Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

31 août 2009

Le GALL Marie / La Peine du Menuisier

La Peine du Menuisier.
Marie Le GALL.
Note : 5 / 5.
Un silence de mort.
D'abord je tiens à remercier la charmante personne qui m'a offert ce livre. Je pense qu'elle se reconnaîtra. Ce premier roman très bien écrit de cette professeur de lettres, née à Brest, est à mon goût d'une lecture, je dirais, éprouvante. Cette chronique a été particulièrement difficile à faire, j'ai plusieurs fois envisagé de ne pas parler de cet ouvrage. Contrairement à mon habitude, elle fut faite sur plusieurs jours, ne sachant pas vraiment quoi dire! Chaque fois que je lis ce genre d'ouvrage, je me pose la question : est-ce que être imprégné de culture bretonne fausse mon jugement?
Marie-Yvonne Le Gall parle de sa vie, sorte de quête de sa famille et de son identité. Elle passe son enfance entre deux maisons, le « Penn-ti » des vacances et l'appartement brestois. Une enfance entre un père taiseux à l'extrême, une mère accaparée par Jeanne la grande sœur démente, et une grand-mère.
Les morts sont plus présents que certains vivants, les photos des défunts dans leurs cadres en bois sont des figures familiales : René-Paul, le frère mort, le grand père, Prosper. L'Ankou est un personnage familier dans la famille. Son enfance se passe, à pas lents, comme dans une procession avec les membres de sa famille, quelques amies, des voisins pas plus liants que la famille, bref une vie grise et monotone. Parfois au court de certaines discussions entre adultes, elle apprend certains événements que l'on semble taire volontairement. Existe-il autour d'elle des secrets qu'elle ne doit pas connaître? Y aurait-il aussi quelques cadavres dans les placards? Pourquoi son père est-il silencieux à ce point? Que veulent dire ces discussions en breton entre lui et ses frères? Sa mère sait, mais elle se tait! Ses oncles accepteront-ils de lui révéler la vérité? Le temps presse, l'Ankou et sa charrette sillonnent les chemins, les anciens meurent, bientôt plus personne ne saura!
Le Menuisier, que cache-t'il derrière son assourdissant silence? Quels secrets se cachent sous ce silence ? La mort le délivrera-t'elle enfin? Mais il sera silencieux jusqu'à la tombe.
La narratrice, Marie-Yvonne Le Gall, une vie dans un monde de silence, dire qu'elle fut la bienvenue dans la vie du couple serait mentir. Sa mère, Louise, refuse d'aller voir la « faiseuse d'ange », malgré son âge et qu'elle doive également s'occuper de Jeanne, sa fille ainée âgée de 19 ans et démente. Elle est secondée par la grand-mère Meli, veuve vivant avec eux. Elle est également entourée de tous les êtres disparus,de Denis, celui qui reste le premier souvenir de la narratrice aux autres dont elle va connaître leur existence au fur et à mesure de sa vie, René-Paul, le frère décédé, François, l'oncle mort des fièvres en Guinée, le grand-père, Prosper, Louis, revenu de la grande guerre, mais pas pour longtemps.
Une très belle écriture, avec une qualité que j'aime beaucoup, la pudeur, les sentiments retenus, certaines choses doivent rester enfouies dans le passé. Une histoire en forme de puzzle avec une chronologie pas toujours respectée.
En filigrane de cette histoire, ce livre est aussi un hommage à la langue bretonne et un grand regret pour moi, c'est de ne pas l'avoir appris. Étant de la même génération que l'auteur, j'ai comme elle, il me semble, le sentiment d'un manque, cette part de ma culture qu'il était, à un certain moment de l'histoire, interdit d'apprendre sous peine de punitions scolaires.
Souvenirs personnels, une tante maintenant décédée, dont le mari est mort des « fièvres » lui aussi dans un hôpital, il est enterré à Paimpol. Souvent l'armée était la seule solution pour les garçons.
Une photo trouvée par la narratrice, j'ai chez moi un cliché de ma grand-mère, qui devait avoir une douzaine d'années, avec ses parents et ses frère et sœurs. Tout le monde est endimanché, les femmes en coiffe, la pose est solennelle, l'air un peu apeuré. Souvenir également, ma mère traçant une croix sur le pain avant de le couper, ou la vaisselle de « Quimper ».
Une touche de gaîté, Le Capitaine Troy sur l'écran noir et blanc de la télévision, une maladresse de jeunesse, mettre le sac qui contient les pinces à linge dans le bouillon du « Kig-ha-fars » à la place du sac contenant le fars! Heureusement à cette époque, les pinces à linge étaient en bois.
J'ai pensé en lisant cet ouvrage à un autre traitant un peu du même sujet « Sentinelles de la mémoire » de Pascal Rannou, qui pose également la question : pourquoi chercher si loin?
Comme je l'ai dit plus haut, un livre dur comme ses personnages, une lecture éprouvante, mais un très bon moment littéraire.
Extraits :
- Je suis née à quatre ans dans un face-à-face foudroyant avec la mort. Rescapée, je ne sais comment.
- La mort était omniprésente dans nos vies. On était toujours en deuil de quelqu'un.
- Ces morts n'avaient pas été mes vivants.
- À nous voir ainsi rassemblés, on aurait presque pu croire que nous étions heureux.
- Je suis née d'un face-à-face avec un enfant mort. Sans doute ce jour-là, cet été-là, je suis morte pour la première fois.
- On ne disait pas des handicapés. Louise disait « des innocents », mot pudique et douloureux qui renvoyait à l'enfance et à la volonté de Dieu.
- En province, le dimanche est très proche de l'idée que l'on peut se faire du néant.
- On ne disait pas la plage, mais la grève.
- Ma tête est vide. Où sont camouflés les souvenirs et pourquoi ont-ils peur ?
- Pour remplacer les cadres et les morts, j'avais les vieux. Ça changeait.
- C'était interdit pour moi, le breton, la langue des pauvres paysans, ceux qui n'avaient pas d'instruction. Il fallait en avoir! Oublier tout ça, ce parler inutile !
- Il revenait naturellement à leur enfance, à leur terre, à leur identité. La langue était ce lien indéfectible qui les unissait.
- Les fantômes avaient des coiffes et des sabots, de la terre sur les mains, une langue qui n'était pas la mienne. On m'avait amputé d'un monde sans lequel je ne pouvais me construire.
- On dit les Bretons fiers et taciturnes. Plus ouvert que le Menuisier, Jean semblait assez bien connaître la loi du silence quand il le fallait. Lui aussi pouvait s'emmurer, je n'insistais pas, probablement parce que je leur ressemblais trop.
- «  Je vous tue tous » dit l'Ankou sur l'ossuaire dans le cimetière de La Roche-Maurice. Où sont les morts ?                  
Éditions : Phébus (2009)
L'avis (autorisé) de Cuné, ici.
Et celui (non moins autorisé) de Cathulu, ici

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29 août 2009

MORVAN Daniel / Mai 69.

Mai 69.
Daniel MORVAN
.
Note : 3,5/5.
Ce joli moi de Mai.....quarante ans après!
J'ai beaucoup aimé, il y a quelques mois « Miss Bella Donna », un roman policier écologique se passant dans un festival de musique comme il en existe tous les étés en Bretagne et ailleurs.
Ce livre est annoncé comme un roman, mais quelle est la part d'autobiographie dans ces lignes?
Et quels souvenirs, personnellement, je garde de 1969 ? Il faudra que je remonte un peu dans le temps moi aussi!
Il est beaucoup moins question de mai 1969 que du mois de mai de l'année précédente, et pourtant il s'est passé pour certains des évènements essentiels qui ont marqué leurs vies.
Nous sommes quelque part en Bretagne, dans « Le pays des Forêts », terres reculées à la limite du « Far-West ». Mai 1968 est encore dans l'esprit des jeunes, mais déformé par de bruits et des informations circulant sous le manteau. Une jeune parisienne va bouleverser la vie d'un jeune adolescent, comme la vie des campagnes bretonnes subit également de grands changements.
Les tracteurs font leurs apparitions détrônant les chevaux, la productivité s'impose sournoisement mettant fin aux fêtes et réunions que représentaient les moissons. La langue qui perd encore du terrain, l'accent que l'on cache à l'internat par honte, et pour ne pas être le « Plouc » de service.
La famille qui déménage, quittant une ferme pour une autre, les personnages célèbres du moment, dont certains tiennent encore le haut de l'affiche.
Une histoire presque contemporaine, une belle histoire d'un premier amour évoquée avec retenue et pudeur. Le narrateur, jeune homme sans histoire, campagnard jetant un oeil naïf sur le monde et sur les femmes. Un temps où la mort de la jument de la ferme est un évènement, bientôt viendront les tracteurs, et autres machines. Judith, violoncelliste, fille de bonne famille, telle une fée, illuminera cet été 69. Les parents du narrateur, le père surnommé « Clark Gable », la mère qui tient la maisonnée, sa mort qui donne au livre quelques-unes de ses plus belles lignes, pleines de pudeur et de poésie aussi. Lom, le mendiant le « Pilhaouer » personnage respecté des campagnes à qui on ne refusait pas le pain, ni le vin qui remplaçait le cidre coutumier.
Les gens du village ou des environs, avec parfois des noms célèbres, Jean Lennon, (un village de Bretagne porte ce nom) ou Jakez Kerouac'h. Les enfants du centre de redressement de Laz, monde inconnu, qui fréquentent la même école que le narrateur, qui les décrit ainsi :
-" les repris de Laz ont la beauté des enfants séquestrés par Barbe-Bleu"-.
Blanche, une fille du village, les voisins, les gloires du moment, la mort de Kennedy et la robe tachée de sang de Jackie, la Chine et la Révolution culturelle sont des moments ou des personnages évoqués. Le Maoisme est la doctrine à la mode, nous ne le savions pas encore, mais la fin d'une époque approchait.
J'aime beaucoup les livres où les chapitres ont des titres évocateurs (les numéros n'ont pas ce pouvoir!). En voici quelques exemples :" Le pays ; La ferme ; Le progrès ; L'exode ; La fraternité ; La rentrée ; La capitale etc."....Chroniques de la vie en Bretagne, mais dans un temps qui n'est pas si lointain que cela!La conscience politique de la jeunesse qui s'éveille souvent à cause ou alors grâce à la guerre du Vietnam. Un récit doux-amer d'un souvenir vivace, mais passé, avec son cortège de désillusions, de rêves envolés, de grandes choses non accomplies, ni par nous-mêmes, ni par les autres. Et nous voilà aujourd'hui, dans un monde que peu de gens voulaient, une société qui ne tourne vraiment pas rond.
Et malheureusement, il faut faire avec! Un livre original sur une époque peu courante dans la littérature, malgré le fait que parfois j'ai eu un peu de mal à suivre le côté romanesque de l'histoire.
Extraits :
- Ce pays-là, ton Pays des forêts, ne méritait plus les trains.
- ...vous avez parlé comme si vous vous étiez quitté la veille.
- N'ont pas perdu cette habitude d'alimenter leurs pierres à feu directement à la cuve de fuel.
- Cela se passait il y a très longtemps, il y a de plus en plus longtemps. Au XXe siècle.
- Je ne suis pas un enfant de mai 68 car en mai 68 je n'étais qu'un enfant.
- ....Lom est une compagnie recherchée, à la fois colporteur de fables, mendiant, journalier, journaliste.
- Pour nous, enfants, Lom est simplement l'homme.
- Le retour du bateau est annoncé, elle attend son fils, qui rentera du port à pieds ou dans une charrette.
- Tout ce qui faisait la vie d'avant disparaît d'un seul coup : les remèdes de grands-mères, la sagesse, les chansons, les contes, les korrigans, le parler courant.
- La campagne que j'ai traversée mute vers une décharge publique.....
- Tout flotte autour d'une langue désapprise.
- Écrire revient à fonder une société secrète constituée de personnes du passé qui revivent en nous.
- Mon accent fait rire. Dans mon pays, la tonique est fortement accentuée, au pensionnat, elle s'efface.
- Je rencontre des garçons et des filles de la gentry dans ce vaste atelier d'artiste qu'est Paris.
- Il reste un conte à finir.
Éditions : Éditions du temps.(2009).
Autre chronique de cet auteur:
« Miss Bella Donna »

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26 août 2009

CAOUDER Jacques / Rumeurs mortelles à Saint-Renan.

Rumeurs mortelles à Saint-Renan.
Jacques CAOUDER.
Note : 4 /5.
Elle court, elle court la rumeur.........
J'ai rencontré cet auteur au Festival interceltique de Lorient, une de mes nombreuses rencontres de l'été. Il a déjà écrit plusieurs autres romans, mais pour moi c'est une nouveauté.
Hiver 1938, dans la campagne bretonne, une femme est violée.....
En l'an de grâce (enfin pas pour tout le monde) 2003 entre Saint Renan et Plouarzel, la vie semble tranquille, mais sous ses apparences trompeuses, des haines tenaces couvent. L'abbé Le Prieur prononce sous l'effet de la colère des paroles dont il ne soupçonne pas la portée.
- «  Ah ! Si seulement elles pouvaient changer de paroisse et disparaître pour de bon ».
Paroles pas très catholiques pour un représentant de Dieu, mais qui ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd, en l'occurrence celle de Roger Trasec le sacristain qui approuve ! Il faut dire que le pauvre homme, que la nature n'a pas gâté, n'a pas été épargné pas ces femmes. Ni personne d'autre d'ailleurs dan les environs. Ce « Elles » rageur désigne     « le club des 5 » terreurs locales, elles ont pour noms : Louise Tregomel, Madeleine Robinec, Jeanne Harmonique Fernande Kerlann et Leone Guidfose. Imaginez cinq vieilles filles bigotes, dévotes, cancanières, méchantes et médisantes, pourrissant la vie de tout le monde. Vous serez encore en dessous de la vérité! Et dire qu'avant elles étaient six!
Mais bientôt, elles ne seront plus que quatre......
Roger Trasec, tout à son bonheur, après un repas dominical bien arrosé chez sa nièce Marie, raconte ce qu'il a entendu sortant de la bouche du prêtre, qui s'empresse de téléphoner la nouvelle à......
La rumeur prend son envol, de bouche à oreille, elle passe de maison en maison. Alors quand Madeleine passe de vie à trépas, personne n'est attristé, mais personne n'est surpris, la cause de la mort « Crise cardiaque aiguë » Bref la vie continue, les gendarmes parlent entre-eux de ce décès, mais sans plus. Et le temps passe, mais Louise Tregomel trépasse....Alors pour la police arrive l'heure des questions.....Les coïncidences d'abord, les victimes avaient fait des cauchemars la nuit précédant leur mort, des araignées furent trouvées à leurs domiciles, alors que cette race vit dans des endroits abandonnés et plutôt sales. La présence d'une mystérieuse femme vêtue de noir est constatée par plusieurs témoins, près du domicile des victimes, puis aux enterrements. Rapidement toutes les hypothèses sont passées au peigne fin, une vieille croyance ressurgit du passé, une « gwarc'h » sorcière des campagnes, mais la dernière connue est morte vingt ans plus tôt? Aurait-elle transmis ses connaissances avant de mourir? On évoque aussi d'étranges réunions, les nuits de pleine lune autour du menhir de « Kerloas », des illuminés? Il ne reste plus pour les gendarmes qu’à fouiller dans le passé, de démêler des liens familiaux, et petit à petit de découvrir une vérité lointaine, mais pas encore oubliée. Les gendarmes peu à peu privilégient le meurtre à la mort naturelle, mais qui peut être le coupable?
De nombreux personnages dans ce roman, les cinq harpies, sorte de mégères non apprivoisées. Le père Le Prieur visiblement semble dépassé par ses paroles. Roger Trasec, homme humilié toute sa vie, rejeté par une grande partie du village, seule sa nièce Marie et une de ses amies Jennifer lui portent un peu d'attention. Il a toutes les raisons pour vouloir la mort de ses ennemies jurées. L'urgentiste, Jean-Pierre Bellemine, est un être trouble, efféminé il vit avec sa sœur, mais hasard du calendrier ou volonté personnelle, il était de service les nuits des deux morts, et c'est lui qui a signé les certificats de décès. En plus il collectionne des araignées, la police l'a suivi, mais il les a semé délibérément, ente temps il avait rendu une visite insolite! Sa sœur, Françoise, est une très belle femme, qui ne laisse pas indifférent le major Paré, gendarme chargé de l'affaire. Adrien Bellemine, son père, a un comportement étrange quand les policiers l'interrogent ; veuf depuis peu, il semble que le chagrin le mine. Minier, médecin, qui avait reçu dans son cabinet les deux victimes le jour de leur trépas. La femme en noire. Mais qui est-elle? On raconte également l'histoire d'un enfant adultérin martyrisé par une partie de sa famille, il y a quelque temps déjà. Une vengeance longuement mûrie? Les pistes ne manquent pas! Une histoire où les arbres généalogiques des familles se croisent et s'entrecroisent, des cousinages à la mode de Bretagne, qui font que tous les protagonistes de l'affaire ont des liens de parenté. Cela rend parfois la lecture assez ardue. Il est aussi nécessaire d'avoir un dictionnaire à portée de main, certains mots étant relativement inusités. Une série de meurtres sur fond de haine, d'enfant martyr, d'adultère et de magie noire. Une intrigue captivante, une fin relativement inattendue.
Un bon moment de lecture.
Extraits :
- Sais-tu qu'il ne peut plus supporter le clan des vieilles filles, tu sais, ces saletés de dévotes !
- Un ange passa, laissant à présent planer le doute....
- L'homme était sûr dès cet instant « d'obtenir des enfants mâles », et « la femme heureuse de pouvoir, toute sa vie, gouverner son mari à sa guise »....
- Si vous faites partie de ce paysage peu ragoûtant, enfin ce soir en tout cas, qui sait si demain vous serez toujours là... Le paysage sera peut-être éclairci?
- Àh ! Ça oui... elle en avait laissé de la galette à ces garces.
- Têtue, hein...Le Morzader? Vous n'êtes pas Bretonne pour rien vous dites donc.
- Guénic et Guern se regardèrent, ils aimaient bien les grillons, «leurs cigales bretonnes».
- Mais ces petites vieilles se fréquentent depuis quand ?
On pourrait dire depuis la maternelle. Et ce n'est bien sûr que plus tard qu'elles sont devenues inséparables. C'est qu'elles se sont découverts, au fil des ans, les mêmes mauvais penchants.
- L'irrationnel ne faisait pas partie de leur domaine professionnel. Ce qui aujourd'hui ne pouvait être expliqué par la science, le serait forcément demain.
- Sa grand-mère et Léone ne l'ont pas avilie, bien au contraire, elles en ont fait une révoltée. Et nous aussi, nous y avons participé.
Éditions : Éditions du polar. (2009)

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22 août 2009

KING John / Football Factory

Football Factory.
John KING.
Note : 4,5/ 5.
Au foot!
Le football, je suppose que tout le monde connaît. Un jour j'en ai trouvé une très belle définition : un jeu où vingt deux nouveaux riches jouent devant des milliards de nouveaux pauvres. Dans ce livre, écrit en 1996, nous découvrons la face sombre de ce sport, les supporters ultra-fanatiques, pour qui la foule sert de couverture pour un autre sport, la violence exacerbée. Il n'y a pas que le ballon qui ne tourne plus rond !
Tom Johnston est membre d'un clan de supporters. Ses préoccupations principales, surtout le week-end, pourraient s'intituler les quatre « B ». Ballon, baston, bière et baise, cet ordre n'étant pas forcément toujours respecté. Mais une fin de semaine réussie doit comporter ces quatre ingrédients.Tom et ses amis ne vivent que pour le match du samedi suivant, une semaine à Stamford Bridge, stade de Chelsea, et l'autre aux quatre coins de l'Angleterre. Ils ont tous des boulots plutôt minables, au mieux, donc peu de moyens, mais s'organisent pour suivre leur équipe favorite. Un sentiment prévaut chez chacun, la haine ! La haine de tout, des autres clubs, des juifs, des noirs, des Pakistanais et évidement des Français, le second sentiment majeur est un machisme élevé au rang de religion.
La bière qui sert à la fois de boisson, d'anesthésiant, de repas, est consommé parfois avec modération, mais uniquement dans un but stratégique, par exemple pour ne pas trop se faire remarquer en se rendant au stade. Après le match, la consommation augmente fortement, les pubs qui sont pris d'assaut servent souvent de lieu de combat et peuvent être facilement dévastés, surtout après les matchs à l'extérieur.
Beaucoup de personnages dans ce livre, avec tous les tarés qui hantent ces pages. Désolé, mais je ne vois pas quel autre mot je pourrais employer ! Le pire est qu'il ne semble pas que l'auteur force le trait. J'ai assisté à quelques matchs pendant les trois ans que j'ai passés en Angleterre, et je ne pense pas que la situation se soit améliorée. C'est très impressionnant et peu rassurant de se trouver mêler à des centaines de supporters venant d'une autre ville que Londres. On apprend comment ces gens s'arrangent pour déjouer la surveillance policière. Par exemple, prendre un car de supporters à Londres, descendre de ce car dans une autre ville, et prendre le train par petits groupes pour la destination finale. On suit également le manège, le jeu du chat et de la souris entre groupes cherchant uniquement à en découdre. Le match, qui se déroule à Millwall, donne lieu à une bataille rangée qui laissera quelques traces dans les corps et dans les esprits de ceux qui y ont participé.
Et les filles, me direz-vous ? Elles sont toutes et tout le temps aux trois-quart ivres, partant dans des aventures insensées, se terminant dans des lits de passage qu'elles oublieront la bière évacuée.
Ce livre est conçu comme le calendrier de la première division du football anglais. Des matchs à domicile, puis des rencontres à l'extérieur, à Tottenham, à Liverpool, à Newcastle et à Millwall par exemple. Il va s'en dire que partout la haine est présente, surtout contre les Spurs, (Tottenham) et Millwall.
La photo sur la couverture montre un homme avec un tatouage sur la joue, « Chelsea F.C. No Surrender ». Cette devise est également celle des protestants de l'Ulster, ce qui démontre un côté très conservateur et raciste de cette bande de pseudo supporters. Bizarrement, les Irlandais sont relativement épargnés par les commentaires des supporters, ils ne les comprennent pas, mais en moyenne, ils sont les seuls à trouver grâce à leurs yeux. Chose très étrange également, ces même supporters qui s'entredéchirent, quand ils se retrouvent à l'étranger avec l'équipe nationale alors c'est la Sainte-Alliance! Mais après le retour au pays, la guerre reprend ses droits!
Souvent entre deux matchs de football, l'auteur nous fait connaître d'autres personnages londoniens bon teint, pas toujours très normaux ! Ce livre peut servir de guide touristique à quelques amateurs de stades de football à travers l'Angleterre. J'ai personnellement bien aimé les promenades dans un Londres loin des clichés touristiques, ayant fréquenté les stades londoniens, il y a bien longtemps.
Ce roman qui est par ailleurs bien écrit est vraiment une descente aux enfers. Ce phénomène de bandes servant de n'importe quel prétexte pour s'entre-tuer a pu paraître en régression, mais il est loin d'être définitivement éradiqué.
Extraits :
- On est entre nous, à la table, parce que depuis que les flics se sont mis à infiltrer, il y a intérêt à faire gaffe. Ce n'est plus comme avant.
- Clientèle assurée, donc ils nous font attendre.
- On s'arrêtera à Northampton, en rentrant. C'est un bon endroit pour se saouler la gueule, et on n'est qu'à une heure de Londres, par l'autoroute.
- Se déplacer à Old Strafford ou Anfield, c'est toujours un petit coup d'adrénaline en plus.
- Qu'est-ce qu'on a de mieux à faire ? On traîne au pub, histoire d'éponger la gueule de bois de la veille, puis à trois heures moins vingt on écluse les verres et on y va.
- Difficile d'imaginer qu'à une époque on pouvait se déchaîner dans le stade même et s'en tirer sans bavure, et ça toutes les semaines.
- Qu'est-ce que tu peux attendre de l'Europe, à part quelques canettes de pisse d'âne?
- Quand on est à Tottenham, c'est le pied. On a toujours haï les Spurs, c'est normal, c'est sain.
- Elles voient tout, les caméras vidéo. Il faut être vachement rapide pour arriver à ses fins, parce que le marché des voyeurs est en pleine expansion.
- Des fumiers, planqués sous leurs uniformes, qui lèchent le cul du Trésor public.
- Mais personne n'est venu nous aider, quand les gars de Norwich essayaient de nous apprendre de force des vertus paysannes.
- Je sais comment les médias déforment tout. J'étais déjà dans le coin quand les lois ont commencé à nous compliquer la vie.

- Les Irlandais ne sont pas comme ça, dit Sean.
Non, ils sont différents. C'est une race insulaire. Une autre tribu. Des gaéliques comme disait Vince.
- Des métèques avec des passeports anglais, voilà ce que c'était.
- On doit être comme les nègres, d'une certaine façon. Des nègres blancs. De pauvres blancs. De la merde blanche.
- La haine, la peur nous rendent différents.
Éditions : Éditions de l'Olivier.
(2004)
Titre original : The Football Factory (1996).

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19 août 2009

CHAIGNE-BELLAMY Jacqueline / L'ouvrier de la 11e heure.

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L'ouvrier de la onzième heure.
Jacqueline CHAIGNE-BELLAMY.
Note : 4,5 /5.
« C'est la lutte finale ».
Une des découvertes de cet été, double découverte, ce livre et l'auteur que je connais de vue depuis plus de dix ans, sans savoir qu'elle écrivait! Ce roman est son cinquième, mais le premier que je lis.
Roger, la retraite venue, semble fuir Paris. Que lui reste t-il? Son épouse Madeleine l'a quitté, il voit à chaque élection le Parti Communiste s'affaiblir, ses anciens camarades sont partis ou ont abandonné la politique. Lui-même doute de lui et de ses convictions, quand il voit la société actuelle! Reprendre son existence en mains pour les dernières années de sa vie, pourquoi pas?
Il a le coup de foudre pour une modeste maison de la campagne ariègeoise, l'achète et vient y vivre. Son installation n'est ni simple, ni compliquée, c'est un brave homme de commerce agréable se pliant volontiers aux coutumes locales. Peu à peu ses voisins s'habituent à sa présence, il se lie d'une improbable amitié avec le curé, homme cultivé, mais un peu désabusé lui aussi. Ainsi trois années passeront, mais la solitude pèse de plus en plus à Roger. Madeleine devient une absente qui lui manque cruellement. Une visite à Paris pour un récital de poètes communistes va renouer le dialogue entre les deux ; Madeleine qui habitait à l'hôtel accepte la proposition de Roger : reprendre la vie commune.
Alors une seconde vie commence, je vous en laisse la surprise.....
Tous les personnages de ce roman semblent avoir raté un moment de leur vie, par conviction ou par doute dans la foi, ou par la perte d'un travail.
Roger est tout à son combat politique, les camarades sont sa vraie famille, il est quelque part admirable d'entêtement, mais s'est-il soucié de Madeleine? Le départ de celle-ci et son installation en province, le temps libre dont il dispose, les questions sans réponses lui font appréhender la vie d'une manière différente. Une remise en cause difficile pour cet homme qui se rend compte que son combat fut vain.
Madeleine, son épouse, n'a pas su faire comprendre à Roger que ses convictions politiques prenaient trop de place dans sa vie, de meetings en réunions, leur vie personnelle sans enfant fut celle de deux personnes vivant sous le même toit, sans plus.
Franck Lachaux, le prêtre, se reproche la désaffection de son église, le monde moderne étant plus porté sur les plaisirs rapides que par une longue et fastidieuse pratique religieuse.
Mr Labaye, citadin chômeur, qui revient vivre dans la demeure familiale. Il vit très mal sa situation professionnelle et fait diverses petites choses pour améliorer sa situation financière.
Melle Faure, assistante sociale, célibataire ; son métier, c'est sa vie, parfois, elle aussi se demande si la tâche n'est pas au dessus de ses forces!
Pour les plus anciens, Roger et Madeleine comme pour le prêtre, la question est : « tout cela a été vécu pour qui ou pour quoi? » Chacun semble tirer un constat d'échec de son existence.
Ayant eu des membres de ma famille et des amis communistes et militants convaincus,
j'ai beaucoup apprécié la description que donne l'auteur de Roger. Les membres du Parti étaient convaincus de détenir la seule vérité qu'il soit. Ils balayaient allègrement de la main toutes critiques, Budapest ou Prague était pour eux des non-événements ou de la propagande capitaliste. Malgré que je n'ai pas été toujours d'accord avec eux pour tout, j'ai énormément de respect pour ces hommes et ces femmes et pour le combat qu'ils ont mené. Je me souviens de certain dimanche matin où j'allais livrer l'Humanité Dimanche, ce qui ne m'empêchait pas de jouer au football l'après midi pour un patronage catholique!
J'ai beaucoup apprécié ce livre que je trouve très bien écrit, car il parle de gens qui sous des aspects très ordinaires, sont des gens de cœur, plein d'une humanité rafraîchissante. Bref, des gens bien, très bien.
Un livre que je recommande chaleureusement.
Extraits :
- La maison ressemble à sa mère. Effacer dans le décor que lui a façonné le temps, elle paraît ridée, courbée sous le poids des souvenirs.
- Les années ont passé et, comme l'amour de Madeleine, l'espérance morte.
- Nous allions en prison pour la défense de nos idées et le service du bien commun. Nous en étions fiers.
- Il considère le bien familial comme le sang d'une race. Pour rien au monde il se déferait du sien : il aimerait mieux mourir de faim!
- Il était à son avis grand temps d'affranchir les populations rurales de l'obscurantisme clérical.
- Roger ne songe pas à partir. Parfois il lui arrive de se sentir heureux.
- Le baiser de Madeleine et sur sa joue, la chanson de Brel dans son cœur : « Madeleine est mon Noël...» Et son passé et son avenir, son nouveau monde assurément !
- Femme silencieuse qu'il découvre aussi sagement bavarde !
- « Et vous curé, qu'avez-vous fait pour garder les enfants au village ? La montagne qui les a vus naître serait-elle moins attirante que leurs boîtes de nuit ? »
-Mon Père, Roger a trop lu quand je n'étais pas là. Je le crois plus souvent en compagnie de ses amis- penseurs ou poètes- qu'en la mienne. Avec Baudelaire, il désespère « d'un monde où l'action n'est pas la sœur du rêve ».
- L'amour, mon Père, n'a que faire de lucidité, de possessions ni de prérogatives. Comptes et bilans lui sont de mortels ennemis.
- C'était la même chose au parti : une foultitude de noms familiers, des gestes pareils à des oiseaux de paix. Échoué en Ariège, Roger croyait y faire le deuil de ses illusions.
Éditions : L'Harmattan (2009)

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16 août 2009

EMERY Alain/ Divines antilopes.

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Divines antilopes.
Alain EMERY.
Note : 4,5 / 5.
Quel cirque la vie*
Après « Canaille & Compagnie », c'est le second recueil de nouvelles d'Alain Emery que je lis. Nous nous somme rencontrés dans le superbe petit port du  Dahouët dans les Côtes d'Armor. Rencontre très amicale sous un beau soleil breton (eh oui, cela existe!) Nous avons longuement parlé de ce style littéraire que nous apprécions tous les deux, lui comme auteur, moi comme lecteur, la nouvelle.
« Barnum » fait penser à la « World Compagnie » où des hommes sont chargés de préparer des licenciements collectifs au nom de la rentabilité et des bénéfices des actionnaires. Mouse et Wagner sont de ceux-là, avec leurs chauffeur, garde du corps et exécuteur de basses œuvres, ils sillonnent les routes. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et parfois une fin tragique!
« La cuisine des anges » ou les mécomptes de Perrault. Calomnié, il en restera toujours quelque chose, alors faire la sourde oreille par intérêt n'est pas un problème, sauf peut-être d'arithmétique !
Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, on pense au proverbe « L'homme est un loup pour Lou ». L'appareil photo remplace le fusil chez l'homme prédateur, Lou, ancienne actrice, gloire nationale en fin de vie et de carrière remplace l'antilope... Le prédateur sort toujours gagnant. Un très beau texte.
« Chinook », c'est un vent de folie qui souffle sur la vie d'un homme. Écrivain à succès, imbu de sa personne et de son personnage, une femme et quelques gâteries vont le réduire en miettes, le transformer en loukoum ou en pâte de fruit. Hé oui, monsieur l'écrivain, l'amour est souvent une question d'humilité, alors quand on en est dépourvu..... Un autre très beau texte.
« Tout l'or du monde » n'a jamais rendu la vie à qui que ce soit! Un homme pense qu'il l'a appris à ses dépends, mais beaucoup trop tard!
Il est également question de courrier dans ce recueil, « Lettres mortes » entre les lettres d'un noble et celles d'un gueux, pour qui le préfet prendra t-il fait et cause? L'épouse d'un défunt écrit à la maîtresse de celui-ci qui a écrit un livre sur son mari.
Les chiens ont leurs places dans ces récits. « Chiens entre eux », récit très noir qui se passe dans un endroit encore plus sombre que le récit, « Amigo » nous parle de la rencontre entre vagabonds sous le soleil de Catalogne.
Des personnages souvent pathétiques, en bout de course, d'autres portant leurs secrets comme un lourd fardeau, un autre facétieux jusqu'à la mort. Une galerie d'hommes et de femmes, souvent ni meilleurs, mais aussi parfois pires que la moyenne du genre humain.
Bourne est mort avec « Les illusions en moins ». Sa vengeance contre les gens qui l'ont méprisé de son vivant sera posthume. Son seul ami veille sur ses dernières volontés, avec beaucoup de zèle. La cupidité est un vilain défaut, pour Bourne ce ne fut pas une découverte.
Un général et son majordome, Vieux Général, vieille baderne repue de morts et de gloire. Sottise et vanité, mais un homme, un jour, sonne à la porte.....
Un enfant et sa mère dans « Sortir du silence », la vie en quatre dates pour le fils, à huit, onze et quinze ans et aujourd'hui, le retour dans la maison familiale et ce secret qui le poursuit. Et cette phrase :
-Désormais, je suis là, entre le temps révolu et celui qui me reste et comme je songe à chacun de mes gestes, je n'en regrette aucun.
Le résumé de deux existences gâchées.
Un Français au Paraguay, les gens se rappellent sa présence, sa bonté mais aussi sa mort. Un homme a trahi les siens, naguère gibier, il est devenu chasseur, et le fusil dorénavant est entre ses mains. Le bonheur est-il à ce prix? Une femme, ancienne danseuse de tango, se refuse à vieillir, mais le poids des ans est là. Un enfant assistant au procès de son grand père, un homme est menacé d'un fusil, mais l'assaillant ne tire pas, enfin pas sur lui, mais ce geste le poursuivra toute sa vie. Un vagabond est accusé d'un double crime, c'est un coupable idéal et pourtant....
J'aime beaucoup ce recueil, car il n'est pas évident que dans ce genre de livre, toutes les nouvelles soient de bonne qualité, ce qui est le cas ici. Certains récits donnent un petit air sud-américain et espagnol à ce livre et apportent un peu de soleil à ces histoires ayant un côté bien noir qui correspond souvent au genre humain. Pour les lecteurs, qui comme moi, affectionnent le genre nouvelles noires, un livre à découvrir.
Extraits :
- J'ai une trogne de brute. Une tête d'assassin.
- Crier ne sert à rien. Pleurer non plus. Personne n'entend plus personne.
- Dans les petits pays, la méchanceté est une lèpre qui nous occupe. Nous sommes des gens de sentences.
- A ses côtés, un bouquet éclatant de pilules mortifères.
- Juste après, sa carapace de nurse anglaise s'est entrouverte sur un sourire de garce absolue....
- A nos débuts, je la croyais à mes pieds. Elle n'était qu'à mon chevet.
- Signé : Le Bourne, qui rigole rien que d'y penser.
- En somme, je suis une ordonnance qui joue les majordomes. Tête basse, je fais mon temps.
- Au fil des siècles, notre sang indien s'est dilué au leur et peut-être sommes-nous moins vivants qu'autrefois.
- Vanel, à s'allonger sur l'encolure de sa bête, n'était plus qu'une ombre courbe.
- C'était la pire des bauges. Ce soir-là dans la lumière parfumée brasillait des trognes à faire peur. Amarrés à leurs timbales, ils buvaient sans sursaut, comme on écope au milieu des naufrages.
Éditions : La Tour D'Oysel (2009).
*Allusion à la première nouvelle du recueil « Barnum ».
Autre chronique de l'auteur :
Canaille & Compagnie.

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08 août 2009

blog en pause

Bonjour,

Suite à différents problèmes techniques, ce blog est en pause pour quelques jours. Ne vous inquiétez pas, j'ai plus de temps disponible pour lire.

A bientôt

Yvon

Posté par eireann yvon à 16:27 - Parlons-en ! - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 août 2009

COQUIL Yvon / Docks

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Docks.
Yvon COQUIL.
Note : 4 /5.
Viande froide ou avariée!
Second roman d'Yvon Coquil, le premier « Black Poher » avait obtenu le prix du Goéland masqué du salon du roman policier de Penmarc'h en 2008. Nous quittons la campagne du Poher pour Brest, où la vie n'est pas plus rose, mais un peu comme la couleur du temps, plutôt grise pour ne pas dire noire!
Novy Dardoup est enquêteur pour la Société d'Assurance Mutuelle. Il se rend sur les lieux d'un incendie, mais le corps d'un notable étant découvert sous les décombres, la police le prie manu militarie d'aller promener ses guêtres dans un autre quartier de la ville, et le plus loin possible de préférence. La police est sur les dents, l'inspecteur Jules Le Gall en tête, le corps découvert est identifié : c'est celui de Goulven Penhors, courtier maritime au dessus de tout soupçon, enfin en apparence, ami intime de Le Gall, qui, en plus, est son gendre. Que faisait-il en pleine nuit dans les docks? Une photo met Novy sur la trace d'un tagueur qui aurait été sur les lieux. Or celui-ci est découvert noyé. Décidément l'affaire a plus la couleur des eaux du port que celle de l'eau claire d'une fontaine.
Le Gall se fait menaçant, puis de la parole aux actes, il n'y a qu'un pas. Il semblerait qu'une mystérieuse mallette ait disparu.
Novy Dardoup est le contre héros en vogue (la galère pour lui) ; son épouse est partie avec son professeur de sophrologie (?) ; en plus elle a emmené son fils! Son boulot, il le doit surtout à son amitié avec le fils du patron. Pierre, son grand copain, est mort au champ d'honneur pendant un braquage à Barcelone au nom d'idéaux révolutionnaires! Il traîne son ennui et sa misère de cuites en cuites, mais cette mort mystérieuse et la manière douce ou brutale dont la police et son patron veulent l'évincer de l'affaire, lui redonne une certaine fierté de vivre.
Jules Le Gall est un homme dangereux sous tout rapport, son statut d'inspecteur de police lui assurant une certaine protection. Yann Gonac'h, docker et adjoint occasionnel de Novy, connaît les quais comme sa poche! Son juron favori : « Gast ha Gast! *».
Après le monde rural, Yvon Coquil nous dépeint la vie des docks de Brest qui est le principal décor de ce roman. L'atmosphère du port du Ponant est, me semble t-il, très bien décrite. Ces villes portuaires qui ont leurs propres codes et leurs manières de fonctionner, leurs lois, mais aussi une grande solidarité. Ce patron de bistrot pas très regardant sur certaines choses, mais qui de lui- même efface l'ardoise de ses clients chômeurs! Les petites magouilles de tous les jours, les marchandises qui tombent des camions, mais qui ne sont pas perdues pour tout le monde. Dans les hautes sphères, c'est de la viande avariée qui, elle non plus, n'est pas perdue pour l'importation! Pauvre ménagère soviétique! Mais l'argent appelant l'argent, le poulet faisandé ne suffit plus, le poulet se fait faisant et pense être le coq du village, mais plus dure sera la chute.
Le monde comme il va, que vous soyez pauvres ou puissants, par contre le niveau de férocité est proportionnel au bénéfice espéré! De trafics en tous genres en tentatives d'escroqueries à l'assurance, la moralité et l'honnêteté en prennent un coup! Dans un genre très différent de « Black Poher », un très bon roman avec un cadre et une ambiance moins originaux que ce dernier. L'auteur nous évite également une romance que l'on sentait venir, mais qui en restera là.
Une petite remarque personnelle, je trouve que Neil Young est souvent cité par les auteurs bretons comme fond sonore mélancolique, ce qui n'est pas pour me déplaire, comme vous vous en doutez.
Extraits :
- Implicitement, c'était un encouragement à fouiner.
- On se remontait le moral, on respectait les douleurs muettes. Un peu de baume sur les blessures entre deux calembours, histoire d'affubler la triste réalité d'un nez rouge le temps d'un repas.
- À Brest, la pluie n'a jamais empêché personne de sortir. Encore heureux, vu le nombre de jours où elle tombe. Et comme la peau est étanche.....
- Il se remit à pleuvoir. À Brest, c'est d'ailleurs à ça que l'on s'aperçoit que la pluie a cessé un moment.
- Son studio était tout d'une pièce. Une pièce et ses quatre coins : coin repas, coin salon, coin couché, coin toilette....
- À Brest, on mourait plus facilement de l'amiante qu'un ministre du ridicule.
- Les rues portaient des noms de peintres : Sisley, Cézane, Fragonard, Corot. Il fallait beaucoup d'imagination pour associer les magiciens du pinceau aux tours et aux barres de béton.
- La bruine agit comme un onguent sur les plaies, fussent-elles celles de l'âme.
- De toute façon, avec les containers, y a plus rien qui tombe des charges.
- La déduction n'était pas son fort. Il préférait l'action. Un dur à cuire, voilà ce qu'il aurait aimé être.
- L'envie pourtant était forte. Il plaça un disque de Neil Young sur la platine, histoire de retrouver une contenance.
-Si votre sens moral ne vous fait pas trop souffrir, vous allez toucher des indemnités pour une crèche que vous n'utilisiez plus depuis longtemps et à laquelle vous avez mis le feu. Vous n'auriez pas dû laisser traîner le fils électrique flambant neuf qui a servi au court-circuit.....
Éditions : Les Éditions du Barbu. (2009)
Autre chronique de l'auteur :
Black Poher.
*Vous ne trouverez pas forcément la traduction dans les bons manuels de langue bretonne!

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02 août 2009

BOURVEN Yann / Le dérèglement.

Le Dérèglement.
Yann BOURVEN.
Note : 4,5 / 5.
Rangement et dérangement!
Second livre de ce jeune auteur né à Rennes que je lis. Très différent dans sa structure que « Mon héroïne », ma précédente lecture, et étant un amateur de nouvelles (ou de courts textes) noires et un peu décalées, j'ai beaucoup plus apprécié.
Des récits fulgurants, et même si les textes ne sont pas violents en eux-mêmes, on sent que la vie peut basculer, que la folie est là sous-jacente, entre les lignes.
« Le Chien » nous raconte une chasse à l'homme pourchassé par une meute de villageois dont son propre père! Il ne comprend pas les raisons de cette haine, pour lui c'était un acte d'amour, mais pour les autres, non.....« Le Pêcheur » réunit quatre personnages qui ont chacun un rôle à jouer, un pêcheur, un écrivain, une sirène et une bouteille! Une bouteille à la mer sauvera t-elle les hommes? « L'Actrice » est la narration de la vie d'une femme, hier au sommet de sa gloire, ayant joui de la vie, avec excès. Aujourd'hui sa carrière terminée, au chevet de son père mourant, elle tente de se réconcilier avec lui! « L'enfant au yeux rouges et les huit ombres qui ont marqué l'histoire » parle pêle-mêle de Marie et de Joseph, et de Jésus mais aussi d'un enfant, d'un fou, mais ne cherchez pas une vérité biblique dans ce texte! « Période 2016-2018 » chaque existence d'un homme à ses périodes, mais qui peut nous dire ce qui nous attend plus tard?
« Le poème » est l'Ombre absolue, mots uniques et multiples. Je suis......
Beaucoup de personnages, mais tous sont à la limite de la raison, excessifs loin de la norme classique. « La Tueuse et le Fuyard » est une dissertation sur le mal et la mort, un très beau texte. Un cinéaste se meurt, mais la caméra tourne encore.... Une femme seule accouchant d'un cauchemar le long d'une voie ferrée sinistre. Les amours de Pluton et de Proserpine sur une péniche, cela sonne comme une chanson enfantine, mais ce n'en est pas une!
Paris devient une ville personnage mêlant amour et haine dans « Retour à la non-réalité » et dans un long poème « Bordeline ». Paris est également le point de départ de la nouvelle qui donne son titre au livre. Mais une chanson et un reste de whisky font s'évader les pensées du narrateur.
Quatorze textes en cent-sept pages ne permettent pas de flâner en route, donc l'écriture est incisive, précise, dénuée de fioriture. Elle est parfois choquante, souvent osée, les histoires et les propos quelquefois très immoraux, mais je reconnais que j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce livre. J'étais suite à la lecture de « Mon héroïne » pas très enthousiaste pour commencer celui-là, mais cela n'a pas duré, je pense que l'auteur est très à son aise dans ces courts récits, qui traite une multitude de sujets très diversifiés.
« Un genre de serpent littéraire » qui commence ce livre (et qui en quelque sorte le finit) en est une très bonne introduction. Une découverte pour les amateurs de littérature hors des sentiers battus.
Extraits :
- ... les puissants arrogants finiront dans un lac de sang, tu l'entends c'est l'écho de toutes les révolutions qui ont échoué...
- ... demain je retrouverais ma tendre égarée mais pour le moment j'écris sans pour autant vivre en paix.
- Le Fuyard: La vie est une autoroute déserte alors j'essaie de me cacher derrière ces mots beaucoup trop sombres.
- ... c'est la fin, mais mes crocs de clous vous infecteront, je me répandrai, je vous terrasserai, salauds, tétanos béni et rage de beauté !
- ... comme je t'aime lorsque tu serres entre tes bras décidés le vent voilé des songes et des corps enfin abattus....
- ... dans son sourire de pirates il y a des dents qui manquent et des pleurs intérieurs, à moins que ce ne soit la pluie qui s'amène...
- ... léchouilles de goulot et simples paquebots juste le temps de perdre son temps.... extraire des mots qui évoquent cette terre nourricière.
- ... je le sais je le vois souvent s'éclater avec des hommes et des femmes lors de partouzes insensées, j'ai installé une caméra microscopique tout au bout de son gland violet !
- ... les mères de familles sont des astres sanglants et pleurent souvent quand elles se réveillent : je suis une femme seule, et mon monde n'est pas encore né.
- Mais malheureusement toutes les villes se ressemblent les hommes se cabrent comme des chevaux enragés mais ils ne font qu'imiter les rebelles qui sont morts pour rien depuis bien longtemps.
- ... j'écrase les fougères je broie les genêts et je détruis les cabanes des paysans-cimetières insulte la Bretagne qui stagne sous un climat océanique même température toujours la même douleur et l'ennui......
- ... j'allume la chaîne j'écoute ce vieux Neil Young et ma fenêtre à des accents d'auto-stop.
Éditions : Sulliver (2009)
Autre chronique de l'auteur :
Mon héroïne.

Posté par eireann yvon à 12:06 - Littérature française - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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