nouvelle est le narrateur de « The Muddy Fork », histoire d'une dynastie du sud Texas. Sombre histoire voisinage et d'adultère. Une note du malgré tout, une manière originale qu'emploie une femme mariée pour savoir si son mari ne revient pas de quelques aventures extra-conjugales!
Ce livre se termine par « Blanche neige la Rieuse et Wanda la Marâtre », version revisitée du célèbre conte, avec sexe et cocaïne. Des nains évidemment, mais j'ai à cette occasion découvert une nouvelle profession, chasseur de nains! Pas de problème, tout cela se termine très bien, enfin pour certains.
Dans « Un fils rêvé pour les Jenkins », l'auteur nous parle d'une famille où tout ne va pas pour le mieux. Une nouvelle très triste, un des plus beaux textes du recueil.
Un homme et une femme, couple fugitif, sont rattrapés par le mari de la dame. Alors Benbow, l'homme nous raconte sa vie, ou plutôt sa déchéance. Brillant joueur de football, une blessure l'a fait sombrer dans l'anonymat. Entraîneur, la chute fut encore plus rapide. L'histoire, « Hot Springs » est très sombre, certainement la meilleure du recueil.
Une garde-chasse dans le parc naturel de Yellowstone, que fait-elle quand il ne se passe rien? Et comme c'est souvent le cas.......
Une lecture qui ne m'a pas réellement convaincu. Certains textes ressemblent plus à des chroniques journalistiques qu'à des nouvelles, par exemple « L'Ouest, le grand» ou « Tout le monde peut écrire une chanson triste » où l'auteur évoque la musique « Country » à travers le personnage de Clint Black. Idem pour « L'esprit de la route » qui fait un inventaire des bars du « Cercle intérieur » circuit des bars au nord de Missoula, Montana. Mais le temps passe, les auto-stoppeuses hippies ont vieilli et certains patrons de bistrots sont morts.
Malgré ces quelques réserves, j'essayerai de lire un roman bientôt.
J'ai pour ce livre la même impression que pour « La fille de la tempête* » de James Cain, celle de ne pas avoir choisi le bon livre pour la découverte de ces deux auteurs.
Extraits :
- Percuter un cochon avec n'importe quel véhicule, c'était comme percuter un rocher de la même taille.
- Il la trouvait très mignonne dans sa chemise. Encore quelques verres et il savait qu'il la trouverait jolie.
- L'idée du cow-boy plutôt que le cow-boy lui-même. Apparemment les cow-boys possèdent leur propre marque de gènes.
- La réalité, comme souvent, est d'une effroyable banalité.
- Un des deux camps avait pas besoin de son aide, et l'autre ne lui avait pas réclamé.
- Ou mieux, commencé par la fin le 4 juillet 197....
- Une femme édentée, à présent, taillée comme une boulette de pommes de terre, nappée de cheveux gras et assaisonnée de grains de beauté.
- Malgré tout, sachez que la plupart de vos affaires sont plus en sécurité à Yellowstone que dans votre maison.- C'est une illusion, accord ; mais c'est votre film.
- Et fade aussi la nuit que passa le chasseur écervelé avec Wanda : car femme narcissique n'est jamais une affaire au lit.
Éditions : Série Noire / Gallimard. (1999)
Titre original : The Mexican Bandit. (1999)
*La fille de la tempête, ici.
22 novembre 2009
BRUEN Ken / Chemins de croix.

Chemins de croix.
Ken BRUEN.
Note : 4 / 5.
Tog a bog e mo chara *.
Sixième opus des aventures de Jack Taylor dans sa bonne ville de Galway. Ken Bruen aurait pu emprunter à Sean O'Casey le titre d'un volume de son autobiographie « Douce Irlande adieu! ». Quoique la douceur dans les aventures de Jack Taylor!!!!!!
Cody, fils adoptif et spirituel de Jack, est toujours dans un profond coma à l'hôpital où celui-ci se rend tous les jours. Ridge lui demande de l'aide : un jeune homme, John, a été retrouvé crucifié et dans la très chrétienne Irlande, cela choque. Il lui donne son accord et accepte également d'aider à résoudre un problème de disparition de chien dans un quartier de Galway . Pour cela il fait appel à un ancien flic alcoolique désargenté, Eoin. Alors quand Maria, la soeur de John, est découverte carbonisée dans sa voiture, force est de constater qu'il y a quelque chose de pourri en République d'Irlande. Cody meurt de ses blessures et Jack est fermement prié de ne pas apparaître à l'enterrement, alors il se rend à celui de Maria, persuadé que l'assassin sera là, et c'est ce qui se passe.....Le corps d'Eoin est découvert noyé, un chien attaché autour de la taille, son enquête l'avait amené sur les traces d'un industriel de l'alimentation, est-ce la raison de sa mort?
Beaucoup de personnages dans ce roman, avec certains retours d'un passé pas si lointain. Les incontournables Jack Taylor et son « amie » Nic An Iomaire (Ridge), pour eux la situation n'est pas brillante, Jack lutte toujours contre les démons enfouis, mais près à ressurgir, Ridge, elle, a des problème de santé, ainsi va la vie. Stewart était le dealer de Jack, celui-ci l'a aidé à prouver que sa sœur a été assassinée, alors il se sent redevable et va l'aider dans sa quête de vérité. La famille Mitchell, le père, la mère décédée dans un accident de voiture à Galway, les enfants Sean et Gail, d'un côté et les Willis, John, Maria, Rory, de l'autre. Quel lien tragique les unit? Il recroise Jeff, son ami de longue date, mais hélas, entre eux un drame a marqué la fin de cette relation. Gina, grâce à sa formation de psychologue, tente d'aider Jack, l'amour comme thérapie, mais n'est-il pas trop tard?
La mort par crucifixion, par l'eau et le feu, cela donne un côté biblique aux meurtres ainsi que l'aspect d'une croisade entamée au nom de la vengeance. Sinon, la formule habituelle fait toujours recette, Galway semble une annexe de l'enfer, et Jack, le locataire privilégié de l'endroit.
L'Irlande traditionnelle est loin, n'a-'elle jamais existé d'ailleurs? Toujours dans le texte, quelques mots de gaélique, expression d'un autre temps d'amitié ou de tendresse « amac », « Loveen » et la constatation désabusée de Ken Bruen :
-Fut un temps où ce terme affectueux était aussi courant que les agressions aujourd'hui.
Un titre intéressant, peut être un ton en dessous des autres romans de la série, les intrigues n'ont jamais eu une grande importance dans les aventures de Jack Taylor, cela se vérifie ici. Peut-être qu'un peu plus de rigueur dans l'écriture serait la bienvenue. Toujours des références musicales ou littéraires, comme d'habitude, ici en autre, il parle de John Cheever, écrivain américain spécialiste d'un genre que j'adore, la nouvelle.
Il reste une grande nostalgie d'une époque révolue d'un monde disparu, alors que celui qui lui a succédé est dévasté par la drogue et qui fait presque apparaître la boisson comme un pêché véniel!
Ken Bruen a toujours un sens très critique envers ce qu'est devenu son pays, chose qu'il partage avec de nombreux autres écrivains, en particulier ceux qui écrivent des romans policiers.
Extraits :
- La pinte de Guinness était un véritable chef-d'œuvre. Versée à la perfection le sommet en était une couche de mousse irréprochable.
- Ce n'est pas être malade, ça ? Évidemment que si. Ou alors, juste irlandais.
- Pour moi, ça avait un sens délirant, mais j'ai pour excuse d'être irlandais, et la logique ne tient donc aucun rôle dans mon raisonnement.
- Même si je n'avais pas bu, les vieilles habitudes ont la vie dure. Demandez au Sinn Fein.
- Une matinée noyée de désespoir. En irlandais, nous gémissons, och ocon....
- Mon père se serait retourné dans sa tombe s'il avait su que le jour était venu où nous devions payer notre eau sur une île entourée de ce foutu liquide et cinglée par la pluie presque chaque jour de l'année.
-On est bien obligé de se demander : où sont donc passés tous les Irlandais? Nous sommes peut-être enrichis, mais nous nous retrouvons assurément en minorité.
- Mais mo croi briste...Mon cœur s'est brisé.
- Ce type de flirt avait été rebaptisé clirt... flirter en clopant.
- Vous autres, les cathos, quand vous tenez un truc qui attire les foules, vous l'exploitez à fond.
- Polis... mais quant à être amicaux... c'est des Anglais, ils ne savent pas s'y prendre.
- Ça me surprend un peu de votre part, Jack, vous qui êtes un ardent défenseur du Galway et d'autrefois, le gardien de l'âme celtique, toutes ces bonnes choses.
Éditions : Série Noire/ Gallimard. (2009)
Titre original :Cross (2007)
* Expression gaélique signifiant approximativement « Reste calme mon ami »
19 novembre 2009
C'est dur.....la culture!
Lecture de John HASKELL.
C'est dur ….......la culture!
Résumé de quelques jours intenses et variés commencés en fin de semaine dernière pour se terminer mercredi soir.
Samedi.
Direction Quimperlé pour une conférence de Claude Hermann, spécialiste de la musique baroque anglaise, qui a attiré plus de monde que je n'aurai imaginé. Comme beaucoup de non mélomanes, j'ai découvert Henry Purcell grâce à Stanley Kubrick et la bande son du film « Orange Mécanique » et il est devenu un des musiciens les plus écoutés dans la famille. Son intervention était très instructive, entrecoupée d'extraits musicaux.J'ai ensuite été voir Trinka*, dessinateur et éditeur, dont les bureaux sont près de la médiathèque. Puis une dernière visite dans le bas Quimperlé pour aller chercher quelques « Kouign Aman » commandés la veille. Les nourritures spirituelles et les chants sacrés de Purcell ne se mettent pas dans une assiette.
Dimanche
Direction Riantec pour le festival du livre qui, souvent pour nous, termine la saison des salons. Comme d'habitude beaucoup de rencontres, honneur aux dames : Guénane*, toujours souriante, Josiane Fouchard dont je n'ai pas encore parlé sur ce blog , Michelle Brieuc* avec qui en plus de livres, nous avons parlé de …..ma cousine, eh oui! Fabienne Juhel *très sympathique, souriante et pleine d'humour, tout à l'opposé de son livre « L'angle du Renard » qui est plutôt sombre. Nous avons (comme à chaque fois) fait une halte assez prolongée chez Liza Lo Bartolo Bardin*, où j'ai lâchement abandonné mon épouse qui l'apprécie beaucoup! J'ai rencontré pour la première fois Mona Ozouf* dont le livre « Composition française » m'a beaucoup intéressé.
Côté masculin, les habitués, Patrick Argenté*, Michel Dréan*, Jacques Thomassin* que j'ai revu avec beaucoup de plaisir, Jean-Pierre Boulic qui m'a parlé de son voyage à Prague, un chœur ayant interprété certaines de ses chansons dans une église de cette ville magnifique. Christian Blanchard* qui m'a parlé d'un salon dans le nord de la France dont il était très content, Daniel Cario, Hervé Bellec*, avec qui nous avons parlé du festival du livre de Carhaix, dont il était le président, et qui semble regretter de ne plus être « sous les projecteurs de la gloire »!! Revu également et avec toujours autant de joie Jean Failler*. Je n'ai pas encore parlé de Martial Serlin que j'avais déjà rencontré à Carhaix. J'ai fait la connaissance d'Yvon Le Men* et de Bernard Berrou, grand spécialiste de l'Irlande, mais je n'ai pas encore lu un de ses ouvrages. J'espère que je n'ai oublié personne !
Vues du salon, avec Jean Failler au centre.
Lundi : Rien!
Mardi.
Direction le théâtre pour une soirée en compagnie de Forrest Gander* et de John Haskell*, à qui j'avais envoyé un mail sur son site et que j'ai retrouvé après la conférence. Beaucoup de public s'était déplacé. Le plus marquant fut la complicité qui unissait ces deux auteurs qui ne se connaissaient pas avant ce voyage en France et qui n'ont pas le même parcours : l'un vient de la poésie, l'autre du théâtre. Pour les deux auteurs, c'était le premier roman et c'est une coïncidence, a dit John Haskell, les personnages principaux n'interviennent pas.
Mercredi.
On prend les mêmes et on recommence, mais cette fois dans un cadre qui m'est plus familier, la médiathèque et devant un public plus clairsemé. J'ai retrouvé Joëlle et Florian, mais nous nous étions déjà vus à Riantec. Avant le début de la conférence, j'ai un peu parlé avec John Haskell qui semble s'être renseigné sur la Bretagne et m'a montré sa liste de courses à faire : une vareuse, un Kabig et, me semble t-il, un pull marin avec trois boutons au niveau du cou! Il parlait également de goûter au Chouchen! Revenons à la littérature ; suite à une question, Forrest Gander a parlé des premières pages de son livre qui décrit un accouchement qui, dit-il, si ma mémoire est bonne semble s'être passé dans des conditions du 19 ème siècle et qui est très violent. La naissance et la mort sont deux violences obligées, mais la vie peut être également une violence.
Avec John Haskell, nous avons parlé de la différence de conception entre les USA et la France des mots « nouvelles » « roman » et « essais », chacun ayant sa propre définition.
Une très belle soirée, et merci à John et Forrest pour leur gentillesse et leur humour et ne pas oublier les deux traductrices, merci aussi à elles.
Lecture de Forrest Gander. Contrairement à ce que la photo pourrait laisser croire, John Haskell ne joue pas de l'harmonica, mais tient un téléphone portable devant son micro dans lequel est enregistré la musique accompagnant le poème.
Un souvenir :
16 novembre 2009
HASKELL John / American Purgatorio.

American Purgatorio.
John HASKELL.
Note : 4 / 5 .
Sur la route*
Seconde lecture dans le cadre des « Belles étrangères », Forrest Grander et John Haskell seront mardi et mercredi à Lorient. C'est ma première lecture de cet auteur, après une tentative infructueuse avec son recueil de nouvelles « Je ne suis pas Sydney Pollock ».
Ce roman est présenté en 7 chapitres principaux, comme les péchés capitaux dont il porte le nom, « Superbia », « Ira », « Indivisia », « Luxuria », « Gula » » »Acedia » et « Avaritia ».
En voyage, Anne et Jack s'arrêtent dans une station-service, celui-ci va chercher de quoi se restaurer. Mais à son retour son épouse et leur voiture ont disparu. Après un long moment d'attente, Jack regagne son domicile. Celui-ci est vide, Anne ne répond pas sur son téléphone portable. Il alerte la police, qui ne prend pas l'affaire au sérieux, puis il se pose la question : pourquoi avoir pensé en premier lieu à un enlèvement? Et si c'était une disparition volontaire! Il découvre dans le bureau d'Anne une carte des États-Unis sur laquelle figure un itinéraire. Il se rachète une voiture et suit la route indiquée sur la carte. Alors commence une longue route, en direction de l'ouest, vers la Californie. Il s'ensuit des rencontres qui, petit à petit, l'amèneront vers des horizons nouveaux pour lui. Mais dans son esprit, obnubilé par Anne, tout semble inachevé et chaotique. Plus rien ne semble une certitude, la disparition d'Anne, mais dans quelles circonstances exactes?Un soir sur le parking d'un motel, il lui semble reconnaître sa voiture, il espionne le couple, mais surtout Linda la femme. Il lie connaissance, lui raconte son histoire, un certain sentiment semble naître entre eux, mais Anne est là dans un coin de la mémoire de Jack.
De Lexington à Boulder, la route est longue, et San Diego est encore plus loin et Anne.......
Anne, toujours absente, mais omniprésente, mais qu'est-elle réellement devenue, car au fil du temps la version des faits donnés par Jack varie. Où est réellement la vérité ?
Jack suit un chemin chaotique, en voiture et dans sa tête, est-il parfois amnésique ou tente-t-il de se cacher ce qu'il s'est passé! Puis une foule de personnages plus typés les uns que les autres, Alex, sorte de voyageur solitaire, auto-stoppeur, adepte du yoga, Laura compagne d'une nuit de questions plus que d'actes. Un vieil homme un peu ermite dans la campagne américaine qui a la photo pour passion lui est présenté par Linda. Fletcher et Feather, couple hippie toujours entre deux festivals de musique, prônant l'amour libre, très libre même que Jack expérimentera, cela évidement dans le chapitre « Luxuria ». Un chauffeur pour qui l'auto-stop n'est pas gratuit, Jumbo et Craig, voleurs à la petite semaine, éternels perdants du rêve américain, mais qui n'hésiteront pas à dépouiller Jack de ses derniers biens. Polino lui sera la dernière bouée avant le Pacifique, mais Jack lui fera perdre ses illusions.
Ce roman semble osciller entre rêve et réalité, sorte de conte onirique ou de voyage initiatique. Jack cherche Anne, du moins, c'est ce qu'il nous dit, s'en persuade t-il? La quête, la route soit, mais pourquoi?Immanquablement j'ai pensé à Kerouac traversant les États-Unis, l'un et l'autre à la recherche de quoi : de leurs propres identités, d'une femme, du bonheur ou alors tout simplement l'envie de fuir? D'ailleurs les références littéraires qui sont données dans ce livre sont Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Herman Melville et William Blake.
Un roman bien écrit qui se lit très bien, mais dont la chronique m'a semblé très difficile à faire, vu le nombres de rencontres qui forment un vaste puzzle.
Extraits :
- Ce n'est pas exact. Il se passait des choses, mais je ne voyais rien, c'est tout.
- Pas de problème, voulait dire, mais ce n'était pas le cas. La voiture n'était pas là et Anne non plus.
- Sauf qu'il fallait que je fasse quelque chose.
- Et je laisserai le monde me dire ce que je devais faire.
- Il existait un million de versions différentes de la vérité, et je voulais trouver ma version à moi.
- Et je me suis mis en colère. Et parce que j'étais en colère, j'ai fait plusieurs choses.
- Qu'est-ce que j'étais censé faire ?
- Je n'ai pas seulement le souvenir d'Anne, mais aussi, éventuellement, un avenir.
- Et parce que toute expérience humaine est extrêmement complexe il est possible de ressentir simultanément des pulsions conflictuelles.
- Il se brisait. Le rêve. Le rêve mourait. Et je le laissais mourir. Ce n'était pas si terrible. En fait, ça faisait du bien.
- S'il y avait le fait que j'aimais Anne. Ce qui était toujours le cas. Et elle m'aimait. Elle m'avait aimé et m'aimait.
Éditions : Joëlle Losfeld( 2007)
Titre original : American Purgatorio. (2005)
*Hommage personnel à Jack Kerouac, un des auteurs qui m'a donné le goût de la littérature.
Forrest GANDER En ami.
13 novembre 2009
JUHEL Fabienne / A l'angle du renard

A l'angle du renard.
Fabienne JUHEL.
Note : 4 / 5.
Le Rigoleur et le Renard
Lecture non sponsorisée.
La petite note en avant propos est juste pour signaler que je ne participe pas à une opération pseudo-culturelle sponsorisée par une chaîne de magasins dont la maison mère fut ou est encore en Bretagne. J'exprime ici un avis qui m'est personnel et qui donc n'engage que moi.
Les avis favorables sont nombreux, mais pas unanimes, et ayant fait la connaissance de l'auteur à Carhaix, je vais tenter l'aventure. Elle sera également présente à Riantec ce dimanche. A noter sur l'une des premières pages, quelques lignes de la chanson de Jacques Brel « Ces gens là », une de mes chansons préférées. Contrairement à ce que laisse entendre le titre de cette chronique, ce livre n'est pas une fable, loin de là.
Arsène Le Rigoleur habite seul dans la demeure familiale, son père est mort, sa mère en maison de retraite. Son seul réel ami est Yvan. Copains d'enfance, ils ont fait ensemble les quatre cents coups. Arsène vit au rythme des saisons et des travaux des champs, un couple d'habitants de la ville, les Maffart s'installent dans la maison voisine avec leurs enfants. Juliette, la fille, rend souvent visite à son voisin, qu'elle appelle « Tonton », le garçon Louis est plus réservé et plus dissipé, il embête la basse cour et chaparde des pommes. Arsène et Juliette de concert lui donnent une leçon, ce qui vaudra à Arsène une visite du père furieux. Arsène, avec l'accord de la mère, va faire les courses avec Juliette. Surprise, à leur retour les gendarmes les attendent, prévenus par la famille de la disparition de la fillette. Cette visite de la maréchaussée n'est pas la première pour Arsène! Puis Louis, jouant à l'espion, se met à suivre Arsène, commence alors entre eux une sorte de jeu du chat et de la souris. Arsène s'en amuse les premiers temps, mais le jeu devient lassant, l'enfant approchant d'un peu trop près certains secrets de la famille Le Rigoleur.......
Arsène Le Rigoleur nous dévoile petit à petit sa vie et celle des habitants de la campagne environnante, enfance dure, éducation stricte, les coups pleuvent plus facilement que les compliments. Il nous raconte son histoire avec détachement et un certain cynisme, comme si tout allait de soi. Son père est fasciné par les renards au point d'essayer d'en apprivoiser un. Décédé, il hante encore les murs de la ferme familiale, la mémoire d'Arsène mais il n'est pas le seul.La mère qui buvait est maintenant en maison de retraite. La boisson pourquoi? Yvan, le quasi-frère, marié, mais pas heureux, annonce un jour qu'il va vendre sa ferme ; coup de massue pour Arsène, pour qui une partie de son existence, de ses repères l'abandonne. Pour François, personnage invisible, mais omniprésent, nous ne saurons que plus tard qui il est. Les Maffart, Monsieur, Madame prénommée Marie, et les enfants Louis et Juliette font donc irruption dans la vie du bourg et dans celle d'Arsène. Si celui-ci s'entend bien avec Juliette, il n'en est pas de même avec Louis. Quant à Marie, le moins que l'on puisse dire est que son attitude est très ambiguë. Marion, jeune fille fréquentant les bals de la région, Marraine Ernestine qui l'a affublé de ce prénom qu'il déteste, Monsieur Lépervier, le droguiste chez qui son père l'envoie le 24 décembre acheter un martinet neuf (vous parlez d'un cadeau!), le ferrailleur, Louise, accoucheuse et faiseuse de cancan et d'anges aussi quand cela est nécessaire sont des personnages furtifs de cette histoire.Ce roman est étrange, oppressant, plein de silence, de non-dits et de secrets de famille. La vie dans les campagnes bretonnes, à l'époque où les transports étaient inexistants, les mariages avaient lieu dans un rayon de 25 kilomètres, ce qui donnait un monde en vase clos. Le renard est un symbole de ce genre de vie, car c'était un animal très présent dans les forêts.
Un extrait qui explique la présence du renard dans ce roman et qui me plait particulièrement :
-Et j'aurais préféré qu'on me laisse le choix. Arsène Le Luern par exemple. Le nom de jeune fille de la mère. Le Luern cela veut dire renard en breton. Le renard, ça c'est un nom. Un nom très convenable même.
Il me semble que le mot « Louarn » soit plus usité en Bretagne pour désigner un renard. Le nom de jeune fille de ma mère est Le Louarn. C'est un clin d'œil personnel.
Extraits :
- Car elle a fait aussi l'homme, son ennemi naturel. Ennemi juré. Ennemi mortel.
- Comme ça, tu vois, ils cassent les gènes de leur souche paysanne.
- La haine d'un môme, c'est quelque chose de terrible. Y'a pas pire. Je sais de quoi je parle.
- Tu me chatouilles, non mais tu es vraiment un rigolo toi !
- Il grommelle dans sa barbe, peut-être un juron en breton. Çà lui remonte parfois de son enfance. Le père d'Yvan était breton, un des terres.
- Yvan s'arrime à son silence.
- C'était sa stratégie de survie à la môme. Le silence, le jardin et ses dessins.
- Elle s'est tournée vers nous, les gens de la terre. J'ai opiné.
- Je lui apporte des nouvelles, celles dont on ne parle pas dans les journaux. Les humeurs des bêtes, l'air des jardins, le silence des pierres.
- De toute façon, c'était plus des cours, mais des mouroirs pour chars à bancs, semoirs et crémaillères.
- La mère d'Yvan, elle, s'est pendue dans son grenier. Y avait encore des poutres à l'époque.
- C'était pas fondé, rien de vécu, juste la haine ancestrale du paysan contre la maréchaussée, la haine du chien contre l'uniforme. Pas plus rationnel que ça.
- Et puis l'hiver est arrivé, avec lui, les mois noirs*.
- C'est Dieu qui l'a voulu. Il a donné, il a repris, disait la Mère. Mais reprendre c'est voler moi je trouve.
Éditions : Au Rouergue/La Brune. (2009).
* Du (noir) novembre. Kerzu (très noir) décembre.
10 novembre 2009
PETIT Chris / Le tueur aux psaumes.

Le tueur aux psaumes.
Chris PETIT.
Belfast confetti*.
Note : 5 / 5.
Ce livre est comme une pinte de Guinness, le fond est noir, très noir, et il y a une petite couche de blanc au dessus! Mais très mince la couche de blanc, très, très mince ! Une page de l'Histoire de l'Irlande du Nord, avec des dessous pas très propres, pour ne pas dire d'une crasse et d'une puanteur indignes d'un monde démocratique.
Nous sommes en septembre 1973 à Belfast. Candelstick tue un leader protestant, ce meurtre passera en pertes et profits (surtout profits pour certains).
Irlande du Nord, janvier 1985, l'inspecteur Cross fait un cauchemar, mais la vie à Belfast n'est-elle pas un enfer?
Le décor est posé, la mort peut faire son entrée en scène, par psaumes interposés. Ce qui semble n'être qu'un vulgaire vol de voiture, va déboucher sur une série de morts reliée au passé de Belfast. Le premier cadavre présente certaines particularités pour le moins étonnantes, il semble avoir été crucifié, n'a plus de dents et a été congelé! C'est beaucoup pour un seul homme, surtout qu'après enquête, il s'avère qu'il s'agit d'un ancien membre de l'IRA dont la famille a sauté dans l'explosion de sa voiture. Il avait quitté l'IRA et semblait agir en franc-tireur, donc il avait pas mal d'ennemis. Mais pour les autres, une femme aux mœurs un peu légères, une très jeune fille.... Un journaliste aussi est tué , là les motifs ne manquent pas, il s'apprêtait à faire des révélations sur une affaire de pédophilie, celle de Kincora, est-ce la cause de sa mort?
Tout ramène à l'histoire proche de l'Ulster, les groupes paramilitaires, les autorités, la police locale, les Britanniques, tout ce beau monde se combat ou chose plus surprenante fait des alliances contre nature. Et puis le marché de la drogue est aussi une pomme de discorde ou une arme politique.
L'inspecteur Cross est marginalisé au travail comme dans sa vie privée, il est anglais et agnostique, ce qui est la tare suprême en Irlande du Nord. Son mariage s'effrite lentement mais sûrement. Il faut lui reconnaître que sa belle famille, bigote et loyaliste, ne lui arrange pas les choses. Il veut mener cette enquête à son terme, malgré les éclaboussures qui en résulteront. Jusqu'où peut aller le pragmatisme politique, c'est la question qu'il se pose. Westerby est son adjointe, la seule en qui il peut avoir confiance, autant le dire tout de suite, ce qui devait arriver arriva!!!!! Chose étrange, ils ne semblent pas avoir de prénom, ni lui, ni elle.
Candlestick paraît être une marionnette manipulée, pour les Britanniques il tue des catholiques. Puis amoureux et marié à la fille d'un dirigeant républicain, il semble être devenu tueur pour une organisation catholique. Ancien soldat, il a le profil du tueur psychopathe. Faut-il chercher dans son enfance les causes de tout cela? Légalement il est décédé, sa voiture ayant sauté un matin.......
Des autorités se défiant les unes des autres, chacune se cachant derrière le statut politique étrange de cette entité qu'est : ou l'Ulster (alors qu'une partie de l'Ulster est en République d'Irlande) ou l'Irlande du Nord! Mais le sentiment prédominant est le mépris que les uns et les autres portent aux Britanniques (Les Brits!). Lesquels malgré tout tirent les ficelles, et plus la ficelle est énorme, mieux elle passe.
Un récit axé sur le côté politique malgré le fait que l'intrigue soit solide et l'atmosphère générale très glauque. Mais je pense que ce qu'il faut retenir de ce livre, est, si cela était encore un mystère, la collusion entre les paramilitaires protestants, l'armée et la police. Le nombre de catholiques tués par l'armée ou la police est connu (et élevé), mais le nombre de protestants? L'auteur suggère que l'armée en a tué quelques-uns pour attiser la haine contre l'IRA, pourquoi pas? Des attentats de Dublin aux Bouchers de Shankill, ou les grandes grèves protestantes, tout semble fait pour retarder la signature de tout traité. A qui profite le crime?
Un dernier mot, bravo aux éditions Fayard pour avoir édité ce roman, mais dommage qu'il ait fallu attendre plus de dix ans! Ce livre me rappelle « Le trépasseur » d'Eoin McNamee, par l'horreur de l'histoire, mais ce qui est grave, c'est que la fiction est très en dessous de la réalité!
Question qui me tracasse malgré tout, comment vont réagir les lecteurs pas très au fait de l'époque et du contexte historique de ce livre qui nécessite une relative bonne connaissance du problème Nord-Irlandais? Saint-Patrick a chassé les serpents de l'île d'Irlande, mais ici, c'est un vrai nid de crotales!
Extraits :
- A l''époque, à Belfast, c'était plus facile de faire tuer quelqu'un que de traverser la rue.
- L'ambiance, dans le Shankill protestant, cet été-là, était à l'incertitude et à la peur.
- Les dimanches de Belfast lui paraissaient gouvernés par le poids du passé, plus encore que le reste de la semaine.
- Un « COC », c'était un « Criminel ordinaire convenable », par distinction avec les terroristes.
- Quel parti était le plus facile à noyauter, les Provisoires ou les Officiels ?
- Son père avait soigné des hommes qui avaient subi des interrogatoires à Castlereagh. Ils en avaient de terribles séquelles.
- Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, notre police dispose peut-être de la technologie la plus moderne, mais elle est arriérée et sectaire, et elle est dirigée comme une école victorienne du XIXe siècle.
- Dieu sait que tout est confus en Irlande du Nord.
- Il y a très peu de chrétiens en Irlande du Nord. Les gens s'y haïssent au nom de Jésus-Christ.
Éditions : Fayard (2007). Folio Policier (2009)
Titre original : Psalm Killer.(1996)
*Titre d'un poème de Ciaran Carson, le mot confetti évoque les débris tombant du ciel après une explosion. Adrian McKinty a donné ce nom au prologue de son roman « A l'automne, je serai peut-être mort »
08 novembre 2009
GANDER Forrest / En ami .

En ami.
Forrest GANDER.
Note : 3,5 / 5.
Géométrie variable.
J'ai lu ce livre en prélude à la venue de cet auteur à Lorient dans le cadre d'un échange culturel « Les Belles Étrangères* ». L'année dernière, Colum McCann nous avait rendu visite**. Je ne connais pas du tout les deux auteurs invités cette année : Forrest Gander et John Haskell. Commençons par le premier nommé.
La morale de cette histoire pourrait-être « Préservez moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge ».
La naissance de Lester, qui commence ce livre, ne fut pour personne un moment de joie, mais est un grand moment du livre. Une jeune fille, une enfant presque, une veuve future grand-mère, la sage-femme et deux assistantes.
Plus tard nous retrouvons cet enfant, qui fut très rapidement adopté à Eureka Spring (j'ai trouvé, c'est dans l'Arkansas!). Il est géomètre de profession, poète et artiste par goût et homme à femmes par besoin. Entre Cora, son épouse, Sarah, sa maitresse et les différentes passades, sa vie n'est pas simple. Mais il a élevé l'art du mensonge et de la persuasion au niveau d'une science exacte. Dans son travail, dans son ombre, dirais-je, se trouve Clay. Celui-ci, avec qui il fait équipe, cherche à pénétrer dans l'intimité de l'homme, puis du couple par l'intermédiaire de Sarah. Mais Lester possède un magnétisme qui attire hommes et femmes, Clay se sent délaissé, alors la jalousie se transforme en haine et une idée de vengeance le travaille. Alors, d'un coup de téléphone, il déclenche la fin du mythe de Lester.......
Lester est incontestablement le personnage central de cette histoire, et pourtant il n'a la parole qu'un court moment en fin de livre. Être un peu cynique, il a cette phrase :
-« D'accord, l'art ne sauvera personne comme peut le faire un sac de riz ».Il est en perpétuelle représentation théâtrale pour lui même et les autres. Admirateur de François Villon, il vit intensément comme s'il pressentait que sa vie serait courte. Mais pour lui, tel l'ange déchu, la chute sera brusque. D'ailleurs, le dernier chapitre où il est le narrateur se nomme « chutes de l'interview filmée ».
Clay est le faire valoir, l'amoureux de Lester et de Sarah sa maitresse. C'est lui le narrateur principal, le détonateur du drame. Au cours d'une promenade, la conversation porte sur François Villon, et il se sent exclu. Se voulant l'ami intime, le confident, il n'est qu'un membre de la cour de Lester.
-J'ai pensé alors: Il m'aime.
Sarah, la maitresse, parle d'elle de sa vie et de sa relation avec Lester. Ce passage est sans conteste le plus beau du livre, tout en sentiments et poésie. Amoureuse elle l'est, elle croit son amant quand il lui dit en parlant de son amour pour son épouse:
-Terminé. Il est mort au lit.
Mais hélas la réalité est tout autre, le rêve prend fin un soir....
Cora, l'épouse, n'est là qu'une soirée, celle où il ne fallait pas être!
Un livre étrange, très court et une histoire qui en soit n'a rien d'original, et pourtant!
Malgré des descriptions très fouillées, trop parfois, un final programmé, l'auteur nous force à continuer, l'écriture est belle, poétique et la construction de l'histoire originale. Ce livre m'a fait penser à un univers à la Kerouac, le séducteur, ses maitresses et l'ami amoureux des femmes de l'autre. Et la présence en sourdine, de la musique, du jazz en particulier donne un univers intimiste à l'ouvrage.
Un livre à découvrir mais qui ne plaira pas forcément à tout le monde.
Extraits :
- Avec l'éducation que je lui ai donné, la jeune fille aurait dû être plus avisée.
- Elle l'imagine. Son enfant perdu. Qu'a-t-il bien pu advenir de lui ?
- Ils savaient tous combien je l'aimais.
- Il pouvait mentir pour une histoire de beurre de cacahuètes dans la cuisine de l'agence.
- J'étais prêt à tout pour qu'il me remarque, pour qu'il me prenne en amitié. Mais je n'avais rien à offrir à un être comme lui. Mon adoration était sans valeur.
- Notre entrée ressemblait à une parodie des rois mages......
- Je sentis soudain que j'avais du pouvoir parce qu'il ne se méfiait pas de moi.
- À mon sens il était clair que Lester ne pourrait pas tenir ses multiples vies en suspens plus d'un certain temps.
- Je n'avais aucun moyen de savoir ce qui allait se produire.
- Villon, ce superbe menteur.
- Moins de dix minutes qu'on se connaissait, et nous échangions des lettres d'amour du coin des yeux.
- Villon, qui a écrit sa propre épitaphe en forme de balade.
- C'est comme je disais. En poète. En ami.
Éditions : Sabine Wespieser (2009).
Titre original: As a Friend (2008).
*Les Belles Étrangères, ici.
**Retour sur la visite de Colum McCann, ici
06 novembre 2009
FABRE Dominique / Les prochaines vacances
Les prochaines vacances.
Dominique FABRE.
vu par Olivier MASMONTEIL.
Note : 3 / 5.
Retour.
J'aime beaucoup le concept de cette série, un écrivain et un illustrateur, qui oeuvrent de concert. Annie Saumont, Marie Le Drian, Dominique Mainard, Jean-Noël Blanc ou Henri Bauchau, par exemple ont écrit des nouvelles dans ce but.
Le narrateur se souvient de la famille Di Maglio, leur fils Nicolas s'est tué le premier jour où il roulait sur sa moto, achetée après des années d'économie. Nicolas était plus jeune que lui, ils se rencontraient parfois sur les terrains de football. Le père bouleversé par tant d'injustice, regrette de ne pas être mort à sa place. Il perd goût à son travail, et décide de tout quitter! Son épouse Eliane doit pour vivre reprendre l'épicerie-bar de leur petit village des Alpes.
Il est professeur à Paris, et un jour Eliane reprend contact avec lui, elle vient de recevoir une lettre avec l'adresse d'un hôtel à Paris, pourrait-il se renseigner? Il accepte, mais Di Maglio n'est plus là! Les mois passent, Eliane téléphone de plus en plus souvent, et un jour Tony, l'ami d'enfance et de chantier, lui annonce qu'il a peut-être une piste, et qu'il arrive à Paris pour quelques jours, rendez-vous est pris!
Le narrateur vit seul sur Paris, son amie l'a quitté, il connaît la solitude, ayant vécu de foyer en foyer. Il se trouve un peu contre son gré au milieu d'un drame dont il n'est pas partie prenante. Sa vie est une longue quête de son identité, son absence de racines, il semble avoir reporté sur Eliane un amour enfantin.
Di Maglio est rongé par le remords au point de tout quitter pour une existence des plus précaires, travaillant au jour le jour.
Eliane a porté le deuil, mais pour elle, malgré la difficulté, la vie cahin-caha a repris le dessus.
Tony, le copain de chantier, l'ami d'enfance de Di Maglio, est lui aussi un solitaire, deux fois marié, deux fois divorcé. Grâce à ses connaissances dans le monde du bâtiment, il espère retrouver Di Maglio.
J'ai l'impression d'être passé à côté de ce livre. C'est bien écrit, le thème, le désespoir d'un père après la mort de son fils, est un sujet grave, mais quelque part je n'ai pas adhéré à ce livre. Peut-être est-il trop loin de mes lectures habituelles?
Un mot des illustrations qui sont très réussies avec en particulier la représentation de ciels souvent tourmentés et très sombres. Des paysages de montagne ou des vues de Paris, évoquant la route ou le chemin de fer, le voyage, le retour vers l'enfance.
Extraits :
- Elle a décidé que ce n'est pas une façon de continuer pour elle.
- J'aurai du mourir avant, il a répété à Tony.
- J'aime beaucoup Tony. J'aime ses grosses mains et ses boîtes de galettes Pleyben où il range des photos qu'il a prises sur des chantiers.
-Ses yeux aussi avaient changé, son regard, dans la mesure où c'est possible, je ne sais pas.
- Sur le coup je me suis senti proche d'elle comme jamais je ne l'ai été de ma mère ou d'une autre personne de ma famille.
- La route comme le long ruban noir d'un deuil, évidemment.
- Il est pourtant facile de se perdre.
- Nous ne savons que mentir aux gens qui nous ressemblent, jamais aux autres.
- Les morts ne nous reprochent rien, la plupart du temps. Parfois ils nous regardent, c'est tout, et c'est bien suffisant.
Éditions : Les éditions du Chemin de fer. (2008)










