27 septembre 2009
Le COZ Pierre / L'Autre Versant du jour.

L'Autre Versant du jour.
Pierre Le COZ.
Note : 4 ,5 / 5.
Ici ou ailleurs!
Un auteur, né dans le Finistère, que je découvre par ce recueil de nouvelles qui s'est vu décerner le « Prix Prométhée de la Nouvelle* » en 2007. Le genre de découverte complètement inattendu, un ouvrage inconnu, la consonance du nom breton et la question rituelle, pourquoi ne pas le lire? Disons tout de suite qu'il n'est ici aucunement question de Bretagne, tout se passe plus au sud, entre Toulouse et l'Afrique, avec une incursion à Paris.
Ce livre commence par une série de courts textes intitulés « Cités interdites », que nous visiterons en suivant les pérégrinations d'un homme. Les cités ( mot plus évocateur que celui de ville) en question sont méditerranéennes ou africaines, de Marseille à Dakar en passant (c'est le mot qui convient le mieux) par Marrakech et Taroudannt. L'histoire est somme tout assez banale, cet homme veut fuir l'Occident ; à Marseille il rencontre un dénommé Fad, qui lui propose de le rejoindre au Maroc en lui offrant un travail spécial, mais lucratif. Alors vogue l'aventure....J'ai par moment pensé à Jack Kerouac dans l'évocation des départs et des nuits trop arrosées.
Restons au soleil dans « La vue de Tolède », le soleil n'est malheureusement que dans le ciel, pas dans la vie.« Le tombereau de Couperin » est une histoire d'amour et une excellente nouvelle. Rachel aime Kristoff, mais elle ne supporte pas de ne pratiquement rien savoir de sa vie antérieure. Qu'a t-il fait pendant les quinze ans qui ont séparé son départ de Pologne et maintenant? Obsédante question!
« État de siège » est un texte très fort, comment dans un monde dévasté par la guerre vivre quasiment en vase-clos une grande passion pendant que les gens meurent dans la ville? Une histoire poignante qui se passe dans un monde qui peut paraître lointain, mais qui sera sûrement le nôtre.
Paris sert de décor au récit « Le Haut-Pays », Julie et Paul s'aiment et déambulent dans la capitale. Le temps d'une année, changeant de quartier, d'habitude, de lieux de résidence, le mouvement continu de deux êtres avides de découvertes. Mais dans l'ombre de la bibliothèque nationale, ils découvrent le Haut Pays où ils habiteront un jour peut-être?
« Les amants du Tage » est un court texte que j'ai trouvé très énigmatique, où il est question de port et bateaux à quai. Mais un jour ces navires partiront....
Ce livre se termine par une lettre de l'auteur à Guy Rouquet, créateur de l'Atelier Imaginaire, association à but non lucratif qui permet la promotion de jeunes auteurs francophones. Pierre Le Coz emploie un mot qui, je pense, définit très bien ce recueil : « errance ».
Un homme veut vivre son rêve, fuir l'Europe, ou se fuir lui même, le voyage, l'alcool, les rencontres, mais la curiosité est un vilain défaut. Un enfant de neuf ans muré dans son silence au sein d'une famille aimante, mais un jour l'épouse, la mère n'en peut plus....Des couples qui se quittent, séparés par le doute ou la mort, l'homme congédié prend le premier train, encore plus au sud vers des horizons nouveaux. Un autre quitte un pays en guerre pour retourner chez lui, mais seul. Dans une autre nouvelle, c'est la femme seule qui rejoint le lieu des rêves à deux. Tous les personnages de ce livre ont en commun une grande solitude, voulue ou subie, car la mort aussi réclame son dû.
« Cités interdites » est un court roman policier écrit comme une poésie. Les descriptions des cités sont belles, il y a une scène où notre « héros » rencontre une femme, ils boivent et finissent la nuit ensemble. C'est très bien écrit, décrit avec pudeur, et au matin l'homme épuisé dit à sa compagne « Tu es un paradis ». Merveilleux compliment, je pense. La question obsédante de ce livre est « Où vivre », l'endroit de sa naissance? Le lieu où la vie vous a mené? Dans ce lieu que vous pensez avoir choisi? Mais avons-nous réellement le choix? Être en mouvements, partir, voyager, est-ce une finalité en soi?
Une découverte, pour quelqu'un comme moi, grand amateur de nouvelles.
Extraits :
- Sous sa braise liquide, la mer semblait couver un incendie.
- Il le savait : l'aube révélerait un monde où tout serait de nouveau en place, les tours et les immeubles, les usines et les centres commerciaux.
- Est-il possible qu'il put résider toute sa vie dans cette prison d'air et de rues?
- Ainsi se soignait-t-il de sa vieille maladie de l'errance.
- Parler, c'est commencer de mourir, c'est consentir au temps, à l' inexorable de son écoulement sans retour.
- Les morts ne savent pas qu'ils sont morts. Ils ne sont plus là et ils ne sont même pas ailleurs.
- Pour lui, elle restera dans sa mémoire la Ville rouge, celle où l'espace de quelques saisons, il avait cru trouver son destin.
- L'insurrection les avait mariés aussi sûrement qu'un prêtre ou qu'une réclusion dans la même cellule.
- La ville autour de lui était comme une cité fantôme abandonnée par les chercheurs d'or.
- C'était une de ces nuits d'été où l'air stagne comme une eau invisible au-dessus des toits.
- Elle n'osait lui dire qu'il n'était poète que lorsqu'il cessait d'écrire.
- Ils sont venus ici, dans cette ville où le temps s'écoule autrement, où l'été était un sursis.
- Ils savent pourtant que les heures ordinaires reviendront.
Éditions : Les éditions du Rocher. (2007)
* Ce prix est décerné tous les ans par « L'Atelier Imaginaire » dont le site est ici.
24 septembre 2009
LOZEREC'H Brigitte / Trait pour traits.

Trait pour traits.
Brigitte LOZEREC'H.
Note : 4 /5.
Portraits de famille.
J'avais, il y a quelques temps, été impressionné par le roman « L'intérimaire » de cet auteur, que je n'ai plus lu depuis des années. Donc je pourrais presque parler de redécouverte. D'entrée de jeu, j'ai été attiré par la présentation de ce livre, et comme ma seconde passion après la lecture, c'est la peinture, c'était l'occasion de renouer avec l'œuvre de Brigitte Lozerec'h.
Mathilde est désormais une femme heureuse, ses talents de peintre sont reconnus. Elle est mariée à un peintre lui aussi célèbre. Que de chemin parcouru depuis son arrivée en France quelques années auparavant, avec sa mère, veuve avec trois enfants, elle et William son frère jumeau, et Eugénie la plus jeune. Le déracinement est total, le français qu'il faut se réapproprier, la fortune envolée, fini le temps des précepteurs et autres professeurs à domicile. Pour les deux aînés, cela sera la pension, et par de surcroit dans un établissement religieux pour Mathilde. Cette ambiance étriquée la marquera pour longtemps, et la laissera un peu déboussolée. Surtout que pendant ses absences, sa jeune sœur mettra la main mise complète sur sa mère et sa grand mère. Pendant ce temps, William, lui, découvrira la liberté, mais c'est un garçon et l'époque est plus simple pour eux. Pour Mathilde, il reste la peinture, mais ce n'est pas un métier en ce début de siècle, surtout pour une toute jeune fille. Elle est très vite amoureuse de Frédéric qui est un peu plus âgé qu'elle ; ils se marièrent, mais n'eurent pas d'enfant...Mais dans ce bonheur sans tache, une personne s'interpose, Eugénie..... Pourtant le succès est là, l'argent, les voyages, la gloire . Et la vie continue, des zones d'ombres du passé ressurgissent suite à la découverte par William d'anciennes lettres. Qui fut réellement ce père anglais? Beaucoup de questions restent sans réponses, mais le peu de réponses apporte un éclairage nouveau sur la vie de la famille en Angleterre.La guerre approche, et avec elle de grands bouleversements........
Beaucoup de personnages féminins dans ce livre, à commencer par Mathilde Lewly, un premier déracinement à la mort de son père suivi d'un départ pour la France, le passage d'une grande demeure à un appartement parisien, de très longs séjours en écoles religieuses.
Frédéric Thorins est passé du rôle de professeur à celui de mari, il aidera Mathilde dans sa carrière tout en développant la sienne propre.
Eugénie, sa jeune sœur, ayant vécu seule, réclame l'attention générale, jalouse et colérique, elle ne supporte pas d'être une sorte d'ombre de son aînée, voulant peindre, car Mahilde peint! Faut-il revenir dans le passé pour trouver les causes de cette animosité?
La mère se remarie et a un autre enfant, ce qui semble l'éloigner encore plus de Mathilde. La grand-mère très dure et moraliste est très sévère, la tante Dylis, femme affranchie qui vit en France depuis de longues années. Volontairement ou en exil? Un des seuls personnages féminins montrant dans la famille un peu de chaleur humaine.
La vie au début des années 1900 en France, mais pas selon le schéma classique. Ici le personnage principal est franco-anglaise, artiste-peintre fréquentant une sorte de bohème avant gardiste, mais qui souffre des mêmes maux que le commun des mortels.
Les pages sur l '« école » de Clichy »et ses habitudes nous font pénétrer dans ce monde soi disant non-conformiste et interlope des créateurs de l'époque. Il est fort probable que, la drogue en plus, les comportements soient les mêmes aujourd'hui.
Un livre intéressant se déroulant à une époque où, pour une femme, les obstacles étaient très nombreux, en particulier dans une famille étouffante avec une sœur envahissante. Oser se lancer dans une carrière artistique demandait un certain courage. Cet ouvrage a certainement du nécessiter beaucoup de travail dans le monde de la peinture et dans l'étude du début des années 1900.
Extraits :
- J'avais entendu depuis des années : « la plus grande doit céder, Mathilde, ne la fais pas pleurer... »
- Une Mathilde souterraine s'est mise à vibrer après ce refus.
- Il fallait apprendre à admettre l'inadmissible.
-Elle semblait se réjouir de mon errance en ces lieux et savourer mon malaise, en châtelaine qui reçoit ses pauvres.
-Derrière cette gaieté se cachait des peines, des manques et des solitudes. Je l'ai appris au fil du temps.
- Qu'elle disparaisse une bonne fois ! Ai-je demandé in petto à Dieu ou à diable. Il n'est plus question de morigéner comme une enfant.
- Je démêlais mal la déception, le dédain et le chagrin chez ma mère.
- Seulement je ne voulais pas qu'elle me dévore pour échapper à sa vacuité.
- Le créateur n'a rien à dire sur son œuvre, il lui suffit de l'avoir faite.
-Elle m'a coupée au milieu de ma tirade : «C'est un homme, lui.... »
- J'avais au cœur une colère inouïe, mais toujours inavouable.
Éditions : Belfond (2009)
Le site de l'auteur, ici.
20 septembre 2009
COUILLOUD Nathalie / Promenades littéraires en Finistère
Promenades littéraires en Finistère.
Nathalie COUILLOUD.
Note : 5 / 5.
Au vieux pays!
Un très beau livre, c'est joli, mais si en plus il est complet et très bien documenté, alors, c'est parfait.
Certains (et certaines) ici me connaissent assez bien pour savoir que je vais chercher le moindre petit détail qui me ferait dresser la barbe de colère. Et bien je n'ai rien trouvé, allez pour le principe, mais je suis sur que ce sont des problèmes de dates, l'absence de Marie Le Gall et de son très éprouvant roman « La peine du Menuisier ».
Que l'on écrive beaucoup en Bretagne, je m'en doutait, mais que le Finistère soit aussi bien représenté me laisse sans voix (enfin d'une manière provisoire). Entre les anciens, les visiteurs et les modernes, la palette est large, donc je vais me contenter de parler de ceux que j'ai lus, de ceux que je connais et de ceux que je pense lire, et la tâche est lourde! Pour ceux que par mégarde j'aurais oublié mon adresse est sur le blog et je serai au salon du livre de Carhaix!
Ce livre est présenté géographiquement, c'est original mais pas désagréable, cela permet peut être au plus érudit de distinguer les différents « pays » de Bretagne.
Puisque la coutume veut que l'on commence par les dames, tout ours mal dépoli que je sois, je m'y prête bien volontiers, mais je reconnais d'un seul coup de grosses lacunes! Elles sont en effet peu présentes dans mes lectures, mais cherchons, en tête de liste une naturalisée Marie Le Drian, dont je parle souvent (et qui me parle souvent!) puis Angèle Jacq que je vois parfois à Guidel par exemple et dont la lecture a le don de m'émouvoir. J'allais oublier Anne Guillou et ses recueils de nouvelles, pour les auteurs de romans policiers je croise souvent Françoise Le Mer, mais je la rencontre plus souvent, que je lis ses romans.
Passons sur les « Grands Anciens », mais ne méconnaissons pas leurs oeuvres, ils furent à des degrés divers des défricheurs qu'il ne faut surtout ne pas oublier, Glenmor (et oui il a aussi écrit et fort bien ma foi) Grall, Gwernig ou Hélias, pour ceux dont je connais un peu l'oeuvre, non sans avoir également une pensée pour tous ceux que je n'ai pas encore lus comme Jakez Riou ou Fanch Abgrall (je me soigne, j'ai acheté un de leurs livres).
Parmi les contemporains, celui dont j'ai le plus parlé est sans conteste Hervé Jaouen, ses romans politico-policiers furent à mon goût une découverte il y a quelques années. Ses deux recueils de nouvelles sont très réussis. Et puis il ne faut pas oublier « La mariée rouge », « Au dessous du calvaire », mais j'aime beaucoup « L'adieu aux iles ».
Dans les plus classiques dirons nous, j'ai beaucoup d'estime pour Louis Pouliquen, qui dans un langage très simple fait passer un message très profond, la Bretagne c'est un vieux grenier, mais dans tout vieux grenier des merveille trainent! Charles Mazedo que je croise souvent à la médiathèque de Lorient, le poète Charles Le Gouic, dont je connais mal l'oeuvre, Jakez Kerrien pour son livre « La roche percée ». Parlons aussi des copains de salons, Christian Blanchard, Yvon Coquil, Laurent Ségalen, croisés un peu partout en Bretagne, et qui prouvent que Brest est une pépinière d'auteurs de romans policiers. Parmi ceux-ci figure également Gérard Chevalier, qui a fait une entrée remarquée dans le monde de la littérature avec son premier roman "Ici finit la terre". Ne pas oublier Jean-François Coatmeur, dont le premier livre lu est « Les sirènes de minuit », il y a quelques temps! Sans oublier le sympathique Jean Failler dont j'aime beaucoup les recueils de nouvelles. Un auteur que je viens de découvrir, Pierre Le Coz, est lui aussi cité dans ce bottin des auteurs finistériens. Parmi mes prochaines découvertes figurent également Jean-Pierre Abraham, Jean-Pierre Boulic, Annaig Le Gars et beaucoup d'autres.
J'aime bien lire les ouvrages d'Hervé Bellec, avec une prédilection pour ce grand livre qu'est « La nuit blanche », juste récompense il sera cette année président du Salon des écrivains breton de Carhaix. Coup de chapeau aussi à ce département qui organise deux grands salons littéraires, car en plus de Carhaix, il ne faut pas oublier le salon du roman policier de Penmarc'h avec son célèbre prix du « Goéland Masqué » et dont l'ambiance est très chaleureuse.
Pour la littérature en breton et la BD, je laisse la parole à de meilleurs spécialistes que moi, car pour cette dernière à part « Bran Ruz » qui est superbe, ma bibliothèque est à marée-basse, très basse!
Les personnages sont ici les auteurs ayant des liens avec le Finistère, bien évidemment! Les visiteurs occasionnels (et ils furent nombreux) ainsi que les anciens, les modernes et dans tous les genres.
Voilà, provisoirement je referme cet ouvrage, il ne fait pas parti des livres que l'on lit, mais de ceux que l'on parcoure, un peu tous les jours. Les côtes du Finistère sont belles et un peu sauvages, ses romans aussi souvent, rien n'est lisse ici ! En disant cela je pense qu'il y a de belles écritures dans le Finistère, comme dans toute la Bretagne d'ailleurs, alors un petit retour au « Pays » s'impose parfois. Le cadeau idéal et une découverte pour les non-bretons, et pour moi une source de renseignements d'une grande richesse. J'ai encore de belles lectures en perspective mais je me pose une question: reste-il des auteurs bretons hors du Finistère? Surtout que certains sont bien vite « naturalisés »! Et je ne parle pas ici uniquement de Jack Kerouac que la plume de Patricia Dagier et Hervé Quéméner nous fait revivre!
Quelques morceaux choisis pour terminer.
Gérard Alle : à propos du Kouing-amann.
« Qui ne connaît cette spécialité douarneniste ne connait rien de la gourmandise. Aucun gâteau au monde ne concentre autant de beurre. Un défi à tous ceux qui veulent absolument nous faire maigrir. Une drogue dure en vente libre »
Georges Perros :
« la mer ne rend pas intelligent
Mais elle empêche la bêtise. »
Xavier Grall.
« Un balcon sur la mer. Avec devant soi tout l'espace de la baie de Concarneau, l'arc des grèves, les lochs, les petites maisons blanches et les hameaux repliés sous les pins maritimes comme des bêtes frileuses ».
Paol Keineg :
….bonjour à toi
mon peuple et mon pays
légataire de notre éternité....
Éditions : Coop-Breizh (2009)
17 septembre 2009
KERRIGAN Gene / A la petite semaine.

A la petite semaine.
Gene KERRIGAN.
Note : 4 / 5.
Drôle d'Eire!
Un auteur irlandais absolument inconnu, du moins pour moi. Je dois cette découverte à JML et à son blog « Actu du Noir » qui a parlé de lui récemment. Encore un romancier qui ne sera pas embauché par l'office du tourisme irlandais, car l'image qu'il donne de son pays n'est pas des plus réjouissantes, ancien journaliste, il connait très bien certains aspects souvent passés sous silence de son pays. Ce titre est le premier traduit et un second a suivi.
« Time is Money », ce proverbe anglais semble être devenu une seconde nature pour la majorité des irlandais. L'argent coule (coulait?) à flot, le modèle américain a pignon (pognon?) sur rue. Mais ce genre de système laisse du monde sur le carreau. Alors Frankie Crowe, petit truand sans envergure, demande sa part, la plus grosse possible, après les braquages minables, il veut se lancer, gagner beaucoup en peu de temps, alors il choisit l'enlèvement avec demande de rançon.
Mais pour cela, il lui faut l'aval de Jojo Mackendrick, qui ne lui donne pas, sachant que cela nuira à la tranquillité des affaires, les siennes en particulier. Frankie devient fou de rage, mais maintient son projet. Le problème est de trouver des complices, relativement facilement résolu même si certains ne sont pas très surs. Ensuite, il faut trouver un « kidnappé » pas trop riche car très protégé, mais suffisamment pour pouvoir payer la rançon. Son choix se porte sur Justin Kennedy, directeur et membre fondateur d'une banque privée. Mais est-ce la bonne personne? Toujours est-il qu'ils partent avec Angela, l'épouse de Justin. Commence alors pour elle un long calvaire, bringueballée de planque en planque, à la merci de personnages pas très fréquentables, pendant que son mari tente de réunir la rançon. L'auteur alors nous fait pénétrer dans le monde de la finance, avec ses comptes secrets, ses fortunes cachées, ses sociétés immobilières ou autres qui servent uniquement de paravents. Deux mondes de truands s'affrontent, ceux en « bleus de chauffe » et ceux « à cols blancs ». Où est la morale dans tout cela?! Et bien, elle est pourtant présente, un après-midi dans un petit village d'Irlande.......
Beaucoup de personnages dans ce roman: Frankie Crowe, petit truand dont la vie ne fut pas très rose. Violent et emporté, il semble toujours faire l'inverse de ce qui est logique. Il veut désormais jouer dans la cour des grands, être reconnu, devenir un caïd. Peu de choses le touchent sauf Sinead, sa fille qu'il adore. L'enlèvement ne rapporte plus d'ennuis que d'argent visiblement, Frankie Crown aurait du se souvenirs du passé!
Angela est le prototype de la petite bourgeoise membre du club des nouveaux riches. Son mariage fut plus dicté par l'intérêt que par l'amour. Elle pardonne volontiers à son mari ses aventures, menant sa vie entre le shopping, son club de gymnastique et ses enfants.
Les truands sont plutôt minables, les policiers sont à ranger en deux catégories, les anciens un peu ripoux, la vie est devenu tellement chère à Dublin! Et les modernes, qui sont plutôt le style Elliott Ness, incorruptibles, frais émoulus de l'école, toujours en forme, très imbus d'eux même et carriéristes dans l'âme. Tout le monde veut sa place au soleil, les voyous ainsi que les policiers. La politique est une des meilleurs façons de réussir, pour les représentants de l'ordre, les avocats, bref tout ceux qui sont concernés par la justice. Les magouilles, les compromis et les pots de vin mènent le monde!
Un bon roman, bien écrit, même si l'histoire en soit n'est pas très originale. Un livre réaliste et plausible dans un pays qui a perdu tout ses repères traditionnels, noyé sous un flot d'argent, mais qui lui aussi est maintenant au creux de la vague.
Extraits :
- Les créateurs de sociétés irlandaises prospères tendaient à prendre le fric puis a se tirer.
- Et l'I.R.A.? Certains canard ont l'air d'y faire allusion.
- Même les gars de l'I.R.A. portent des costards et discutent du PNB.
- Ses honoraires avaient grossi en fonction de son expérience, et son embonpoint en proportion de ses honoraires.
- Il leva le poignet et Milky contempla la Rolex en hochant la tête d'un air appréciateur. Tout le monde devrait en avoir une.
- Sa séduisante assistante personnelle avait une connaissance acceptable de l'alphabet et la sonnerie de son portable jouait La chevauchée des Walkyries.
- Plus personne ne se livre au kidnapping. On a connu ça au bon vieux temps …. l'I.R.A. et quelques autres salopards ambitieux.... aucun de ces enlèvements n'a payé.
- Braquez une banque et une équipe de policiers se lance vos trousses. Kidnappez quelqu'un et c'est toute la police que vous avez sur le dos.
- C'était une petite carrée onéreuse, un de ces milliers d'appartements lilliputiens de Dublin qui s'étaient construits à peu de frais et vendu la peau des fesses au cours de la décennie précédente.
- Témoignages manifestes d'une ville sous-développée, récemment enrichie, empruntant énormément et pressée de claquer son pognon.
- La police n'était pas plus capable d'arrêter le crime que les éboueurs d'empêcher l'accumulation des détritus.
- C'était un bâtiment des années 50, grand et moche, bâti à l'apogée de la domination de l'église catholique sur la vie irlandaise.
Éditions : Le Masque (2007).
Titre original : Little criminals (2005)
14 septembre 2009
MORGAN Cédric / Le Bleu de la mer.

Le Bleu de la mer.
Cédric MORGAN.
Note : 4 / 5.
Comme la vie était jolie
En ma Bretagne bleue.*
Ce roman, le second que je lis de cet auteur après « Oublier l'orage », a obtenu le Grand prix de la ville de Carhaix en 2004.
Quétier, peintre de renom, revient en Bretagne après quarante ans d'exil volontaire du moins pendant quelques années. La soixantaine passée, il aspire à une certaine tranquillité, essayant de vivre un peu en marge du monde, surtout l'été.
Retour sur sa vie, l'enfance pas très heureuse, la mort du père marin pêcheur, une scolarité où il était le souffre douleurs de l'école. Le manque de tendresse de sa mère, ses seuls bons souvenirs sont le cerf-volant que lui a confectionné Briag, le cordonnier, et surtout sa cousine Pantou, la fille de l'oncle Enéour qui lui a appris certaines choses de la vie. Mais tout cela aura une fin! Le départ pour l'Algérie, la découverte des méthodes des soldats français, les viols, les vols, hommes et chiens tués au nom de la colonisation! Il désertera par la Tunisie et la Sicile où il restera plus de vingt ans. Suivront de longues années d'exil en Sicile.
En cet été de forte chaleur, il fait la connaissance d'une jeune femme en vacances avec sa petite fille. Ils commencent par se saluer sur la plage, puis se parlent. Elle semble s'intéresser à lui, le peintre ou l'homme? Elle a cherché dans l'annuaire son adresse, petit à petit, ils se rencontrent plus souvent, elle non plus n'a pas réellement connu son père, soi-disant mort pendant une guerre quelconque. A cause de la présence de cette femme, il change sa manière de vivre, elle vient à l'atelier, parle de leur vie et des secrets de famille, qui, semble-t-il, les rapprochent! Certaines zones d'ombres masquent une partie de leur enfance. Mais les vacances se terminent, Raphaëlla partira demain.......
Quétier oscille, cet été là, entre nostalgie et ferveur de l'adolescence. La nostalgie d'un mode de vie plus simple, plus proche de la nature. Ferveur pour Raphaëlla qui le replonge dans certains sentiments oubliés, le trouble, l'émoi, l'angoisse, l'anxiété et l'attente de leur prochaine rencontre du lendemain. Il redevient un collégien au temps de ses premiers rendez-vous avec une fille! Il peint, en pensant à Raphaëlla un « Nu de dos » qui, pense t-il fera le bonheur du propriétaire de la galerie qui vend ses tableaux.
Raphaëlla, comme son nom ne l'indique pas, est islandaise, mais née à Florence. Mariée à un allemand, elle est seule toute la semaine avec sa fille. Elle peint également. Elle parle de son enfance en Islande, de sa mère et des contradictions de celle-ci concernant son père, le biologique!
Pitra, la Sicilienne, qui l’a recueilli et aimé,Pourtant un jour il l'abandonnera, une amnistie générale étant votée en France pour tout ce qui concerne les événements de la guerre d'Algérie. Alors il peut rentrer en France.
Hosin, le patron du café-restaurant est un ancien camarade d'école, il tente gentiment de le questionner sur sa vie pendant tout le temps qu'il a passé loin de leur village natal.
Un livre baignant dans la couleur, la luminosité et la poésie. Une histoire mêlant passé et temps présent, remontant de l'enfance à cet été, soulevant au passage quelques mystères qui auraient sûrement gagné à rester dans le passé. Une oeuvre un peu intimiste, où les choses comme les relations entre Quétier et Raphaëlla évoluent lentement sous une forte chaleur.
Quelles petites choses me parlent dans ce livre, j'adore la peinture et je me reconnais tout à fait dans l'expression : « Je suis un vieil ours sans manières auquel on a appris la moralité ». J'apprécie également les quelques lignes consacrées à Briag le cordonnier, ayant moi même passé quarante ans à travailler dans la chaussure! Quant à Silvana Mangano, cela me rappelle un passage de « Journal intime » de Nanni Moretti, scène d'anthologie!
Extraits :
- Les fleurs ne demandent qu'un peu de pluie.
Et moi, avec mon arrosoir, je suis le ciel, le nuage qui les désaltère.
- Je me persuade quelque chose en moi l'intéresse. Quelle folie!
- Le mot aventure est exagéré, celui d'aubaine convient mieux.
- Un pêcheur n'est jamais à l'avant du bateau, c'est bon pour les touristes; il ne guette pas l'horizon, c'est bon pour les plaisanciers.
- Je suis un enfant qui très tôt apprivoise de l'oiseau blanc du silence.
- Un spécimen hors du temps qui pose ses draps sur le pré pour les blanchir au soleil ?
- Je conclus qu'il est grand temps que l'été se termine, car je deviens vraiment stupide.
- Souvent je vais le voir travailler : à l'observer, je comprends que tailler le cuir, planter des clous à quatre faces dans un talon, procure de la joie.
- ....je me souviens de ma mère les soirs de tempête qui sortait devant la porte jeter du gros sel dans le vent. Pour calmer l'océan.
- Je fais très tôt une différence entre le bonheur et la réalité de l'existence.
- Dans le petit jardin une femme en noir, tablier relevé, une bêche en main. Un côté Silvana Mangano.
- Je suis un vieil ours sans manières auquel on a appris la moralité.
- J'ai la chance unique de pouvoir me tenir loin du souci le plus laid de l'esprit humain : la rentabilité.
- Chaque matin je reprends le voyage comme, après le naufrage, le marin survivant.
Éditions : Phébus (2003)
*Xavier Grall. Solo 4. Extrait de Solo et autres poèmes, éditions Calligrammes (1981)
11 septembre 2009
HUNTER Evan / Graine de violence.

Graine de violence.
Evan HUNTER.
Note : 4/ 5.
L'école de la vie!
Evan Hunter était pour moi un inconnu avant que je ne découvre ce livre. Il est pourtant l'auteur de plusieurs romans, Salvatore Lombino était également quelqu'un dont j'ignorais l'existence. Par contre, vous et moi avons entendu parler d'Ed Mc Bain, en réalité sous ces trois noms, deux de plumes et un de baptême, se cache la même personne.
Richard Dadier (Nick) effectue sa première rentrée scolaire comme professeur d 'anglais. Il a été nommé dans un lycée professionnel « École de Travaux Manuels Secteur Nord ». Après avoir fait la connaissance des autres professeurs, certains en particulier parmi les anciens, le mettent en garde, cette école est réputée difficile. Mais Nick, fort de son passé de vétéran de la guerre pense être armé moralement et physiquement pour cette tâche. Il va vite déchanter ! Le premier jour, il sauve une des professeurs, la ravissante Mlle Hammond, d'une tentative de viol. Cela lui confère pendant quelques jours, le statut d'un héros, mais cela se retournera vite contre lui. Le vendredi qui suit, s'étant attardé à boire quelques verres avec un de ses collègues, ils sont passés à tabac par plusieurs jeunes gens dans une rue sombre.
La classe 55-206, où sont groupés les élèves de dernière année va dès la première semaine entrer en rébellion ouverte avec lui. Entre Grégory Miller, jeune noir à l'intelligence supérieure au reste de la classe, et lui commence une bataille larvée dont Rick ne sait pas réellement comment réagir. Son collègue Josh, jette l'éponge, complètement désabusé. Un problème plus grave que les autres va le conduire chez le directeur. Accusé de racisme, il doit se justifier. L'incident étant clos, sa bonne foi prouvée, il reprend son poste.
La violence quitte l'école et change de forme, son épouse reçoit des lettres anonymes mettant en cause son comportement vis-à-vis de Lois Hammond.
Richard Dadier commence sa carrière dans un optimisme béat. Il aimerait enseigner dans des conditions, disons, acceptables. Sa chute morale sera à la hauteur de sa déception. Anna son épouse, enceinte, n'a pas besoin de tous ces problèmes, le doute s'insinue petit à petit en elle. Les autres professeurs, les anciens surtout, ont baissé les bras, le laxisme s'est installé depuis trop longtemps. Pour eux, comme dans une chanson de ma jeunesse, « L'heure de la sortie, c'est le meilleur moment de la journée ». Melle Hammond semble être aussi déplacée que possible dans cette école, jeune et jolie et débutante, elle attire le regard des élèves. Que cache cette femme, qui possède un air angélique sur un corps de vamp? Gregory Miller est le chef et la tête pensante de la classe, son air nonchalant cache son arrogance et un esprit manipulateur. Rick et lui se livrent à une sorte de lutte d'influence pour savoir de quel côté la classe va se ranger. Les autres élèves ressemblent à un troupeau de moutons, ils suivront le plus fort, mais qui est le plus fort?
Ce roman parle de la détresse d'un homme, plein de bonne volonté, voulant réellement enseigner, mais en face de lui se dresse un mur, une volonté de nuire, de le détruire moralement. Le désarroi de ces hommes et femmes est palpable et transparaît dans toutes leurs conversations. La phrase qui résume le mieux l'état des lieux est la suivante :
-On lui avait appris à traire des vaches et on voulait maintenant lui faire dresser des lions.
Le système scolaire américain est passé à la moulinette, ainsi que toute la société américaine d'ailleurs.Le constat d'échec est effroyable, la violence omniprésente. Et ce livre a plus de 50 ans!
Extraits :
- Celle-là, pensa Solly, elle n'a jamais seulement dû entendre prononcer les mots Ecole professionnelle.
- À présent, c'était lui qui était professeur ; les rôles étaient inversés, et ce renversement des rôles lui était rudement agréable.
- C'était généralement vrai.
Ce n'était malheureusement pas vrai, en l'occurrence.
- ...ils auraient bientôt un fusil en main- perspectives agréables pour la plupart d'entre eux- et, s'il éclatait quelque part dans le monde un nouveau conflit, il pourrait bien y laisser leur peau .
- Rick avait l'intention d'imposer sa loi et de se détendre ensuite sans jamais laisser les disciplines de devenir un problème.
- Encore un petit malin, pensa Rick, la classe est pleine de petits malins.
- Ces gosses étaient des êtres humains, et non des animaux que l'on enfermait pour ne plus s'en occuper.
- Il supposa que le niveau d'intelligence des élèves était plus haut qu'il ne l'était en réalité.
-...les abrutis peuvent vous créer des tas d'embêtements, mais ce sont les types intelligents qui les mènent.
- Elle inspira l'air profondément en rejetant les épaules en arrière sans paraître se douter de ce que faisaient ses seins chaque fois qu'elle exécutait cette simple manœuvre.
- Qui est-ce qui plaisante ? demanda Solly. Dadier est vraiment un brave.
Un missionnaire, dit Manners.
Editions : Les Belles Lettres.(2000)
Titre original : Blackboard Jungle (1954)
09 septembre 2009
OZOUF Mona / Composition française.

Retour sur une enfance bretonne.
Mona OZOUF.
Note : 5 / 5.
Passé décomposé.
Beaucoup de mes amies du club de lecture de la médiathèque de Lorient m'avaient recommandé ce livre, le problème était qu'il est très demandé, alors j'ai attendu mon tour!
Ce livre qui n'est pas un roman peut être décomposé lui aussi en deux parties, l'enfance proprement dite, puis une réflexion sur les relations très ambiguës entre la France et les « pays » qui la compose. Géographiquement cette enfance ne se situe pas très loin de mon lieu de naissance, la mère de Mona Ozouf étant institutrice à Plouha, mais à cette époque les distances paraissaient plus longues!
Ce livre est différent des autres ouvrages sur le même sujet dont j'ai parlé ici-même, dans le sens où ce n'est pas un legs, comme dans « Mon Vieux grenier en Bretagne* », ni un roman comme dans « Ma Langue au chat** » ou « La peine du Menuisier***». Ici l'auteur nous parle de sa famille et de son enfance, mais ce père qu'elle a peu connu. Il est décédé quand sa fille avait quatre ans. Il a été un militant de la cause bretonne toute sa courte vie. Donc sa langue maternelle est le breton. L'approche des relations entre la langue bretonne et l'éducation scolaire est plus rigoureuse, plus scientifique tout en restant une affaire de cœur.
Grande spécialiste de la Révolution Française, Mona Ozouf nous parle des aspects négatifs de celle-ci sur les « Provinces » qui formaient la France, et la grande doctrine « La France, une et indivisible ».
Je partage tout à fait le point de vue de l'auteur pour la langue bretonne : la pilule a du mal à passer, pourquoi cette éradication forcenée ? Et ce mépris superbement affiché, c'était la langue des paysans et des pêcheurs, et alors! Elle donne l'exemple à une époque où les enfants dans les campagnes commençaient l'école à six ans, la seule langue qu'ils connaissaient était le breton, donc les bases étaient là. L'apprentissage du français n'était pas une difficulté en soi. Mais à la maison, le breton revenait naturellement. Les deux langues avaient leur utilité et étaient parlées chacune dans leurs territoires. Maintenant, le problème est à l'inverse, les enfants apprennent le breton à l'école, mais ce sont les parents qui ne le parlent plus!
Dans une vie, on rencontre beaucoup de personnages, et en général on commence par ses parents deux êtres diamétralement opposés. Le père Yann Sohier, fils de gendarme, militant breton, né comme il dit lui-même du mauvais côté de la Bretagne, qui dut apprendre le breton, qu'il écrivait et lisait, mais ne parlait pas bien. Et dans les années 1925/1935, le militantisme breton n'était pas monnaie courante, pour ne pas dire incongru! La mère Anna Le Den, bretonnante de naissance, institutrice à une époque où l'enseignement devait éradiquer le breton chez les enfants! Parlant breton avec sa mère qui comme souvent à l'époque était veuve et vivait avec eux, mais parlant français avec sa fille. Personnage omniprésent de toute enfance bretonne, la grand-mère qui s'occupait dans le cas présent de la maison et de l'éducation de sa petite fille. Une vie un peu austère entre femmes, dans un bourg breton, l'évasion toute trouvée, ce sont les livres, ceux en breton du père et les autres..... J'aime beaucoup la manière dont l'auteur rappelle le comportement des intellectuels de l'époque, tous n'étaient pas des saints, les courants d'idées changeaient rapidement, mais il est étrange que seuls certains représentants des mouvements bretons soient montrés du doigt? Elle remarque au passage qu'il est facile de juger plus de cinquante ans après quand l'histoire est écrite.
La littérature est omniprésente dans ce livre, les auteurs bretons de Xavier Grall à Per-Jakez Hélias en passant par Morvan-Lebesque, Louis Guilloux et son épouse Renée, qui était le professeur de l'auteur à Saint-Brieuc. J'ai découvert des écrivains que je n'ai pas encore lus, en particulier Jakez Riou, je me suis rappelé les grands anciens Emile Masson, Ernest Renan et pourquoi ne pas relire certaines pages du « Barzaz-Breizh »! Et la mythique Irlande, qui est présente dans les cœurs, et dans les esprits, Le Sinn Féin et les Pâques irlandaises, le rêve est loin désormais. A noter que pour le roman de Liam O'Flaherty, l'auteur utilise la dénomination de « Le dénonciateur » qui était en usage pour les premières éditions, mais qui est plus connu maintenant sous le titre de « Le mouchard ».
Ce livre est pour les non-bretons, (et ils sont plus nombreux que les bretons) une excellente approche de ce curieux phénomène, se réclamer d'une identité bretonne, aujourd'hui! Et tout cela en toute liberté et en toute connaissance de cause.
Extraits :
- …. quelle honte, si le facteur venait à la surprendre « en cheveux » !
- Quant à ma grand-mère, elle trouvait tout naturel de revire avec sa fille l'existence qu'elle avait elle-même menée, où les hommes étaient loin, en mer ou dans la mort.
- Ce Glaoda respecté était un taiseux.
- Vie rude, avare en éclaircies, repliée sur un territoire exigu. Pour se marier et on allait au plus près, à la limite du degré de parenté prohibée.
- Ma grand-mère, son costume, sa coiffe, sa langue, ses savoirs multiples, tout en elle parlait donc de l'identité bretonne.
- On a compris que la bibliothèque paternelle était militante.
- La maison, avec Masson, croit à l'alliance indispensable du socialisme et de l'identité bretonne. Là est le cœur même du combat militant.
- Reste le souvenir d'une perplexité.
- Jamais un conte breton. Pas la moindre chanson bretonne. Et rien sur les métiers bretons : on fait silence ici sur les activités de nos parents.
- Les héros de la maison, Judicaël et Nominoë, n'ont droit à aucune évocation dans la classe.
- Un écheveau de perplexité que je ne suis pas toujours pas sûr de débrouiller aujourd'hui.
- Il ne s'agissait pas simplement d'un enseignement négatif : Guilloux était un indicateur de lecture.
- La foi de l'école semblait l'avoir emporté décisivement sur celle de la maison, l'idéologie française sur les attaches bretonnes.
- Ainsi se consomme en quelques années la défaite des particularités. Elles ont contre elles, pour commencer, d'être diverses, foisonnants irrégulières, variables.
Éditions : Gallimard (2009)
*Mon vieux grenier en Bretagne. Louis Pouliquen.
**Ma langue au chat. Angèle Jacq.
***La peine du Menuisier. Marie Le Gall.
06 septembre 2009
BRIEUC Michelle / De l'une à elles.
De l'une à elles.
Michelle BRIEUC.
Note : 3,5 / 5.
Le piège de la vie*.
Recueil de 7 nouvelles d'un écrivain que je découvre à cette occasion. J'ai lu ce livre deux fois, dont la seconde après avoir rencontré l'auteur au cabaret littéraire du festival interceltique de Lorient.
« Moi, Hugo Voltzky, né à Prague ». Suite à un accident, Hugo, pianiste virtuose, a perdu la mémoire. Magda qu'il a découvert plusieurs années auparavant veille sur lui.
Dans la baie de Calvi, elle se remémore sa vie, son mariage avec un artiste italien, son veuvage, puis sa rencontre avec Hugo. Grâce à elle et à son influence dans le monde musical, sa carrière prend de l'essor. Mais Hugo a d'autres projets pour lui-même!
« Sang de femme » est une nouvelle très réaliste, dramatique même. Elle raconte la vie d'une femme, Lison, qui quitte tout par amour ; la lune de miel se terminera mal, très mal. Elle deviendra SDF, connaîtra l'alcool, les coups, les viols, la déchéance. Nous suivons le naufrage d'une vie ou de ce qu'il en reste. Un récit qui fait froid dans le dos.
« Solstice d'Hiver». Une nouvelle bouleversante de simplicité, de pudeur et de nostalgie. Une saison froide, que vivent ensemble Clotilde et Léa ; pour l'une d'elles, le crépuscule de la vie approche à grands pas. La tante et sa nièce ont réuni leurs deux solitudes, se souvenant des temps anciens où la maison était pleine d'enfants, puis de petits-enfants.......
«L'espérance au cœur». Louise naît dans une campagne froide et grise. Très jeune, ses parents la placent dans une maison bourgeoise, une amie lui fait découvrir la différence des classes. Puis elle est embauchée dans une usine et commence une carrière de militante syndicaliste. Une nouvelle qui comme son nom l'indique est pleine d'espérance!
« La Jeune Fille aux Hortensias» est un tableau qui orne le mur de la maison où vit la narratrice. Son père mourant lui désigne le portrait, mais ne peut malheureusement donner plus d'explications. Alors, elle s'adresse à Mado qui a toujours travaillé ici. Celle-ci, d'abord réticente, lui expliquera que cette femme est sa mère qu'elle croyait décédée.....
« Le Banc des Vendanges ». Dominique rentre au bercail, rappelée par sa mère. Les deux femmes ne s'entendent guère, Dominique considérant qu'elle a été évincée de la gestion du domaine vinicole de ses parents. Pour quel motif sa mère la rappelle t-elle?
« Quai de Gare» un trio classique, un homme, une femme et une gare! Les gares sont des lieux à part, le bonheur des retrouvailles ou tristesse des départs, lieu de rencontre ou de déchirure, pour Moune et Louis, c'est un lieu de rendez-vous. Ne serait-il pas temps pour nous d'envisager la vie autrement ?
Les personnages principaux sont des femmes très souvent meurtries par la vie.
Magda a façonné Hugo, mais cela est-il suffisant pour le rendre heureux ?
Lison est devenue une ombre de la rue, silhouette que l'on remarque même plus tellement elle semble faire partie du paysage urbain.
Pour Clotilde et Léa, la solitude est-elle plus facile à vivre à deux ?
Louise, fille de la campagne, deviendra militante des droits ouvriers. Le beau portrait d'une battante.
Dominique fera le trajet inverse, elle grandira au milieu des vignes, puis partira à la ville.
Moune devra-t-elle se contenter encore longtemps de cette vie de rendez-vous amoureux entre deux trains?Un bon recueil bien écrit, des destins de femmes, la solitude qui souvent les entoure et les vies dramatiques de certaines. Il est dommage, du moins à mon avis, que les deux dernières nouvelles soient moins convaincantes que les autres. Mais ne boudons pas notre plaisir, cinq nouvelles de très bonne qualité commencent ce livre.
Extraits :
- Les souvenirs sont douloureux lorsqu'ils ne sont plus partagés.
- L'honneur, mon enfant, l'honneur d'un pays se traduit par les actes de ses hommes.
- Elle fait partie de celles que l'on nomme, poliment, les exclues.
- Souvent immature, à force de violence de précarité, elle se fuit jusqu'à se fondre dans une dégradation inexorable.
- La mort les ronge jusqu'à devenir l'ultime secours d'un temps passé pour rien.
- Elle tient bon, elle n'a pas encore fini de vivre et sa lucidité balance entre l'espoir et l'angoisse.
- La vie est longue, geint-elle.
- Elle repense à son père, sa mère, à tous les siens qui crient misère dans le silence de leur résignation ou la colère de leurs souffrances inaudibles.
- Ma vie violente mon corps, mon esprit, mon âme peut-être.
- Tant de mots quand, subitement, je ne sais plus rien de moi, de nous.
- Ma mère, bien que toujours élégante, m'apparut un peu ratatinée, le cheveu moins bouclé, le regard fort autant que le froid, les traits tirés.
-Les quais de gare ont ceci de particulier qu'ils dépouillent les voyageurs de l'identité, dans l'indifférence et l'ennui.
- La nostalgie, c'est comme les sables mouvants : il ne fait pas bon s'y enfoncer.
Éditions : Les ateliers de Porthos (2009).
* Phrase extraite de la nouvelle « Sang de Femme »
02 septembre 2009
POULIN Jacques / La traduction est une histoire d'amour.

La traduction est une histoire d'amour.
Jacques POULIN.
La lecture aussi, souvent......
Note : 3 /5.
Dans le cadre du Blogoclub, j'aurais dû lire « La tournée d'Automne », mais vu l'absence d'été, je me suis dis : reculons l'échéance, alors j'ai choisi ce très court roman. Et malgré sa brièveté, je suis en retard!!!
Je ne résiste pas au plaisir de vous recopier la courte introduction de ce livre :
« - En définitif dans cette affaire, il s'agit bien d'un couple et nous parlons d'amour. Oui nous parlons de traduction dont la définition est, d'abord, d'être un transport. Transport de langue ou transport amoureux. »
Albert Bensoussan. Traduction et création.
Marine, en fait Maureen, rousse flamboyante d'origine irlandaise, est traductrice. Après avoir voyagé, elle est de retour au Québec. Au cours d'une de ses visites au cimetière où repose sa mère, elle fait la connaissance de Monsieur Waterman, célèbre écrivain dont elle aimerait traduire l'œuvre. Une profonde amitié va lier ces deux personnages, malgré leur différence. Mais l'amour des mots, de la sonorité d'un texte et de la littérature les rend très complices. Lui reste écrire en ville, elle habite un chalet à l'île d'Orléans, où ils passent en général le week-end. L'intrusion d'un chat noir avec une laisse et un numéro de téléphone autour du cou va remettre en question la sérénité de leur vie respective. D'où vient ce chat? Que veut dire cet étrange message sur le répondeur? La voie féminine semble jeune, pourquoi avoir abandonné cet animal de compagnie? La jeune fille qui habite au bout du chemin qui mène au chalet de Marine parle d'une vieille dame venue en taxi? Une jeune fille et une vieille dame, cela intrigue notre duo de détectives amateurs. Le numéro de téléphone commence par l'indicatif de la ville ; alors Marine fait appel à un enquêteur qu'elle a connu il y a quelques années.
Un livre sympathique, des personnages ordinaires sans reliefs, comme si l'auteur n'avais pas cherché à leur donner plus de consistance.
Marine est une solitaire, elle parle de sa sœur qui a disparu, sa mère est morte, mais elle lui a inculqué le souvenir de l'Irlande dans la mémoire collective avec la Grosse-Ile * comme lieu de sépulture pour les morts de maladie. Monsieur Waterman est un écrivain reconnu, mais un peu en panne d'inspiration, il lit plus qu'il n'écrit. Il mène une vie bien réglée avec des heures bien précises, mais un jour tout cela sera chamboulé. Quelques autres personnes comme la jeune fille et la « sorcière », la petite fille du bout du chemin, le détective ont aussi leurs places dans ce livre. Les animaux sont bien présents dont les deux chats, Chaloupe et Famine, genre de Laurel et Hardy félins, l'un efflanqué, l'autre obèse. Un renard, une biche, des chevaux de course à la retraite, un couple de hérons, des ratons laveurs, bref un inventaire à la Prévert.
Un roman plein de bons sentiments, peut-être trop d'ailleurs, ce qui donne un côté conte de fée moderne à ce roman, mais sans surprise. Je m'attendais à mieux de la la part de cet auteur, car j'avais bien aimé, il y a quelques années « Wolkswagen Blues ». Un peu de mauvais humour, entre Marine et Monsieur Waterman, c'est une histoire à l'eau de rose qui manque un peu de sel. Un exercice de style sur la traduction, très bien écrit, mais cela s'arrête là. Quelques moments sont intéressants, ceux qui parlent de traduction et ceux racontant les mémoires de la famille et des grandes famines en Irlande. Une lecture agréable, mais l'histoire est un peu facile à mon goût. Un mauvais choix de ma part, ayant dans ma bibliothèque « Les grandes marées »!
A noter que dans ce roman et dans « Wolkwagen Blues », l'auteur nous parle d'un lieu qui semble lui tenir à cœur, la librairie « City Light » de Laurence Ferlinghetti, là où Jack Kerouac commence son livre « Big Sur » puis il rend également hommage à Anne Herbert et cite également Hubert Mingarelli et Kafka.
Extraits :
- En général, les hommes ne m'inspiraient pas confiance, mais je faisais une exception pour lui.
- Je m'appelle Marine. C'est la version adoucie de Maureen, le nom de ma mère, une irlandaise.
- Trop souvent, dans ma courte vie, quelque chose m'a poussé à faire exactement le contraire de ce qui convenait.
- Il souriait et son regard malicieux détaillait ma tignasse rousse, mes taches de rousseurs et mes yeux verts.
- Un drôle de boulot, nous les traducteurs.
- On doit épouser le style de l'auteur.
- Pour préserver ma liberté, je n'avais pas de portable- je préfère ce mot à « cellulaire », qui pour moi évoque la prison.
- Poisseuse, ça veut dire que l'eau est un peu gluante. Collante si tu préfères. Tu comprends?
- Les histoires de sexe, on ne s'en occupait pas, Monsieur Waterman et moi.
- D'un seul coup, j'étais transporté dans la vieille maison du langage, à mi-chemin entre la terre et le ciel.
- Autre signe que j'étais zouave : en remontant vers le chalet, je me mise à parler aux bouleaux.
- À ma manière, un peu rétive, c'était quand même l'homme que j'aimais le plus au monde.
Éditions : Leméac/Actes Sud ( 2006)
*Grosse-Ile, ici








