La dance du
La danse de coeur.
Jean-Pierre VÉDRINES.
Le bon grain et l'ivraie.
Note : 4 /5.
Auteur que je découvre à la suite d'une série peu habituelle d'abandons. Jean-Pierre Védrines est né en 1942 à Lunel dans l'Hérault. Il a publié plusieurs recueils de poèmes.
Jean Soubeyran est en prison à Blida, il vient de subir un passage à tabac en règle, lui, un soldat français! Son tort, avoir défendu une jeune fille qui a été violée par un officier français et avoir corrigé ce dernier. La vaillante armée française ne peut pas supporter qu'un simple appelé bafoue son honneur. Alors entre deux interrogatoires, car il est devenu un espion, un communiste, une honte pour son pays, il écrit, se raconte, et semble attendre la mort, par accident sûrement, une balle perdue , mais pas pour lui. A sa grande surprise, il est libéré pour « raison psychologique » mais Mercier, le lieutenant violeur, lui promet de le retrouver! Jean rentre en France, retrouve sa mère, qui l'a élevé seule. Il trouve du travail comme éboueur, mais sa mère, usée, meurt. Il espère avoir trouvé le bonheur avec Manon, une jeune fille du village. Mais des événements étranges viennent troubler sa vie civile retrouvée! Un motard fait une chute près de la benne où il est avec ses collègues. De loin il croit reconnaître Mercier dans l'homme à terre. Pour améliorer leurs conditions de travail, il crée un syndicat. Quelques temps après au cours de leur collecte des ordures, ils sont attaqués par un commando à moto. Jean est grièvement blessé, mais Serge est tué!
Un mystérieux groupe « La main rouge » commence à se manifester, de jeunes français mourant en Algérie, la situation des étrangers du village se détériore fortement, un jeune homme sera retrouvé mort un matin. Jean lui semble être suivi, pourtant il apprend que Mercier a disparu au combat! Un jour qu'il rentre chez Manon, il la retrouve au lit avec un autre homme. Le voilà de nouveau seul.... Mais la vie n'est-t'elle pas un éternel recommencement? Après la pluie, le beau temps, dit le proverbe, et la sagesse paysanne.
Mais la mystérieuse menace est toujours là, la police doute des facultés mentales de Jean et laisse les choses en l'état.
Jean Soubeyran est un homme droit, mais il semble marqué par un destin contraire, sa thérapie passagère est l'écriture. C'est un être très complexe, certainement porté à la solitude. Il est sensible à la misère humaine, aussi bien en Algérie dans les conditions extrêmes de la guerre, que dans ce petit village où la haine petit à petit gagne du terrain. On espère pour lui des jours meilleurs. Il évoque avec pudeur sa mère, Muguette, sa vie de veuve, obligée d'accepter d'être « bonne à tout faire » dans une famille de bourgeois. Marie sera la seconde compagne de Jean, elle prendra des risques pour lui. La fuite en avant semble pour un temps une solution, mais hélas temporaire. Elle offrira à Jean une très belle rencontre, celle avec son père, Maurice, homme de bon sens, sorte de philosophe des montagnes!
Serge et Luigi, deux éboueurs, collègues de travail de Jean ; ils payeront de leurs vies leur amitié pour Jean ou leur adhésion au syndicalisme?
Un excellent livre, malgré une structure un peu particulière. Soixante-seize chapitres pour moins de cent cinquante pages, ce qui donne un rythme soutenu à ce roman. Il faut aussi signaler que l'auteur ne sombre jamais dans le misérabilisme, ce qui donne une réalité certaine à cette histoire.
Une histoire très étrange qui commence dans le chaos de l'Algérie et se termine dans la fausse quiétude du sud de la France. Car sous des aspects très poétiques, ce livre cache une violence
sous-jacente. Horreur de la guerre, puis une société qui use du crime pour imposer ses idées. Un réquisitoire contre la guerre, et un hommage à un monde campagnard dans la personne de Maurice, ancien résistant, homme plein de sagesse, pour qui la grandeur du monde tient dans une graine que l'on sème, et qui n'aura de cesse que d'éclore à l'air libre et à la vie. Un très grand personnage de ce beau livre. Une réelle découverte.
Extraits :
- Pour eux, j'étais un rouge, un bicot de la métropole, le contraire d'un chef.
- Ils torturent, violent et assassinent. J'entends toujours cette femme qui crie pendant que le lieutenant Mercier la force.
- Un peu d'humanité de sa part aurait changé l'affreuse solitude dans lequel je me trouvais.
- Elle a regardé mon crâne rasé, mes traits pâles, elle m'a demandé :
« Vous venez de là-bas ? »
- J'ai dit à Manon : « Ils vont certainement revenir pour m'achever. »
- Je devais appartenir sans le savoir à une famille que l'on nomme les rouges.
- J'ai murmuré pour moi seul: « Finalement, qu'est-ce qui changera jamais, ici bas ? »
- Jamais me dit-elle, tu n'auras de place dans cette société de merde. Tu n'y es pour rien, c'est comme ça, mon Jean. Tu es personne. On ne te connaît pas.
- La nuit, j'aimais l'apaisante rumeur du silence.
- Peu d'hommes, du moins je n'en connaissais aucun, avait dans le regard cette fleur de mélancolie qui, tout de suite, me fascina.
- J'ai pensé aux hommes de la montagne et j'ai trouvé que le monde était beau.
- L'espoir est toujours à l'intérieur de la graine, chaud comme une promesse de bonheur. Rien ne viendrait tarauder sa confiance.
Éditions : Apogée (2009)
Site de l'auteur, ici.