02 août 2009

BOURVEN Yann / Le dérèglement.

Le Dérèglement.
Yann BOURVEN.
Note : 4,5 / 5.
Rangement et dérangement!
Second livre de ce jeune auteur né à Rennes que je lis. Très différent dans sa structure que « Mon héroïne », ma précédente lecture, et étant un amateur de nouvelles (ou de courts textes) noires et un peu décalées, j'ai beaucoup plus apprécié.
Des récits fulgurants, et même si les textes ne sont pas violents en eux-mêmes, on sent que la vie peut basculer, que la folie est là sous-jacente, entre les lignes.
« Le Chien » nous raconte une chasse à l'homme pourchassé par une meute de villageois dont son propre père! Il ne comprend pas les raisons de cette haine, pour lui c'était un acte d'amour, mais pour les autres, non.....« Le Pêcheur » réunit quatre personnages qui ont chacun un rôle à jouer, un pêcheur, un écrivain, une sirène et une bouteille! Une bouteille à la mer sauvera t-elle les hommes? « L'Actrice » est la narration de la vie d'une femme, hier au sommet de sa gloire, ayant joui de la vie, avec excès. Aujourd'hui sa carrière terminée, au chevet de son père mourant, elle tente de se réconcilier avec lui! « L'enfant au yeux rouges et les huit ombres qui ont marqué l'histoire » parle pêle-mêle de Marie et de Joseph, et de Jésus mais aussi d'un enfant, d'un fou, mais ne cherchez pas une vérité biblique dans ce texte! « Période 2016-2018 » chaque existence d'un homme à ses périodes, mais qui peut nous dire ce qui nous attend plus tard?
« Le poème » est l'Ombre absolue, mots uniques et multiples. Je suis......
Beaucoup de personnages, mais tous sont à la limite de la raison, excessifs loin de la norme classique. « La Tueuse et le Fuyard » est une dissertation sur le mal et la mort, un très beau texte. Un cinéaste se meurt, mais la caméra tourne encore.... Une femme seule accouchant d'un cauchemar le long d'une voie ferrée sinistre. Les amours de Pluton et de Proserpine sur une péniche, cela sonne comme une chanson enfantine, mais ce n'en est pas une!
Paris devient une ville personnage mêlant amour et haine dans « Retour à la non-réalité » et dans un long poème « Bordeline ». Paris est également le point de départ de la nouvelle qui donne son titre au livre. Mais une chanson et un reste de whisky font s'évader les pensées du narrateur.
Quatorze textes en cent-sept pages ne permettent pas de flâner en route, donc l'écriture est incisive, précise, dénuée de fioriture. Elle est parfois choquante, souvent osée, les histoires et les propos quelquefois très immoraux, mais je reconnais que j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce livre. J'étais suite à la lecture de « Mon héroïne » pas très enthousiaste pour commencer celui-là, mais cela n'a pas duré, je pense que l'auteur est très à son aise dans ces courts récits, qui traite une multitude de sujets très diversifiés.
« Un genre de serpent littéraire » qui commence ce livre (et qui en quelque sorte le finit) en est une très bonne introduction. Une découverte pour les amateurs de littérature hors des sentiers battus.
Extraits :
- ... les puissants arrogants finiront dans un lac de sang, tu l'entends c'est l'écho de toutes les révolutions qui ont échoué...
- ... demain je retrouverais ma tendre égarée mais pour le moment j'écris sans pour autant vivre en paix.
- Le Fuyard: La vie est une autoroute déserte alors j'essaie de me cacher derrière ces mots beaucoup trop sombres.
- ... c'est la fin, mais mes crocs de clous vous infecteront, je me répandrai, je vous terrasserai, salauds, tétanos béni et rage de beauté !
- ... comme je t'aime lorsque tu serres entre tes bras décidés le vent voilé des songes et des corps enfin abattus....
- ... dans son sourire de pirates il y a des dents qui manquent et des pleurs intérieurs, à moins que ce ne soit la pluie qui s'amène...
- ... léchouilles de goulot et simples paquebots juste le temps de perdre son temps.... extraire des mots qui évoquent cette terre nourricière.
- ... je le sais je le vois souvent s'éclater avec des hommes et des femmes lors de partouzes insensées, j'ai installé une caméra microscopique tout au bout de son gland violet !
- ... les mères de familles sont des astres sanglants et pleurent souvent quand elles se réveillent : je suis une femme seule, et mon monde n'est pas encore né.
- Mais malheureusement toutes les villes se ressemblent les hommes se cabrent comme des chevaux enragés mais ils ne font qu'imiter les rebelles qui sont morts pour rien depuis bien longtemps.
- ... j'écrase les fougères je broie les genêts et je détruis les cabanes des paysans-cimetières insulte la Bretagne qui stagne sous un climat océanique même température toujours la même douleur et l'ennui......
- ... j'allume la chaîne j'écoute ce vieux Neil Young et ma fenêtre à des accents d'auto-stop.
Éditions : Sulliver (2009)
Autre chronique de l'auteur :
Mon héroïne.

Posté par eireann yvon à 12:06 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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