Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

30 juin 2009

DAGIER P. & QUÉMÉNER H. / Jack Kerouac, Breton d'Amérique.

  Babalio   Kerouac                                                                        

Jack Kerouac, Breton d'Amérique.
DAGIER Patricia & QUÉMÉNER Hervé.

Note : 4 /5.
Les poissons de la mer parlent breton*
En retrouvant Jack Kerouac, j'éprouve souvent deux sentiments, la joie de le lire, et un petit brin de nostalgie. C'était il y a longtemps, mais j'ai gardé précieusement mon vieux volume de « Sur la route ». J'avais lu il y a quelques années « Jack Kerouac, au bout de la route ...la Bretagne » des deux mêmes auteurs. Ce livre n'est pas la réédition du précédent ouvrage, mais le résultat de dix années de recherches supplémentaires.
Prenons la route qui nous mènera des forêts du Huelgoat en 1720 jusqu'en 1969 en Floride où est décédé Jack Kerouac dont la quête de son ancêtre fut vaine .
Urbain-François Le Bihan, fils de François-Joachim de Kervoac, notaire et « principal bourgeois de la ville du Huelgoat » est dans une situation peu brillante. Il est accusé de vol, et ce n'est pas, semble t-il, la première fois! Après quelques péripéties judiciaires, il rejoint le lot des fils de familles mis à l'écart du scandale en Bretagne. Une pratique qui consiste pour les pères à envoyer par une lettre de cachet leurs fils dévoyés au loin le plus légalement du monde! Donc pour Urbain, à nous deux la « Nouvelle-France » Au début il sera chasseur, trafiquant avec les indiens des peaux contre de l'alcool, mais une de ses premières préoccupations est de se forger une nouvelle identité, et là, commence la valse des noms, prénoms, surnoms, et autre pseudo titre de noblesse! Chose rendue possible par des préposés aux archives à l'orthographe plutôt fantaisiste, bien aidée par Urbain lui même.
Quelque exemples : Carouch, Caroak, Karoüak, Querouac, Kerouacq, Kyroique, Kerouac. Son acte de décès s'établit comme suit:
- « Le 5 mars (1736) , Alexandre Keloaque, breton de nation, âgé d'environ trente ans et faisant fonction de commerçant décède à Kamouraska après avoir reçu tous les sacrements ».
Cette écriture à deux mains, la généalogiste et le journaliste, est particulièrement intéressante, surtout pour le parallèle entre les vies de Jack et de son ancêtre. Même complexité des individus, Urbain étant nettement plus roublard que Jack et étant très souvent à l'extrême limite de la légalité. Autre point commun, ils mourront tous les deux très jeunes après des vies, si l'on peut dire, bien remplies. Ils seront également des aventuriers et voyageurs, chacun à leur époque.
Deux personnages avec leur soif de vivre, même si celle-ci a tué Jack avant l'heure, deux destins semblables comme si, ironie de l'histoire, le premier traçait la route au second!
Urbain et Jack à des époques différentes auront eu leur « Conquête de l'Ouest ».
Un bon livre pour un néophyte qui voudrait connaître l'essentiel de l'oeuvre et du personnage de Kerouac, en particulier sur ses relations avec sa mère Gabrielle (dit Mémère!). Hervé Quéméner s'attache en particulier, ce que l'on ne trouve pas dans les autres ouvrages consacrés à Kerouac, à son attachement (parfois excessif ) à la Bretagne. Quelques très belles lignes sont consacrées aux rencontres et à l'amitié qui liait Kerouac et Youenn Gwernig.
Par contre, il est absolument nécessaire de s'accrocher pour suivre Urbain-François Le Bihan de Kervoac dans ses nombreuses péripéties! Et tout cela sous des noms d'emprunts qui ont dû rendre le travail de Patricia Dagier pour le moins ardu, mais passionnant.
Les auteurs signalent quelques livres de Kerouac au sujet de la Bretagne, « Big Sur » pour le poème en fin d'ouvrage, et « Satori à Paris ». Dommage que cette édition ne reprenne pas les photos et la généalogie figurant dans « Jack Kerouac. Au bout de la route....le Bretagne ».
On peut retrouver des témoignages de gens ayant côtoyé Kerouac dans l'excellent ouvrage (mais est-il toujours disponible, car il date de 1978?) « Les vies parallèles de Jack Kerouac » de Barry Gifford et Lawrence Lee aux éditions Henry Veyrier.
Extraits :
- En effet, deux personnages cohabitent dans la douleur chez Jack Kerouac.
- Il reste toute sa vie un petit garçon de Lowell, Massachusetts, fils de Canadiens français, catholiques et conservateurs.
- « Ti-Jean, n'oublie jamais que tu es breton », lui répétait son père.
- Il s'agissait en effet d'un conflit de classes sociales. Et le notaire du Huelgoat, du fait de sa condition, s'imaginait jusqu'alors intouchable.
- Tout se passe comme s'il avait des rapports incestueux avec sa mère. Ce qui n'a jamais été avéré.
- Ils ne sont pas les seuls à converger vers l'océan. L'appel du large et le plus fort et il n'est pas nécessaire d'être issu d'une famille de marins pour y succomber.
- Une garantie pour les pères, qui se débarrassent ainsi de leurs progénitures, sûrs de ne pas les voir rentrer au bercail de sitôt.
- ... »On the Road en anglais (il, Jack ») n'aurait pas traduit le titre par « Sur la route », mais par « Sur le chemin ». Cette précision n'est pas dénuée de sens. Elle ajoute l'intention de donner au livre une dimension de quête physique.
- Il affirme même que la seule conséquence de ce défi aura été de réveiller ses instincts de marins bretons !
- Mais ces moments sont de plus en plus rares. Jack se complaît dans une spirale suicidaire et se consume à l'eau de feu.
- Et cette paternité, la postérité la lui a imposé.
Éditions : Le Télégramme  (2009)
*Phrase extraite de « La mer ». Bruits de l'océan Pacifique à « Big Sur », qui termine le roman du même nom.
Ouvrages de Jack Kerouac sur ce blog:
Maggie Cassidy.
Vraies blondes & autres.
Visions de Gerard.
Les souterrains.
Le site du livre, ici

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28 juin 2009

FRENCH Tana/ Comme deux gouttes d'eau.

Comme deux gouttes d'eaux.

Tana FRENCH.
Note : 3,5 / 5.
Comme un Eire de ressemblance!
Encore un roman policier se passant en Irlande, en République d'Irlande cette fois. C'est dommage que j'ai commencé ce livre ne sachant pas que ce n'était pas le premier de la série, ce que je regrette, car l'auteur revient souvent sur le passé de Cassie. Enfin, cela me donne l'occasion de découvrir une nouvelle romancière.
Quand un soir, Cassie Maddox, inspecteur de police, est invitée à se présenter sur les lieux d'un crime, elle ne se doute pas de ce qui l'attend. Elle y découvre en effet le cadavre de son sosie, et chose encore plus étrange les papiers de cette femme décédée sont au nom d'Alexandra Madison! Cassie avait endossé cette identité il y a quelques années pour infiltrer un réseau de trafiquants de drogue! Opération dont elle n'était pas sortie indemne, ayant ensuite demandé sa mutation dans un autre service!
Mais chasser le naturel, il revient au galop, alors lorsque Franck, son ancien chef, lui propose de se faire passer pour la défunte, après quelques hésitations, elle accepte! Il semble que ce soit la seule solution, car les recherches sur place ne donnent rien! Les étudiants avec qui elle résidait semblent insoupçonnables. Une rencontre fortuite durant sa promenade nocturne et fatale paraît peu probable, elle n'a pas été agressée sexuellement et rien ne lui a été volé!
Et qui est réellement cette femme qui ne laisse rien derrière elle! La police pense à une étrangère, mais sans certitude. Un autre élément trouble la police, la victime était enceinte, donc il y a eu dernièrement un homme dans sa vie !
Alors après avoir étudié tous les documents en possession de la police, Cassie rentre au bercail, cette maison où l'attendent quatre personnes qui connaissent mieux Alexandra qu'elle ne la connaît! Et sûrement que toute erreur sera fatale ou pour le moins extrêmement préjudiciable pour elle.
Cassie Maddox est la narratrice et le personnage central de ce roman. Elle succombe au charme de cette utopie qu'est la vie dans ce manoir entourée d'étudiants brillants, mais aux études pour le moins surprenantes! Pourtant elle est là pour une mission bien précise, découvrir l'identité d'une femme et de la personne qui l'a assassiné!
Frank Mackey, son ancien chef de service, homme brillant, persuasif, pensant à tout, même au pire. Son épouse l'a quitté, car homme de devoir, sa vie de famille était devenue inexistante.
Sam O'Neil est également policier, est aussi petit ami de Cassie. Il voit d'un mauvais oeil l'intrusion de Frank dans leur couple, mais surtout il n'aime pas du tout le rôle d'appât que va jouer Cassie dans cette dangereuse substitution.
Rafe , Justin, Daniel, les trois mousquetaires sont unis comme les doigts de la main et Abby,est la seconde femme du château! Mais était-ce vraiment la vie de château? Sous le vernis, que restait-il de cette vie en communauté? Un idéal de vie, des amitiés sincères ou de la poudre aux yeux? Alexandra l'aurait-elle payé de sa vie, car elle, elle est vraiment morte et cela au moins une personne le sait!
Un roman plutôt classique, plus proche de Gemma O'Connor ou de Bartholomew Gill par exemple que de ses confrères Ken Bruen ou Sam Millar. Une oeuvre à l'ancienne, (sans que cela soit péjoratif), mais intéressante, seconde petite remarque, j'ai trouvé ce roman trop long!
Ce n'était pas non plus forcément pour moi le bon moment de le lire, mais je l'ai malgré tout trouvé intéressant et surtout il m'a semblé bien documenté, en particulier sur ces personnages que sont les infiltrés et la vie de dissimulation perpétuelle qui est la leur! Avec les risques énormes qu'ils prennent dans chaque mission.
Il est à signaler que Tana French, comme beaucoup d'autres auteurs irlandais, n'est guère optimiste sur l'avenir de son pays et des grandes villes de celui-ci.
Extraits :
- En 10 ans, Dublin a changé à une allure vertigineuse.
- Déjà, à la fin de mon séjour à la brigade, j'avais perçu, dans la ville les prémices de la démence. Tôt ou tard, nous nous trouverions confrontés à la boucherie.
- Des crimes aux racines profondes, typiques de la vieille Irlande, peu susceptibles de bouleverser un enquêteur aussi expérimenté que Sam.
- Ce fut la dernière fois que je la vis. Au cours de nos existences, nous ne nous étions trouvés face-à-face que 10 minutes.
- Voici ce qui définit l'infiltration : ni pitié ni ligne rouge. C'est pourquoi, entre autres, j'avais arrêté.
- Même pris à l'improviste, ces quatre-là piquaient la curiosité. Je sentais l'auteur du pain d'épices entre le cuir, j'entendais les cantiques en l'arrière-fond. Une vraie carte de voeux. Ils étaient trop parfaits. Virginaux, irréels.
- À l'inverse de mes compatriotes, dépossédés de leurs terres pendant des siècles, je n'ai pas l'obsession de la propriété.
- Hyland ! Quel nom grotesque ! grogna O'Kelly. C'est un pédé ou un connard d'angliche ?
- Les maisons qui datent de la grande famine parsèment toute la contrée, on ne les remarque même plus.
- Il était fort possible, en effet, que je n'en sorte pas vivante.
- Sam souhaitait tellement que ce fut l'un des quatre...
- Il s'y connaissait autant en médecine qu'un marchand de bonbons.
- Nous vous haïrons toujours, vous savez...
Éditions : Michel Lafon (2009)
Titre original :The Likeness.(2008).
L'avis de Cuné, ici, qui reporte à d'autres opinions.

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25 juin 2009

STEVEN Kenneth / A l'ouest du monde.

A l'ouest du monde.

Kenneth STEVEN.
Note : 4 /5.
Saint-Kilda priez pour eux.
Première oeuvre de cet auteur écossais né à Glasgow en 1968 que je lis. Ce court roman nous raconte l'histoire de Roddy Gillies habitant Hirta, la plus grande des îles de l'archipel de Hiort (gaélique écossais) ou Hébrides Extérieures. Elle fut évacuée en 1930 à la demande de ses habitants, une centaine environ.
Un enfant, jaloux de son petit frère, tente de le jeter du haut d'une falaise de l'île d'Hirta, l'intervention du père évite le drame. De nombreuses années plus tard, à New-York, un homme se meure dans un hôpital. Un raccourci saisissant de la vie d'un homme, son corps est usé, mais sa mémoire intacte. Il pense qu'il est le dernier survivant des habitants d'Hirta. Alors il écrit ses mémoires. La vie n'est pas simple dans ces îles inhospitalières sans cesse battues par des vents violents. Si vivre est dur, la mort par contre est familière, Roddy assiste un jour, complètement tétanisé et incapable d'agir, à la mort d'un agneau qui vient de naître, puis une vieille femme du village, et Ewen, un jeune garçon qui, lui, tombe de la falaise ! Les premiers touristes visitent les îles, Roddy sent leur mépris pour ces enfants en haillons. Le prêtre semble accomplir une mission, éduquer des sauvages, faute de l'Inde ou de lointaines colonies, il lui faudra vaincre les croyances anciennes. Mais le temps fait son oeuvre, le père décline, son orgueil lui joue des mauvais tours, la mort est là.
Mais une autre mort plus insidieuse approche, l'exil volontaire demandé par les habitants!
Roddy vit avec Ian et Morag, la mère meurt comme beaucoup des ces gens déracinés. Morag se marie, Roddy fuit le mariage et part pour Glasgow. Là-bas la vie est terrible, la solitude malgré quelques foyers de « gaélisants ». La minuscule chambre, le travail harassant, les humiliations quotidiennes. Il retourne voir sa famille, sa soeur a un enfant, Colum, et est très heureuse. Mais son frère Ian l'accueille très mal! Alors l'unique solution, l'exil lointain et définitif.
Les Gillies sont une famille très austère marquée par un protestantisme rigoureux! Travailleur et dur au mal, le père ne supportera pas la déchéance physique due à l'âge. La mère, personnage discret, élèvera ses enfants malgré la précarité des habitants de l'île.
Roddy semble avoir été un être solitaire toute sa vie. Un jeune garçon, Kevin, vient le voir à l'hôpital, seule visite qu'il semble avoir.
Sa soeur Morag a réussi sa vie, elle s'est mariée à un homme simple et honnête. Quand Roddy part en Amérique, elle a un enfant. Mais elle a de gros problèmes avec son frère Ian.
Celui-ci, victime d'un accident du travail qui l'a laissé diminué, laisse apparaître la violence de sa vraie nature!
Un monde et une partie de la civilisation gaélique a disparue avec l'évacuation de ces îles. Ces hommes et femmes, subissant une sorte d'exils multiples ; îliens, ils doivent devenir terriens, écossais, ils le sont mais ne parlent pas la langue de leur pays. Ils seront dispersés, comme s'il fallait qu'ils disparaissent. Beaucoup mourront très rapidement, d'autres commenceront à boire, certains continueront leur route, l'Amérique dans le cas de Roddy . Des allers et retours incessants entre l'enfance, la jeunesse et la vieillesse d'un homme.
Un livre qui, bien qu'il soit un roman, est dans la lignée des écrits de Peig Sayers et de Tomás O'Criomhthain, écrivains des îles irlandaises des Blaskets qui furent elles aussi évacuées par les autorités. Un bon roman très agréable à lire, pas très long. Ces hommes et ces femmes ont perdu leurs âmes et leurs racines en perdant leur île. Il est bien que des témoignages et des romans leur rendent l'hommage qu'ils méritent.
Extraits :
- Les femmes péroraient et jacassaient, on aurait dit une troupe de poules bien en chair.....
- Notre île était en train de mourir, et nous, ses enfants, pleurions sa mort.
- Nous avons dû ressembler, ce jour-là, à des gens qui surgissent du milieu du siècle passé.
- Mais maintenant, nous étions éparpillés ; le petit rameau de survivants avait été dispersé aux quatre coins du pays. Rien ne nous réunirait plus, pas même la toute puissance de la mort.
- ... avions-nous pris la bonne décision en choisissant de quitter notre île?
- Un mal qui ronge l'âme.
- Son gaélique était étrange, je devais me concentrer pour capter les mots.
- « C'est trop tard Roddy. Elle est partie maintenant. Partie ! »
- J'avais l'impression que plus personne ne se souciait vraiment de moi ; en quelque sorte j'avais tout perdu. Jamais je ne m'étais senti aussi seul.
- Ce jour même, au coin d'une rue, je tombais sur deux vieilles femmes qui bavardaient en gaélique. Je fus si surpris que je m'arrêtais net, perplexe et heureux.....
- Quelques milles marins nous avaient séparé ; en termes d'identité : un gouffre immense.
Éditions : Autrement Littérature.
Titre original : West of the World. A Highland Trilogy 3
SAYERS Peig. Peig
O'CRIOMHTHAIN Tomás. L'homme des îles.

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21 juin 2009

MILLAR Sam / Poussière tu seras.

Poussière tu seras.
Sam MILLAR.
Note : 5 / 5.
Sur le fil du rasoir.
Écrivain irlandais dont c'est le premier roman traduit ; j'espère que le reste de son oeuvre le sera bientôt. Ancien combattant de l'IRA , il a passé 20 ans en prison. Décidément le roman noir irlandais se porte très bien et c'est tant mieux. Celui-ci ne dépareille vraiment pas le genre, surtout en ce moment où, personnellement, je pense que la littérature irlandaise est au creux de la vague.
Adrian, un jour d'école buissonnière dans un bois près de Belfast, découvre un os et un corbeau mort. Il ramène cet os chez lui, ainsi qu'une plume.
Charlie Stanton, clochard fortement alcoolisé, découvre dans les ruines d'un orphelinat désaffecté, un cadavre sans tête ayant subi des violences sexuelles.
Adrian vit avec son père Jack, ancien policier, qui commence une carrière d'artiste peintre. C'est un enfant traumatisé par la mort de sa mère renversée par un chauffard ivre. Ses relations avec son père sont conflictuelles, Jack buvant beaucoup. Il a une relation avec Sarah qui expose et vend les toiles de ce dernier. Un jour Adrian les surprend dans une attitude sans équivoque, provoquant un traumatisme chez l'enfant, qui sera accentué par une révélation pour le moins maladroite du père! Alors Adrian s'enfuit! Jack rongé par la culpabilité, retrouve son esprit d'enquêteur, et découvre dans la chambre de son fils l'os qui s'avère être un reste humain. Une petite fille a disparu dernièrement, est-ce son corps que la police découvre? Qui est responsable de l'assassinat du révérend Richard Toner? Quelqu'un qui le connaissait bien, assez pour lui rappeler un surnom qu'il voudrait bien oublier « Petit Dickey ». Mais comme on n'emmène pas ses souvenirs dans l'au-delà, son sobriquet disparaîtra avec lui. L'enquête sur la découverte du corps de Nancy Mc Tiers amène les policiers à s'intéresser à Joe Harris et Jeremaih Grazier, les coiffeurs et barbiers du quartier. Or, chez Joe qui a disparu, les enquêteurs découvrent des magazines pédophiles qui en font un coupable idéal.
Jack recherche désespérément Adrian, un coup de téléphone lui offre une possibilité de revoir son fils, un chantage en forme de test : s'il ne réunit pas les vingt et un points nécessaires, son fils sera tué! Avec son ex-collègue Benson, qui est également le parrain d'Adrian, la course contre la montre peut commencer!
Les personnages, à part Adrian, qui est trop jeune pour être perverti, sont pour la plupart des êtres avec des passés pesant des tonnes. Jack se console dans l'alcool et la peinture, Judith dans la drogue.
Adrian pleure sa mère décédée suite à un accident provoqué par un chauffard ivre, il lui semble que son père le délaisse, la révolte monte en lui, qui éclatera au premier incident provoquant sa fuite.
Jack Calvert, son père, après une mauvaise période, reprend sa vie en main, la disparition de son fils devient une affaire entre lui et la société, en particulier la police. Mais lui aussi a quelques cadavres dans son placard. Sarah qui vend des tableaux, en particulier ceux de Jack, a une liaison avec celui-ci, est-ce pour cette raison qu'elle sera selon le journal agressée un soir?
Jeremiah, un des barbiers et son épouse Judith, forment un couple terrifiant . Lui adepte du rasoir et elle complètement accro aux drogues dures. Leur relation sado-masochiste où Judith domine est particulièrement violente. Judith semble l'incarnation du mal, d'où lui vient cette haine et cette violence? Son enfance fut sordide comme celles de centaines d'orphelins et d'orphelines aux mains de l'église catholique et de notables complaisants.
Joe, l'autre barbier, est veuf. D'après Jeremiah, il buvait et jouait beaucoup, et avait des dettes, dont certaines avec des gens peu recommandables, est-ce la raison de sa soudaine disparition?
Un livre éprouvant, très sombre où certaines scènes sont très « fouillées ». Les autorités policières et les notables sont égratignés au passage, à cause de leurs carriérismes et leurs complaisances pour ne pas dire leurs complicités avec un système qui encourageait le vice et la cruauté sur des enfants sans défense.
L'âme humaine est mise à nue ; la violence et la perversité forment la trame de ce roman dans lequel l'auteur va à l'essentiel. Pas d'humour ou de faux fuyant, la race humaine engendre des monstres, ne nous voilons pas la face, les journaux sont remplis de faits-divers atroces. Une oeuvre forte qui va sans doute déranger quelques lecteurs, mais l'intrigue est de grande qualité. La fin est absolument grandiose, le dénouement étant comme un plaidoyer pour tous les enfants victimes innocentes d'un système qui les livrait corps et âmes à des adultes pervers. Le thème de la vengeance étant ici poussé au paroxysme de la violence.
Extraits :
- Les corbeaux sont intelligents, mais l'intelligence ne fait jamais le poids face à la ruse.
- Il avait fait irruption dans la vie en hurlant, quand la sage-femme- à la fois débutante et légèrement alcoolisée- lui avait crevé l'oeil droit avec un forceps.
- Jack se dit que la ville était en train de payer cher son image de capital : à grandes villes, grandes maladies.
- Leurs faiblesses, c'est le système et leur confiance en eux.
- Le doute peut nous détruire. Il est comme l'ennemi qui frappe à la porte. Veux-tu laisser entrer l'ennemi ?
- Il se sentit à nouveau gêné, comme s'il avait fait irruption dans les pensées les plus intimes de son fils.
- Ne laisse jamais l' émotion obscurcir ton raisonnement. Trop dangereux.
- Pour la première fois de la journée, un sourire apparut sur le visage de Judith. Un faible sourire, pas de ceux qui montent jusqu'aux yeux.
- On aurait dit un oiseau affolé dans une cage d'os.
- Les cadavres de sans-abri ne votent pas, tu comprends.
- Tu aurais fait un excellent homme politique, Jack Calvert, en admettant que cela existe.
Éditions : Fayard Noir (2009).
Titre original: The Darkness of the Bones. (2006)
L'avis de JML, « Actu du noir », ici.
Site de l'auteur, .

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19 juin 2009

Quand la Bretagne tient salon!

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Quand la Bretagne tient salon! (littéraire).
Avec les beaux jours, les salons littéraires fleurissent en Bretagne, après Larmor-Plage, Guidel et Penmarc'h, voici celui de Vannes.
Je ne connais pas ce salon, et ce n'est malheureusement pas encore cette année que je le découvrirai, mais pourtant l'affiche est alléchante. Voir
ici.
Bon week-end à toutes et à tous.
Yvon

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18 juin 2009

LIVORY Pierre/ Déferlantes.


Déferlantes.
Histoires maritimes.
Pierre LIVORY.
Note : 4 /5.
La mer encore et toujours!
J'ai eu l'occasion de parler avec Pierre Livory au dernier salon de Guide au sujet du recueil de nouvelles « Femmes de mer ». Il participe ce week-end au salon du livre de Vannes. Nous avions justement abordé la nouvelle comme genre littéraire et il m'avait conseillé de lire ce livre. Comme c'est en général un style qui me plaît, et qu'il faut bien commencer par quelque chose pour découvrir un auteur, alors hissons les voiles.
Treize nouvelles, normalement cela porte bonheur, mais pour les gens de mer, je ne sais pas.
« La barre à roue » débute ce recueil, imaginez une île au loin, l'île aux Morts Marins, là des naufragés ne faisant plus partie du monde des vivants, mais pas tout à fait morts, attendent. Un jour la mer leur rendra la dernière pièce de leur bateau, alors il pourront enfin gagner le paradis des Gens de Mer. Yvonnig est de ceux-là, loin de là dans un port breton Martine, son épouse survit, elle aperçoit l'île, entend l'appel de son mari. Elle quitte la mer pour regagner sa montagne natale, mais Yvonnig lui parle encore..... Elle rentre en Bretagne et prend conseil de Gildas, le grand-père........
« Envers et contre tous ». Paul est amoureux de Valérie, qui l'aime en retour, alors pourquoi la famille et la loi s'opposent-ils à cet amour? Paul est professeur, Valérie lycéenne, elle se noiera un jour de sortie en mer, Paul sera condamné à plusieurs années de prison. Plusieurs années après, carrière et vie brisée, il cherche à comprendre.... Une très belle histoire sur un amour condamné d'avance et sur l'intransigeance du monde.
« Deux mains gauches » est une leçon d'humanité et d'amitié. Pas de ces amitiés tapageuses, non, mais de celles profondes, quasiment muettes. Mais quand Albert, après une longue absence due à un très grave accident du travail, lui, l'ours a bien changé. L'accueil qui lui est réservé lui met du baume au coeur, mais comment un ouvrier consciencieux tel que lui a-t-il pu avoir cet instant d'inattention?
« La dernière porte ». Le proverbe dit : il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Ici il faudrait la pousser! Tanguy tente de se reconstruire, depuis le drame qui a changé sa vie! Franchir cette porte et enfin .....
« Nectar plus ultra ». Il est question de vin, et d'un secret. Mais , comme il s'agit d'un secret de famille, je ne le dévoilerai pas.
« Marée d'équivoque » est une jolie histoire, celle de Pierrig et de sa voisine la fée Lénaïg. Pierrig en laisse même tomber sa crêpe!
« Guerre et pêche », c'est aussi le quotidien caché de certaines situations pour le moins tendues!
Un bon livre qui ne nous embarque pas dans un monde de gens exceptionnels, il n'est aucunement questions de surhommes courant les mers. On côtoie des hommes et des femmes comme on en trouve dans tous les ports.
Un marin et son épouse : lui a disparu en mer, elle écoute, non pas les sirènes, mais sa supplique. Un homme et une jeune fille, deux vies gâchées, celle de Paul sera-t-elle sauvée par l'amitié et la mer? Léonard, ce n'est pas le vieil homme et la mer, mais le vieil homme et l'enfant, l'histoire d'une amitié malgré la grande différence d'âge. Un jour le vieil homme n'est pas au rendez, Pierrig tente de le rejoindre....Une belle histoire et un homme pour qui la nature est une source de bonheur oculaire et culinaire!« Cuir de furie » est un commentaire sur une photo publicitaire, un homme et une femme, des blousons en cuir et de l'argent pour tous! Tout le monde est heureux! Vous connaissez l'expression « course à l'armement », c'est ce qui se joue dans un port breton entre deux frères et un de leurs amis ! Mais ce genre de rivalité teintée de jalousie peut tuer. Un naufrage et un marin dans le compartiment étanche de son bateau. Il est là seul depuis six jours, il voit des mirages. Seulement en mer les mirages ne sont pas des oasis, mais des sirènes! Il vaut peut-être mieux traverser les mers que les déserts! Pour Loïc, le bricoleur et son char à voile, Céline et Hervé et leur bateau, la vie c'est le bonheur et le malheur, le flux et le reflux!
On trouve toujours ce mélange des légendes profondément ancré dans la mémoire collective et une sorte de fatalisme forgée au fil des temps. La mer sera de toute façon la plus forte, alors aux hommes de faire avec. Car même quand elle n'est pas omniprésente dans le récit, on sent sa présence lointaine.
Pour les lecteurs qui aiment les vagues et l'odeur de l'iode, mais aussi des récits d'amours et d'amitiés.
Extraits :
- C'est bien connu, il n'est que trois espèces d'hommes : les Marins, les Vivants et les Morts.
- La surface de sa mer intérieure redevenait calme.
- Mais, tout doucement et de façon pernicieuse, le monde raisonnable avait ourdi sa vengeance.
- Mais sauvage, la nature sauvage, ce n'est pas la sauvagerie de l'homme, que je sache !
- Il compte ; l'on se soucie de lui !
- Alors il ouvrira la porte de la dernière chambre de la maison, là-bas au fond, en dominant son appréhension.
- Alors que faire ? Se calmer d'abord !
- Les grandes idées sont souvent simples, et comme il n'y a que la foi qui sauve...
- Pierrig la laisse se calmer et recouvre son gîte, comme il le fait soigneusement pour tous les cailloux qu'il soulève.
- Eh bien, je vais te réchauffer une bonne crêpe d'hier soir, avec du beurre et de la confiture.
- Tu n'aurais pas vu Lénaïg, par hasard pendant que tu pêchais ?
La crêpe tombe au fond du bol et Pierrig manque de s'étouffer.
Éditions : Liv' Éditions (2007);
Le site de l'auteur, ici.

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15 juin 2009

COOVER Robert / Noir

Noir.
R
obert COOVER.
Note : 3 / 5.
Le noir lui allait si bien!
Je ne connais pas cet auteur qui m' été recommandé au club de lecture de la médiathèque de Lorient. Un auteur somme toute prolifique, avec une vingtaine d'oeuvres éditées.
Quand le privé s'appelle Phil Noir, sa secrétaire Blanche, le commissaire Blue on peut espérer en voir de toutes les couleurs, ou alors n'en voir qu'une seule : le rouge!
Un privé bien dans la tradition américaine, fauché, pas brillant, un peu stupide, buvant et fumant plus que de raison. Il sert souvent de punching-ball pour quiconque veut se passer les nerfs. Bref tous les clichés et stéréotypes sont là!
Les rues sont glauques, les personnages très paumés, la veuve en noire, en jambes et appétissante (bon d'accord elle passera vite du statue de veuve à celui de défunte, puis de cadavre elle deviendra feue la disparue!). Ladite veuve aimerait qu'il enquête sur la mort de son mari, la version officielle parle de suicide, mais elle n'y croit pas. Elle l'embauche pour savoir la vérité, mais quand elle lui donne un papier avec le nom de l'assassin présumé, il a un instant d'hésitation! « Mr Big » c'est du gros, pas du menu fretin.
Pauvre Mr Noir, à la suite de la mort de son employeuse, il broie du noir, mais il continue son job, bien que dorénavant il travaille au noir. Comme en plus le mystère s'épaissit l'avenir est plutôt sombre. Les éclaircies dans sa vie et son enquête, lui sont prodiguées par Blanche, sa secrétaire.
Les visites du commissaire Blue lui donnent des coups de blues, et les coups qu'il reçoit lui laissent des bleus au corps!
Phil M.Noir est un privé sans illusions, ni sur lui même, ni sur les autres. Ses rêves ont été remplacé par la triste réalité d'un boulot minable. Donc parfois Monsieur broie du noir, et s'apitoie sur son triste sort!
Sa secrétaire, qui se nomme Madame Blanche, est une personne dévouée, enfin peut-être pas corps et âme. On apprend au hasard des retours de son employeur qu'elle porte des culottes de soie, mais oui. Mais n'allez pas croire certaine choses, dans la vie rien n'est absolument tout noir ou tout blanc. Même pour les Blacks &White, garçon un whisky please! Est-elle aussi en plus de ses nombreuse qualités une oie blanche?
Commissaire Blue est un policier incorruptible, enfin jusqu'à un certain point, mais l'argent qu'il trouve dans les poches des gens qu'il interroge est pour les bonnes oeuvre de la police, voyons!
Le veuve en noir, visage dissimulé sous une voilette, enfin la veuve dont le corps a disparu! Mais qui réapparait parfois, au moment où l'on si attend le moins.
Mr Big, lui est un poids lourd du crime, amateur de soldats de plomb, il était l'associé du défunt mari de la veuve en noir aux longues jambes qui est morte et dont le cadavre a disparu........
Les personnages dit secondaires ne sont pas tristes non plus, en particulier une veille prostituée qui a servi de carte postale entre deux yakuzas, chacun renchérissant sur le tatouage de l'autre! Flame au tempérament de braise, des alcooliques, des indicateurs, une jeune bourgeoise qui s'encanaille peuplent les nuits de New-London et de ce roman.
L'auteur adopte un style de narration qui peut dérouter, en effet il parle à Noir en le tutoyant et en décrivant ses actions:
-Tu es à la morgue. Où la lumière est étrange.
Un bouquin dont le début est relativement intéressant, mais je me demande qui a pris le plus de plaisir, l'auteur à l'écrire ou le lecteur à le lire? L'intrigue est des plus minces, et ne parait pas être l'objectif de Coover. Il semble qu'il écrit un pastiche, réunissant tout les ingrédients du genre, on secoue bien et c'est parti. Le départ est réussi, mais l'arrivée laborieuse!
Extraits :
- Le petit groupe habituel des badauds, d'ivrognes, de flic, de clodos, leurs visages dans l'ombre des casquettes et des chapeaux. Une assemblée perverse et sinistre. Également des charognards.
- Tu t'es rendu compte qu'une des choses que tu avais oubliées de demander à la dame était son nom et le nom de son mari décédé.
-Le trou était dans la temple droite du ballot. L'arme dans sa main gauche.
-L'avenir de tout le monde. Skipper parle rarement, il fait savoir. Il montre son bandeau noir du doigt. Il te montre du doigt. Il montre son perroquet. Il laisse la parole à son perroquet.
- Les jambes sont des jambes Mr. Noir. Elles sont plus nombreuses que les gens.
- Et une balle dans la tête est une balle dans la tête. Comme son mari pourrait vous le dire s'il n'était pas trop tard.
- En bref, selon Joé, la vie n'était que maladie, solitude, corruption, cruauté, paranoïa, trahison, meurtre, cynisme, impuissance et peur, et puis il y avait aussi le mauvais côté des choses.
- Enfant rebelle de la décadence et friquée, tu connais le genre, tu t'es déjà fait brûler.
-L'endroit lui-même est sale, enfumé, lugubre, fétide. C'est toi.
- Mais tu as beau te dépêcher, courir contre la montre, on dirait que ça prend un temps infini. Tout s'étire.
- Et vous, Mr Noir ? Vous bavez aussi après moi?
Éditions : Fiction & Cie. Seuil (2008).
Les éditions du Seuil à qui je posais la question du titre original m'ont gentiment répondu ceci :
Noir est le titre original : ce livre n’a pas été encore publié aux États-Unis, la traduction et publication française étaient une avant-première !

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10 juin 2009

JACQ Angèle / Ma langue au chat.

Jacq

Ma langue au chat.
Angèle JACQ.
Note : 4, 5 /5.
Et ma langue à la poubelle.
Ma langue, Maman, pitié pour elle.*
Après avoir fait la connaissance de l'auteur, et ensuite lu son livre « Le Voyage de Jabel » (et d'avoir beaucoup aimé), je l'ai conseillé à une amie du club de lecture de la médiathèque de Lorient, puis à mon épouse (avec un succès que je n'attendais pas), et donc je continue sur ma lancée.
L'auteur qui milite depuis des années pour la langue bretonne nous raconte ici les aventures (et les avatars de Marie) à qui on fait comprendre que sa langue, celle de ses parents, de sa famille et de ses voisins, est interdite, au nom de la France, « Une et indivisible ».
Ce livre commence par un repas crêpes chez Marie, Frañseze, la grand mère maternelle nourrit son monde, dont la petite Marie. Nous sommes durant la seconde guerre mondiale, les hommes sont au front, les nouvelles sont rares, mais les crêpes sont bonnes, en plus du mode de fabrication, nous avons le droit à une leçon de choses (en breton évidement) plantinn, pilig, rozell, spañell. Quelques pages plus loin dans la ferme, la grand mère commence la fabrication du beurre salé, cela va de soi! Avec encore un vocabulaire précis laez-ribot, an aman kozh, etc...
Mais la vie n'est pas toujours aussi gaie, le village est occupé, un oncle de Marie qui s'est évadé serait de retour au pays, ce qui amène la Gestapo à fouiller la maison. Marie commence l'école à Quimper et habite chez une tante, puis elle accompagne sa mère qui a des problèmes de santé à Chambéry. Alors commence la grande découverte, le français! Et toutes les complications qui en résultent : certaines traumatisantes pour ces enfants qui apprennent à écrire dans une langue qui leur est inconnue, avec une grammaire différente, loin de leur environnement avec de longs trajets à pied.
Marie se pose des questions. Comment peut-on conjuguer le verbe « Manger des pommes » au présent en plein coeur de l'hiver, alors que cela fait très longtemps qu'il n'y a plus de pommes? Mystère de l'école! Le temps passe, les saisons s'écoulent, les nouvelles du front arrivent au compte gouttes. Mais malgré tout, les langues vont bon train avec des expressions savoureuses, ainsi cette femme qui est supposée avoir fricoté :
- La jeune fille de Gêrvoc'h porte de la nouveauté.
Et de qui serait l'enfant?
Ou cette autre :
-Elle festoie avec son grand valet...et selon ce que j'ai entendu, il lui a embelli le vaisselier!
Les gens sont médisants, mais les réflexions imagées !
Et le cycle de saisons continue, on tue le cochon, et nouveauté il faut faire son propre savon, les chevaux sont réquisitionnés. Par un heureux concours de circonstance, celui de la ferme boite bas! Un clou mal placé dans le fer, qui lui sera retiré dès qu'il sera refusé par l'armée allemande.
La guerre, ce sont aussi les morts, ce prisonnier qui rentre au village juste pour mourir, l'oncle Yann-Reun aussi décédé au loin. L'amnistie approche, des survivants reviennent.......
Les personnages les plus importants sont les femmes restées au pays, les générations cohabitent plutôt bien, la grand-mère Frañseze est la pierre angulaire de la ferme, grande travailleuse. Elle est également celle qui doit transmettre le savoir à sa petite fille, pas le savoir des manuels scolaires, mais la langue et les traditions.
Marie ne l'entend pas vraiment de cette oreille, pleines de choses lui paraissent incompréhensives. Tous ces problèmes d'adultes, la guerre, elle voit le monde changer, mais elle ne connaissait pas beaucoup celui d'avant! Anna, la mère de Marie est éclipsée par Frañseze , ainsi que les autres femmes de la famille, Gaet, la grand-mère paternelle, Mar'janig, la tante.
Le ton dans ce livre est évidement plus grave que dans « Le voyage de Jabel ».
Le problème de bilinguisme est clairement posé pour une enfant qui ne comprend pas les interdits. Français à l'école, breton à la maison, ce qui en soi était normal. Ce qui l'était moins, c'est la répression intensive qui sévissait dans les écoles laïques, qui interdisaient tout usage du breton. Cela, même dans les cours des écoles, alors que depuis des années, ces enfants ne se parlaient que dans cette langue. Ce que personnellement je reproche à ce système, c'est le côté humiliant et méprisant des méthodes employées. Cet appel à la délation, tu dénonces un petit copain et c'est lui qui porte la vache autour du cou. Et gare à celui qui la portait le vendredi soir!
Un très grand roman qui nous plonge dans la vie d'une ferme pendant la guerre. Ce livre a un côté documentaire et militant, qui, de mon point de vue, laisse (et c'est ce qui lui donne de la valeur) une part restreinte au côté romanesque, sauf dans sa seconde moitié.
Ce livre commence par un long poème bilingue :
E kriezh ar boem spered....
(Au coeur du sillon de l'esprit...)
Extraits :
- Pour qu'elle puisse s'adapter au plus vite , il faut absolument que vous cessiez de lui parler breton à la maison.
- C'est ainsi que Marie, entre pain-beurre et tartine de compote de pommes chaudes, entra à nouveau en bretonnitude.
- Ceux qui parlent français disent Yves à la place de Youenn. Ainsi Yves, c'est Youenn, ton père, expliquait Anna.
- Et elle sut dire « adieu » selon la coutume de Savoie comme auparavant elle bretonnait « kenavo »
- Passées les tempêtes des mois noirs, le cidre prenait corps et fermentait tout ce qu'il pouvait dès janvier.
- Comment auraient-ils pu faire autrement ? Ils ne possédaient que ces mots et.... n'étaient pas muets.
- Chez les autres, les choses n'ont pas le même goût.
- Frañseze avait fermé les yeux et la porte de sa bibliothèque orale, emportant pour toujours son monde fabuleux.
-Ar wetur-dre-dan- la voiture par le feu- avait eu raison de la liberté de Marie parmi ces bêtes.
Éditions : Éditions du Palémon. (2002)
*Gilles Servat, « La leucémie bretonne ».
Autre chronique de cet auteur : Le voyage de Jabel.

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06 juin 2009

FONTAINE Laurence / Noir dessein en verte Erinn

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Noir dessein en verte Erinn.
Laurence FONTAINE.
Note : 4 / 5.
Musique funèbre.
Second roman de cet auteur native de Lille, mais c'est pour moi une découverte. Très attirée par les cultures anglo-saxonnes, elle a écrit un précédent roman « Bleu Eldorado » en 2002 qui évoquait les Etats-Unis et la musique. Ici, changement de cap, nous sommes dans les environs de Cork, et la musique, quand il y en a, n'est pas forcément très douce. Bizarrement, en ce moment, j'ai l'impression de lire des romans noirs se déroulant en Irlande, mais écrits par des non-irlandais.
New-York, 1979 , Mike, un jeune boxeur, gagne un match, tue une jeune femme et rentre en Europe. Tout au long du récit, nous suivrons sa vie d'enfant battu, puis sa longue dérive sanglante, dans plusieurs villes du monde, laissant des corps sans vie derrière lui, en général des femmes qu'il séduit, mais pas au hasard!
Kilroy, comté de Cork, été 2001. Agnès Hamilton vient en Irlande pour aider Ted à faire l'inventaire d'une bibliothèque. Ce dernier, suite à un héritage, est revenu au pays où il s'est installé avec Moha, son épouse jamaïcaine. Les affaires ne marchant pas fort, il a accepté ce travail. Mais ce qui n'était au départ pour Agnès n'était qu'un agréable moyen de passer des vacances à moindres frais tout en gagnant de l'argent, se transforme en une plongée très sombre dans un passé qui influe sur la vie de beaucoup des personnages de ce roman.
La bibliothèque a subi un grave incendie, son propriétaire Nathanaël Spark a failli périr dans les flammes. Une mort que personne n'aurait regretté tant son comportement durant la guerre d'indépendance a marqué les esprits. Il est maintenant mort, à plus de cent ans, mais n'en finit pas de perturber les consciences. En effet une seconde bibliothèque est découverte, et là il n'est pas question de littérature classique!
Ryan et Seamus Ripley aident à divers travaux manuels. Si Seamus est dorénavant un vieil ivrogne, Ryan est un être plus complexe, séducteur impénitent, il est rentré d'exil depuis quelques mois et participe également à des combats de boxe semi-clandestins. Ayant passé son enfance au manoir, il en connaît tous les coins et aussi beaucoup de secrets.
Petit à petit, tel un puzzle, les éléments du passé prennent leur place.
Agnès, à la fin de son année scolaire et en attente d'un poste, accepte un travail en Irlande : dresser la liste des livres contenus dans ce que l'on pourrait appeler une des plus grande bibliothèques privée d'Irlande. Elle pense un peu naïvement joindre l'utile à l'agréable!
Ryan et Seamus Riley sont des « tinkers* » sédentarisés ; leur pauvreté les a poussé à accepter de travailler pour Spark. Ils furent ses esclaves. Ryan a beaucoup de zones d'ombres dans sa vie, qui est-il vraiment ? Ce charmeur cynique, ce sauvage qu'il devient dès qu'il monte sur un ring, cet homme à l'intelligence limitée, un musicien exceptionnel ou un tueur froid et déterminé? Il fut en grande partie élevé par Nathanaël Spark et disparut la nuit où la maison de celui-ci brûlât. Où était-il pendant tout ce temps?
Ted est plus impliqué dans cette affaire, chose qu'Agnès ignorait. En effet de nombreuses années auparavant, sa soeur est décédée dans ce qui est apparu comme un simple accident de vélo et ce ne fut pas la seule mort étrange dans la région.
Nathanaël Spark lui a toujours choisi son camp, hors de toute idéologie, celui qui rapporte le plus. Son comportement pro-britannique pendant la guerre d'indépendance ne lui a pas valu que des amis. Un personnage trouble, est-il aussi dépravé que la population locale le pense? Où alors ses voisins sont-ils en dessous de la vérité! Est-il le mal incarné, quel traitement dut subir Ryan, quand orphelin, il était à sa merci?
De nombreux retours en arrière sans trop de soucis de l'ordre chronologique perturbent un peu la compréhension du début du roman, mais l' intrigue monte en puissance au fil de la lecture. Le proverbe qui dit que « la musique adoucit les moeurs » n'est pas toujours de mise dans ce livre, mais quand le même étui sert à transporter une flûte et un pistolet, comment peut-il en être autrement?
De l'Irlande profonde aux horreurs du nazisme, la soif du mal pousse parfois certaines personnes très loin.
Un bon roman, et ce, malgré quelques clichés ( séducteur irrésistible) . L'histoire est très originale et tient en haleine. Une découverte et une romancière amoureuse de l'Irlande, qui en parle donc très bien.
A noter également que Laurence Fontaine prend un malin plaisir à nous embrouiller dans les variantes de certains prénoms.
Extraits :
- Un bleu profond ombré de vert sombre ; « saphir et émeraude » avait murmuré la fille rousse dans ses bras.
- En fait, ils ont surtout dénoncé de nombreux nationalistes, et cela explique le vieux Spark n' était pas en odeur de sainteté dans le comté.
- Il ferme les yeux et laisse la pluie pénétrer dans son coeur. Il sait que ses parents ne reviendront jamais.
- Et qu'y a-t-il au-delà du Bien et du Mal ?
Il y a l'homme libre, murmure Mike.
- Les livres posent des questions, la musique fournit des réponses.
- Qu'est-ce qu'un corps sans esprit ? murmura-t-il. Un costume de soie pour un cadavre ?
- Tu as une énigme sur les bras ou dans les bras ?
- Est-ce que tu crois qu'une guerre s'arrête aux armistices ?
Éditions : Yoran embanner (2009)
*Nomades irlandais. Beaucoup d'entre eux sont issus des hommes et femmes jetés sur les routes pendant les grandes famines.
Blog de l'auteur, ici.

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04 juin 2009

SÍMONARSON Ólafur Haukur/Le cadavre dans la voiture rouge

islande

Le cadavre dans la voiture rouge.                                                                              
lafur Haukur SÍMONARSON.
Note : 3,5/ 5.
Entre amis, dans un si joli petit village.......
Premier roman de cet auteur que je lis, ceci dans le cadre du club de lecture de la médiathèque, cette année étant consacrée à la littérature islandaise. Cet auteur est surtout connu comme dramaturge.
Jonas Halldorson est plutôt sur la mauvaise pente, renvoyé du journal où son cousin l'avait embauché, il se retrouve comme enseignant dans un village que l'auteur décrit en ces termes « enclave perdue dans les ténèbres du monde ». Il découvre que ténèbres pour ténèbres beaucoup des habitants ne sont pas des lumières! Quant aux élèves, pourquoi étudier pour finir à la conserverie de poissons ou pêcheurs dans des mers guère hospitalières ? Puisque l'on parle d'hospitalité, l'accueil réservé à Jonas n'est pas des plus jovials ! En supplément, l'appartement de fonction promis n'est pas disponible, Hannes, le directeur, lui offre l'hospitalité, chose que Jonas refuse. Il va donc habiter chez Maria, une autre professeur, qui vit avec son père alcoolique notoire, mais patriarche d'une famille très riche. Il fera ainsi connaissance de Bjorg, le frère, qui semble régner sur ce village. Quelles sont les raisons qui ont poussées Haldor son prédécesseur à disparaître subitement? Ici, tout se sait, mais il règne une certaine loi du silence, Jonas entend parler de différents incidents, de mystérieux incendies. Il constate la main-mise de quelques uns sur les finances publiques. Quel est réellement le rôle de Maria dans certains bruits qui courent, est-elle saine d'esprit? Certains en doutent. Bref un vrai panier à crabe dans les eaux islandaises.
Des personnages plutôt classiques dans un endroit très reculé, Jonas semble être au départ un être plutôt minable, buvant plus que de raison, il a échoué dans ses études en Allemagne, et est revenu au pays. Sa femme l'a quitté et il ne voit plus sa fille. Il a accepté ce travail faute de mieux.
Maria et sa famille : Bjorg, son frère, Alex, son père, Thorsteinn, amoureux transi de Maria, Oli, directeur de la supérette, président du Lions' Club, loueur de cassettes vidéos porno, tout ce beau monde cache ses secrets et raconte sa version de la vie du village. La vérité de l'un n'est pas, loin s'en faut, la vérité des autres! Hannes, le directeur de l'école, alcoolique, mène son monde à la baguette. Viggo, sa petite taille est un handicap, mais c'est un mécanicien hors pair, pourquoi vouloir sa mort? En savait-il trop? Halldor a mystérieusement disparu. Il habitait lui aussi chez Maria et son père, il semblerait qu'en posant des questions de droite et de gauche, il avait découvert certaines malversations. Donc il gênait pas mal de monde chez les notables du village.
En lisant ce livre, j'ai eu l'impression de découvrir la version islandaise de « Cul-de-sac » de Douglas Kennedy, ou de « Cinq matins de trop », de Kenneth Cook. Un étranger pratiquement bloqué dans un village où la majorité de la population lui est hostile. Un endroit où les plus forts font la loi, et où tout le monde soigne ses angoisses par l'absorption massive d'alcool. L'ambiance et la mentalité des autochtones sont fort bien décrites, et on comprend très bien la main malicieuse qui, sous le panneau « Bienvenue à Litla-Sand », a ajouté « Sauve-qui-peut ! ».
Une Islande loin des cartes postales dans ce roman qui commence doucement, mais qui trouve un rythme plus soutenu dans sa seconde partie.
Un livre agréable, mais qui ne révolutionnera pas le genre, à lire pour le dépaysement qu'il procure.
Extraits :
- C'est une belle journée d'été, mon garçon. Ce n'est que quand il faut faire marcher deux hommes devant la voiture qu'on peut parler de brouillard.
- Tu dois être Jonas. Notre nouvel espoir dans notre combat contre l'ignorance.
- Ne faudrait-il pas employer des gaz lacrymogènes contre cette racaille ? Pour maintenir un apartheid style Afrique du Sud.
- Tout allait à hue et à dia. « Demain me dis-je à moi-même. Demain est un autre jour ».
- Y a-t-il encore des Hamlet à courir ces campagnes ?
- Dans une telle société, je finirai par devenir fou.
- Dans ce pays, c'est la morue et non l'orthographe qui nous fait vivre, dit Petur.
- Tu viens d'une grande ville. Je doute que tu comprennes bien la vie d'un endroit comme celui-ci, dit-elle en se versant un verre d'eau.
- Ceux qui veulent diriger dirigent, et la plupart n'y trouve rien à redire.
- Il était venu en retard, comme cela sied à un président, un roi, ou un pape.
- Les prêtres ont engendré la moitié de tous les lardons et se sont vantés d'avoir engendré les autres. Si bien que les plus grands romans de notre littérature ce sont les registres des églises islandaises.
- Tricher était pratiquement un sport national et des comptabilités truquées qui étaient à ranger parmi les broutilles de chaque jour.
- Pense donc : Tout se passe ici comme si on débarquait dans un asile de fous en plein Moyen Âge.
Titre original : Líkið í rauða bílnum. (1986)
Éditions : Presse universitaire de Caen (1997).

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