Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

30 juillet 2009

NIELSEN John-Erich / L'étrange sourire de Pamela Dove.

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L'étrange sourire de Pamela Dove.
John-Erich NIELSEN.
N
ote : 3,5 /5.
Souriez, on vous assassine!
D'abord je dois m'excuser auprès de l'auteur, j'avais acheté l'été dernier ce livre pendant le festival interceltique de Lorient, et complètement oublié de le lire! J'essaye de me rattraper, maintenant c'est chose faite.
Cet auteur a fait paraître son sixième roman cette année. Le héros récurrent de cette série est Archie Sweeney de la police criminelle d'Edimbourg.
Pamela Dove et son fiancé se sont suicidés il y a un an! Mais cette double mort est-elle aussi simple qu'il y parait? Archie Sweeney est tout retourné, le sourire de Pamela Dove le hante, comment peut-on mourir d'une balle dans la tête en souriant? Même si d'après l'enquête, c'est son fiancé qui l'a tué avant de se suicider? Enfin, c'est ce qu'a conclu, un peu vite sûrement, la police locale. Mais sa mère Betty, voisine de Midge, la tante d'Archie, n'en est pas convaincue . Après une tasse de thé avec ces deux charmantes écossaises et un regard appuyé à la photo de Pamela, notre vaillant inspecteur promet de jeter un oeil sur le dossier de police et ce qu'il découvre l'incite à aller regarder cela de plus près. Des détails le chiffonnent (lui, pas sa tenue vestimentaire qui l'est déjà). L'argent et tous les moyens de paiement ont disparu. Les clés de la voiture également! Alors Archie, tel un fin limier, s'élance sur les traces de Pamela, la morte au sourire envoûtant.
Mais que cache ce sourire, et pourquoi ces deux morts, au pied d'un phare illuminant la côte, près d'un hôtel isolé? Petit à petit, certains éléments paraissant troublants, ces disparitions ont permis des promotions rapides dans l'agence publicitaire où travaillaient les deux victimes. Crime d'intérêt ou d'ambitions personnelles? Et puis pourquoi ne pas avoir dit à Archie que Pamela avait été mariée, et que son mari s'était lui aussi suicidé au même endroit, après qu'elle lui ait avoué avoir une relation amoureuse avec Olivier! Des remords tardifs ont-ils poussé Pamela à cette extrémité? Car, bizarrement, c'est avec son propre revolver qu'ils ont été tués. Bref les lumières de l'inspecteur et celle du phare ne seront pas de trop pour éclairer cette ténébreuse affaire.....
L'inspecteur Sweeney est dans le roman policier actuel une sorte d'anachronisme!
Il n'est pas grand, fort, beau et baraqué! Il n'est pas alcoolique, ne se drogue pas, il est gentil avec sa vieille tante, son compagnon se nomme Berthie, son fidèle teckel! Pour faire plus « British », l'auteur l'a affublé d'une énorme barbe rousse. Mais ce jeune homme est un fin limier.
Tata Midge est une charmante vieille écossaise, style carte postale, son amie Betty est son digne pendant, cachant certaines vérités par peur du scandale et du quand dira-t-on! Pamela et son fiancé Olivier avaient-ils des ennemis au point de vouloir leur mort! Ils semblaient pourtant nager dans le bonheur. La possible nouvelle promotion d'Olivier est-elle un motif suffisant ?
Ajoutez un vieil écossais bougon, propriétaire d'un hôtel, d'un setter, se consolant de la mort de son épouse avec son accorte servante, des collègues de travail qui ont eu un peu de chagrin, mais une promotion. Plane l'ombre d'un mari qui s'est suicidé en se jetant d'un avion sans parachute, et vous aurez une idée des personnages de ce roman. On croise aussi une jeune fille originaire des Balkans, portants des mini-jupes remarquables et bien sûr remarquées!
Une ambiance très « Old England » berce ce roman très reposant. Entre une tasse de thé et quelques biscuits au gingembre, nous menons l'enquête avec Sweeney sur les bords de la mer d'Irlande, à Edimbourg, Glasgow et même Sarajevo. Un bon livre qui sans être génial me donne malgré tout envie de continuer à suivre les aventures d'Archie Sweeney, de sa barbe rousse et de son porte bonheur, un club de golf! Un excentrique, ce jeune homme, qui en plus se sert d'un dictaphone pour que rien ne lui échappe pendant les interrogatoires.
À noter une certaine originalité dans l'écriture, les pensées d'Archie et de quelques autres personnages sont écrites en italique, je trouve que c'est une très bonne idée.
Extraits :
- Si, ne soyez pas modeste. Vous être notre nouveau Sherlock Holmes, le flatta Mrs Dove.
.... l'inspecteur Thurso s'affichait en parfait fossoyeur de l'esprit contestataire de sa génération.
- Le vent soufflait en rafales depuis l'ouest chargé des embruns d'un Kintyre irlandais soudain plus proche.
- Une idée saugrenue lui traversa l'esprit : Et si.... Et si, tout simplement... Et si c'était le sourire de Pamela Dove ?
- À travers son regard, l'homme semblait lui transmettre l'âpreté de son pays.
- Ce jour là, c'était comme si l'océan hurlait de douleur...
- Eh bien voilà!...Deux interrogatoires perdus. Wilkinson avait raison : les militaires, ça ne sert à rien.
- Serre les dents, mon vieux Archie ! Un Écossais ne se rend pas devant l'Anglais !
Éditions : Head over Hills (2006)

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28 juillet 2009

Mes blogs d'or!

BlogDeOuro
1) Mettre le blog d'or sur son blog.
J'ai reçu hier après midi un mail de l'ami Jeanjean du blog « Moisson noire », me disant qu'il m'attribuait un blog d'or! J'ai vérifié sur le calendrier, nous n'étions pas le 1er avril, et après vérification, c'était vrai (quoique totalement immérité)!
2) Mettre un lien pour le blog qui l'a transmis
C'était le côté le plus simple de l'affaire, il y était déjà! Mais je le répète, on ne sait jamais :
« Moisson noire »
http://moisson-noire.over-blog.com/
3) Offrir cette récompense à un ou plusieurs autres blogs.
Cuné, grâce à qui j'ai ouvert ce blog, que je remercie encore pour ses judicieux conseils.
La Comtesse, un peu pour les mêmes raisons que Cuné, on pourrait parler d'une vieille amitié née autour de la littérature irlandaise et de la musique.
Claude Le Nocher, mon voisin que je croise dans les nombreux salons littéraires organisés dans la région.
Que les nombreux autres ne m'en veuillent pas, le choix fut draconien!
4) Informer les destinataires.
Ce qui est la moindre des choses, en espérant qu'ils seront aussi agréablement surpris que moi.
5) Recopier le règlement
Ce qui est fait!
Un dernier mot, je trouve que cette idée est excellente et originale. Un grand merci à la personne qui a commencé.
Yvon

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27 juillet 2009

BRUEN Ken / R&B. Vixen.

R&B. Vixen.
Ken BRUEN.
Note : 3,5 / 5.
Faut que ça saute!
Une des épisodes des aventures des inénarrables Roberts et Brant. Il me semble avoir loupé quelques épisodes, mais comparé à ce qui se passe dans ce livre, ce n'est pas mortel. A noter, sur la quatrième de couverture, sous le titre il est écrit, blanc sur noir, « Humour noir ».
Londres sous les bombes, pourtant la guerre est finie. L'IRA a désarmé, mais des bombinettes explosent! Les autorités sont sur le pied de guerre, R&B et leurs troupes veillent au grain. Qui sont ces poseurs de bombes?  Nous faisons la connaissance d'Angie James, bombe sexuelle qui, sur les conseils d'une amie de captivité, se lance dans ce qu'elle pense être une idée du tonnerre, l'extorsion de fonds! Une bombe qui fait juste un peu de dégâts matériels, suivie d'une demande de rançon, le tour est joué, l'argent rentre. Pour complice elle a jeté son dévolu (ce qui n'était pas pour leur déplaire) sur les frères Cross. Angie (qui n'a rien d'un ange) mène son monde à la baguette et à la braguette. Une seconde bombe, puis une troisième, sème la panique sur Londres. Et pendant ce temps là, l'inénarrable duo R&B fait la bombe dans une fête organisée par les prostituées du quartier en l'honneur de leur chevalier servant Brant! Falls, cette nuit là n'est pas dans de sales draps, mais pas seule entre les draps. Pour eux trois, alcool, sexe et réveil difficile! Surtout que la rançon, elle, s'est envolée, mais pas pour tout le monde! Les dignes représentants des forces de l'ordre ont la tête lourde, surtout qu'ils se font sonner les cloches. Et Big Ben cela résonne dans un cerveau noyé non pas dans le smog, mais dans l'alcool.
Mais comme du côté des malfrats, les frères Cross dépouilleraient bien Angie, pas de ses tenues ultra-courtes, c'est fait depuis longtemps, mais de sa part de butin. Angie elle butinerait bien le magot toute seule! A qui sourira la fortune, mais méfiance bien mal acquise ne profite pas toujours!
Pour les personnages, le proverbe dit : on ne change pas une équipe qui gagne, alors on reprend les mêmes. Et ceux-ci ne se sont en aucune manière améliorés, quoique Brant par estime, mais par intérêt aussi, va tabasser un proxénète trop violent au goût des prostituées. Que Brant soit loué (ou acheté)!
Roberts lui est veuf, alors il boit. Par contre nous ne savons pas ce que les prostitués hommes qui plaisaient à Madame sont devenus! On aimerait dire « Paix à ses cendres », mais l'urne a disparu, elle était pourtant sous bonne garde, quoique R&B, ce jour là, n'avaient pas tourné à l'eau bénite!
Falls qui a loupé son examen et sa vie privée, boit plus que de raison et est évincée de l'enquête. Mais une nouvelle aventure sexuelle entre dans sa vie, pour le bon motif? Pas sûr!
Porter Nash lui se meurt, des nouvelles recrues apparaissent, d'accord certaines disparaissent aussi vite, mais c'est la vie (enfin la mort plutôt) ou la mise au placard!
Angie James, « La renarde » décathlonienne du crime, prête à tout (et même plus) pour réussir. Les scrupules ne l'étouffent pas. Les frères Ray et Jimmy Cross, complices et amants d'Angie, cervelle et muscles, petite pour la première, gros pour les seconds.
Rien de bien nouveau sous le ciel de Clapham, ni sous celui d'Oval, où rien ne tourne plus rond!
Pas un grand Bruen, un livre qui se lit facilement, sans déplaisir, mais que ne laissera pas un grand souvenir! Pour l'humour noir, Bruen nous a habitué à mieux. La fin est surprenante et pas très morale (qui donc n'est pas sauve!); Le moins intéressant de ceux que j'ai lus jusqu'à présent, mais comme je suis plutôt un fan de Jack Taylor, rien n'est perdu.
A signaler que Bruen, à chaque fin de chapitre, donne un extrait d'un roman policier d'un autre auteur.
Extraits:
- Le sergent Brant était depuis longtemps la bête noire du sud-est de Londres. Les flics comme les voyous le craignaient.
- Ses deux meilleurs années, parce qu'elle avait découvert le pouvoir du sexe.
- Et elle se demanda à quel moment exact c'était devenu un vrai connard.
- C'était pratiquement ce à quoi Falls s'attendait: stupidité et assurance, la pire combinaison.
- Il portait un T-Shirt sur lequel on lisait : Pog Mo Thoin.
Ce ne fut que quelques mois plus tard qu'il appris ce que la phrase signifiait : embrasse mon cul.
- Il fait partie de la population...Elle n'a jamais de bonnes intentions.
- Roberts pensa que Brant était véritablement fou...pas seulement dérangé, complètement à la masse.
- La prison lui avait enseigné à le faire : rester assise et laisser son esprit vagabonder.
-Elle ronronna :
« On va se faire une soirée de la mort »
- ...Porter eut l'impression d'être un figurant d'Urgences...
- Segotia?
C'est un mot irlandais qui signifie pote ou idiot.
- Elle était confrontée au mal qui, d'après les psychologues, n'existait pas.
Éditions : Série Noire. Gallimard.
Titre original : Vixen. (2003)

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23 juillet 2009

Le MUT Anne-Marie / Les douces amères.

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Les douces amères.
Anne Marie Le MUT.
Note : 3,5 / 5 .
Aigre-douces.
J'ai tout récemment découvert cet auteur, en faisant des recherches sur une collection de recueils de nouvelles édités par la Coop Breizh que j'aimais beaucoup.
J'apprécie les gens ayant eu un parcours atypique, cet auteur en fait partie. Ayant une formation scientifique, elle fut technicienne de laboratoire. Ensuite elle enseigna le français dans un collège, puis elle travailla dans la crêperie familiale. Ces renseignements datant de 1996, je les donne sous toutes réserves. Elle a obtenu le prix des écrivains bretons en 1992. Dix neuf nouvelles souvent très courtes, le recueil faisant 125 pages.
« La chanson de Tanguy » est pour moi une nouvelle magnifique, un enfant Tanguy, une mère, qu'il n'a pas à juger, un oncle qu'il adore. Et la vie, la mort de la mère, le cadeau de l'oncle, quelques notes de musique, et l'appel de la mer. Mais un jour l'envie, le besoin de revenir est le plus fort, alors quarante ans après...... Je n'ai pas sillonné les mers, mais il m'a fallu quarante ans pour revenir à Paimpol.
« Esquisse »est une histoire étrange, celle d'un peintre qui fait le portrait d'un revenant.
« Le chant lointain des matelots » est un très beau texte, nous faisons la connaissance de Maria, la femme qui n'aime pas la mer, mais qui a de bonnes raisons pour cela.
« Moi, Guillaume » nous transporte en de grâce 1648, sur les traces d'un pèlerin sur la route de Compostelle. « La Mari-Katell »est également une très belle histoire, celle d'un bateau, et d'un secret de famille.
« Les deux frères » auraient dû être le nom d'un autre bateau, mais pour l'un des deux, la vie en avait décidé autrement.
Morana, lointain souvenir d'un homme, les vacances aux îles Chaussey. Il avait 12 ans, elle en avait dix, mais elle avait été amputée d'une jambe. Les années de bonheur défilent, la joie des vacances, l'amitié qui se transforme en un autre sentiment! Mais 1939 est la.......Tanguy, un des plus beaux personnages de ce livre, pris entre deux amours, sa mer et la mère! Et l'amitié de son tonton Gab! Gaïdig, vieille femme pour qui la vie est un bouquet de fleurs, une fois par an. Gwenn jeune fille d'un pays blanc, mais qui rêve de couleur. Mayta, la cavalière, la Tante Noire et son fils Gustin, sont d'autres personnages de ce recueil. Flamme, la soeur amoureuse, tout feu tout flamme, son idéal masculin, c'est la statue de Poséidon, mais dans la vie, l'idéal.... Quelques animaux également, comme « La rousse », chatte mystérieusement apparue dans un village, et qui y reste ou alors Iota, le chat blanc ami de Paul.
Certaines de ces nouvelles ont un côté fantastique, pour ne pas dire étrange ou déroutante.
Elle est également l'auteur de deux autres recueils, « L'orange rouge » et « La jument de lumière ».
Extraits :
- Un bref instant une gamine se détourna et je vis, ou plutôt je sentis l' éclat gris-bleu d'un regard.
- Je connais aussi ce rocher noir au pied duquel un soir on l'a trouvée. Ses cheveux ruisselaient comme des algues et un sourire apaisé flottait sur ses lèvres.
- Pleures pas, le mousse, ce n'est pas ta faute tu sais bien.....
- « Te voilà, Mab, dit-elle simplement ».
- « C'est mal ce que font les hommes, disait-elle encore. La terre est trop vieille pour qu'on se moque d'elle. »
- La mer, berceau de Venise, sera-t-elle son tombeau ?
- Il était plongé dans la contemplation du fond de ce verre qui semblait contenir tout le désespoir du monde.
- La mer. Toujours la mer. Il portait en lui toute la mer et ses grandes aventures.
- Et puis là bas au presbytère, monsieur le curé jouait avec le chaton noir un petit mâle prénommé Lucifer.
- De la corolle fragile de mon camélia, trois pétales, silencieusement, sont tombés. Rouge sang sur le bois brun de la table, ils ressemblent à trois petits coeurs.
- Soledad, c'est vrai, je l'avais oublié, ton nom veut dire Solitude.
- Et je le sus tout de suite. Ma soeur avait trouvé Poséidon.
Éditions : Coop Breizh / Nouvelles. (1996)

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18 juillet 2009

NICOLINO Fabrice / Le vent du boulet.

Le vent du boulet.
F
abrice NICOLINO .
Note : 4 / 5.
Pastaga, puissance maximum!
Encore un écrivain que je découvre par le biais de ce roman, fortement inspiré d'un grave accident dont les causes exactes sont toujours mystérieuses vingt ans après. En effet, le 15 février 1989, un immeuble ancien « La Maison des Têtes » s'écroule : bilan 13 morts et une quarantaine de blessés. Où est la vérité?
Frédéric Tran est au bord du gouffre. Ancien journaliste d'investigations, la vie l'a fortement marqué. La seule chose qu'il contemple est le fond de son verre. Antoine de Bei, un ami avocat, lui propose, à la demande de familles de victimes de reprendre l'enquête sur l'explosion d'un immeuble de Toulon, dont l'enquête semble avoir pris une tournure pour le moins étrange! La version officielle parle d'une explosion due au gaz, et la responsable est clairement montrée du doigt, Monique Lourens qui, en voulant se suicider au gaz, a causé la déflagration. Circulez, il n'y a plus rien à voir! Mais certains témoins parlent d'odeur de poudre et non pas de gaz! Pourquoi certaines victimes sont-elles arrivées dénudées à la morgue? Où sont passés leurs vêtements? Ange et Angélica Bardini, ainsi que Marina Lourens, aimeraient que Fred reprenne l'enquête. Mais certaines personnes ne semblent pas d'accord avec cet état de fait. Fred et Marina qui vivent une aventure torride (c'est la chaleur! ) en sont victimes, lui est tabassé et elle violée! Fred tue le violeur, mais le cadavre et la voiture disparaissent comme par enchantement! L'enquête est de plus en plus risquée, les morts se suivent, mais ne se ressemblent pas toujours. Fred parle à un membre influent du milieu toulonnais, lequel est découvert mort quelques heures plus tard! Qui se cache derrière tout cela? Fred abandonne, il part en Bretagne couler des jours heureux avec Marina, loin du tumulte méditerranéen...
Mais un élément nouveau pourrait bien changer le cours des événements et peut-être apporter une piste nouvelle, alors retour vers la Grande Bleue....
Frédéric Tran est le prototype du contre héros à la mode dans le genre buveur (que dis-je grand buveur). Il semble attirer vers lui tous les avatars du roman noir. Il est incompris, tabassé, amoureux d'une femme à problèmes, bref tout pour avoir une vie calme et tranquille. Son havre de paix est la Bretagne, et en cela je le comprends.
Pour Marina Lourens, le décès de sa mère Monique n'est pas naturel, elle réfute la thèse du suicide, et refuse de se soumettre aux conclusions policières. Mais c'est également une femme décrite comme instable par ses amis. Très connue, elle paraît avoir collectionné des amants plus ou moins haut placés et pas toujours très à cheval avec la légalité.
Les Bardini, Ange et Angélina, s'interrogent également sur la mort de leur fille Louise, eux aussi veulent la vérité même s'ils doivent souffrir pour cela.
Un psychiatre écologiste et homosexuel, expert devant les tribunaux, un policier pur et dur, sorte de croisé des temps modernes. Plein d'autres personnages hauts en couleurs, mais pour la plupart avec des secrets d'alcôves ou professionnels à effrayer les honnêtes gens. Pourtant pour la plupart ils détiennent une part du pouvoir dans ce grand port de guerre méditerranéen qui, au vu de la nouvelle situation dans le monde, voit son importance stratégique aller en augmentant. Et dans les mêmes proportions, l'argent et les affaires vont en fructifiant, avec toute une faune prête pour le partage. Des hommes politiques véreux, des flics ripoux, des journalistes corrompus et aux ordres, bref les eaux de la Rade sont bien troubles et le panier à crabe très agité. Et omniprésentes dans l'ombre, l'armée et la marine qui, directement ou indirectement, font vivre la plus grande partie de la ville, et qui méritent ici, très bien son surnom de « Grande muette ». Un livre qui m'a permis de me rappeler de bons souvenirs, ayant passé de nombreuses vacances scolaires dans cette ville, il y a bien longtemps.....
Un bon roman relatant un fait divers pour le moins étrange, vu les tentatives d'enfouir cette histoire aussi vite que les bulldozers ont détruit les ruines de l'immeuble, stoppant toutes tentatives d'enquêtes scientifiques sérieuses. La classe politique varoise en prend pour son grade (dans une ville de militaire, c'est un signe distinctif!) et je suis persuadé que c'est en dessous de la vérité!
Un regret malgré tout, l'auteur ne soigne pas l'image de marque de Fred en le transformant en journaliste ivre tous les jours , ou presque, de son séjour toulonnais.
Extraits :
- Je suis toujours vivant, c'est déconcertant. Je ne suis pas sûr de pouvoir compter dessus bien longtemps.
- Il ne faut pas haïr dans une telle société pacifiée comme la nôtre. C'est barbare.
- Mais il n'y a pas que les beatniks, les hippies, les rappeurs et Mickey qui franchissent l'Atlantique.
Les flics vérolés et les politicards corrompus aussi.
- Il n'empêche, la peine de cette femme pesait aussi son poids de fonte.
- J'avais toujours détesté la Côte d'Azur, le Midi, Nice et son requin, Toulon et ses marsouins, Hyères et ses maquereaux, Saint-Tropez et ses maquerelles.
- La chimie, fieffée salope, est parfois la meilleure amie de l'homme.
- Oh, merdouille, quelle vie, quand on ne meurt pas pour de vrai.
- La Bretagne me fait l'effet d'un nouveau monde.
- À quoi bon rêver sa vie, si on doit se réveiller ?
Éditions: Fayard Noir (2009)

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15 juillet 2009

VÉDRINES Jean-Pierre / La danse de coeur.


La danse de coeur.
Jean-Pierre VÉDRINES.
Le bon grain et l'ivraie.
Note : 4 /5.
Auteur que je découvre à la suite d'une série peu habituelle d'abandons. Jean-Pierre Védrines est né en 1942 à Lunel dans l'Hérault. Il a publié plusieurs recueils de poèmes.
Jean Soubeyran est en prison à Blida, il vient de subir un passage à tabac en règle, lui, un soldat français! Son tort, avoir défendu une jeune fille qui a été violée par un officier français et avoir corrigé ce dernier. La vaillante armée française ne peut pas supporter qu'un simple appelé bafoue son honneur. Alors entre deux interrogatoires, car il est devenu un espion, un communiste, une honte pour son pays, il écrit, se raconte, et semble attendre la mort, par accident sûrement, une balle perdue , mais pas pour lui. A sa grande surprise, il est libéré pour « raison psychologique » mais Mercier, le lieutenant violeur, lui promet de le retrouver! Jean rentre en France, retrouve sa mère, qui l'a élevé seule. Il trouve du travail comme éboueur, mais sa mère, usée, meurt. Il espère avoir trouvé le bonheur avec Manon, une jeune fille du village. Mais des événements étranges viennent troubler sa vie civile retrouvée! Un motard fait une chute près de la benne où il est avec ses collègues. De loin il croit reconnaître Mercier dans l'homme à terre. Pour améliorer leurs conditions de travail, il crée un syndicat. Quelques temps après au cours de leur collecte des ordures, ils sont attaqués par un commando à moto. Jean est grièvement blessé, mais Serge est tué!
Un mystérieux groupe « La main rouge » commence à se manifester, de jeunes français mourant en Algérie, la situation des étrangers du village se détériore fortement, un jeune homme sera retrouvé mort un matin. Jean lui semble être suivi, pourtant il apprend que Mercier a disparu au combat! Un jour qu'il rentre chez Manon, il la retrouve au lit avec un autre homme. Le voilà de nouveau seul.... Mais la vie n'est-t'elle pas un éternel recommencement? Après la pluie, le beau temps, dit le proverbe, et la sagesse paysanne.
Mais la mystérieuse menace est toujours là, la police doute des facultés mentales de Jean et laisse les choses en l'état.
Jean Soubeyran est un homme droit, mais il semble marqué par un destin contraire, sa thérapie passagère est l'écriture. C'est un être très complexe, certainement porté à la solitude. Il est sensible à la misère humaine, aussi bien en Algérie dans les conditions extrêmes de la guerre, que dans ce petit village où la haine petit à petit gagne du terrain. On espère pour lui des jours meilleurs. Il évoque avec pudeur sa mère, Muguette, sa vie de veuve, obligée d'accepter d'être « bonne à tout faire » dans une famille de bourgeois. Marie sera la seconde compagne de Jean, elle prendra des risques pour lui. La fuite en avant semble pour un temps une solution, mais hélas temporaire. Elle offrira à Jean une très belle rencontre, celle avec son père, Maurice, homme de bon sens, sorte de philosophe des montagnes!
Serge et Luigi, deux éboueurs, collègues de travail de Jean ; ils payeront de leurs vies leur amitié pour Jean ou leur adhésion au syndicalisme?
Un excellent livre, malgré une structure un peu particulière. Soixante-seize chapitres pour moins de cent cinquante pages, ce qui donne un rythme soutenu à ce roman. Il faut aussi signaler que l'auteur ne sombre jamais dans le misérabilisme, ce qui donne une réalité certaine à cette histoire.
Une histoire très étrange qui commence dans le chaos de l'Algérie et se termine dans la fausse quiétude du sud de la France. Car sous des aspects très poétiques, ce livre cache une violence
sous-jacente. Horreur de la guerre, puis une société qui use du crime pour imposer ses idées. Un réquisitoire contre la guerre, et un hommage à un monde campagnard dans la personne de Maurice, ancien résistant, homme plein de sagesse, pour qui la grandeur du monde tient dans une graine que l'on sème, et qui n'aura de cesse que d'éclore à l'air libre et à la vie. Un très grand personnage de ce beau livre. Une réelle découverte.
Extraits :
- Pour eux, j'étais un rouge, un bicot de la métropole, le contraire d'un chef.
- Ils torturent, violent et assassinent. J'entends toujours cette femme qui crie pendant que le lieutenant Mercier la force.
- Un peu d'humanité de sa part aurait changé l'affreuse solitude dans lequel je me trouvais.
- Elle a regardé mon crâne rasé, mes traits pâles, elle m'a demandé :
« Vous venez de là-bas ? »
- J'ai dit à Manon : « Ils vont certainement revenir pour m'achever. »
- Je devais appartenir sans le savoir à une famille que l'on nomme les rouges.
- J'ai murmuré pour moi seul: « Finalement, qu'est-ce qui changera jamais, ici bas ? »
- Jamais me dit-elle, tu n'auras de place dans cette société de merde. Tu n'y es pour rien, c'est comme ça, mon Jean. Tu es personne. On ne te connaît pas.
- La nuit, j'aimais l'apaisante rumeur du silence.
- Peu d'hommes, du moins je n'en connaissais aucun, avait dans le regard cette fleur de mélancolie qui, tout de suite, me fascina.
- J'ai pensé aux hommes de la montagne et j'ai trouvé que le monde était beau.
- L'espoir est toujours à l'intérieur de la graine, chaud comme une promesse de bonheur. Rien ne viendrait tarauder sa confiance.
Éditions : Apogée (2009)
Site de l'auteur, ici.

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11 juillet 2009

POULIQUEN Louis / Les marées d'équinoxe

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Les marées d'équinoxe.
Louis POULIQUEN.
Note : 5 / 5.
Voyage ultime, le trépas!
J'ai fait la connaissance de cet auteur au salon des écrivains bretons de Carhaix. J'avais beaucoup apprécié sa gentillesse, avant de découvrir ses qualités d'écrivain en lisant        « Mon vieux grenier en Bretagne ». Je poursuis ma découverte avec cet ouvrage « Les marées d'équinoxe ». C'est un livre bouleversant qui raconte le combat perdu d'avance d'une femme et de son entourage contre le cancer.
Jacques, le narrateur de cette histoire, nous parle avec pudeur et retenue de sa vie, en particulier d'un été dans leur maison de campagne près de Roscoff, sur la pointe de Sparfel. Son épouse, Line est persuadée du décès de leur fils Nicolas, qui ne donne plus de nouvelles depuis très longtemps. La dernière carte postale reçue de Bombay était très énigmatique : « Enfin l'Inde!!! »
Alors, Line lit et relit tout ce qui touche à ce vaste pays, entre en contact avec le consulat de France, décide de partir chercher son fils, mais hélas, le voyage est un fiasco, elle se rend compte de l'inutilité de son voyage et de ses recherches! La famille rentre en France et à bout de force, Line décide d'arrêter son traitement, malgré l'avis de Valmaure, son médecin et ami de longue date. De l'Inde, où ils ont gardé des contacts avec les autorités françaises, certaines nouvelles arrivent, la montre de Nicolas a été découverte au poignet d'un Néerlandais décédé, semble t-il, d'une overdose! Jacques y voit une raison d'espérer, Line, une raison supplémentaire de se persuader de la mort de son fils.
Commence alors le récit de la vie de tous les jours, rythmée par une multitude de petites choses, les visites des Valmaure, les lettres du consul de France, les promenades de plus en plus contraignantes. La santé de Line se détériore, mais le combat est pour elle fini depuis qu'elle s'est persuadée de la mort de Nicolas, perdu dans cet immense pays qu'est le sous-continent indien.
Les personnages sont des gens ordinaires, malgré des situations sociales élevées dans le monde de la médecine, ils n'oublient pas la modestie de leurs origines.
Line est en profonde osmose avec « Le vieux pays », elle le ressent intimement, ce que ne comprend pas toujours son mari. Elle se remémore son enfance bretonne, ses parents, sa mère très religieuse. On sent en elle certaines contradictions, elle ne prie plus, mais assiste avec foi aux pardons, même quand sa santé décline. Un très beau personnage.
Le narrateur travaille dans une clinique, il n'est pas dupe des efforts de son épouse pour garder un reste de vie en elle, ainsi qu'une certaine coquetterie. Il respectera la décision de son épouse de ne plus se soigner, et tentera de soulager ses souffrances. Il lui fera, à sa demande, la promesse de ne pas se remarier.
Nicolas fut, dès sa jeunesse, un être aux multiples facettes, parfois brillant, souvent irritant, malgré un certain confort matériel, il abandonne une vie classique pour des années d'aventure, sorte de voyageur des temps modernes.
Les Valmaure, lui médecin, est l'ami, le confident. Mais malgré tous ses suppliques, même aidé en cela par son épouse, Line ne veut plus lutter. Il sait très bien que malgré tous leurs efforts, thérapie ou pas, l'issue est fatale, mais par devoir il tentera jusqu'au bout de faire fléchir Line.
Berthe, qui aide le couple, est une vieille fille des environs. Jacques, Line et Nicolas représentent la famille qu'elle n'a pas eue. Avec Line, elle partage l'amour de la terre natale et de ses secrets. Pour elle, les marées d'équinoxe sont des moments de peur et de maléfices. Elle représente un certain bon sens paysan et une religiosité mêlée de croyances anciennes.
Un très beau livre, Louis Pouliquen sait très bien de quoi il parle. Il fut de très nombreuses années chef de clinique à la faculté de Médecine de Paris. Mais avec tact, il évite le piège du mélodrame pour donner beaucoup de vérité à son texte.
L'auteur n'oublie pas la Bretagne, celle des terres, des Monts d'Arrée, des pèlerinages et des enclos paroissiaux. Deux chapitres d'ailleurs ont pour noms « Cantiques en Terre Sainte » et « Cantiques à Sainte Barbe ». L'auteur a un très beau nom, qu'il emploie souvent pour ce lieu : « Le vieux pays »
Ce roman est très différent de « Mon Vieux grenier en Bretagne », ici le propos est plus grave, la mort est le personnage central de ce récit. Un très grand livre qui m'incite à continuer la découverte de cet auteur.
Extraits :
- C'est la fin, toute proche. Nous marchons vers elle.
- C'est une fuite de Line vers notre maison de Bretagne qu'on appelle le Presbytère, vers sa maison, pour y trouver refuge, s'y cacher et mourir.
- Ces noms qu'aujourd'hui nous taisons. Bornes noires sur la route de notre défaite.
- Pour Nicolas, nous sommes de la race de ceux qui, toujours, restent à quai.
- «Tu ne peux pas comprendre ! » disait Line, avec ses inflexions d'accent breton qu'elle retrouvait dès qu'elle mettait le pied sur ces terres. « Tu ne peux pas comprendre. Tu n'as pas de racines. »
- Le temps était doux, humide, gris, breton, entre deux tempêtes.
- Mer en majesté ! Divine nature !
L'abbaye, les Monts, les enclos... il existait entre Line et ce coin de terre une symbiose extraordinaire. Des liens qui dépassaient la raison, une sorte de cordon ombilical par lequel la vie, depuis que Line était venue au monde, n'avait cessé de couler en elle. Là où, disait-elle, palpitait le pouls du vieux pays, là aussi était son coeur.
- Line me découvrait la Bretagne intérieure, grise, secret, désertique, profonde, mortuaire. Je le répète c'était en novembre sous un ciel bas.
- « Ma mère... mon père.. »Et la silhouette des parents se profilait dans l'ombre de la chambre.
-« Ils m'aimaient... ils étaient simples. Ils étaient pauvres... Mais près d'eux, j'ai été si heureuse!»
- C'était la fin. « Elle a tout moissonné », aurait dit Corentin Malgorn qui parlait de la vie en termes de récolte.
Éditions : Coop Breizh 1997/ Coop Breizh (Poche) 2007.
Autre chronique de cet auteur :
Mon vieux grenier en Bretagne.

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09 juillet 2009

BLONDIN Antoine / Sur le Tour de France.

Antoine BLONDIN.
Sur le Tour de France.

Note : 4 /5.
Les tours de Monsieur Jadis.
Ce livre est bref, donc je ne ferai pas une chronique complète, mais un prologue de chronique, vous savez ce genre d'exercice qui se déroule le premier jour, juste pour tâter le terrain. Philosophie de cet échauffement, à fond au départ, au maximum au milieu et en trombe à l'arrivée!
Blondin et le Tour, une histoire d'amour et des histoires de tous les jours, une plume au service des « Forçats de la route ». Des anecdotes à n'en plus finir, des bons mots, de l'admiration pour les coureurs et une humanité de tous les instants. Saint Antoine, j'espère que de l'endroit où tu es, l'eau est fraîche (pour l'absinthe par exemple).
Des joies, les victoires, des drames aussi, les chutes qui coûteront à Roger Rivière la victoire finale et la vie quelque temps après. Tom Simpson, un des rares bons coureurs britanniques, perdant la vie sur les pentes du Mont Ventoux. Des épisodes tragi-comiques, l'histoire du Tour en regorge, une des plus célèbres, Zaff découvrant les vignes du Seigneur dans la plaine du Roussillon. Les vérités d'un jour qui ne le sont plus le lendemain, détaché une étape, puis attardé la suivante.
Des bon mots sur Henri Anglade par exemple, avec cette phrase:
- Ce que nous entendions alors, c'est l'Angueulade telle qu'on la parle.
Les coureurs, Antoine les connaissait bien, il en connaissait même un rayon, il en avait fait le tour (de roue ou de France). Un mot sur les sans-grades, René Grenier, qui à la fin de l'étape va en vélo à l'hôpital pour se faire opérer ! Brambilla, qui creuse un trou dans son jardin, pour enterrer son vélo debout, car il ne s'estimait pas digne de remonter dessus! Le Suisse Hollestein avec qui Blondin partagea la voiture-balai! Les grands ne sont pas oubliés, Anquetil, Merckx, Bobet et beaucoup d'autres.
En fin d'ouvrage, Antoine Blondin nous parle d'un petit nouveau, un certain Bernard Hinault.....
Une étape de repos entre deux pavés (non ça, c'est Paris-Roubaix), un livre rafraîchissant (surtout pour la mémoire), à lire loin du tumulte des Tours modernes!
Dans ce cas précis, le progrès est-il une bonne chose? Oreillettes, pas oreillettes, vélos futuristes, casques profilés surmontant des lunettes intégrales, des silhouettes qui passent plus vite qu'un TGV ! « Baisse la tête tu auras l'air d'un coureur » criaient d'un air goguenard les adultes aux gamins en vélo! Quelle tête ont-il maintenant les coureurs? Voilà, je finis ma chronique en roue libre, mais malgré tout un petit reproche, il manque quelques étapes (pages) à ce livre. Je ronge donc mon frein!
On peut, ultime raffinement, lire en plus de cet ouvrage, « Le Meilleur du Tour de France » de René Pellos par Jean Michel Linfort aux éditions « Vents d'Ouest » datant de 2005. Pellos, en plus des albums des « Pieds Nickelés » était le « Caricaturiste » du Tour de France.
Quelques titres de chapitres : Le champ du départ ; Des pères pas tranquilles ; Figure de balai ; Le tour des miracles ; La face cachée de la lutte.
Extraits :
- Le Tour de France est une épreuve de surface qui plonge ses racines dans les grandes profondeurs.
- Vous apprenez à mettre des noms sur des visages, et ce sont des suiveurs... des visages sur des numéros de dossards, et ce sont des coureurs...
- Car le Tour de France est avant tout une course cycliste. On l'ignore trop.
- Aujourd'hui, si le Tour de France continue de faire la part belle à l'épopée, il s'est considérablement domestiqué.
- S'il faut de tout pour faire un monde, il faut du monde pour faire un Tour.
-Hollestein, il m'en souvient, possédait la silhouette frêle et la mine ahurie de Laurel.
- Ils font le Tour... du cadran.
-...étant entendu qu'il n'y avait pas de plus belle mort aux yeux des survivants, même celle du coureur de marathon. (Extrait des lignes consacrées à la mort de Tom Simpson)
- Ils ne sont pas dopés, ils sont dupés.
-...ces Verlaine de la machine à écrire, affalés sur les banquettes, qui rendaient à la menthe à l'eau la couleur féérique de l'absinthe.
-Dans Porte, il risquait de passer par la fenêtre.

- Les coureurs de l'heure présente n'ont plus d'arrière-pays. Vous chercheriez en vain dans leur
moustache un relent de gros rouge.
Éditions : La Table Ronde (1996)
Il existe un autre recueil qui comporte toutes les chroniques d'Antoine Blondin pour le journal l'Équipe d'Antoine Blondin sur le Tour de France, chez le même éditeur dont le titre est « Tours de France ».Ces textes couvrent les Tours de France de 1954 à 1982.

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07 juillet 2009

Le BONNEC Valery / La larme du poison.

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La larme du poison.
V
alery Le BONNEC.
Note : 4/5.
La note sera salée!
Premier roman de ce jeune auteur lorientais que je lis. Parmi les auteurs qu'il donne en référence, on trouve Toni Hillerman, James Ellroy et Jean-François Coatmeur pour la Bretagne, ce qui est de bonne augure.
Un dossier est volé à la prison de Rennes, les autorités plénipotentiaires ne semblent pas réellement affolées, surtout que le dossier en question n'est pas très actuel. Il remonte à plusieurs décennies (il date en effet de 1976), mais pour l'instant c'est tout ce dont dispose Hiro Taavuna pour commencer ses investigations.
Un samedi soir, Joss Randall, dans une commune du Morbihan, boit avec ses amis, Hervé et Hugues, mais une très belle femme semble s'intéresser à lui! De fil en aiguille et de verre en verre, ils partent ensemble, Joss ne sait pas que c'est la mort qui l'attend dans le sable d'une plage! La voyageuse est partie sans laisser d'adresse, mais avec le prix de sa complicité!
La gendarmerie pense que c'est un simple accident ; d'après tous les témoins Joss avait énormément bu. Edouard Perrin, ami de Joss et ancien gendarme, n'est pas d'accord avec cette thèse. Par le plus grand des hasards, il obtient un numéro de plaque minéralogique.
Le dossier volé à Rennes est celui d'une jeune femme, Julie Martel, militante du FLB*; elle a été arrêtée au cours d'un braquage qui a mal tourné, un représentant des forces de l'ordre a été tué, mais ses quatre complices ont pris la fuite et n'ont jamais été retrouvés. Blessée au bras, elle est décédée peu après avoir été transférée dans une autre prison. Pourtant sa blessure ne paraissait pas grave à ce point. Plusieurs personnes cherchent la vérité, Taavuna de manière officielle, Edouard Perrin pour son propre compte. Mais une troisième personne semble leur emboîter le pas, quand elle ne les précède pas! Les anciens témoins sont éliminés les uns après les autres! Taavuna, lui le tahitien, ne comprend pas ces histoires autour du FLB, ni la sympathie discrète de la population à leur encontre! Tout semble tourner autour de cette histoire de braquage loupé, y a t-il eu trahison? Que sont devenus les complices mystérieusement disparus dans la nature ? Pourquoi cette vengeance si tardive?
Beaucoup de personnages dans ce roman bâti comme un puzzle qui se reconstruit au fil des pages. L'enquêteur, Hiro Taavuna, rêve de plage de sable chaud, de sa famille là-bas à Tahiti, il pense à sa fille qu'il ne verra pas grandir. Il pense aussi que la Bretagne est un monde où il ne comprend pas grand chose! Pour lui, 1976, c'est loin, très loin. Julie Martel, idéaliste et naïve, elle, pensait son combat juste, mais trop jeune, elle sera broyée par un système et un pragmatisme pour qui de toute façon elle n'est qu'un pion interchangeable.
Joss Randall périra par quoi il a péché, les femmes et la boisson. Edouard Perrin ne croit pas à la mort accidentelle de son ami Joss, mais est-ce seulement par amitié qu'il sort de sa retraite, traverse la France pour retrouver un témoin qui peut être gênant? Hugues Chalain l'accompagne, mais pas Hervé Lagadec. Leur amitié est-elle aussi solide et sincère qu'elle en a l'air?
Étienne Lanfranc est journaliste ; à l'époque et pendant plusieurs mois, il avait enquêté sur les différentes factions du FLB et était proche de certains de ses membres. Lui seul semble au courant de beaucoup de choses, et il connaît certains secrets bien cachés, ainsi que quelques personnes qui en savent long sur ces années là! Le lieutenant Leclerc, policier de Lorient, donnera un coup de main à Hiro Taavuna, mais ne partira pas en Haute-Savoie avec lui, préférant continuer l'enquête sur place. Franchic, gynécologue, radié de l'ordre des médecins pour ses sympathies envers les membres du FLB ou de l'ETA. Louise Capelle est une pauvre fille toxicomane. Manipulée par quelqu'un qui l'effraye et la terrorise, elle est la victime toute désignée et la complice idéale.
Yann, enfant, que nous croisons périodiquement, qui semble seul, trimballé de foyer en orphelinat, qui est-il?
 
Les romans traitant des années 1970/1980 et du FLB sont, il me semble, très rares, c'est pourquoi je trouve qu'il est intéressant, avec le recul nécessaire, de faire un roman sur ce sujet.
Un bon livre, sur un sujet original, et dont l'intrigue est passionnante. Un auteur à suivre, que j'espère rencontrer bientôt.
Extraits :
- Ce qu'il venait de faire allait lui sauver la vie. Mais la lui changerait également.
- Des Parigots, conclut-il. Qu'est-ce qu'ils viennent encore nous emmerder ici, ceux-là?
- Elle mettrait un point final à ce drame qui l'entourait. Enfin, elle pourrait reprendre une existence normale.
- Le ton était rude et grave. Peu de diplomatie habitait ces gaillards-là.
- Cette petite bourgade située les pieds dans l'eau était certes magnifique, mais ça ne lui laissait pas moins quelques soucis.
- Avec des valeurs. Des vrais qu'ils suivaient et qu'ils défendaient coûte que coûte. Contre vents et marées, comme on disait dans la région.
- Les volontés indépendantistes contre l'État. Un groupuscule qui recrutait chez les plus jeunes. Les proies faciles qui rêvaient d'idéalisme et de justice.
- Il avait le même discours que l'ancien directeur de la prison. Ces types pardonnaient aux terroristes ! C'était impensable.
- Elle disait çà ; là-bas, comme s'il s'agissait d'un autre pays. Si lointain, si différent.
Éditions : Pietra Luizzo éditions.
Le blog de l'auteur, ici.
FLB : Front de Libération de la Bretagne.

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05 juillet 2009

FOURIER Claire / Je vais tuer mon mari...

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Je vais tuer mon mari.....
Claire FOURIER.
Note : 4 /5.
Plume assassine!
Second roman de cet auteur née à Ploudalmézau, dans le Finistère, que je lis après « Métro ciel & Vague conjugale ».
J'avais bien aimé ce dernier, alors je récidive! Avec le même bonheur, j'espère.
C'est, je pense, très rare, mais je vais recopier les première phrases du livre, pour se mettre dans l'ambiance.
Je vais tuer mon mari.
C'est une idée dont je suis enceinte depuis quelque temps. Cela commence à se voir, à m'enlaidir.
La narratrice ne s'encombre pas de préliminaires, elle veut se débarrasser de son mari! Alors, elle le quitte, et seule dans un studio, sur un cahier, elle nous invite à partager sa vie, à devenir ses spectateurs, et quelque part ses assistants et complices. Pour mieux devenir ses juges, plus tard?
Le récit commence le 23 mars, elle s'est enfuie du domicile conjugal. Elle nous explique pourquoi, leurs vies et surtout leurs différences de comportements. Et plus si affinités! Il y a eu le plus avec la naissance de trois enfants mais les affinités? C'est l'incompatibilité d'humeur érigée au niveau d'une science exacte, tout les sépare, elle est îlienne, de Sein, celte et s'en vante, écrivain, heureuse de vivre.
Lui est de Carbon-Blanc dans l'Entre-deux- Mers , lieu indéfini pour elle. Il est calculateur et négociant de son métier, il est stoïque, et surtout d'après Anna, jamais elle ne l'a vu rire aux éclats!
Les jours passent, les souvenirs peuplent les journées de solitude, la recherche de l'amant idéal, toujours vaine. Le jeune, excellent au lit, inculte, mais pétri de certitude, le vieux, homme de grande culture, mais rattrapé par son âge pour la bagatelle. Un autre veut qu'elle lui apprenne à faire l'amour, mais un second veut lui apprendre!  Anna nous parle longuement de sa passion pour l'écriture, source de douleur, mais de grand bonheur. Un autre jour de solitude arrive, les pages se noircissent, les motifs de meurtres s'accumulent, la haine devient palpable......
Cette histoire se terminant le 2 avril, le temps presse, charmante dame, avez-vous réfléchi? Vous avez tué le temps, qui sera votre prochaine victime, votre mari comme vous le vouliez au début, ou vous, comme vous l'aviez envisagé un court moment.....
Anna, l'épouse infidèle, narratrice, héroïne, femme de la démesure dans ses propos et parfois dans ses actes, exaltée, elle se dit anarchiste. Un personnage fort, décidée, mais plus fragile qu'elle ne le pense.
Le mari, victime expiatoire, être transparent, prévisible, d'un sang froid à toute épreuve.  « Cartésien » dit de lui Anna, défenseur de valeurs morales pures et dures, le sexe sert pour faire des enfants, le reste....Très réactionnaire, le seul refuge contre les silences entre les époux , la politique tourne à l'affrontement et en de longues périodes de profondes bouderies!
La mère d'Anna fait une courte apparition, un coup de téléphone qu'elle donne à sa fille. Un grand moment du livre, un dialogue entre deux femmes que tout oppose!
Bref, une vie de famille exemplaire! A noter, que l'auteur ne parle pratiquement jamais des trois enfants du couple, personnages secondaires et absents!
Les amants sont cités comme des êtres de passage, parfois le temps d'une brève étreinte insatisfaisante, qui laisse des remords, mais aussi des regrets!
L'auteur encore une fois trempe sa plume dans le vitriol, (ou le cyanure) pour parler des hommes, en particulier quand celui-ci cumule le double défaut d'être homme et mari! Et là, c'est trop, impardonnable, aucun recours possible, c'est rédhibitoire. Il faut aussi reconnaître que ce mari n'est pas sans défauts, il serait même plutôt sans qualités, d'après son épouse.
J'ai relevé (parmi tant d'autres) cette phrase à l'humour grinçant, en parlant d'égorger son mari, elle pense :
- Oui... Pour la giclée de sang, parce qu'avec le sperme, ce sera la seule chose que j'aurai vu jaillir de mon impassible mari.
J'aime beaucoup cet auteur, sa manière de jongler avec ces choses futiles qui font les anicroches de la vie de couple et les sous-entendus ou le silence, qui en définitif, sont plus ravageurs pour cette femme.
Un livre jubilatoire, même si comme dans « Vague conjugale », dont il semble la version plus fouillée, le mari (l'homme en général?) n'a vraiment pas le beau rôle! Mais reconnaissons, tout de même, que dans les deux cas, il ne mérite guère mieux!
Florilège de petites phrases assassines:
- Ils tremblent à l'idée que renaisse la société matriarcale.
- Que devrais-je choisir ? L'enfer conjugal sans écriture ou l'enfer de l'écriture sans compagnon ?
- Mon mari m'a trompée !- sur sa personne.
- Ulysse, toile de fond vivante, multicolore, multisonore, d'où mille petites choses se détachent en sautillant !... Tu m'écoutes.
- On se plaît à croire qu'entre un homme et une femme, l'essentiel se passe dans l'alcôve. Peuh !L'essentiel se passe à table !
- Mon mari m'a fait l'amour, jamais ne me l'a dit. Or, je signe et persiste : la jouissance peut être dite.
- Attendons l'amant ultime.
- Qui ou qui est-ce qui va mourir ? Mon mari, moi, les mots ?
- Moi c'est la vague, mon mari c'est la digue. La digue m' exaspère.
Éditions : Bartillat (1997).
Autre chronique de l'auteur :
Métro & Vague conjugale.

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