Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

29 mai 2009

Fermé pour cause de salon de Penmarc'h.

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Fermé pour cause de........(2)
Salon du roman policier et de la BD de
Penmarc'h.
Il y a quelques années j'avais été, mais de manière totalement fortuite, visiter ce salon. Ce week-end ce sera prémédité! Et joignant l'utile à l'agréable, nous passerons par la même occasion un peu de temps au bord de mer, comme si je n'étais pas toute l'année au bord de la mer!
Parait-il que l'assassin revient toujours sur les lieux de son crime! Je ne me rappelle pas avoir tué quelqu'un lors de mon dernier passage à Penmarc'h, ni ailleurs non plus entre parenthèses.
Beaucoup de rencontres en perspective, dont vous trouverez le détail sur le site du « Goéland masqué »(Cliquez sur Penmarc'h).
Cette année, Jean-François Coatmeur en est le président, et Gilles del Pappas, l'invité d'honneur. Maryse Rivière sera récompensée par le grand prix du festival pour son roman « Sous le signe de la souris ».
Ce grand prix récompense chaque année le premier roman d'un auteur Breton ou résident en Bretagne. Elle succède ainsi (je ne mentionne ici que les ouvrages que j'ai lus) à Isabelle Amonou, Gérard Alle, Claude Barthany et Yvon Coquil, lauréat en 2008.
J'espère une fois encore faire de belles rencontres, mais il n'y a aucune raison pour que cela ne soit pas le cas. Et puis les salons littéraires maintenant, je vais bientôt y avoir un fauteuil à mon nom! Et cette année, j'en ferai au moins deux de plus!
A bientôt.
Yvon

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27 mai 2009

BOURVEN Yann / Mon héroïne.

Mon Héroïne.
Yann BOURVEN.
Note : 3,5/5.
Un auteur en quête de personnage.
Premier roman de cet écrivain rennais, né en 1978, que je lis. La découverte la plus totale. Précision : « Héroïne » est ici tout simplement le féminin de héros, et n'a rien à voir avec une poudre blanche prohibée.
Notre narrateur, Yann, qui vient de perdre son travail, alors que quelque temps plus tôt, sa petite amie l'avait quitté, se retrouve avec une denrée rare : du temps. Alors pourquoi ne réaliserait-il pas son rêve, écrire! Mais pour écrire, il faut un personnage principal! Nous partons donc à la recherche mi-réelle, mi-imaginaire de cette femme mystérieuse, « L 'héroïne ». Il la rencontre dans un bar une nuit. Maintenant il faut lui donner une enfance, une vie d'aujourd'hui, des amies, voire des amants. L'auteur dérive un peu dans des nuits alcoolisées, croise une faune nocturne, parle avec une prostituée, femme aux milles visages, qu'il rencontrera à nouveau. Les journées se traînent, les tentatives d'écrire ne sont pas toujours couronnées de succès.
Il éprouve un sentiment de rejet de la part des commerçants de son quartier, son propriétaire lui réclame de l'argent, la vie devient une épreuve, seul le rêve lui donne un semblant d'énergie!
Lisa lui révèle des choses douloureuses de son passé, l'inceste qu'elle a dû subir, puis sa vengeance! Est-ce réel, est-ce imaginaire? Sa mère qui lui téléphone tous les jours, ses sorties avec ses amies, et un soir sa réaction devant un homme qui pourtant lui plaisait. A son insu, une femme brune la suit parfois, dans quel but? Son boulot pour payer ses études et l'agression dont elle fût victime. Ses nuits avec son créateur, elle, le personnage, l' « Héroïne ». Les bars fréquentés au cours de ses tribulations nocturnes, les alcools consommés suivis de petits matins blêmes, rien d'une vie remarquable en fait! La visite un jour de sa mère complique encore un peu la situation. Elle vient la supplier de ne pas porter plainte contre son père? Mais l'oubli et le pardon sont-ils encore de mise? Le narrateur, plein d'espoir au début du livre, savoure enfin la liberté, la possibilité d'écrire, le rêve enfin réalisé. Mais il faut maintenant concrétiser face à une feuille blanche. Il sombre dans la déprime.  Lisa, rêve éveillé de Yann, vision funeste de la vie? Pour lui représente-elle l'espoir d'une vie meilleure, le début d'une carrière de grand écrivain ou au contraire le signe avant coureur de la déchéance? Une prostituée, qui, elle aussi, porte toute la misère du monde, les coups des clients, le vol de sa recette et pour finir les coups du souteneur. La mère de Lisa semble ne pas avoir aidé sa fille dans les moments où celle-ci en avait besoin, mais soudain elle éprouve le besoin de protéger son mari.
Que dire de ce livre? J'aime bien le style percutant et « éclaté» (pour employer un vocabulaire actuel), des phrases courtes, donnant un rythme soutenu, un vocabulaire très cru par moments. Et pourtant, j'ai un sentiment mitigé avec ce roman auquel je n'ai pas de gros reproches à faire. L'atmosphère est glauque, cela ne me gêne pas, je pense que l'impression de « No Futur », ce sentiment de désespoir m'a mis mal à l'aise. Un court instant de bonheur est-il encore possible? Mais je comprendrais parfaitement que d'autres lecteurs apprécient ce livre à sa juste valeur. Un roman dont il m'est difficile de parler, n'étant pas sûr d'avoir su l' appréhender, car si l'idée en soit est originale, par contre ce n'était peut-être pas le moment pour moi, mais j'essayerais d'autres romans de cet auteur.
Extraits :
- Oh non, si j'étais un dictateur culturel, genre Silvio Bourvenici.
- Elle fut pour moi un gri-gri, une meuf essentielle qui alimentait mon énergie créatrice.
- Elle doit juste faire du chiffre...Comme une employée normale, une secrétaire du trottoir....
-
Sur un trottoir, Breton imitait la mésange pendant que Desnos tapait des mains en pleurant...Sur le trottoir opposé, Céline boitait un peu, on attend du coin de l'oeil.... bref que du beau monde dans cette rue morte!
- Fabrique-moi du bonheur !
Je ne peux pas encore...Je ne suis pas bien....
CHANGE MOI!
- Je suis une muse, un truc comme ça ? M'a demandé Lisa.
Je n'en sais rien... tu m'en poses de ces questions !
Alors la marionnette t'emmerde !
- À cet instant, Lisa se trouve dans un repos mental proche du chou-fleur, mais du chou-fleur compréhensif.
- Lui, c'est clair, il ne cherche que le sexe, et rien de plus...
- Mon écrivain ! Oui ! Je retournerai le voir ! Je ne manquerai plus jamais un rendez-vous !
- C'est ça, écrire? Vivre en écrivant ? Pour moi, c'est se refléter douloureusement dans un miroir de mots....
Éditions : Diabase. (2003)
Le site de l'auteur, ici.

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25 mai 2009

DRÉAN Michel / Genèse éternelle et autres......

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Genèse éternelle et autres brèves de contes noirs.
Michel DRÉAN.
Note : 4/5.
Notre avenir est devant nous ?
Quatorze contes noirs se déroulant dans un futur plus ou moins proche et plus ou moins moche! Plutôt plus que moins d'ailleurs. Dans une préface très intéressante, l'auteur nous parle de la différence d'écriture entre la nouvelle et le roman. Il dit ceci - « La nouvelle pourrait paraître plus facile. Mais c'est un exercice à part entière qui demande de respecter d'autres règles, d'autres codes d'écriture ».
« Genèse éternelle » pourrait avoir comme morale, la vie est un éternel recommencement. Oui, mais jusqu'à quel point?
« Le fraisier » nous démontre dans un très beau récit que les apprentis sorciers qui veulent changer le monde risquent de nous faire sucrer les fraises avant l'heure!
« Vénus » est une des meilleures nouvelles de ce recueil. Dans un fest-noz, un soir, un chanteur Yann Le Ruzic, de retour au pays, entonne une « Gwerz » qui parle d'un bateau, d'une sirène évidement d'une grande beauté. Mais la mort est-elle réincarnée dans la beauté? Une histoire étrange, mêlant la ville dYs et le monde moderne.
« Noël Atomique ». Nous sommes le 21 décembre 2199, à New-Lorient, la canicule est générale, l'eau est montée de plusieurs mètres, les villes de la côte sont reconstruites à l'intérieur des terres. Les guerres sont religieuses, une seule religion par bloc militaire. La vie malgré tout continue....
Gaetan Nallet traque Jean-Philipe Lenoir. Son but, le prendre en photo, car Lenoir, ce n'est pas tout blanc, semble-t-il! Les photos sont réussies, mais différentes du résultat escompté. Le développement de cette histoire se trouve dans un récit en noir et blanc nommé « La Photo ».
Dans « Hopperland », l'auteur nous parle de ce qu'une personne ressent en regardant un tableau d'Hopper. Et imaginez ce qui va se passer dans la vie des personnages une fois qu'ils seront sortis de ce cadre.
« Le destin » d'un personnage se joue parfois sur le fil du rasoir! A Lorient comme ailleurs!
L'amour est un phare qui éclaire une vie, c'est romantique, mais un phare, c'est aussi un endroit où ont eu lieu de nombreux naufrages.
Un auteur crée une héroïne, il prend possession de sa vie, de son corps. Il la promène aux quatre coins du monde, il lui attribue des amants selon son bon vouloir! Mais au fil des volumes, la lassitude gagne l'auteur, alors il organise sa mise à mort et la messe est dite! Il vend un maximum de livres et récolte un maximum d'argent. Mais le personnage vient demander des comptes! Des comptes d'auteur évidement.
Un vétéran devenu exécuteur des basses oeuvres du gouvernement en place. Un père et sa fille partent acheter un animatronic. Devant la porte se tient un vieil homme, l'exécuteur le tue froidement. Pourquoi, se demande la petite fille? Un photographe qui tente le diable, un homme de couleur qui, lui, tente un gros coup et le réussit! Un policier proche de la retraite doit ravaler sa colère envers son successeur. La vie et la mort, ce n'est pas un jeu d'enfant! Pourtant un enfant va en faire la triste expérience. Tuer un clochard, même en s'amusant, c'est détruire une vie, et cette vie....
Pour chaque récit, l'auteur nous parle de la genèse de ceux-ci, certains étaient des scénarios pour BD. D'autres sont nés de la lecture des faits divers ou sont par exemple une relecture d'une nouvelle d'Yann Quéfellec ou comme « Le destin » qui est comme une continuation de « Keromensonge » , dans l'ambiance si particulière de la zone portuaire de Lorient. Le phare d'Eckmühl sert d'inspiration et de décor au dernier récit de ce livre.
Une dernière chose, l'auteur a créé des mots nouveaux, hélitram, roboducteur, animatronics etc, pour « Noël atomique ».
Extraits :
- Une seule race lui résistait : la sienne.
- À ce moment, l'homme ne serait plus depuis longtemps qu'un OGD. Un Organisme Génétiquement Digéré.
- Un petit bourg comme il en existe trop maintenant, mélancolique de son passé, malade de l'avenir, qui voit sa population se réduire comme peau de chagrin.
- Rémi se tait. Il a largement débordé sur son quota de parole. Il se replonge dans son univers muet, inaccessible aux autres.
- « 21 décembre 2199, 9:32, température extérieure 35,3° C. »
- « 21 décembre 2199, 16:53, température extérieure 53,9° C. »
- Le nom de Lucas Tsana va disparaître à tout jamais.
Lucas Tsana recherché pour paganisme aggravé.
- Un visage de madone et une silhouette à faire se damner le Vatican tout entier.
- Un mari riche et bafoué ne compte pas. Et puis, on dit que je suis le meilleur.
- La pêche et l'écriture lui tiendraient lieu de formidables compagnons de solitude.
- Un sacré sablier qui a égrené une à une mes illusions et tout le reste.
- Ses seins, ses reins, ses jambes, véritable piège à mâle. Piège à con.
- Une vraie pub ambulante pour soap opera, ce garçon.
Éditions : Hermine Noire . Collection Chemin Faisant. (2009)
Autres chroniques de l'auteur:
Ploemeutre.
La Lune dans le Kenavo.

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23 mai 2009

VERNE Jules / Sens dessus dessous

Sens dessus dessous.
Jules VERNE.
Note : 2,5 / 5.
Pas renversant!
Second et dernier (pour ma part) titre pour le trimestre de la science-fiction organisé conjointement par la médiathèque de Lorient et le lycée Colbert.
Une grande étendue de terre, enfin le monde le pense, est à vendre dans l'Arctique. Personne n'ayant été si loin au nord de la planète, personne ne sait réellement ce que ces territoires réservent comme surprises, bonnes ou mauvaises. Après une mise aux enchères, une société américaine rafle la mise. Certaines clauses du contrat ne manquent pas de surprendre! Le but, chercher de la houille au pôle Nord! Mais l'Amérique triomphe, la vieille Europe ricane faute de pouvoir faire plus, les journaux se gaussent de ces américains pleins de dollars, arrogance et d'idées farfelues! Et celle-là est particulièrement originale, « Si tu ne peux aller au pôle Nord, fais venir le pôle à toi! » Bien vite l'opinion publique n'est plus tellement sûre que de changer l'axe de la terre soit une bonne chose. Les hommes d'affaires vantent les mérites d'une telle chose, mais personne ne peut tout prévoir , même pas les scientifiques, surtout pas eux! Alors, les deux principaux instigateurs du projet disparaissent dans la nature. Certainement pour aller au bout de leurs idées, mais où et quand?
Les personnages, pour certains, apparaissaient déjà dans plusieurs romans de Jules Verne. Le président Impey Barbicane et le capitaine Nicholl sont à la tête du Consortium qui a acheté l'Arctique. Le français Michel Ardan a participé avec eux à ce fameux voyage de « la Terre à la Lune ». J.T.Mason était le « Calculateur », mais c'est un homme désintéressé. Miss Evangelina Corbitt, veuve richissime, serait sensible au charme du savant. Une romance de la vieille école entre un savant dans la lune et la généreuse mécène apporte un côté fleur bleue à l'eau de rose au récit.
Par contre, malgré le côté sympathique que donne l'auteur des principaux initiateurs du projet, aventuriers ils l'étaient, hommes d'affaires ils le sont devenus hélas!
Un autre français, Alcide Pierdeux, est lui un scientifique et un mathématicien.
Ce livre a vieilli, mais pouvait-il en être autrement? Ce roman date de 1889! Le charbon décrit ici comme l'énergie de l'avenir a été remplacé par le pétrole. Jules Verne nous noie dans des envolées mathématiques aussi exaltées pour l'auteur qu'ennuyeuses pour moi, surtout que rien ne prouve leurs véracités!
Par contre je ne connaissais pas l'humour de Jules Verne, qui a quelques traits de plume assez caustiques. En parlant d'Alcide Pierdeux, il dit :
- Il était si ardent dans ses discussions qu'on l'avait surnommé Alcide sulfurique.
Le vocabulaire est aussi un source d'amusement :« Humbugs », puffisme, badauderie, des mots à ressortir dans une conversation pour avoir l'air un peu désuet! Et très ridicule!
Mais ce matin, comme les autres matins, la terre tourne, pas très rond parfois, et comme disait Francis Blanche devant une mauvaise actrice aux formes avantageuses :
- Et pourtant elle tourne........
Extraits :
- Et comment ces pauvres gens auraient-ils été payés ? En coquillages, en dents de morse ou en huile de phoques?
- Ce serait au plus offrant qu'appartiendrait cette calotte glacée du Pôle, dont la valeur marchande était au moins très contestable.
- Est-ce qu'on n'a jamais vu rire une locomotive, une machine élévatoire ou un steamer?
- On aurait entendu marcher une fourmi, nager une ablette, voler un papillon, ramper un vermisseau, remuer un microbe.
-D'ailleurs, Mrs Evangélina Scorbitt n'était plus de première jeunesse- ni même de la seconde – avec ses quarante cinq ans, ses cheveux plaqués sur ses tempes comme une étoffe teinte et reteinte, sa bouche trop meublée de dents trop longues dont elle n'avait pas perdu une seule, sa taille sans profil, sa démarche sans grâce.
- L'industrie est un animal « carbonivore »; il faut bien le nourrir.
- En attendant ce commandement que l'univers avait si bonne envie de leur lancer :
« À Charenton* !...Troisième pièce... feu !...
- C'était dans une île abandonnée du Pacifique de l'océan Indien ? Mais il n'y a plus d'île déserte de nos jours : les Anglais ont tout pris.
- Les gens menacés se divisaient en deux catégories : les asphyxiés et les inondés.
Éditions : Magnard Collège (2002)
*Expression que j'entendais dans ma jeunesse! Asile accueillant « Les insensés » depuis le 17ème siècle, celle-ci n'est plus véridique, Charenton faisant dorénavant partie de Saint Maurice.

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21 mai 2009

LOWRY Lois / Le passeur

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Le passeur.
Lois LOWRY.
Note : 3,5 / 5.
Un jour prochain....peut-être!
Ce trimestre, avec le Lycée Colbert, le thème est la science-fiction. Ce livre fait partie des trois titres choisis. J'ai personnellement beaucoup lu de livres d'anticipation ou de science-fiction, il y a très longtemps. A la suite je pense d'une overdose, j'ai complètement abandonné le genre.
Le futur est un sujet qui revient souvent, ici le monde est harmonieux, sans haine, ni tension, la vie de famille est la même pour tous : deux enfants par couple, un garçon et un fille, des femmes sont désignées comme mères porteuses et sont les seules à pouvoir procréer ; après trois enfants, elles deviennent ouvrières. Les enfants, à leur naissance, sont confiés à des crèches où ils sont surveillés par des « Nourriciers », ensuite seulement ils sont confiés à des familles. La vie est ponctuée de cérémonies, la remise des enfants, de l'attribution du nom, puis celles qui marquent les âges avec pour chaque année un changement dans la tenue vestimentaire, un vélo pour les 9 ans par exemple. Pour les 12 ans, c'est la dernière cérémonie, l'enfant devient adulte et se voit attribuer un métier ou une fonction. Il n'y a plus de livres, plus de passé, plus d'animaux, plus de couleurs. Les rêves sont étudiés tous les matins en famille, et dès qu'apparaissent les « Stimulations », des pilules journalières sont prescrites. Les malades et les vieillards, ainsi que quelques rares inadaptés sont « élargis », terme que tout le monde connaît sans en savoir réellement la signification. Jonas est désigné comme futur « Dépositaire de la mémoire », poste suprême de la communauté. La dernière personne désignée a échoué, et même son prénom est proscrit! Il commence son apprentissage avec « Le Passeur » et découvre le monde d'avant. D'avant que « L'identique » soit élevé en dogme. La beauté de la neige, la chaleur, les couleurs, le monde animal. Il apprend la notion de famille, de grands-parents, des fêtes comme Noël ou Pâques. Il fait aussi connaissance de la douleur, des blessures morales et physiques, de la mort avec la chasse et de la guerre. Mais toutes ces connaissances font naître des questions dans sa conscience, et certaines découvertes heurtent sa sensibilité!
Jonas semble être un garçon comme les autres, il a ses amis, sa famille, sa vie est bien réglée, il obéit aux lois qui régissent la communauté sans état d'âme particulier. Pour ses douze ans, il va faire connaissance avec son avenir, comme les autres enfants nés la même année que lui, mais son nom tarde à être appelé.
Sa « famille »,  son père, nourricier, et sa mère qui travaille au centre de justice sont des gens normaux, obéissant aux lois, bref rien ne les distingue des autres membres de la communauté. Sa soeur Lily est aussi une enfant parfaitement adaptée, comme leurs connaissances ou amis. La notion d'identique est une règle absolue!
Gabriel est un nouveau-né à problèmes, la communauté se donne un an supplémentaire avant de prendre une décision à son sujet. Il séjourne chez Jonas qui se prend d'amitié pour lui, et semble calmer ses nuits. Mais celles-ci redeviennent agitées loin de celui-ci.
Un livre bien écrit, une lecture agréable, mais loin des chefs d'oeuvre du genre, « Le meilleurs des mondes » d'Aldous Huxley, « Les jeux de l'esprit » » de Pierre Boulle ou « L'ère des gladiateurs » de Pohl & Kornuth.
A lire, mais sans plus.
Extraits :
- Les onze-ans étaient excités à la perspective de cet événement qui arrivait à grands pas.
- Le règlement veut que l'on soit élargi à la troisième transgression.
- Après 12 ans, l'âge ne compte plus.
- La veste boutonnée par devant a été le premier signe d'indépendance, le premier symbole bien visible du fait de devenir un grand.
- Il serait un adulte, comme ses parents, quoiqu'un nouvel adulte non formé.
- Jonas a été sélectionné pour devenir notre prochain dépositaire de la Mémoire.
- Mais nous ne devons plus jamais prononcer son nom, ni le donner à un nouveau-né.
- Avoir le pouvoir de fermer le haut-parleur ! C'était une chose ahurissante.
- Ce n'était pas pratique et est tombé en désuétude quand nous sommes venus à l'Identique.
- Appelle-moi le Passeur, dit-il à Jonas.
- Nous avons abandonné la couleur quand nous avons abandonné le soleil et supprimé les différences.
- Jonas, toi et moi, sommes les seuls à avoir des sentiments. On les partage depuis maintenant près d'un an.
Éditions : Médium(1994)
Titre original : The Givers. (1993)
Voir la chronique de Joëlle, ici.

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18 mai 2009

VALLERIE Erwan & NONO/ Ils sont fous ces Bretons!!

NONO (Illustrations)
VALLERIE Erwan (texte)
Ils sont fous ces Bretons!!.

Note : 4 / 5.
Ah, bon?
S'il vous plaît, pour ce couple de précurseurs, ayons une pensée! Et revenons sur cette phrase prophétique :« Trousse de survie pour découvreurs des Armoriques ». En lisant ces lignes, quelques notes de musique me reviennent en mémoire « Les Bretons typiques » de Gilles Servat!
Un couple BCBG, Monsieur est muté à Quimper, Madame voulait vivre à Aix (est-il nécessaire de vous préciser Aix en Provence. Pas Aix La Chapelle!). Et le pire est que l'heureux élu nommé à Aix se nomme Le Bourbec, Madame, de rage, jette sa coiffe par dessus les moulins.
Les auteurs vous préviennent, il y a des phrases à ne pas prononcer, en voici trois:
1°) Nantes n'est pas en Bretagne.
2°) La langue bretonne est un patois à éradiquer.
3°) Il faut construire des marinas dans les petits ports bretons.
Il y a dans cet ouvrage un test très intéressant pour vous indiquer à quel genre de bretons vous avez affaire, avec ajout ou retrait de points, un permis de bretonnitude en quelle sorte! A noter un retrait de 50 points (le maximum) si les enfants jouent avec une poupée Bécassine!
Quelques noms de chapitres, un Breton peut en cacher un autre. Travailler au pays des vacances. The Armorican way of life . Une vraie tête de Breton. Bouillon de culture et marchands de soupe. Ce n'est pas grave de n'être pas Breton.... puisqu'on peut le devenir !
Ce livre se termine par le questionnaire suivant : « Mesurez votre degré d'intégration », avec quelques questions très pertinentes comme celles-ci : «  j'achète exclusivement du beurre salé » ;
«  je plains ces pauvres parisiens » ;  « je trouve bizarre qu'un enfant s'appelle Jean-Jacques et pas Erwan comme tout le monde » ; « j'ai passé au moins un album de Bécassine au broyeur » ;  « les nouveaux arrivants disent que je suis bien breton ».
Le climat est une part très importante de la mythologie bretonne, avec ce mot magique « Micro climats », sinon vous pouvez entendre les expressions suivantes « Crachins », « Grains » etc....
Les personnages foisonnent bien entendu, certains sont dessinés avec un trait de crayon clinique par Nono. Comme par exemple, ces deux marins sous la pluie, casquettes et cirés, l'un dit à l'autre : « Ce n'est pas cet été que l'on verra des seins nus sur la plage ». Sur un autre dessin, la légende dit « C'est l'été, il pleut », le Breton répond « Oui, mais attention!... La pluie est tiède! ».
Je vous passe tous les clichés habituels, la mer, l'église, la guerre des écoles, etc, etc. Mais les auteurs en parlent, n'ayez crainte!
On trouve en début de chapitres des textes signés par de grandes plumes (enfin des plumes de paons) et de nombreux autres, mais pas de délation ici (à part quelques médailles). Ces extraits ont en commun un mépris de la Bretagne, et surtout aucun sens du ridicule :
- Landerneau, la ville de célébrités comiques et qu'on oppose à Paris, la vie universelle, comme un exemple de la stupidité provinciale. Onésime Reclu. 1902.
- ..... quelle toquade saugrenue de la Bretagne et des bretonneries mes parents avaient-ils en tête lorsque ma pauvre soeur et moi sommes nés? On n'a pas le droit d'appeler Gwen-Aël un enfant innocent.....C'est comme lui jeter une malédiction. Jean Dutour. 1983.
- Nous, jusqu'à présent, nous avions la Bretagne qui suffisait à nous fournir en putes et en bonnes. Mais voilà-t-il pas que même les Bretonnes veulent plus être bonnes. Jean Cau. 1963.
Et la palme (académique) :
- Créons pour l'amélioration de la race bretonne quelques-unes de ces primes que nous réservons aux chevaux et faisons que le clergé nous seconde en n'accordant la première communion qu'aux seuls enfants parlant français. Auguste Romieu. Sous-préfet de Quimperlé, Revue de Paris. 1832.
Une page se nomme « Nous n'aimons plus Paimpol et sa falaise ». Il y a également dans cet ouvrage un cours absolument surprenant sur la prononciation du nom des villes et des villages en Bretagne. L'abus de chouchenn fait moins mal à la tête que ces quelques exemples! Un cours de cuisine se nomme délicieusement « l'étalon-beurre » où il est question de « Kouign-Amann » de « Gâteau breton » et de crêpes ( Je préfère les galettes, mais c'est une question de goût). Il est également question de « Kig Ha Farz », d'andouille de Guémené et de fraises de Plougastel!
Un mot sur les auteurs, j'avoue ne pas connaître Erwan Vallerie et je m'en excuse ; j' essayerai de me soigner rapidement. J'ai, et ceci depuis de nombreuses années, quelques albums de Nono à la maison. Le premier que j'ai acheté était « Jour de Bretagne », cela ne date pas d'hier (1981). Je me rappelle également l'avoir croisé au dernier festival de Carhaix.
Un bon moment de lecture, un humour proche parfois de l'auto dérision, avec quelques éclats de rire souvent les bienvenus.
Extraits :
- Lorient-la-Jolie y a perdu l'essentiel de son charme, mais, pour être devenue banale, la ville n'est pas déplaisante.
- Il y a quarante ans, l'affaire paraissait réglée : il n'y avait plus de Bretons. (Mais des habitants des départements de l'Ouest, note personnelle).
- La mer n'est pas qu'un terrain de jeux.
- La marée, en Bretagne, est la folle du logis.
- Car cette terre n'est pas désenchantée, mais pudique.
- Cela va vous paraître ubuesque, mais jusqu'à la fin des années 60 les prénoms bretons étaient interdits.
- Le pompon allant à Ker-Miaou, la villa où Paul Léautaud allait retrouver sa maîtresse, qu'il avait dragué à la SPA et qu'il appelait d'ailleurs « La Tigresse ». Tout Pornic en rit encore.
Éditions : Coop Breizh. 2003.
Imprimerie : Keltia Graphic.

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14 mai 2009

MØRK Christian / Darling Jim.

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Darling Jim.
Christian MØRK.
Note : 4 ,5 / 5.
Le loup dans la bergerie.
Romancier danois vivant à New-York. Christian Mørk a écrit des scénarios pour Neil Jordan. Est-ce avec ce dernier que l'idée d'un roman se déroulant en Irlande est née? Cette histoire est basée sur un fait divers réel.
Nous sommes « A Malahide, au nord de Dublin. Il n'y a pas si longtemps », comme nous précise l'auteur, banlieue grise et triste. Desmond Keane est un facteur sans problème, homme simple, pour ne pas dire simplet, il fait sa tournée méthodiquement, se faisant inviter parfois à prendre un café. Alors le jour où il découvre les cadavres de Moria Hegarty et de ses deux nièces, Fiona et Rióisín Walsh, sa vie et sa raison basculent. Car la police découvre des traces de lutte entre Fiona et sa tante, et il s'avère que la jeune fille était ligotée depuis de nombreux jours. Rióisín, elle, est morte de faim, prisonnière dans un placard, une troisième personne semble avoir également été retenue, mais elle a disparu! Niall Cleary, qui, lui aussi, travaille à la poste, découvre une lettre. C'est le témoignage de Fiona! Qui prévient le lecteur potentiel « Nous sommes des meurtrières ». Et un nouveau personnage fait son entrée, Jim Quick! Fiona raconte sa vie « Avant Jim », dans une ville de bord de mer du nom de Casteltownbere. L'envoûtement qui s'est emparé d'elle à leur première rencontre, son charme, et sa moto vont avoir raison d'elle. Mais des bruits courent, une femme est retrouvée morte dans la région, des voisins parlent d'une moto devant la maison ; cela Fiona préfère ne pas y penser. Un soir, dans un bar, Fiona, Rióisín et Aoife, sa soeur jumelle, croisent Jim, qui « Seanchai » des temps modernes, charme son auditoire, surtout féminin. Il raconte une vieille légende irlandaise où un homme tue son frère jumeau pour prendre le trône de leur père, extermine les loups mais devient loup lui même , et de prédateur devient proie. Fiona finit la nuit avec lui. Mais au cours de cette nuit-là, une de leurs amies est découverte assassinée, et ce n'est pas la première dans la région.
Mais comment ce qui ne paraît être qu'une histoire banale dans une ville ennuyeuse peut elle en quelques mois déboucher sur ce drame, très loin de là? Que s'est-il passé pour justifier tant de cruauté et de sauvagerie? A la fin de la lecture de la lettre de Fiona, pour Niall, le mystère reste entier, alors il cherche.... Se pose la question pourquoi trois femmes sont mortes à cinq cent mètres de chez lui....Qui est la quatrième personne qui a réussi à fuir?.....
Les quatre femmes sont les principaux personnages de ce livre : Fiona, la narratrice, est institutrice, elle fréquente Finbar, un jeune homme roulant en Mercedes, qui vend des maisons aux touristes. Touriste que Fiona ne porte pas dans son coeur. Elle et ses soeurs sont orphelines, leurs parents étant morts dans un « accident domestique » ou un suicide? Elles ont donc vécu chez Moira toute leur adolescence. Rióisín semble avoir gardé de cette époque un fort sentiment de révolte, qui lui fait appréhender la vie comme une écorchée vive. Victime d'une tentative de viol de la part d'un de ses professeurs, et celui-ci n'ayant pas été sanctionné, elle a abandonné ses études, vivant la nuit dans les pubs entourée d'hommes rêvant d'être le premier! Elle est également une radio amateur confirmée, qui lui permet de faire la connaissance d'un correspondant énigmatique répondant au pseudo de « Le gardien ». Aoife est la soeur jumelle de Rióisín et son parfait opposé. Elle exerce la profession de chauffeur de taxi, mais par prudence, elle cache une arme dans sa voiture, collectionne les hommes et adore la campagne. La tante Moira n'est pas des plus équilibrées. D'une religiosité farouche, elle a malgré tout une aventure avec un des clients de son Bed & Breakfast, qui a pris le mot « bed » au pied de la lettre! Mais lorsque quelques jours plus tard, elle découvre son amant avec une jeune et fougueuse hollandaise, c'est la fin d'un rêve et le début d'un état de démence qui va faire son chemin.
Jim, lui, semble être l'ange du malheur, il se dit un des derniers « Seanchaì* »! Les traditions se perdent! Quel est le rôle exact de Tomo, qui suit Jim lui servant d'homme à tout faire? Niall, le jeune facteur, féru de bandes dessinées, ayant perdu son travail à la poste, se lance, tel un de ses héros, à l'aventure en se rendant là où commence toute cette histoire.
Une idée originale, un mélange des temps anciens avec les vieilles histoires irlandaises et du monde moderne. Ce roman allie également avec beaucoup de bonheur le côté fantastique de la mythologie celtique et une histoire policière déjà effrayante par certains côtés. Un bon livre très surprenant, l'Irlande ancienne laissant la place à un pays qui perd son côté magique. Une découverte que je recommande vivement.
Extraits:
- Le genre d'amour qui consume plus intensément qu'un brasier.
- Les secours ont souvent été si près que je pouvais sentir leur odeur. Mais ils ne sont jamais rentrés.
- Sa voix était aussi suave que le ronronnement d'un chat.
-Mais ne me demande pas pourquoi, nos grands-mères, nos tantes, elles étaient toutes folles d'Eamon!**.
- Je me demandais juste si la saison des banquiers belges qui se prennent pour Marlon Brando avait commencé.
- Tout avait commencé quand en l'an 1168, Dermot MacMurrough, le roi du Leinster, avait été chassé de son château et contraint d'aller mendier l'aide de l'autre côté de la mer d'Irlande.
- Ainsi avait débuté l'invasion normande. Le pouvoir embrasant les peuples comme un feu de forêt, cela ne s'arrêta pas là.
-Et, sans m'attarder comme l'aurait fait une amoureuse délaissée, j'ai fermé la porte.
- Je jure devant Dieu, cette femme me fixait comme si elle avait voulu me voir morte et enterrée.
- Je savais que l'amour était le cadet de ses soucis.
- Les groupes épars n'ont pas tardé à former une véritable caravane, comme si les tribus perdues d'Israël ignorant l'Égypte avaient choisi de venir directement dans notre ville.
Éditions : Le serpent à plume / Noir. (2009)
Titre original: Darling Jim (2009).
*Seanchaì conteurs traditionnels et itinérants, souvent de langue gaélique. Ce nom vient de « sean » vieux, à l'ancienne. Terme que l'on retrouve dans certaines formes de chansons « sean-nós » très souvent chantées a capela dans leurs versions traditionnelles.
** Eamon de Valera. (1882-1975) . Une des figures majeures de la politique irlandaise depuis l'indépendance de celle ci.
L'avis de Joëlle, ici.

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11 mai 2009

BONNOT Xavier-Marie / Les âmes sans nom.

Les âmes sans nom.
Xavier-Marie BONNOT.
Note : 4 /5.
IRA,INLA,SAS,FLB,ETA,FNLC,GAL,DST etc, etc.
Auteur et réalisateur marseillais, il est l'auteur de trois autres romans policiers. Je le découvre avec cet ouvrage. Une oeuvre ambitieuse, mais réussie.
Un livre où l'on voyage dans le temps et dans l'espace passant de Belfast en 1981 à Marseille de nos jours. Des attentats de Knightsbridge, de Regent's Park et de Brighton, de la mort de Bobby Sands à la paix toute relative d'aujourd'hui , un roman très agréable et très instructif.
Marseille, 1984, Barbara Flanagan ne le sait pas encore, mais elle va mourir dans des circonstances très désagréables.
Toujours dans la cité phocéenne, quelques vingt ans plus tard, Pierre Martel est tué, sa mort fut particulièrement atroce, les yeux crevés, sa bouche est remplie de gui, ce qui a provoqué un étouffement très lent. Son corps est retrouvé pendu dans une mise en scène qui met la police sur la piste d'un mouvement breton pro-fasciste, dont certains membres ont fui en Irlande à la fin des hostilités. Faut-il en déduire que les deux meurtres sont liés? La police découvre chez Martel des documents sur une certaine connivence entre des membres de l'IRA et certains rescapés des mouvements bretons de l'époque. Une photo leur donne des indications et certains noms : Barbara Flanagan, Brendan Murphy, Kevin Doherty, Sean Flanagan et sa soeur Louisa.
Belfast Ouest, mai 1981. Bobby Sands vient de mourir, d'autres vont suivre. Sean Flanagan est chargé de frapper les symboles britanniques en France. Pour ce faire, il a des contacts avec deux bretons, anciens militaires, qui sont prêts à l'aider.
Michel de Palma, dit le Baron, flic hors normes, pas très bien vu de sa hiérarchie, doit tenter de mener son enquête, car un autre crime va donner à la police une piste, celle de Jean-François Quéré, mais il laissera un dernier cadavre derrière lui, un enfant qui l'avait vu. Il ne reste plus que la piste irlandaise.....
Ce livre et ces enquêtes ressemblent à un puzzle à multiples ramifications. On entre dans des mondes parallèles, celui des combattants clandestins et celui des services secrets. Les personnages tous plus ou moins ambigus et des situations qui ne sont pas moins claires. Tout le monde nage en eaux troubles, les méthodes des « contre-terroristes » sont-elles (surtout en Irlande) plus glorieuses et plus légales que celles des « terroristes »? La police nord-irlandaise donnant des adresses de républicains aux paramilitaires protestants est-elle plus justifiable que certains attentats de l'IRA? Vaste débat qui serait trop long à développer ici. Oppositions également dans les rangs de l'IRA, Sean est un homme du Sud, plutôt rêveur, genre idéaliste, passionné de vieilles croyances celtiques. Brendan et Kevin sont des guerriers, ils ont fait des stages en Lybie, envoient de jeunes recrues dans la Légion étrangère, n'hésitant pas à sacrifier un volontaire pour en sauver un autre plus important. Barbara a-t'elle eu ce rôle de fusible? Jean François Quéré est un tueur psychopathe bercé de légendes celtiques ; il hait pratiquement tout le monde, il a vu sa mère et son amant à l'oeuvre, il a assisté à leur assassinat par son père. Qui pour des motifs de collaboration fût, ainsi que d'autres, condamné à « L'indignité nationale ». Il a choisi le métier des armes après quelques années dans la Légion étrangère, devient mercenaire, mais sa vengeance personnelle doit s'accomplir....Un mot sur un des personnages les plus sympathiques de ce livre, Gerry Beck, policier britannique, qui est lui aussi la victime de ce conflit, ses paroles désabusées résument bien la situation passée et actuelle. La « real politique » prime sur tous les idéaux!
Une plongée dans les mouvances dites terroristes et également dans la délinquance marseillaise. Les deux sont-elle liées? Mais c'est surtout dans l'histoire de l'Irlande que l'auteur nous emmène de 1981 à nos jours, avec ce que cela comporte de drames et de haines, et surtout d'espoirs déçus. Les pages sur la vie à Belfast sont particulièrement réussies.
Une fausse note pour finir, cette phrase qui parle des funérailles de Bobby Sands :
- Un joueur d'uilleann pipes, la cornemuse irlandaise, en kilt, ouvre la marche, le pas lent, presque désarticulé, au rythme des notes aigres qui montent vers le ciel de glaise » Une belle phrase, me direz-vous, mais pourquoi avoir rajouter le mot « uilleann pipes » qui est effectivement une cornemuse irlandaise, mais qui se joue uniquement assis! C'est un peu dommage, surtout que c'était une erreur facilement évitable!
Un très bon roman, mais pas d'une lecture facile, la complexité de la situation politique en Irlande, qui sert de base à cette histoire, réclamant une attention soutenue. Les nombreux retours en arrière n'aident pas non plus les choses.
Extraits :
- Tout est là, dans le grand mystère de cet amour qui lui donne encore du courage.
Un courage que les hommes ignorent.
-La nuit de Samain* approchait. L'instant sacré entre tous.
- De quoi donner la béquée aux officiers voraces du M16 ou du M15, les services secrets britanniques en charge du grand nettoyage.
- J'ai rencontré des Bretons à Paris. Des fondus. Plus celtes que les Celtes.
- Belfast sent l'essence et la poudre, la ville se soulève, en son ventre.
- C'est l'un des plus vieux partis du pays, mais aussi le plus controversé car il apporte un soutien sans faille aux combattants de l'ombre.
- L'objectif ce sont les horse-guards, symbole de l'orgueil britannique, pas des touristes innocents.
- Au diable les curés ! Brendan n'y croit plus.
- Ils sont partis parce qu'ils avaient faim. Ils avaient faim parce que les Britanniques occupaient l'Irlande.
- Il nous rendait notre fierté d'être irlandais. Moi, j'ai appris le gaélique en prison.
- C'est une vieille chanson républicaine*. Un tube comme on dit chez vous. Le poème d'un prisonnier, Brendan Behan, enfermé dans la prison de Mountjoy. Mon grand-père l'avait bien connu.
- Trahison. Renseignements. Intelligence ! La vraie guerre c'était cette chose-là...
Éditions : Belfond (2008)
* 1er novembre, passage de la saison claire à la saison sombre. Période hors du temps dans la mythologie celtique.
**The Auld Triangle.

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09 mai 2009

THOMASSAINT Jacques / Ici et Là-bas

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Ici et là-bas.
Jacques THOMASSAINT.
Note : 4 / 5.
Ou peut-être ailleurs?
La première fois que j'ai lu une nouvelle de Jacques Thomassaint, c'était « Sous le sable » dans le recueil « Nouvelles de Bretagne » édité par le centre régional du livre en Bretagne en 2007. J'avais beaucoup aimé. Puis j'ai également lu « Le voyage à Perros » avec le même bonheur. Nous nous sommes rencontrés au salon du livre de Guidel, il y a quelques semaines.
« Ici » et « Là-bas » et « Nous avons été » sont trois poèmes insérés dans ce recueil, comme il y avait déjà de la poésie dans « Le voyage à Perros ».
Quatre marins, le bistrot d'un port et « La fille près du bar ». Une soirée comme les autres, les marins boivent et parlent de leur journée. Une fille entre, commande un whisky, ne dit rien, ne regarde rien. Loïc est tourmenté, la radio annonce un drame en mer. Les aléas de la mer tu parles, chienne de vie...et cette femme.... Un très beau texte, une apparition, une sirène dans un repaire de pirates....
« La belle dormeuse ». Un homme suit un parfum. Une odeur dans un cinéma, sa vie en est bouleversée! Passant de l'euphorie à des périodes plus sombres. Petit à petit, il s'enhardit et un jour il ose lui prendre la main...Est-ce cela l'odeur du bonheur? Il est dit que l'amour est aveugle!
La nouvelle « Le drapeau » commence par une page en italique qui n'est pas de l'auteur. Nous sommes, je pense, dans une région de l'est de la France un jour de 16 juin. Un village est en effervescence, un orage tant attendu se prépare. Mais jamais les bruits annonciateurs de ce qui semblerait une cause naturelle ne viennent de cette direction là?
« Le vent du Sud »Mon vieux, vous voulez que je vous parle de cette nouvelle, vous êtes bien curieux mon vieux. Enfin mon vieux, c'est façon de parler! Et puis le vent du sud, c'est une sacrée histoire! Et un sacré vent! Oui un sacré vent!
« La rose des sables » est l'histoire d' un homme qui marche, il franchit le désert, puis des contrées demi- sauvages, parfois bien accueilli, parfois chassé à coup de pierres ou de bâton. Il traverse des banlieues sans fin, arrive enfin à la ville, mais les murs sont infranchissables. Très loin, un village attend la réponse à la demande de ce marcheur solitaire.... Que sommes-nous devenus, des monstres d'égoïsmes!
« La première pierre » qui osera la jeter, une nouvelle pour lutter contre tous les intégrismes, les femmes toujours en victimes expiatoires....Un texte très dur, sorte de vision prémonitoire ? Il est à espérer que non.
Le commun des mortels comme personnages, des marins, qui ne sont pas tous nés avec la vocation, un homme seul avec une caisse - en bois? Une pièce nue, au sol quelques menus restes, ficelles, papiers, morceaux de carton, sur les murs la trace des objets depuis peu décrochés. Un homme, une caisse de lattes - en bois blanc? Un paysan et ses animaux aux noms bien lourds à porter, heureusement ils ne s'en rendent pas compte! Fanch, vieux garçon, c'est normal, les journaux le disent, c'est chez nous qu'il y a le plus de dépressifs, d'alcooliques et de célibataires! Alors si un soir vous ajoutez le vent du sud? Une jeune femme qui lit, le titre du livre « L'heure creuse » et il s'en passe des choses dans cette nouvelle. Tous les événements d'une vie découlent d'un autre qui l'a précédé! « Un homme sans importance » subitement en a beaucoup, n'est-ce pas madame son épouse? Pour divorcer, il faut un mari! Un peintre peaufine sa toile, chaque personnage est une couche de couleurs, mais l'un d'eux vient à disparaître! Une nuit d'hiver, les hommes pris d'une peur ancestrale, tirent sur une silhouette blanche, et tirent encore et encore. Mais ce seront les femmes au matin qui découvriront le drame.
Un groupe fuit sans relâche depuis vingt cinq jours, l'épuisement les guette, mais la volonté est encore là, farouche...
Certaines fins de ces nouvelles sont très énigmatiques, et parfois obligent à une relecture plus approfondie. Des histoires pleines de nostalgie et de tristesse, mais malgré tout une leçon de vie, qui n'est pas toujours heureuse mais demain peut-être...... nous reviendrons à cette barbarie. Un terrible constat, hélas possible! Le plaisir de lire des récits courts, mais incisifs. Un très bon recueil.
Extraits :
- « Et le poète comme un amer à l'horizon
Où la vague noie un ultime soleil noir ». Ici.
- Pas bavard, c'était un taiseux, boulot-boulot, alors on ne lui demandait rien, et lui non plus.
- Bref, la nuit s'annonçait, douce comme une nuit de printemps quand la Bretagne a le parfum du genêt et le goût poivré des iris.
- Mais il avait osé lui prendre le bras avant qu'ils traversent la rue.
- N'attendant personne. Depuis....
- Alcoolique, Fanch, il était pas. Pas plus que nous autres, en tout cas.
- De « sans ambitions », elle était passée à «  pauvre type ».
- Maître Poirot, qui n'était pas un hercule, appela le serrurier à la rescousse pour pousser la porte bloquée par l'amas d'immondices.
- Il était reparti. Ceux qui savaient se turent. Ceux qui ne savaient pas ne demandèrent rien.
- De cet instant, il décida d'éviter tout ce qui portait l'uniforme, quelle qu'en soit la couleur.
- L'obscurité reste muette et indicible.
- Depuis toujours nous avons obéi.
- Confondant obéissance et confiance.
- Des siècles d'obéissance muette absorbaient toute velléité de refus.
Éditions : Les éditions Mutines (2002).
Autre chronique de cet auteur:
Le voyage à Perros.
Le site de l'auteur ici.

Posté par eireann yvon à 23:00 - Littérature bretonne - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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08 mai 2009

Trois ans!

ColumYvon3

Un an, ça va trois ans, bonjour les dégâts!
Eh oui, trois ans seulement pour certains, trois ans déjà pour d'autres!
Cette photo illustre parfaitement cette année blogeste, c'était en décembre Colum Mc Cann était à Lorient, pour ce qui restera une soirée inoubliable. Le lendemain fut aussi une soirée mémorable puisque nous recevions à la médiathèque de Lorient Marie le Drian! Dans le cadre des futures rencontres début juin, Kate O'Riordan sera parmi nous.
Au niveau des salons et rencontres, ce fut encore une grande année. A Carhaix, j'ai revu des auteurs que je rencontre habituellement, avec un jour de présence en plus, étant arrivé le samedi pour repartir le dimanche. J'y ai fait la connaissance de Louis Pouliquen, un grand monsieur dont je n'avais rien lu, c'est fait maintenant avec « Mon vieux grenier en Bretagne » ; d'autres titres de cet auteur sont dans ma bibliothèque.
A Riantec , j'ai longuement parlé avec Jean Failler, homme charmant que j'ai retrouvé un peu plus tard à Ploemeur. J'ai également conversé avec Jean-Pierre Boulic et Daniel Cario dont je n'ai malheureusement encore rien lu.
A Guidel, j'ai rencontré Angèle Jacq, grande dame de la littérature bretonne et ardente militante de la défense de la langue bretonne. J'ai été très ému par son livre « Le voyage de Jabel ».
J'ai délaissé cette année l'Irlande pour l'Islande, qui était le pays choisi dans le cadre du club de lecture de la médiathèque. Toujours avec la médiathèque, Joëlle, du « Blog du Dolmen »,
et moi avons participé à des lectures et discussions communes avec des lycéens de la ville en bac pro au lycée de Colbert de Lorient. Expérience très enrichissante, nous avons appris hier, avec plaisir, que sous une formule différente, nous recommencerons l'année prochaine. Un grand merci à tous ces jeunes pour nous avoir supporté!
Il n'y eut pas que des bonnes nouvelles, entre autre, je fus banni d'un blog littéraire (?), mais pas de petits bénéfices, j'ai reçu une fin de non recevoir quand j'ai demandé que mes chroniques ne soient pas transférées lorsque ce site a déménagé. 
Ayant osé (crime de lèse-majesté) ne pas être d'accord avec le billet  «d' une personne qui écrit » (en correspondance particulière, pas sur son blog ), je me suis retrouvé affublé sur son blog d'adjectifs comme « imbécile, abruti, et vil personnage». Vaut mieux en rire!
Quelques blogs sont en sommeil, provisoirement je l'espère, mon ami Claude Eeguab et aussi Dominique « De Nuages et vents » qui éprouvent le besoin de souffler, à bientôt et un merci particulier à Claude qui fut avec Cuné parmi mes premiers visiteurs.
Je n'ai plus grand chose à ajouter si ce n'est merci à toutes et à tous et à l'année prochaine « Si vous le voulez bien ».
Yvon

Posté par eireann yvon à 13:21 - Parlons-en ! - Commentaires [40] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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