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Ici et là-bas.
Jacques THOMASSAINT.
Note : 4 / 5.
Ou peut-être ailleurs?
La première fois que j'ai lu une nouvelle de Jacques Thomassaint, c'était « Sous le sable » dans le recueil « Nouvelles de Bretagne » édité par le centre régional du livre en Bretagne en 2007. J'avais beaucoup aimé. Puis j'ai également lu « Le voyage à Perros » avec le même bonheur. Nous nous sommes rencontrés au salon du livre de Guidel, il y a quelques semaines.
« Ici » et « Là-bas » et « Nous avons été » sont trois poèmes insérés dans ce recueil, comme il y avait déjà de la poésie dans « Le voyage à Perros ».
Quatre marins, le bistrot d'un port et « La fille près du bar ». Une soirée comme les autres, les marins boivent et parlent de leur journée. Une fille entre, commande un whisky, ne dit rien, ne regarde rien. Loïc est tourmenté, la radio annonce un drame en mer. Les aléas de la mer tu parles, chienne de vie...et cette femme.... Un très beau texte, une apparition, une sirène dans un repaire de pirates....
« La belle dormeuse ». Un homme suit un parfum. Une odeur dans un cinéma, sa vie en est bouleversée! Passant de l'euphorie à des périodes plus sombres. Petit à petit, il s'enhardit et un jour il ose lui prendre la main...Est-ce cela l'odeur du bonheur? Il est dit que l'amour est aveugle!
La nouvelle « Le drapeau » commence par une page en italique qui n'est pas de l'auteur. Nous sommes, je pense, dans une région de l'est de la France un jour de 16 juin. Un village est en effervescence, un orage tant attendu se prépare. Mais jamais les bruits annonciateurs de ce qui semblerait une cause naturelle ne viennent de cette direction là?
« Le vent du Sud »Mon vieux, vous voulez que je vous parle de cette nouvelle, vous êtes bien curieux mon vieux. Enfin mon vieux, c'est façon de parler! Et puis le vent du sud, c'est une sacrée histoire! Et un sacré vent! Oui un sacré vent!
« La rose des sables » est l'histoire d' un homme qui marche, il franchit le désert, puis des contrées demi- sauvages, parfois bien accueilli, parfois chassé à coup de pierres ou de bâton. Il traverse des banlieues sans fin, arrive enfin à la ville, mais les murs sont infranchissables. Très loin, un village attend la réponse à la demande de ce marcheur solitaire.... Que sommes-nous devenus, des monstres d'égoïsmes!
« La première pierre » qui osera la jeter, une nouvelle pour lutter contre tous les intégrismes, les femmes toujours en victimes expiatoires....Un texte très dur, sorte de vision prémonitoire ? Il est à espérer que non.
Le commun des mortels comme personnages, des marins, qui ne sont pas tous nés avec la vocation, un homme seul avec une caisse - en bois? Une pièce nue, au sol quelques menus restes, ficelles, papiers, morceaux de carton, sur les murs la trace des objets depuis peu décrochés. Un homme, une caisse de lattes - en bois blanc? Un paysan et ses animaux aux noms bien lourds à porter, heureusement ils ne s'en rendent pas compte! Fanch, vieux garçon, c'est normal, les journaux le disent, c'est chez nous qu'il y a le plus de dépressifs, d'alcooliques et de célibataires! Alors si un soir vous ajoutez le vent du sud? Une jeune femme qui lit, le titre du livre « L'heure creuse » et il s'en passe des choses dans cette nouvelle. Tous les événements d'une vie découlent d'un autre qui l'a précédé! « Un homme sans importance » subitement en a beaucoup, n'est-ce pas madame son épouse? Pour divorcer, il faut un mari! Un peintre peaufine sa toile, chaque personnage est une couche de couleurs, mais l'un d'eux vient à disparaître! Une nuit d'hiver, les hommes pris d'une peur ancestrale, tirent sur une silhouette blanche, et tirent encore et encore. Mais ce seront les femmes au matin qui découvriront le drame.
Un groupe fuit sans relâche depuis vingt cinq jours, l'épuisement les guette, mais la volonté est encore là, farouche...
Certaines fins de ces nouvelles sont très énigmatiques, et parfois obligent à une relecture plus approfondie. Des histoires pleines de nostalgie et de tristesse, mais malgré tout une leçon de vie, qui n'est pas toujours heureuse mais demain peut-être...... nous reviendrons à cette barbarie. Un terrible constat, hélas possible! Le plaisir de lire des récits courts, mais incisifs. Un très bon recueil.
Extraits :
- « Et le poète comme un amer à l'horizon
Où la vague noie un ultime soleil noir ». Ici.
- Pas bavard, c'était un taiseux, boulot-boulot, alors on ne lui demandait rien, et lui non plus.
- Bref, la nuit s'annonçait, douce comme une nuit de printemps quand la Bretagne a le parfum du genêt et le goût poivré des iris.
- Mais il avait osé lui prendre le bras avant qu'ils traversent la rue.
- N'attendant personne. Depuis....
- Alcoolique, Fanch, il était pas. Pas plus que nous autres, en tout cas.
- De « sans ambitions », elle était passée à «  pauvre type ».
- Maître Poirot, qui n'était pas un hercule, appela le serrurier à la rescousse pour pousser la porte bloquée par l'amas d'immondices.
- Il était reparti. Ceux qui savaient se turent. Ceux qui ne savaient pas ne demandèrent rien.
- De cet instant, il décida d'éviter tout ce qui portait l'uniforme, quelle qu'en soit la couleur.
- L'obscurité reste muette et indicible.
- Depuis toujours nous avons obéi.
- Confondant obéissance et confiance.
- Des siècles d'obéissance muette absorbaient toute velléité de refus.
Éditions : Les éditions Mutines (2002).
Autre chronique de cet auteur:
Le voyage à Perros.
Le site de l'auteurici.