31 octobre 2009
KERGRIST Jean / NONO/ Les nouveaux conseils à gogo!

Les nouveaux conseils à gogo.
Jean KERGRIST.
Illustrations de NONO.
Note : 4 / 5.
Gogo, ton univers impitoya(aaaa)ble*
Les conseils à gogo, comme les testaments de la Bible sont deux : les anciens, qui, comme leur nom l'indique, précédaient les autres et les nouveaux appelés ainsi, car ils suivent les précédents!
Le temps, c'est de l'argent, et le tonton qui revient en a plein les poches, mais jamais assez (c'est le paradoxe des nantis!). Donc, son mot magique est Go, et pour aller plus vite Gogo. Résultat, le monde, comme François, le facteur dans « Jour de fête » de Jacques Tati, qui faisait sa tournée à « L'américaine » va de plus en plus vite ! Le mot « rentabilité » est devenu la norme, le fric son apôtre, et nous, pauvres gens du bétail! Prenons un pays que nous sommes beaucoup à aimer, La Bretagne, il y a trois fois plus de cochons (les animaux) que de population ! Cela me rappelle une chanson, un peu passée de mode, il me semble « Les pommes de terre pour les cochons, les épluchures pour les Bretons ».
Revenons à nos moutons (cochons, pardon) ce ne sont pas les seuls pollueurs du monde hélas! D'autres sur deux pattes s'en chargent. Le premier conseil, par exemple, est comment gagner une élection, si vous suivez les instructions de Jean, vous êtes élu haut la main!
-Un bon colleur d'affiche ne doit pas savoir lire. Ça tombe bien :un bon militant politique non plus.
Et une fois que vous êtes élu, vous pouvez passer à un autre chapitre, « Comment primatiser ta commune », une idée, un festival, pourquoi pas?
Quelques idées pour construire une niche, c'est gentil pour les animaux, ces gens-là! Pas du tout on parle de fiscalité et de la S.P.A. (Société protectrice des arrivistes).
Jean Kergrist passe en revue tous les profiteurs du système, experts pour trouver les failles de la loi. Un bref inventaire des conseils prodigués dans cet ouvrage. Pour la Bretagne, par exemple « Comment préparer l'avenir du cochon » superbement illustré par le dessin qui clôt cette chronique.
« Comment vendre tes choux-fleurs » où on découvre une nouvelle signification du sigle SNCF. On apprend également ce qu'est une ZES « Zone d'excédent structurelle », quelques conseils pour « Comment profiter de l'été » eh oui, il y a un été en Bretagne aussi, entre deux crachins.
Souvenirs également de la visite du pape à Saint Anne d'Auray, et la nouvelle bénédiction, « Laissez venir à moi, les petits picaillons ». On patauge quand même un peu dans le lisier, entre les cochons et les poulets. Les algues vertes en la baie d'Hillion, dans la Ilion antique le cheval était en bois, ici il est mort asphyxié! Le nucléaire est atomisé, depuis Plogoff le courant ne passe plus entre l'EDF et les Bretons, voir « Comment se débarrasser de ses déchets nucléaires ». « Comment gérer l'espace rural » c'est malheureusement trop tard, le mal est fait. « Comment se débarrasser d'un gêneur » quoi de plus énervant que d'entendre « Pour ceci taper 1, pour cela taper 2, pour la racine carrée taper 3,1416, etc... » Un peu de vie moderne « Comment stocker le Viagra » la petite pilule bleue qui fait voir la vie en XXXL ou « Comment réchauffer ton climat » et « Comment cuisiner la république » même si toutes les sauces électorales ne sentent pas toujours la rose (simple exemple). L'ouvrage se termine par « Fini de rigoler », tu rigoles là, Jean, ce n'est pas possible, souviens-toi du proverbe « Le rire est le propre de l'homme »!
Gogo et les gogos, histoires anciennes mais, hélas, de plus en plus cruelles.
Un mot sur les illustrations, C'est du Nono pur beurre (salé, bien sûr), nous nous croisons tous les ans à Carhaix et j'ai quelques albums de lui dans ma bibliothèque ; je ne suis pas doué pour parler de dessin (par contre lui est doué pour les faire), mais j'essaie de me soigner.
Extraits :
- Les poulaillers aussi ça fait très joli. Ah, l'éclat des taules le soir au fond des bois.
- Le héros se fait aussi rare que le talus.
- La technique qui crée les problèmes résout toujours les problèmes.
- C'est une loi découverte par Bill Clinton : quand la quéquette grimpe, la bourse descend, laissant la place au bouche à Bush.
- Changer l'eau en vin c'est la base même de l'économie. Ça s'appelle faire de la valeur ajoutée.
Illustrations :

Editions : La ligne pourpre (2009).
* chanson d'un feuilleton débile mais interminable.
29 octobre 2009
GUILCHER Rozenn / La fille dévastée.

La fille dévastée.
Rozenn GUILCHER.
Note : 4 / 5.
Souffrance et errance !
Ce livre fait partie des sorties très récentes, le 13 octobre, il me semble. Donc pour une fois, je vais parler d'une nouveauté. Rozenn Guilcher est une auteure née à Brest dont c'est le premier roman. Il vaut mieux prévenir que guérir, mais âmes sensibles s'abstenir! Ce livre est très dur, très réaliste sûrement et à ne pas mettre entre toutes les mains.
Ce roman est divisé en trois parties, « Enfance », « Déchéance » et « Délivrance ». Le ton est donné! L'enfant, la petite fille, n'est pas prénommée Désirée, de cela nous sommes sûrs. Pour le reste, pas de prénom, ni elle (nous le saurons, mais vers la fin du récit), ni sa mère! Où sommes-nous? A quelle époque? Tout cela reste un mystère. Deux personnages, deux narratrices, plaintes et complaintes, les voix se juxtaposent, se rejoignent, puis s'éloignent. Le sentiment dominant, l'angoisse, la peur de rentrer trop tard, de mal faire, l'enfermement physique dans le placard, l'enfermement moral et mental. Un univers tragique au possible, et malgré tout une sorte de résignation qui confine à l'amour chez cette petite fille. Toute vie commence par la naissance, toute non-vie aussi d'ailleurs. La mère est seule dans une chambre, puis l'abandon du bébé déposé dans un coin de parc enneigé. La vie dépend alors d'un chien que son maître promène, puis la mère reprend l'enfant, pas par amour ou par remord, juste pour éviter les poursuites judiciaires! Ainsi va la vie, et dans le cas présent, non pas le meilleur, mais le pire! Trois étapes, trois parties, la naissance, les dix-huit ans, les trente ans, la violence verbale, la cruauté également, le traitement infligé aux animaux de compagnie de l'enfant . L'alcool, seul point commun entre elles, les litres de mauvais vin que l'on partage, la fille couchant la mère les mauvais soirs. Le fait d'être deux, simplement deux, mais depuis toujours, pas d'amies, de relations, un huis-clos amour-haine entres ces deux femmes, l'une dont l'autorité baisse, l'autre qui cherche à affirmer un semblant de personnalité et pourquoi pas vivre enfin!
Dieu est, si je peux m'exprimer ainsi, le seul personnage masculin du livre, sorte de confesseur, le seul à qui l'on parle, parfois. L'écriture comme thérapie, la fille tente de s'en sortir de cette manière, en de vaine tentatives de déculpabilisation, et de justification. Il y a en italique dans le texte des poèmes et divers écrits, lignes de désespoir, sombres comme la nuit de la naissance! Des titres en forme de confession, de cri pour vaincre la pire ennemie, l'angoisse, « Tu as vécu sous la terre », « Tu ne mérites que ça » « Ils cousent la bouche des morts », « On entre en vous comme dans un moulin » « Chez moi c'est ailleurs ». Et ailleurs, c'est vague, mais loin, et il faut encore attendre....
Ce livre n'est pas pour les tenants d'un certain classicisme, le style est volontairement rapide, genre coup de poing, la ponctuation, à part le point, est quasi inexistante et les phrases n'ont pas toutes un verbe, etc.....Une dernière précision, ce roman donne envie d'être lu à haute-voix!
Une découverte et une œuvre marquante, sorte d'OVNI littéraire qui frappe l'imagination. Je pense qu'il faut un certain courage pour écrire cette histoire, et question lancinante, en refermant ce livre, quelle est la part de vécu dans tout cela ?
Extraits :
- Et lorsqu'elle avait un léger retard elle s'entendait dire « Tu as traîné ». Plus tard « Tu es une traînée ».
- Violence. Mais jamais frappée. Juste des mots anodins et soupirs et regards.
- Et la force se multiplie par deux : l'autre dans sa rage vous dans l'adoration.
- Un autre embryon se serait fait la malle dans le trou des chiottes.
- Car Dieu est comme le service social : il ne voit pas tout.
- L'enfant il a bien fallu lui trouver un prénom. Un seul prénom ça suffit.
- La vraie réponse c'est que ma douleur la faisait davantage exister en mère sacrificielle. Pouvait consoler.
- Tu n'es pas laide, non, enfin.
- C'est pourquoi l'écriture est une telle liberté. C'est pourquoi.
- Et l'angoisse vous prend. Vous ne savez comment venu.
- Elle traîne en ville. Elle promène son errance et la traîne par les cheveux quand elle ne veut plus avancer.
- Je préfère qu'elle se débrouille avec sa propre mort la sienne de l'intérieur.
- La parole l'alcool, même principe : saouler. Ne dit-on pas : « Tu me saoules ?»
- C'est pareil quand je demande pour mon père. Tout devient abîme et torture. Il ne faut pas en parler non plus. Surtout pas.
- Se cogne contre le radiateur en fonte. Le mur non. Pas assez dur pas assez pointu.
- Toutes ces blessures tout ce sang. À panser penser. Tous ces pansements.
- Reproduit le même schéma fusion-rejet. Trop d'énergie ce combat incessant pour reconstruire. Où sont mes fondations. Les ai-je laissées en mère?
Éditions : Sulliver (2009)
27 octobre 2009
Carhaix / 2009 / 2.
CARHAIX / 2009/2.
Après un trajet sous la pluie, nous arrivons à Carhaix vers 13 heures trente, un petit détour par l'hôtel « Noz Vad » où l'accueil est toujours amical et souriant, puis direction l'espace Glenmor, but du voyage.
Hervé Bellec* est celui que j'ai rencontré le premier, « Président du Festival» oblige. Il m'a présenté à Marie Le Gall* qui était installée à sa droite et à Tanguy Viel qui se tenait à sa gauche, ce qui a eu pour conséquence que la dédicace de Tanguy Viel est la suivante « A Yvon, précédé de la réputation de son blog »! Je ne vais pas forcément parler des écrivains dans l'ordre où je les ai rencontrés. Gérard Chevalier*, dont j'ai fait la connaissance au festival interceltique, son roman »Ici finit la terre » a obtenu plusieurs prix, puis Pascal Rannou* que j'avais rencontré ici même l'année dernière. Laurent Ségalen* dont le tee-shirt était jaune cette année et dont le nouveau roman "Du rififi chez les poulets" sortait à l'occasion de ce festival. Yann Venner* et Louis Pouliquen* étaient côte à côte, et mon épouse et moi avons passé un long moment en leur compagnie. J'ai fait la connaissance de Cédric Morgan* dont j'ai beaucoup apprécié deux romans il y a peu. On ne présente plus Hervé Jaouen*, qui est un habitué de ce salon. J'ai toujours beaucoup de plaisir à revoir Jean Kergrist* et « Ses nouveaux conseils à Gogo » et comme Jean est un homme avisé, pour les conseils, on peut lui faire confiance. Trinka*, homme aux multiples casquettes, dessinateur, écrivain et éditeur de la série « Des Dessins et des Mots » qui comme son nom l'indique mélange textes et illustrations. Aux éditions du Palemon, visite obligée s'il en est, j'aime beaucoup la simplicité d' Angèle Jacq*, et la chaleur de l'accueil de Jean Failler* ! Jean-Paul Birrien* était également présent le dimanche. Pour les éditions du « Barbu » qui sont certainement ceux que j'ai rencontrés le plus au gré des salons, Christian Blanchard*, Yvon Coquil* et Michel Dréan*, un stand toujours plein de bonne humeur. Aux éditions du Télégramme, j'ai rencontré Patricia Dagier,* le samedi et Hervé Quéméner*, le dimanche pour leur livre « Jack Kerouac, Breton d'Amérique ». J'ai été très bien accueilli sur ce stand et j'ai longuement, très longuement conversé avec Patricia Dagier*, un de mes meilleurs moments du festival. Parler de l'œuvre de Kerouac est toujours très enrichissant. Le dimanche, j'ai revu Michèle Astrud* qui a écrit un nouveau roman. Charles Madezo* était également présent aux éditions de « La Part Commune », ainsi que Claude Ansgari*.
Ceux dont j'ai déjà parlés sur mon blog, mais que je ne connaissais pas encore : Marie Le Gall* à qui j'ai donné ma chronique et qui paraissait toute intimidée, mais dont le livre « La peine du Menuisier » a eu beaucoup de succès et qui a reçu, le dimanche, la visite de Sylire et de Katell.
Ceux que j'ai rencontrés, mais pas encore lus , Tanguy Viel, prix de la ville de Carhaix pour son roman « Paris-Brest », Fabienne Juhel, Daniel Cario ou Martial Serlin. J'ai croisé Guénane* qui était là en touriste.
Il y eut également le désormais incontournable repas à « L'auberge du Poher », excellent sur toute la ligne (sauf pour mon tour de taille), juste pour vous faire saliver, « Coquilles Saint Jacques sur un lit d'algues », c'est délicieux. L'ambiance était tellement bonne que nous sommes restés jusqu'à minuit bien passé! Dimanche, nous avons, pour la troisième année maintenant, retrouvé les blogueuses et blogueurs de la région, (par ordre alphabétique) Joëlle et Florian, Katell et Pascal, Mammig et sa petite famille, et Sylire (qui s'est chargée cette année de l'intendance, merci encore). Puis dans l'après midi, j'ai également revu avec beaucoup de joie ma « cousine » islandaise, Ólöf, mais hélas en coup de vent, il fallait qu'elle rentre impérativement sur Rennes, puis j'ai retrouvé Bruno, libraire à Rennes à l'enseigne « L'Encre de Bretagne », spécialisé dans la littérature celtique.
Jean KERGRIST, Hervé BELLEC, Tanguy VIEL.
Encore un excellent WEEK-END. J'espère n'avoir oublié personne!!!!!!!Un petit regret ne pas avoir fait la connaissance d'Isabelle, tout cela pour une erreur de chiffre dans un numéro de téléphone, alors qu'il me semble que nous étions ensemble avec Yann Venner*.
Pour ceux que cela intéresse, le lien du « Télégramme » de dimanche matin, description des personnages, au premier plan, mon épouse, en face à droite Yann Venner, à gauche Louis Pouliquen. Le personnage mal rasé, c'est moi!
* Auteurs chroniqués sur ce blog.
La chronique de Sylire, ici , celle de Mammig ,
Le challenge de Katell, ici
23 octobre 2009
Carhaix / 2009.
Carhaix!
Un an déjà, et mon épouse et moi repartons pour ce « festival ».
http://festivaldulivre-carhaix.org/2009/00_accueil.html
Regardez la vidéo, elle donne une idée de l'ambiance qui règne à Carhaix pendant ce week-end. Entre autre vous découvrirez un personnage se cachant derrière une B.D des « Bidochons » !
A lundi ou mardi ou encore après.....
Yvon
PS Cette année je serai très sérieux, je ne prendrai pas de livres avec moi, je pense que je trouverai ce qu'il faut sur place!!!!!!!.
20 octobre 2009
JAOUEN Hervé / Les Endetteurs.
Les endetteurs.
Hervé JAOUEN.
A bien taux, chers clients !
Note : 4 / 5 .
Écoutant les nouvelles, je me suis rappelé que j'avais ce livre depuis relativement longtemps. L'ayant payé comptant, je n'ai pas eu d'agio pour ce livre dormant. Je n'ai pas non plus payé de découvert, car je ne l'avais pas encore ouvert (le livre)! En suis-je content, c'est la question au taux d'intérêt variable. Une petite anecdote, pendant la lecture de ce livre, je suis passé à ma banque ;dans le fil de la conversation, la personne au guichet m'a dit « je loue votre humour »! Je me suis méfié, à quel pourcentage?
Prenons deux personnes ordinaires, un homme Paul G , une femme Éliane F.(et non pas Virginie). Lui a deux enfants, elle trois. Elle est infirmière dans un hôpital, lui est professeur de dessin. Ils se rencontrent, s'apprécient et, malgré leurs déboires précédents, décident de vivre ensemble. La cohabitation entre les différentes progénitures se passent bien, enfin un rayon de soleil pour tous. Signe de bonne fortune supplémentaire, Paul devient directeur d'une école en Bretagne, Éliane demande alors sa mutation, elle n'est pas la seule postulante à un retour en Bretagne. Plutôt que d'attendre indéfiniment, elle démissionne et s'installe comme infirmière libérale. La voie dorée s'ouvre devant eux. Ils achètent une maison, qui s'avère être une très mauvaise affaire, la facture de chauffage est astronomique, celle d'isolation également. Pour se simplifier la vie, ils se marient, mais gardent chacun leur compte dans deux banques différentes, plus le compte professionnel d'Éliane. Le premier été en Bretagne est paradisiaque, les visites, les dépenses somptueuses, les loisirs des enfants, bref le bonheur! Mais le bonheur ne dure que le temps d'un été, les nuages approchent avec l'automne, le travail d'Eliane ne démarre pas vraiment, les paiements des différentes caisses tardent, mais les charges sont elles à honorer. Les enfants veulent des animaux de compagnie, on achète un chien de race......Alors commence petit à petit la spirale infernale des cartes de crédits, des cachoteries entre mari et femme, chacun sa carte et pas un mot au conjoint, la voiture d'Éliane rend l'âme, il faut se résigner à ce gros achat. Alors intervient Mister Killer, vendeur aux dents longues et aux méthodes douteuses, mais qui possède la solution miracle, la LAO! Éliane conquise signe et accepte un petit arrangement sur les dates, entre gens bien, chère madame! Résultat, le délai de rétractation est dépassé!
La situation financière du couple se dégrade, mais ils semblent toujours aussi insouciants, la tempête approche à grand pas.....
Autant l'attitude de certains banquiers et surtout de certaines banques est scandaleux, autant Paul et Éliane ont un comportement qui prête à caution, et ils ont également leur part de responsabilité dans la situation inextricable qui est maintenant la leur. Le système bancaire avec la multiplication à l'infini des cartes de crédits, de facilités de paiements, de facturations différées ont créé un système où l'argent est devenu une chose irréelle, pratiquement impalpable. La publicité dont l'auteur ne parle pas, mais qui conditionne par exemple le comportement du couple vis à vis des enfants, pour qui rien n'est trop beau, le voisin de classe a le blouson vu à la TV, etc.....La civilisation des loisirs est aussi en cause, la situation financière est grave, mais Paul achète un bateau, le couple et les cinq enfants partent faire du ski......
Ce livre se divise non pas en chapitres, mais en années, An A +1 par exemple. Une chose dans ce livre m'a surpris, et pas forcement rajeuni, la monnaie est le franc. Normal, me direz-vous, ce livre date de 1994, et l'euro n'avait pas encore pignon sur rue.
Un bon roman qui m'a appris beaucoup de choses, dont la signification du fameux mot à la mode, le crédit « Revolving ». Je trouve qu'il y a un manque de poésie dans le nom des cartes de crédit citées dans ce livre, mais cela n'est visiblement pas le but : Gold Primus, Permaprêt, Crédit Confort, Customer, etc....
Extraits :
- Là, point de délinquance, point de drogue, point de racket à la sortie des écoles.
- Acheter : l'infinitif est impératif.
- On baptisa la propriété d'un nom breton Ker Eol, la maison du soleil.
- Monsieur joue au grand argentier. Il sonne l'employé du guichet et vouvoie ses troupes. Il fera carrière.
- On a claqué du fric. On a claqué le fric de la banque, l'argent des travaux. Pas en totalité. Une bonne partie.
- d) Éliane F. parle pas breton, et nombreux sont les gens âgés plus à l'aise dans leur langue maternelle qu'en français.
- Simple tolérance. Il s'agit pas d'une autorisation .
- Non, répond Bourbao, c'est une formule hypersimplifiée, le crédit TGV.
- « Un piège à cons, vous allez voir. On va régulariser des comptes débiteurs, y a pas de doute ».
- Ils se sentiront des ailes dépensières. Le pognon leur brûlera les doigts. Ils replongeront.
- Le délai de réflexion est écoulé, la double commission acquise.
- Paul G. ne doute plus d'être indésirable. La B3C ne lui fera pas de quartier.
- Mon euphorie se dégonflait à mesure que mon livret de Caisse d'Épargne diminuait.
- « C'est le bonheur d'être à crédit ».
- Paul a presque le rang de notable.
Éditions : Stock (1994).
PS. Hervé JAOUEN sera avec de nombreux autres auteurs à Carhaix, ce week-end.
16 octobre 2009
POULIQUEN Louis/ Comme des larmes de sang.
Comme des larmes de sang.
Louis POULIQUEN.
Note : 4 /5.
Pâques sanglantes!
Troisième ouvrage de Louis Pouliquen à figurer sur ce blog. J'ai cherché ce livre pendant quelques temps, mais la patience est, parait-il, récompensée! Beaucoup d'écrivains bretons ont écrit sur l'Algérie, je pense en particulier à Xavier Grall et à Pascal Rannou dans son roman « Sentinelles de la mémoire »* .
Un homme décide de partir quelques jours en Algérie, là où vingt ans plus tôt, il avait participé, comme médecin appelé sous les drapeaux, à ce que l'on nomme, par un doux euphémisme « Les évènements d'Algérie ». Il emmène avec lui, Thomas, son fils, qui connaîtra enfin, la vie de son père, médecin appelé dans le sud algérien . Tout commence un dimanche de Pâques, un vieil homme arrive pendant les cérémonies militaires, il veut du secours pour les enfants du village qui ont de fortes fièvres. Le convoi part très rapidement ; un jeune appelé, près de son retour en France, incite pour en être, le narrateur lui cède sa place . Il ne sait pas encore qu'il vient de sauver sa peau. En effet, les quatre hommes du convoi sont retrouvés morts dans le village désert, détail sordide : leurs yeux ont été arrachés de leurs orbites. Bulow, le commandant du régiment de légionnaires reconnaît la signature de Ben Larbi, un rebelle que l'on pensait mort! La chasse à l'homme peut commencer, elle sera implacable et tous les coups seront permis, même les plus ignobles, et dans chaque camp. Ben Larbi sera capturé, et le narrateur chargé de le remettre en état pour le livrer aux tortionnaires de service. Le jeune médecin et Ben Larbi apprécieront la compagnie l'un de l'autre, mais hélas, où sont l'humanitaire et la compassion dans ces jours troublés...?
Le narrateur, comme beaucoup de jeunes hommes, se trouve mêlé à des évènements qui ne le concernent pas, beaucoup d'appelés du contingent étaient hostiles à cette guerre, ainsi que la majeure partie de la population française.
Son fils, Thomas, avec l'insouciance de sa jeunesse, pense que son père a eu de la chance de vivre de tels moments. Mais comme beaucoup d'hommes qui ont participé à ce conflit, son père n'en parlait pas.
Glénan, le médecin chef, est un homme bon, mais il a aussi quelques fantômes à l'esprit : sa fille qu'il n'a pas revu depuis des années, et surtout, il repense à ce soldat vietnamien qu'il a soigné pour le livrer à ses bourreaux! Et cet homme lui a craché au visage, chose qu'il ne peut effacer de sa mémoire.
L'aumônier, natif d'une île finistèrienne, est un personnage entier, mais lui aussi s'interroge sur le bien fondé de la politique française et la pérennité de sa foi! Lui, comme tous les autres, pense que le désert rend fou!Bulow, légionnaire, rescapé de tout, de la Russie où il servait dans l'armée allemande, de l'Indochine où on le croyait mort. Soldat implacable, il est un grand connaisseur de poésie, mais parfois certaines nuits, ses fantômes le rattrapent, alors la Suze est le seul remède. Il a juré d'avoir la peau de Ben Larbi, car tuer un homme est une chose que tout soldat accepte, mutiler les cadavres est contraire à son éthique militaire.
De Montorgueuil, le bien nommé, commandant de la base, sorte de patriarche, aimant le faste, les défilés, et la rigueur. L'archétype du militaire à l'ancienne, n'ayant que mépris pour les appelés, qui pourtant meurt aussi au combat. Un personnage comme on en rencontrait souvent dans l'armée, aristocratie désargentée, les filles étaient religieuses, les garçons militaires!
Ben Larbi, le rebelle, homme intelligent, et travailleur, fut élevé par un riche colon, propriétaire terrien qui pensait lui confier la gestion de ses biens, mais son entourage s'y opposant, Ben Larbi fut remercié du jour au lendemain. Beaucoup pensent que sa haine est née ce jour précis!
Peu de femmes, Agnès, fille de Glénan, que le narrateur a croisé pendant ses études, et Isabelle de Vieilleville, fille du propriétaire terrien qui a permis à Ben Larbi de poursuivre des études.
C'est très bien écrit et plein d'humanité, Louis Pouliquen aborde le problème du personnel médical en temps de guerre, soigner un homme pour le torturer et le tuer! Quel est l'intérêt humain de ce genre de pratiques, à quoi cela sert-il de sauver un homme de la mort pour l'envoyer vers une fin inéluctable et souvent très douloureuse!
Extraits :
- De la poitrine ou peut-être du flanc coulait une tache brune qui se répandait sur le sable. Dans l'air chaud, flottait une odeur fade.
- Les vents de l'horreur s'étaient levés et le souffle de sauvagerie passait sur Tarouat.
- Il détestait l'agitation et les discours qui s'en suivaient et qui trop souvent, révélaient la médiocrité des hommes.
- Ce pays m'avait envouté. J' avais, en arrivant ici voilà plus d'un an, bu le philtre de la passion.
- « Ici tout se dilue. C'est le pays de la démesure ».
- Il devait tenir de ses ancêtres ce goût immodéré du faste. De Montgorgueil était à son affaire.
- Les autres- simples appelés du contingent- jouaient les parents pauvres comme ces pièces rapportées lors d'un mariage et que l'on accueille du bout des lèvres dans les familles.
- Un silence de mort régnait. Ici, toute vie avait depuis bien des années disparu.
- « Martyre ? Maudite ? Ne sait pas! Mieux vaut oublier tout ça, n'est-ce pas ? »
- « Oui, mon vieux, nous les préparons pour la mort ».
- « Si la chance nous aide,il guérira avec un peu de séquelles .»
- « Des séquelles ? Mon vieux, il n'en aura jamais. »
Éditions : Éditions du Liogan (1995)
*Chronique ici.
Autres chroniques de l'auteur:
Mon vieux grenier en Bretagne, ici.
Les marées d'équinoxe, ici
13 octobre 2009
McCORD Howard / L'homme qui marchait sur la lune.

L'homme qui marchait sur la lune.
Howard McCORD.
Note : 3,5/5.
Gens de la Lune.
Auteur texan né en 1952, vétéran de la guerre de Corée, cela explique que quelques actions de ce récit se déroulent à cette époque.
Il a fallu 11 ans pour la traduction d'un livre culte si j'en crois la quatrième de couverture, alors que certains livres incultes sont disponibles sur le marché et en français, quelques mois seulement après leur parution! Mystère, mais bravo aux éditions Gallmesiter. A signaler que ce livre est court, 134 pages et que quelques vers de W.B.Yeats servent d'introduction à cette histoire.
« La Lune » est une montagne dans le Nevada, un homme William Gasper la sillonne depuis plusieurs années. Il viens chercher ici la paix du corps et surtout de l'âme. Il n'a plus de famille, son frère s'étant suicidé des années auparavant. Sa profession qu'il n'exerce plus, était tueur au service de l'armée américaine, donc il a forcement plus d'ennemis que d'amis. Ses seuls biens terrestres sont des fusils qu'il a enfermés dans un conteneur qu'il loue à Mary-Gail Henry, une femme de Sterns, une petite ville perdue, enfin un hameau en réalité. Pendant ses pérégrinations , il se remémore sa vie, une enfance pas très facile de gaucher contrarié. Ses deux passions, la lecture et le tir. Comme il est plus facile de vivre du tir que de la lecture, il s'engage dans les Marines qui lui apprendront à tuer. Envoyé en Corée, il survivra au désastre militaire de Chosin, marchant des jours dans des éléments hostiles aussi bien militaires que naturels. Il gagne enfin la mer et sera sauvé par un navire de guerre américain. Un mystérieuse femme participera à cet épisode de sa vie, Cerridwen et son chat Palug. Elle réapparaît parfois dans sa vie, et pas toujours avec des intentions amicales. De cette aventure il gardera un goût pour la marche dans des contrées désertes en particulier l'Islande, autour du glacier Hofsjökull, qui lui donne ce sentiment de silence et de solitude. Mais aujourd'hui dans le Nevada, l'instinct de Gasper lui permet de pressentir d'autres présences humaines, une, deux? Des randonneurs, des chasseurs? Et si c'était effectivement des chasseurs et lui le gibier! Alors commence une partie de chasse, l'enjeu, tout simplement la survie du plus fort!
Une ode à la nature grandiose, mais également hostile, somptueux décor pour cette étrange aventure oscillant entre le calme de la montagne et la mort violente qui y régne. William Casper a appris à survivre et son instinct est intact, il se dévoile par petites touches, sa vie, son oeuvre de mort, les sentiments confus que cela lui a procuré, car l'argent n'est pas une fin en soi. Il donnait rarement la mort dans des conditions qui auraient soulagé sa conscience. La sorcière Cerridwen et le chat Palug, qui, pour l'occasion, est un homme en chair et en os. Représentent-t-ils le mal? Casper n'est-il pas l'incarnation du bien? Il semblerait que Cerridwen aurait pu tuer William, mais elle ne l'a pas fait, encore une question et une énigme pour le lecteur. La loueuse Marie-Gail Henry n'intervient pratiquement pas dans le récit, mais quand elle le fait, l'écriture est en italique et ses monologues nous permettent de deviner ce qui va se passer.
Un rythme lent à la vitesse d'un homme qui marche dans un environnement hostile et une forte touche de fantastique. Une oeuvre intéressante, mais que je ne qualifierais pas d'oeuvre culte.
Tout est bien mené, bien décrit, mais cela m'a un peu laissé sur ma faim. Je trouve que d'avoir mélangé l'intrigue policière, la défense de la nature, l'irréel et un zeste d'espionnage ne rend pas la fin très crédible. J'ai un certain sentiment d'inachevé, mais je souligne que cela n'engage que moi.
Extraits :
- Mais méfiez-vous c'est deux fois plus loin qu'il n'y paraît, et deux fois plus vache. Et M.Gasper, il aime bien qu'on le laisse tranquille.
- Il ne se mêle pas des affaires des autres et je ne vois pas pourquoi on se mêlerait des siennes.
- J'aime tuer les coupables et c'est une chose en laquelle j'excelle.
- Eh bien, dit Mary-Gail Henry, j'ignore ce qui a pu causer un pareille attention, mais vous êtes la troisième personne en trois jours à venir m'embêter au sujet de ce brave M.Gasper.
- Elle aimait les sonorités du gallois ; elle avait apprécié ce peuple, alors elle utilisait ce nom. (Cerridwen)
- Chief Russell avait l'imagination d'un pingouin et l'humour d'un âne.
- Je suis un assassin, de caractère comme de profession.
- Il arrive un moment où, même pour un nihiliste cynique comme moi, la vie se fait monstrueuse et dégoûtante.
- J'étais un des Danites, un des Anges de la Vengeance.
- J'en suis aujourd'hui à 140, et je n'en suis pas lassé, toujours pas lassé. Même si je joue encore dans les petites divisions du championnat de la mort.
Éditions : Gallmeister. Collection « Nature Writing » (2008)
Titre original: The Man Who Watked to The Moon. (1997)
08 octobre 2009
MALTE Marcus / Toute la nuit devant nous.

Toute la nuit devant nous.
Marcus MALTE.
Note : 4 / 5.
Retiens la nuit*
Ayant, il n'y a très longtemps, beaucoup apprécié « Intérieur nord » du même auteur, je récidive avec encore un recueil de nouvelles. Ces récits sont plutôt longs, trois en tout pour 125 pages.
La nuit devant nous, mais au matin, la nuit est derrière nous, et on ne peut pas toujours parler de bonne nuit! Nuits blanches ou nuits noires?
« Le fils de l'étoile ». Meslet a onze ans, garçon solitaire, les vacances sont pour lui une corvée et les colonies de vacances, un cauchemar! Heureusement il fait la connaissance de François aussi refermé et silencieux que lui. Au nom du proverbe qui dit : « Qui se ressemble s'assemble », il se lie d'amitié. La nourriture de la colo a plutôt des effets dévastateurs sur les intestins de Meslet. Ce qui un matin lui vaut les sarcasmes des autres membres de la chambrée. Vengeance divine, ils tombent malades, sont hospitalisés en urgence et le meneur passe de vie à trépas. La fin des vacances est agréable pour nos deux amis. Ils se retrouvent l'année suivante, le château qui les accueille est encore plus en ruine que l'année précédente, certaines parties étant même interdites, car hantées! François annonce à son ami que sa mère est morte. Hélas, encore une fois ils sont dans le collimateur des autres. Muriel, une des accompagnatrices, ne semble pas particulièrement les apprécier, surtout Meslet plus jeune et qui ne se défend pas. Un jour qu'elle est particulièrement odieuse, François glisse à l'oreille de son ami : « T'inquiète pas, elle ne t'embêtera plus! » Le lendemain matin, après une nuit d'orage, Muriel a disparu.... La nuit suivante sera pour Meslet celle du passage à un monde très différent du sien!
« Des noms de fleurs ». Ils s'appellent Cynthia, Virginie, Marco, entre eux ils se sont donnés des noms de fleurs, Rose, Iris, Lys ou Chardon Ardent. Les fleurs, c'est la beauté, la pureté, l'amour, la nature, l'odeur, la vie. La beauté irradie, l'atome aussi! Quatre jeunes rêvent de changer le monde. Que faire pour vraiment marquer les esprits ?
« Le père à Francis » est une belle histoire qui me rappelle plein de souvenirs, la vie d'un petit club d'une cité de la ville de Marseille. Ce football là, celui de mon enfance, des adultes bénévoles qui ne comptaient pas les heures, des gosses comme nous qui prenions le métro et le bus, un casse croûte dans la poche. Nous ne rêvions pas de carrière, ni d'argent. Une histoire qui est celle de millions d'enfants partout en France. Bravo et merci de rendre hommage à tous ces « Pères de Francis » qui ont permis à beaucoup d'entre nous de rester des gosses avec quelques repères pour plus tard.
Deux enfants en colonie de vacances, pas réellement faits pour ce genre de vie en communauté, seule une sorte de solidarité peut rendre leurs vacances plus supportables. Mais pour François, la solidarité n'est pas un vain mot! Quatre adolescents à peine sortis de l'enfance, mais quel monde leur laisserons-nous? La pollution, l'atome, une terre irradiée. Déjà désabusés, ils se demandent comment faire bouger les choses! Un coup d'éclat, d'accord mais lequel? Une cité, des minots, un homme dévoué, Marseille et le football, même si certains glissent sur des pentes savonneuses, c'est beau le sport à ce niveau-là!
L'écriture est toujours très belle. J'ai trouvé ce livre moins désespérant que« Intérieur Nord », sûrement grâce à la nouvelle qui clôt ce recueil, qui malgré tout, pour moi est une histoire remplie d'espoir et de bonté.
Il est vrai également que les tranches d'âge des personnages devraient laisser une grande place à l'avenir. Avenir que semblent refuser les protagonistes de « Des noms de fleurs » ; ne sont-il pas un peu lâches malgré leur courage ? Car il est évident que leur geste ne solutionnera pas le problème de l'écologie mondiale.Extraits :
- Une certaine forme, un avatar de bonheur, c'est vrai.
- Quand même, cette phrase, ces mots, j'aurais dû me méfier.
J'entends encore ce rire, parfois, trente ans après, je suis obligé de m'asseoir pour ne pas chavirer.
- Sa tombe, comme sa loge, était toujours fleurie.
- Je m'appelle Rose.
Je ne veux pas vivre sur une Terre irradiée.
- On pourrait croire qu'ils dorment, on pourrait croire qu'ils sont morts mais ils respirent et les yeux bleus d'Iris sont grands ouverts.
- Elle a poussé son premier cri tandis que le nuage radioactif passait lentement au-dessus de sa tête.
- C'est seulement maintenant que j'y pense. Maintenant c'est trop tard.
- Après les autres clubs, presque ils se battaient pour venir jouer chez nous.
- Á force, ils nous connaissaient tous et peut-être qu'on était le club le plus célèbre de Marseille. A part l'OM c'est sûr.
- Après, ce même jour, il y a Tapie qu'est venu me voir. On l'appelle comme ça parce qu'il fait toujours le barbeau et se la joue homme d'affaires.
Éditions : Zulma.(2008)
*Chanson langoureuse !
Autre chronique de cet auteur :
Intérieur Nord.
04 octobre 2009
MACKEN Walter / Les vertes collines & autres histoires.

Les vertes collines & autres histoires.
Walter MACKEN.
Note : 5/5.
Jeux de dupes!
Recueil de 21 nouvelles de cet auteur de Galway que j'apprécie particulièrement. Félicitations aux éditions « Terre de Brume » de rééditer son œuvre, et d'essayer de le faire connaître en France. Il fut également directeur de théâtre et acteur. En faisant quelques recherches, je me suis rendu compte que Walter Macken avait joué dans quelques films, en particulier « The Quare Follow » d'après l'oeuvre du même nom de Brendan Behan et avec Patrick McGoohan dans le rôle principal.
L'Irlande rurale dans toute sa complexité, cruelle et mesquine sous ses airs bon enfant. La chasse est pour certains une partie de plaisir, pour d'autres une occasion de rappeler à certaines personnes qu'il ne faut pas forcément prendre les gens pour des imbéciles.Pour épouser la fille que l'on aime, parfois, il faut se laisser mener en bateau par son futur beau-père. Colm n'est pas ravi, mais il ravit le cœur de sa bien aimée. Les paroles blessantes dans « La Maggie Barney » qui déstabiliseront un homme et gâcheront deux vies. Les Irlandais ont deux passions, les courses de chevaux et le « hurling ». « La belle Dame » nous parle de compétitions équestres, un homme riche veut que son cheval gagne, le propriétaire du champion en titre est son débiteur, l'argent est-il plus fort que la morale sportive? A l'époque on pouvait se poser la question, maintenant non! Une très belle histoire, l'une des meilleures de ce recueil. Pour le hurling, lorsque le personnage principal s'appelle Filou et qu'il est question de rivalité familiale et de gros sous (enfin toutes proportions gardées), cela n'est pas forcément très fair-play! Rappelons nous la définition qu'en donne Ken Bruen : « C’est quoi encore, ce truc-là ?
Quelque chose entre le hockey et l’homicide.»
« Un Athée » est également un très bon moment du livre. D'un côté il y a Joe, dernier enfant d'une famille de 7, maladif et souffreteux, il est le souffre douleurs de la famille. De l'autre, il y a Peter, colosse un peu marginal, les deux vont se lier d'amitié, mais pour la famille de Joe, Peter est de la pire engeance dans la très catholique Irlande, il est athée....... Ce qui semble pire que d'être protestant! « Les enfants du mardi » est une belle histoire comme son nom l'indique de naissance un mardi, la première chez un « Tinker », gens du voyage irlandais, la seconde dans une famille aisée, le point commun, le médecin du village.....« Marqué » nous raconte l'amitié entre deux hommes, dans un coin perdu de la campagne irlandaise. Mais, un jour une automobile arrive et un homme en descend! Quelques histoires de braconnages, en rivière ou en mer, mais que fait la police! Un peu de contrebande de « poítín* » dans « Le Roi » la nouvelle qui clôt ce recueil. A quoi bon avoir été personnage du comté, une légende vivante pour laisser son trône vacant!
Dans les nouvelles de Macken, il y a souvent un personnage récurrent que l'on retrouve par ci, par là. Solo, curé athlétique, était celui du précédent recueil « Et Dieu fit le Dimanche », ici c'est Geaglers que nous retrouvons. Le dit Geagler n'est pas précisément un saint, toujours à la limite de la légalité, vivant d'expédients, plein de ressources et d'imagination pour se venger de soi disant plus malins que lui. Mais parfois c'est à ses dépens. Nous croisons un marin qui n'a jamais navigué, qui déteste la mer, mais la mer est la plus forte malgré tout...... Pauvre vieil homme! L'exil ou l'amour, l'homme choisit l' Amérique, mais il en reviendra plus vite que prévu! Pourquoi courir le monde, les collines ne sont pas plus vertes ailleurs! Une vieille anglaise et son chat, mais dans la campagne irlandaise, ce n'est pas gagné! Joe est de retour après six mois d'hôpital, c'est le bonheur, ses copains l'accueillent avec joie, mais plus rien ne sera comme avant, hélas.Une écriture qui paraît très simple, donc une lecture facile, mais je pense que beaucoup de travail est nécessaire pour arriver à ce résultat. Un des meilleurs recueils de nouvelles de la littérature irlandaise, et un de ceux qui décrit le mieux le monde rural avec ses défauts et ses qualités. À noter le langage employé par Meila dans la nouvelle « Étranges poissons » dont voici un exemple avec des constructions de phrase gaélique, que Walter Macken maitrisait parfaitement :
- Loin d'la route que j' 'ai trouvé, dit Meila, sur la page près de l'la mer.
Extraits :
- À croire que les korrigans lui avaient jeté un sort. Mais c'était comme ça, il fallait bien qu'il l'admette.
- Un sport aussi ancien que l'Irlande- et davantage même.
-En général, les gens regrettaient qu'ils fussent venus au monde, et auraient préféré que le monde en fut débarrassé.
- Il n'avait jamais eu l'intention de s'attacher de nouveau à quelques êtres vivants que ce soit.
- La vie doit-elle être cynique au point de vous obliger à être le témoin de tels contrastes ?
- Un regard comme celui-là ne devrait pas se trouver ailleurs que dans les yeux d'un chien malade, pensait-il.- Il n'y avait rien d'autre devant lui que sa vie, il avait enterré les années mortes dans la sueur.
- Vous ne vous souvenez pas de lui ? Un asticot court sur patte qui n'a jamais travaillé de sa vie, avec des lèvres minces comme une incision dans du lard maigre.
- On était là à esquiver, à rire, à vilipender derrière leur dos les ploucs qui parlaient irlandais.
Éditions : Terre de Brume (2007).
Titre original : The Green Hill & Other Stories (1962).
*Alcool clandestin à base de pommes de terre.
Autre chronique de cet auteur :
Et Dieu fit le dimanche.
01 octobre 2009
GUDMUNDSSON Eimar Már : Les anges de l'univers

Les Anges de l'univers.
Eimar Már GUDMUNDSSON.
Note : 4 / 5.
O.T.A.N. en emporte le vent!
Écrivain né à Reyjavik en 1954, il a publié des recueils de poésie, puis des romans.
« Les Anges de l'univers » a obtenu le Grand prix de la littérature nordique. C'est, avec pas mal de retard, ma dernière contribution à l'année de l'Islande de la médiathèque de Lorient.
Ce roman se compose de deux parties « Les anges de l'univers » et « Ombres errantes », titres très explicites pour décrire la lente déchéance du narrateur.
Páll ne peut oublier sa date de naissance, en effet, ce jour là l'Islande entre dans l'O.T.A.N, ce qui n'est pas du goût de tout le monde semble t-il ! A la suite d'un embouteillage, son père n'était pas présent! Il nous raconte sa vie du berceau à l'asile psychiatrique de Kleppur. Certains souvenirs sont plus marquants que d'autres, un beau et mystérieux voilier apparaît, avec pour des enfants son lot de questions! Une voisine un peu grassouillette qu'il persuade qu'il entend son cœur battre quand il pose son oreille sur son sexe nu! L'alcool et les quatre cents coups avec les copains, embauchés pour vendre des fouets factices, pas commerçants pour deux sous(?). Leur part est de deux couronnes par vente, ils les cèdent donc à deux couronnes! La voisine n'est pas des plus réjouies. Un séjour au bord de la mer, chez un vieil excentrique avec qui il fera le coup de feu contre un bateau islandais, qu'il avait pris pour navire de guerre russe. Après une altercation avec son père, il décide de partir en Amérique avec pour seul bagage un transistor.
La seconde partie est beaucoup plus sombre, car elle concerne principalement son internement. Páll déroule pour nous sa vie chaotique, nous sentons en lui un certain goût pour la peinture, comme le père d'un de ses amis. Mais hélas.....Son père a eu certains problèmes avec la famille de son épouse, on le voyait souvent au bal, contant fleurette de çi, de là, ne saluant personne. Une explication franche permis de se rendre compte de la méprise, ce n'était pas son père, mais son frère jumeau! Sa mère est un personnage plutôt discret, ses frères et sœurs sont souvent apeurés lors de ces séjours à la maison. Ses amis de jeunesse et les jeunes filles rencontrées, tout cela nous rappelle qu'il fut un garçon comme les autres, un grand chagrin d'amour et des problèmes de santé ont malheureusement fait qu'il est devenu un être quasiment obèse bourré de médicaments!
Ses voisins, comme Thór qui se fit sauter un oeil un jour de chasse, Eyvindur, chauffeur de car, tueur de chats ; voulant changer de vie, il achètera un chalutier, fera faillite et sombrera dans l'alcoolisme. On croise aussi Ragnar un de ses oncles, communiste, contestataire, grand parleur devant l'éternel. Mais il reconnaît qu'il ne ment jamais, mais enjolive toujours! Une galerie de personnages plus extravagants les uns que les autres, par exemple Pétur, qui rentre chez lui en plein milieu d'une promenade, car il a verrouillé sa porte, et les fantômes qui habitent chez lui ne pourront pas sortir! L'Empereur des aurores boréales, qui peint plus vite que son ombre, tout du sol au plafond. Il travaille à la confection d'une statue, la sienne Mais dit-il « Je me suis fait trop gros » . Il roule en carrosse noir tiré par trois chevaux! Le bachelier dément que la maladie emportera.
Que de destins tragiques dans ce livre et surtout dans cet hôpital!
Une écriture très poétique, un ton un peu doux-amer, la construction de ce livre fait plus penser à une suite de saynètes qu'à un véritable roman. A lire pour l'originalité du sujet, même si celui-ci est plutôt austère et amène le lecteur à des conclusions guères réjouissantes. Quelques lignes de poésie sont posées par-ci, par-là dans ce livre, mais la mort est très présente également, les suicides et les pêcheurs naufragés sont la plupart du temps les causes de ces décès.
Extraits :
- ... et quand je serai à mon tour tout maculé de peinture, les doigts verts et bleus, convaincus d'être la réincarnation de Vincent Van Gogh.
J'ai mal à l'oreille.
- Ragnar est communiste et ne s'en cache pas : « soit on est communiste, soit on est con. »
- C'était longtemps avant les jours de la graisse médicamenteuse, avant les jours du café à la louche et de la toux tabagique.
- Marilyn, grande infirmière de la solitude ; l'éternel féminin en communication téléphonique directe avec l'éternité.
- Je trouvais qu'il avait changé, mais ça ne veut rien dire parce que, moi, j'avais déjà basculé.
- Plus tard, quand je mourus, c'est lui qui officia à mon enterrement et pour autant que je sache, il s'en est bien tiré.
- Maintenant j'écris une histoire.
J'écris ma propre oeuvre.
- En fait, le temps est toujours compté, même s'il s'avère qu'il y en a toujours à revendre.
- L'aliéné dit qu'il est mort et enterré. Tous les dimanches, il va au cimetière mettre des fleurs sur sa propre tombe...
- Non, cette tombe n'est pas assez profonde pour contenir nos sentiments à tous.
- Quand les montagnes enlèvent leurs blouses blanches, c'est l'heure de la visite des oiseaux.
Éditions : Flammarion(1998)
Titre original : Englar Alheimsins (1993)










