Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

28 avril 2009

MINA Denise / La mauvaise heure.

La mauvaise heure.
Denise MINA.
Note : 4 / 5.
L'heure du trépas.
Roman qui figure dans la sélection finale du Prix du roman policier SNCF . Je ne connais pas encore cet auteur née à Glasgow en 1966. C'est son troisième roman traduit en français.
Glasgow, 1984, un soir d'hiver Paddy Meehan, journaliste, suit les fréquences de la police, en quête du scoop qui lui permettrait de devenir reporter criminel au « Scottish Daily News ». Aujourd'hui, c'est ce qui semble être une banale affaire de violences conjugales dans un quartier chic de la ville. Paddy remarque une femme le visage en sang, mais un homme bien de sa personne, arrogant et sûr de son charme , lui glisse 50 £ dans la main. Pour la police, l'affaire est classée et Meehan garde le billet ensanglanté. Pour elle cela représente une grosse somme d'argent qui sera la bienvenue. Mais le prix du silence pèse sur sa conscience, surtout que le lendemain le cadavre de cette femme, Vhari Burnett, est découvert atrocement mutilé! Ses dents ont été arrachées une à une!
Alors commence pour Paddy, qui est la seule et la dernière à avoir vu cette femme vivante, une enquête que l'auteur nous présente en forme de puzzle. L'homme qui a donné de l'argent à Paddy a disparu, et semble inconnu des services de police. Il semblerait que les policiers ont également accepté de l'argent, et sont partis sans chercher plus loin. En plus de Paddy, nous suivrons également Kate qui semble cacher beaucoup de choses. Ce qui lui vaut d'avoir une équipe de tueurs aux trousses. Les morts s'accumulent, noyés ou tués à coups de talon aiguille dans l'oeil, c'est ce que l'on appelle voir venir sa mort!
Paddy, entre flics corrompus, tueurs à ses trousses et son travail de journaliste a une vie mouvementée, pour notre plus grand plaisir.
Une histoire bien menée, car plus on avance dans le récit, plus on découvre des personnages qui ont pour une raison ou une autre un fort sentiment de culpabilité, comme Bernie, garagiste et ami d'enfance de Vhari et de Kate.
Paddy Meehan, journaliste (et catholique) est très humaine et attachante. Mais elle n'est pas spécialement gâté par la vie : un travail dur, de nuit, traquant les faits divers, côtoyant la mort très souvent. Toujours prise entre la police qui la tolère et son journal avide de sensationnel. Sa famille ne l'aide pas beaucoup, une soeur, femme battue, une autre à la limite du mysticisme, et des frères accros à la télé et aux jeux vidéo. En plus, elle a quelques soucis avec son poids, mais comme elle est un peu boulimique, cela n'arrange rien. Une passade d'un soir va encore envenimer sa situation, qui était déjà compliquée.
Kate, dont nous suivrons les déplacements et la déchéance, droguée, sa beauté, son arme principale, s'effiloche. Au cours de sa fuite, avec une forte quantité de cocaïne, elle tuera un homme. Elle se sent un peu responsable de la mort de Vhari, et pense qu'elle aurait pu être à sa place!
Vhari Burnett, la victime, quelle cause peut justifier ce massacre? La piste professionnelle, elle était avocate? La piste passionnelle, elle semblait avoir beaucoup de succès auprès des hommes? Ou autre chose? Son appartenance à Amnesty International? Ses relations avec Mark, amour de jeunesse, qui était lui aussi adhérent de cette organisation?
Mark pense être, d'une manière ou d'une autre, responsable de sa mort. Promis à un brillant avenir, sa vie et son mariage sont autant d' échecs. Lâche, un soir il trouve un certain courage!
Beaucoup de personnage secondaires, des membres de la police aux journalistes qui vivent eux aussi des moments difficiles au nom de la rentabilité. Et Paddy a une famille, non exempte de problèmes, en plus d' un ex-petit ami irresponsable. La Clyde n'est pas un long fleuve tranquille, surtout qu'elle n'a que l'appellation rivière! A ce sujet, j'ai appris que la société de bienfaisance de Glasgow a des employés qui patrouillent tous les matins pour retirer les noyés de cette rivière! Glasgow, ville d'eau!
J'ai aimé le côté social de ce livre, la politique de Margaret Thatcher commence par démanteler une grande partie de l'économie, la classe ouvrière est sacrifiée, la précarité s'installe, les restructurations commencent. Des quartiers entiers sombrent dans la misère ; la drogue et la prostitution apparaissent en pleine lumière. Un portrait saisissant du sous-prolétariat de Glasgow.
En Écosse aussi, à cette époque, le problème irlandais est présent dans les quartiers catholiques, la violence est moins visible, mais le communautarisme et la religion sont malgré tout très présents!
Un bon livre dépassant le simple cadre du roman policier classique, avec une Paddy Meehan très attachante.
Extraits :
- C'était la première fois qu'on m'achetait. Cinquante livres. De quoi régler un certain nombre de problèmes urgents.
- Thatcher a l'air d'être un agent du diable, ce n'est pas une preuve. Les choses plausibles ne sont pas forcément vraies.
- Le bleu du logo était assorti à son tailleur Chanel en laine, ses boucles d'oreilles, à sa montre.
- Une femme couverte de sang et trois témoins qui vidaient tranquillement les lieux.
- En général, quand un Écossais faisait allusion à l'origine irlandaise de son patronyme, c'était pour lui signifier qu'elle et ses semblables n'avaient qu'à retourner dans leur île.....
- Autour, les gamins avaient recouvert les pignons des maisons et des garages de graffitis sauvages en faveur des factions dissidentes de l'IRA.
- Comment sais-tu que c'est un connard ?
Parce qu'il vient de Londres.
- New the World était au Scottish Daily News ce que l'ordure est à l'or : un torchon, un tabloïd de la presse à scandale n'ayant que mépris pour l'information objective.
- Les arrestations arbitraires, les suspects torturés dans les geôles d'Irlande du Nord conféraient à tous les catholiques d'Écosse une aura de minorité opprimée.
- Tu t'es tapée un flic ! Et dans sa voiture en plus ! Faut vraiment être conne.
- ... et l'odeur qui imprégnait l'étage du bus n'arrangeait pas les choses : ça puait l'amygdale recuite dans la nicotine.
Éditions : Les éditions du Masque (2009)
Titre original : The Dead Hour (2009)

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27 avril 2009

Collectif des habitants de Plougastel/ Les statues de notre calvaire ont disparu!

Les statues de notre calvaire ont disparu !
Collectif des habitants de Plougastel-Daoulas.
Note : 3,5/ 5.
Descendre de son piédestal!
En 2004, la commune de Plougastel fête les quatre cent ans de son calvaire. Erwan Liziard, en stage chez l'éditeur, est chargé de faire quelques photos de la ville. L'une d'elles détonne par son originalité, Erwan a en effet retiré toutes les statues du calvaire! Voir la photo sur la couverture du livre. De fil en aiguille, la municipalité a l'idée de lancer un concours de nouvelles dont le titre sera « Les statues du calvaire ont disparu ». Ce livre est une sélection des soixante dix nouvelles reçues!.Je signale ici l'intégralité des auteurs de ces courts récits, et je les félicite pour leur imagination
(ils sont nommés dans l'ordre de la table des matières) : Régis de la Turmelière ; Aurèle Bompas ; André Morvan ; Monique Cuny-Maguet ; Laurent Corre ; Mick Kervalla Le Mens(dont la nouvelle est en breton et français) ; Jean-Claude Keromen ;Claude Vennegueus ; Michel Guillerm ; Nadège Gourmelon ; Michel Creac'h-Cadec ; Rachel Derval-Ropers ; Mariannick Bodiger ; Jean-Claude et Claire Quéré et trois élèves de l'école publique Ker-Avel ; Indiana le Foll ; Romain Le Meur et Quentin Perez.
Comment faire disparaître 182 statues? Et pourquoi? Chacun des écrivains a son idée et sa réponse sur le sujet!
Depuis la guerre des Chouans et une fusillade tragique, à cause d'une malédiction, les statues quittent leurs places, et c'est le jour de Noël! Parmi les suppositions, au Hit-Parade de fautifs, les plus nominés sont les Kerhorès* envers qui les habitants de Plougastel semblent avoir quelques griefs! Depuis le temps, plus personne ne se souvient lesquels! On trouve également des collectionneurs extra-terrestres. Les korrigans, Elfes et autres Lutins sont également cités, mais parfois ils aident les humains, alors le mystère reste entier!
Pourtant par exemple, Naïg et son petit fils Lomig enquêtent! D'autres se posent des questions, que deviennent les statues en fin de carrière, comment se passe leur retour aux sources? Et puis de temps à autre, n'auraient-elles pas le droit de prendre des vacances? Quatre cents ans à la même place, quel calvaire! Un chat, suite à une discussion avec la reine des Korrigans, résout le mystère.« Plougastel, souviens-toi de ta promesse! » est le message adressé depuis les Etats-Unis, après la disparition des statues! Mais quelle promesse peut-elle être la cause de ces événements?
Je vais citer deux nouvelles en particulier, car elles ont un côté tragique, « L'âme des statues » et « Nonette et les statues du calvaire ».
Les personnages sont les habitants de Plougastel, car même s'ils sont fictifs, certains ont dû se reconnaître! Beaucoup d'enfants ou d'adolescents sont les héros de ces récits, certains hélas auront des destins tragiques, mais les autres seront des enquêteurs zélés.
Nous faisons également connaissances avec quelques saints, enfin assez pour être statufiés. Mais étrangement, celle qui revient le plus souvent dans ces récits est « Katell Golett », Catherine la perdue , la pécheresse qui changeait de mari tous les jours. On rencontre également un tailleur de pierres heureux et bien d'autres personnages.
Comme dans tous recueils collectifs, les écritures sont très diverses. Il faut aussi noter que l'âge des participants est très disparate, l'un des auteurs est né en 1939, les plus jeunes sont à l'école primaire. Dans les livres mentionnés, figure « Le dictionnaire des Mythologies » de Myriam Philibert qui doit être très intéressant.
A signaler de très belles illustrations de Philippe Motais, d'auteurs des nouvelles ou de leurs proches.
Une bien belle aventure qui, j'espère, créera quelques vocations avant quatre cents ans!

Extraits :
- « Ma doue beniguet, ai-je bu autant quej'en ai la berlue ? Mais non je n'ai pas rêvé ».
- ...avec son impeccable coiffe blanche et son austère tablier noir surmontant de nombreux jupons, elle brille des derniers éclats du chic breton d'antan désormais relégué au folklore régional.
- Oui, c'est ça, elles souffraient d'un manque d'amour. Et les touristes ! Ah là là ! Parlons-en !
- Longtemps, je les ai vus sans les regarder, elles étaient là, faisant partie de notre quotidien, c'est tout ! Qui s'en souciait vraiment ?
- Il était beau le rêve de Cheun!
- Jamais plus avoir connu son histoire, nous ne regarderons les statuts du calvaire avec nos yeux blasés d'adultes, mais avec la candeur d'un regard d'enfant.
- En effet, si je m'exprime maintenant en français, le breton est ma langue maternelle comme elle était celle des artisans qui m'ont sculpté il y a de ça 400 ans.
-«Mais enfin, Maturin, ce que tu nous racontes tient pas debout, tu as rêvé, ou bien ta soirée a débordé de chouchen ».
-« Inquiétant, parce que les promesses, ce n'est pas ça qui manque ! » se dit l'élu.
-«  Bonjour, lui dit le nain, d'où viens-tu? Et pourquoi es-tu déçu ?
Les statuts ont disparu ! répondit l'enfant.
Éditions : Déliou (2004) Que je tiens à remercier pour m'avoir envoyé la photo de la couverture et également pour la rapidité de leur réponse.
* Kerhorès, habitants de la commune voisine du Relecq-Kerhuon, jadis ennemis héréditaires, souvent dans ce livre accusés de tous les maux!

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24 avril 2009

Le TELLIER Hervé / Sonates de bar.

Sonates de bar.
Hervé Le TELLIER.
Illustrations de Yoko UETA
Note : 4 / 5.
Le cocktail du Maestro!
Une centaine de courts écrits, une page et demie en moyenne. Dans pratiquement tous les titres, nous trouvons le nom d'un cocktail! Ce qui me laisse perplexe, car je ne savais pas qu'il y avait tant de mélanges possibles dans les boissons ! Moi, pour qui le Kir est déjà une invention du Diable (Pardon, du Chanoine!).
Un petit mot sur l'auteur, il est membre de l'Oulipo, et la première version de ce texte comportait initialement deux mille caractères par « sonates ».
La première phrase du livre, qui sert d'introduction, donne le ton : « Le ciel est trop haut, la terre est trop basse, le bar est juste à la bonne hauteur ». Anonyme.
Rencontrons les piliers du bar et de leurs histoires, Jay, Archie, le pianiste noir, et Rose, la serveuse sûrement blonde et mignonne!
La vie de tous les jours au Jay's Bar, où le patron, expert en cocktails, officie avec dextérité derrière son comptoir.
Angel est le personnage principal de « Le Barbotage la Mangeuse d'hommes ». La poitrine d'Angèle fait que tout homme en sa présence ne sait plus à quel sein se vouer! Son accompagnateur de ce soir n'échappe évidemment pas à la règle. Rose prend la narration à son compte dans « La couleur rouge du Bloody Mary », où une cliente frise l'incorrection, alors Rose ne prend pas de gants! Un sourire ne coûte rien, Madame! « La première ivresse de l'Américan Glory » est une histoire de famille et de garde d'enfant. Les mensonges des grands et les paroles des enfants font de dangereux cocktails. Jay a des coups de foudre et pas seulement quand il prépare des Manhattans! Une brune, un « Black Russian » et des regrets! Jay discute avec un écrivain en panne d'inspiration, il en résulte une histoire où les Martiens et les Vénusiens se combattent! Ils se reconnaissent facilement, les uns se nourrissent de Bronx et les autres de grenadine!
La vie et la mort dans cet espace où se croisent de nombreux destins. L'amitié profonde entre Jay et Archie. Les incidents parfois, bagarres et autres, quelques clients malgracieux, bref la vie et parfois son contraire, la mort!
Les personnages, enfin les clients, sont nombreux et variés. Ils ont pratiquement tous un point commun, il sont très attachants, parfois très solitaires, mais assez souvent, le Jay'Bar est un endroit de rencontre, de conversation serait plus près de la vérité. Un jeune homme qui oublie son livre, des amants qui ne seront jamais heureux, une jeune fille qui ne boit pas d'alcool. Des êtres aussi venant en couple, comme ces personnes âgées qui sont là pour parler un peu. Quelques belles femmes également, Sarah par exemple qui boit trop, mais observe les gens avec minutie. Un homme d'affaires au téléphone, un détective privé qui confond le Jay'bar avec le Bay'bar! M. Le Comte de Dracula qui rentre du Vampire State Bulding!Un plombier qui tombe à pic, Kate, l'infirmière qui arrive un peu déprimée un soir. Un fantôme qui commande un « London Fog ». Un couple dont l'histoire d'amour est au seuil de la rupture, la tristesse d'un rendez-vous manqué, les clients que l'on voie et qui soudainement disparaissent. Un homosexuel qui, après beaucoup d'hésitations, vient avec son ami. Un vieux chinois qui contemple les bulles dans son verre, Rapid Roy et ses amis, fans de voiture et qui carburent aux « Six Cylindres ».
Un livre rafraîchissant, remarquez, vu le nombre de glaçons qui défilent dans les boissons, c'est un peu normal! Les ligues bien pensantes et politiquement correctes, diront qu'il faut consommer avec modération, l'alcool soit, mais pas ce livre!
Je ne résiste pas à vous donner quelques titres de « Sonates » pour vous mettre l'eau (?) à la bouche! « L'Américano les yeux bandés », « Les amants du Blue Lagoon », « Last Exit to Gibson », « La magie rose du Pink Lady », « Deux Zombies pour deux amis ». J'aime beaucoup « Les idées noires de l'Irish Coffee » avec cette conclusion un brin désabusée.
- « Tu vois, l'Irish Coffee, c'est comme la vie. Au début, c'est fort et c'est doux, c'est noir et blanc, chaud et froid. Le temps passe, et puis tout devient tiède, fade et gris ».
Un mot sur les illustrations qui sont très belles, savant mélange de couleurs sombres, souvent du noir d'ailleurs, et de couleurs plutôt froides, qui vont très bien avec le récit qu'elles accompagnent.
Extraits :
- J'ai pensé à Marie et à moi, à tous ces faux départs et à mes vraies douleurs.
- J'ai sorti du frigo une bouteille de Champagne en souriant : nul ne résistait aux seins d'Angèle.
- Qui suis-je, moi, pour dire à Sarah d'arrêter de boire ?
-...c'était une balade irlandaise que tu aimais tellement, cette chanson d'immigrants qui parlaient de solitude et d'amour, de la lande du Connemara et des rues de Galway.
- « Après tout, c'est peut-être moi qui vous l'ai commandé, il y a 20 ans »
- Puis elle a dit : « tu crois que l'amour peut résister à ça ? » En désignant encore la ride naissante autour de ses yeux.
Éditions : Le Castor Astral. 2001.

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21 avril 2009

CORLOUËR Luc / La tourmente. Kenavo.

La tourmente. Kenavo.
Luc CORLOUËR.
Note : 5 / 5.
Bienvenue à Montparnasse*.
Auteur né à Montauban, c'est son premier roman. Du côté paternel, il appartient à une ancienne famille de négociants de Tréguier. Passionné d'histoire, en particulier de la guerre 14/18, il a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées. Ce roman a obtenu le prix des bretons de Paris en 2007.
Paris dans les années 1900, la construction du métro a fait affluer de toutes les provinces françaises de nombreux ouvriers dont beaucoup de bretons, pas très bien acceptés des habitants de la capitale. Témoins, cette réflexion d'un chef de chantier :
- « Si t'es pas content tu peux partir et le foutre dans ton sac. Ça fera deux mal français de moins sur ce chantier ».
Parmi ceux-ci, il y a Louis Callennec, 18 ans, il vient de Pleubian dans les Côtes d'Armor. Il doit assumer la majorité des besoins de sa mère et de ses soeurs restées au pays. Leur père, Erwan, comme des milliers d'autres est mort en Islande pendant une campagne de pêche. Le travail est très dur, les journée très longues pour un salaire de misère, en plus il a fait un achat inconsidéré, une reproduction de « La Tourmente », goélette de Paimpol dans une bouteille en verre! Quelques membres de sa famille habitent également Paris, comme le frère de son père Eugène, menuisier rue de Vaugirard. Il est ami avec un jeune lycéen parisien, Julien ; malgré leur différence, il sympathise très vite. Car Louis a un autre problème, que Pierre Lesage, parrain de Julien et député, pourrait régler. Le prochain tirage au sort des jeunes partant pour trois ans à l'armée! Mais il y échappe! La vie suit son cours, le travail harassant, les grèves, le licenciement. Julien, son sursis terminé, part au Maroc où la situation se dégrade. Louis trouvera un autre travail, se mariera hélas pas pour le meilleur, mais pour le pire. Les années passent, Julien revient du Maroc. Louis veut rentrer au pays, Julien l'accompagne, il y a dix ans que Louis est parti! Mais ce ne sont que des vacances, il faut retourner à Paris. Louis divorcera, continuera sa vie, qui passera monotone, le mal du pays ne le quittera pas, encore et toujours retourner vivre à Pleubian.
Mais un matin le tocsin sonne partout en France, la guerre est déclarée, l'hécatombe peut commencer.....
En Bretagne, à la fin de cette boucherie la constatation est amère :
- « Plus rien ne serait comme avant.... »
Louis, est un jeune homme naïf en débarquant à Paris. Comme beaucoup, il apprendra à ses dépends que certains principes qui guidaient son existence n'ont plus cours ici! Il connaîtra la haine et le mépris qu'affichent certaines personnes pour les provinciaux et en particulier pour les bretons. Il défendra les ouvriers pendant les manifestations, mais il tentera de s'interposer quand un ingénieur sera tué. Il sera malgré tout licencié, son mariage sera de courte durée, courageux, il sauvera un colonel de la mort dans un accident de voiture. Mais dix ans c'est long, trop long....
Julien, c'est le Parisien, celui qui l'a guidé dans la capitale, devenu un frère malgré la différence de classe sociale. La guerre du Maroc lui ouvrira les yeux, mais le marquera à jamais, en lui faisant découvrir la face cachée du colonialisme. L'amitié entre Louis et lui ne se démentira jamais même dans les jours sombres qui les attendent.
Guyomard, le « pays » de Pleubian, le copain des bons et des très mauvais jours, ami de travail et de fêtes, le fidèle avec qui on peut parler de là-bas....
J'ai beaucoup aimé ce livre, car il parle sans fioritures d'un phénomène qui a marqué le vingtième siècle en Bretagne, l'exil. Il évoque aussi ce qui a marqué en Bretagne la fin d'une manière de vivre, la guerre de 14/18, le monde paysan amorçait son déclin, la pêche à l'Islande était terminée , la natalité des années passées entraînait obligatoirement un flot migratoire qui ne prendra fin que des dizaines d'années plus tard.
Extraits :
- Déjà que je n'aime pas les bretons, ni les les fainéants... Alors, les bretons fainéants!....
- C'est qu'elle ressemble tellement aux bateaux de Paimpol....
Mais c'est de là qu'elle vient, gamin. Regarde sur l'socle : Yves Le Louarn, Loguivy.
- Rue de Vaugirard...La rue est animée. Nombreux sont les bretons en costumes traditionnels et les bretonnes en coiffe.
- Il m'a répondu qu'on avait pas besoin d'intellectuels de gauche sur le chantier. C'est depuis... En plus , comme je suis breton, tu vois, j'ai toutes les qualités.
- Ah, volé tu l'as pas celui-là, Erwan!
- Au chantier du  métro, il y avait quelques pays : Tréguier, Paimpol, Ploubazlanec, Trédarzec.
- Est-il vrai que la plupart des gens ne parlent pas français dans votre région?
- « Kenkuit eun deiziou eun Pleubian memez glas eu rafe! »
(Un jour à Pleubian même s'il pleut »
- C'est dur, très dur, mais il faut y aller, Louis, ar bara e ao du-hont! (le pain était là-bas!).
- Comme beaucoup de marins bretons, il ne savait pas nager.
- Ils mourraient aussi, mais bien plus loin. Ollivier avait décompté presque cent-vingt tués de Pleubian depuis le début de cette guerre.
- En faisant des efforts, il était arrivé à comprendre, puis à parler le breton alors que la plupart des gens de la région tentaient le contraire.
Éditions : Le Cormoran. (2007)
* Ce qui n'était pas spécialement le cas dans les années 1900.
Site de l'auteur, ici.

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19 avril 2009

DREAN Michel / La lune dans le Kenavo.

La Lune dans le Kenavo.
Michel DRÉAN.

Note : 5 / 5.
Ainsi va la vie!
Troisième volet des aventures de Vincent Terrach, dont j'ai fait la connaissance dans « Ploemeutre »
Ce roman a été sélectionné pour le concours du roman policier, organisé en même temps que le festival du film policier de la ville de Liège. Renseignements et liste des romans sélectionnés,
ici. Où il a obtenu une mention spéciale du jury au concours de « La plume de cristal » hier après-midi.
Vincent Terrach, ancien de la police est devenu détective privé, étant dorénavant chargé de famille, accepte la filature de Paul-Henri Dupin, notable Lorientais. Sa femme n'est pas très sûre de sa fidélité. Et elle a bien raison Madame Dupin, son mari a des activités sexuelles hors-ménage, mais c'est pire que ce qu'elle pensait! Entre temps, Vincent est contacté par Christian, un ami d'enfance, qui est très inquiet. Son épouse, Sophie, a disparu, apparemment sans raison! Couple aisé, il avait tout pour être heureux! Mais que se cache-t-il sous des apparences souvent trompeuses? Vincent trouve un prospectus dans la villa du couple pour une organisation très « New-Age ». Il s'inscrit pour un stage et découvre le passage de Sophie, qui s'est inscrite sous son nom de jeune fille! Cela semble étrange! Grâce à l'aide d'anciens amis dans la police, il se rend vite compte que « La Nouvelle Pensée » est apparentée à une secte et possède un château en Dordogne! Une nuit, Vincent s'introduit dans la place, mais deux dobermans sont prêts à fondre sur lui....
Mais un bon samaritain veille, deux flèches viennent tuer les monstres ; l'homme, Nicolas Vatel, le lendemain, lui raconte son histoire. Depuis quelques temps, il surveille le château dans lequel sa soeur est enfermée. Il y fait quelques travaux de maçonnerie et peut introduire Vincent dans la place. Les loups sont dans la bergerie, mais les bergers ont aussi leurs chiens loups, prêts à tout pour garder leurs prérogatives dans cet espace clos qu'est devenu ce château de Dordogne. Ce qui semblerait être le combat des chefs peut alors commencer.....
Beaucoup de monde dans ce roman, le personnage récurrent de la série, Vincent Terrach n'est plus seul : Amandine partage sa vie, et ils ont une fille, Léna. Mais les anciennes plaies sont-elles définitivement refermées? Et sa vie est-elle compatible avec la charge d'un foyer? Christian, copain d'enfance, a réussi sa vie professionnelle. Chirurgien, il a une vie matérielle des plus confortables. Son épouse, Sophie, est une femme magnifique, qui semble très amoureuse, mais alors pourquoi avoir mystérieusement disparu! Quelles raisons profondes l'ont poussé à dire à Nadège Rossi, peintre homosexuelle, que parfois elle s'ennuyait? L'ennui était-il si fort pour lui faire quitter sa vie de femme aisée et entrer dans une secte?
Nelly Osmond, représentante de la police, apportera secours et une certaine amitié à Vincent, surtout que tout ira mal pour lui .
Paul-Henri Dupin, liquidateur judiciaire, a pignon sur rue, son épouse le fait suivre par Vincent Terrach, ayant certains doutes sur sa fidélité. Mais la vérité est encore pire que ce qu'elle pensait! Car certaines photos peuvent ruiner sa carrière et sa vie. Il sera retrouvé pendu! Suicide?
Betty Barbet et Marco, eux, espèrent sortir de la médiocrité de leurs vies, en prostituant Lucas, fils de Betty, mais pas de Marco. Lucas lui s'en remettra peut-être.
Gueule d'Amour, ancien soldat, homme à tout faire ; la cicatrice qui lui vaut son surnom fut récoltée au cours d'une vie aventureuse, pleine de fureur et de morts violentes. Maintenant, homme de devoir, il servira fidèlement son maître, jusqu'à la mort si nécessaire.
L'Éclaireur dont la mission est d'éclairer ses fidèles, mais pas trop malgré tout et pour cela tous les moyens sont bons. Chantage, intimidations, privation de nourriture et violence! Évidement il règne en despote sur ses ouailles, choisissant la femme qui partagera son lit, et préparant certains enfants pour des réseaux de pédophilie.
Nicolas Vatel débarque tel le sauveur. Vincent et lui deviennent des alliés naturels, chacun cherchant à délivrer une personne retenue dans ce château.
Cecilia, que fait-elle dans cette galère? Comment peut-on être devenue si jeune ce bloc de haine, prête à tout, surtout au pire?
Quand les sectes et les réseaux de pédophilie ne font qu'un, le résultat est vraiment consternant, et malheureusement ce roman est peut-être en dessous de la vérité.
Comme dans « Ploemeutre », l'auteur nous signale le personnage principal de chaque chapitre, chose qui dans ce récit aux multiples intervenants est la bienvenue. J'aime également un humour léger qui ne nuit pas à l'histoire, mais qui l'égaye parfois.
Un excellent roman avec une réflexion douce amère sur notre société, sa futilité, ses fausses valeurs mais aussi ses pires travers.
Extraits :
- La misère avait donc une odeur. Rance, âcre, rempli de drames, de désarroi, sans futur.
- Elle avait dû être belle dans une jeunesse depuis longtemps enfuie.
- Un soupir. Pas facile de remuer la vase. Pour personne.
- Il savait que, désormais, il était passé du statut de prédateur à celui de gibier.
- Lui aussi avait dû perdre ses 20 ans dans les Aurès.
- Le pouvoir,l'argent, le sexe. Ces trois moteurs qui faisaient tourner le monde. Et surtout le sien.
- Il n'était plus rien. Un résidu, un déchet. Une simple merde qui abusait des gamins.
- Cela faisait bien longtemps qu'il ne croyait plus au ciel des autres.
- J'étais Steve McQueen dans Bullitt, Vatanen dans le Paris Dakar.
- Brel avait bien raison. Nom de dieu que c'était triste Orly ou Lann-Bihoué, un dimanche, avec ou sans Bécaud.
Éditions : Les éditions du Barbu.(2008)
Autre chronique de cet auteur:
Ploemeurtre

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16 avril 2009

PRILLEUX Fédéric / Dans le panneau!

Dix ans, cela se fête!
Donc vive "La noiraude & La fureur du Noir".
Cela se passe, ici!

Dans le panneau!
Frédéric PRILLEUX (Coordinateur).
Note : 4 / 5.
Ne pas tomber dedans!
Reprenons le même principe que tous les ans, dix écrivains, cinq professionnels et cinq amateurs sous la direction de Frédéric Prilleux nous donnent ce rendez-vous, qui est le 8ème. Pour eux et pour moi!
Les auteurs sont pour cette édition : Gérard ALLE, Patrick BARD, Philippe GOURNAY, Philippe HUET, Sébastien KLOTZ, Max OBIONE, Céline PENVERNE, Maryse POLY, Claudio RUBILIANI, et Dominique SYLVAIN . Les panneaux, en général sont là pour interdire quelque chose, alors bravons les interdits!
« Moi non plus, je n'aime pas avoir froid ou soif. Le café vous est offert, servez-vous et bienvenue »
Le panneau, qui est également le titre de la nouvelle est alléchant et étrange! Surtout qu'il est signé « L'ermite » et qu'il se trouve dans un village abandonné. Une histoire pathétique d'un des nombreux laissé-pour compte de nos sociétés modernes. Mais un randonneur veille...
« Il est interdit de se doucher dans le cimetière », est une des plus intéressantes nouvelles de ce recueil, la plus réussie à mon goût. Nous sommes à la Réunion, nous cheminons au propre comme au figuré avec le narrateur. Il marche pour oublier ou pour se souvenir, pour ne plus voir ce père, alcoolique, ancien fossoyeur, cet homme détestable et détesté, craint et isolé. Il est à l'agonie et le fils revoit sa vie, sa mère. Une dernière offrande et l'eau purificatrice.....
« Attention à la marche » est une de mes nouvelles préférées, un éditeur loupe une marche, se blesse grièvement, trouve un interlocuteur pour lui raconter sa vie. Il pense tenir enfin le chef d'œuvre qui va changer sa vie, le sortir de l'anonymat, il a rendez-vous aujourd'hui avec l'auteur...Ne pensez pas que le fait que le titre du livre « Lady Bigouden » et le nom de plume de l'auteur soit Dominik Kerity aient eu une quelconque influence! Ou alors vous me connaissez bien mal!
« Défense de déposer des ordures » nous raconte la rencontre d'un homme qui urine sur le bord d'une autoroute et d'un escarpin rouge. Cet homme s'imagine l'histoire de ce soulier abandonné là, une dispute, le rendez-vous d'un couple illégitime? Enfin, il a fini, referme sa braguette et laisse la chaussure à sa place..... Sur le pont au-dessus un cycliste l'observe.
« Baignade interdite » clôt ce recueil, et prouve que ce n'est pas très agréable de nager en eaux troubles où flottent un cadavre. Surtout si vous commencez à mentir à la charmante représentante de la gendarmerie. Le mort étant un homme riche, pas comme le cantonnier qui meurt peu après....
Quelques personnages ordinaires, parfois, un couple de retraités de l'enseignement cherche une noble cause à défendre. Ils veulent changer de vie, chasser l'ennui, bref tout quitter, et dans ces cas là ils trouvent la cause! À eux le Maroc, le sable, le soleil et peut-être aussi un mirage......
Un journaliste qui doit faire un papier sur un double suicide, à Etretat! La femme a fait un vol plané avec sa voiture, l'homme s'est lui pendu! Quelle motif avait cette femme de se suicider? Apparemment aucun, elle écrivait des poèmes et allait être publiée, récompense pour elle alors pourquoi mourir et de cette manière bien peu sentimentale! On est loin de l'envolée des amants éperdus, mains dans la mains! Méfiez vous de la chute....de la falaise! Et la poésie n'est pas toujours neutre!
Une prostituée se rappelle des circonstances qui ont décidées de sa vie. Un jeune allemand pendant la guerre, qui lui fait découvrir l'amour, la naissance d'un fils, la honte et la tonte, et maintenant ces deux hommes qui sont les clients qu'elle ne voulait pas......
Une femme battue, qui écrit pour faire pénitence, une petite fille surprise de l'intrusion d'un couple dans une maison qu'elle s'était appropriée et qu'elle observe jours après jours.
Un recueil plus exotique que les autres, Maroc, Ile de la Réunion, mais vu le contexte ce n'est pas réellement le paradis!
La recette étant la même, ma chronique également, des écritures très différentes, du très bon et du moins bon. Mais le moins bon est malgré tout de bonne qualité, un bon cru. A l'année prochaine donc!
Extraits :
- Gisèle se mit à éplucher le guide du Routard plus souvent que les poireaux.
- Vous verrez qu'un jour, on appellera les cons « Personnes à compréhension différée ».
- Mon père ne croyait en rien, pas même à sa propre bêtise et aux propos insensés qu'il tenait.
- Le tas de ferraille fut une Clio bleu marine, et ressemble maintenant à une œuvre d'un César qui n'aurait pas fini le boulot.
- Tu as raison Mathilde, je suis une erreur de trottoir.
-Je vois le grand-père Tramvouez qui marche sur le quai de Loguivy, me tenant par la main et racontant ses pêches d'Islande.
- Les autres bébés ils rient des fois, pourquoi tu ne ris jamais toi ?
- Il disait souvent que leur vie aurait été différente si elle ne lui avait rien caché.
- Il lui faudrait encore tuer demain.
- C'est dingue le nombre cachottiers que comptent ce patelin, tu ne trouves pas Clément ?
Éditions : Terre de Brume. /Granit noir(2008).
Voir mes autres chroniques ici
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13 avril 2009

TURSTEN Helene / Un torse dans les rochers.

Un torse dans les rochers.
Helene TURSTEN.
Note : 4,5 / 5.
Sévices compris.
Ce roman d'une auteur suédoise figurant dans le tiercé des finalistes du prix de polar SNCF, catégorie romans européens, pourquoi ne pas essayer. A première vue, ce n'est pas une débutante, ayant déjà sept romans à son palmarès. Autre chose a remarquer, l'héroïne est l'inspecteur principale Irène Huss. Je ne suis pas assez féru en littérature policière scandinave pour dire si c'est une exception ou pas?
Un torse est découvert par un chien dans un sac plastique sur une plage. L'état de décomposition et les mutilations infligées font que même l'identification du sexe de la victime est impossible sans un examen très poussé! Seule piste possible, un tatouage, mais lui aussi est très détérioré. La médecin légiste confirme que c'est un homme, alors que statistiquement ce genre de mutilation est plutôt commise sur des femmes. Un autre sac est découvert contenant d'autres fragments de corps. Tout est hors-normes dans cette affaire qui apparaît comme n'ayant pas de précédents. Dans les rares meurtres ayant quelques points communs avec celui-ci, les victimes sont en général des prostitués, hommes ou femmes! Le tatouage ne semble pas avoir été fait en Suède, peut-être au Danemark, et il représenterait une lettre japonaise! Il s'avère qu'il représente l'enseigne d'un sex-shop gay de Copenhague! Et deux ans auparavant, il y avait eu un crime semblable, la victime étant une prostituée toxicomane. Donc pour Irène, un voyage dans la capitale danoise s'impose, et comme disait un célèbre dramaturge britannique « Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark! » Tom Tanaka, le propriétaire japonais du sex-shop, lui donne le nom de la victime, un certain Markus Tosscander, un éphèbe décorateur du genre « homme à homme », il semblerait qu'il faille chercher dans la longue liste de ses amants! Au cours de ses conversations, deux personnages reviennent souvent, un policier au Danemark et un médecin en Suède.
Elle mène en même temps sa vie de femme et de mère au foyer. Une de ses jumelles a eu un accident de voiture, une de ses anciennes amies lui téléphone pour demander de l'aide, Isabell sa fille de dix-sept ans a disparu à Copenhague. La routine du commissariat est faite de meurtres, un dealer a été trouvé mort, son assassin potentiel, un proxénète notoire a un alibi plus que douteux, un violeur sévit depuis quelque temps, etc...
En guise d'avertissement, du moins Irène le ressent comme cela, on découvre également le cadavre d'Emile, être trouble qui passait souvent chez Tom Tanaka. Son appartement servait point de chute à de nombreux suédois aux moeurs pour le moins étranges Sur certaines photos très osées de Markus, un autre personnage apparaît, silhouette imposante en contre jour, les témoins ne se rappellent que de son surnom « Basta ». Les meurtres et les allers et retours continuent pour Irène......
Irène Huss est une femme très occupée, mais reste très humaine, conciliant malgré tout sa vie de femme au foyer avec ses petites contrariétés et sa profession faite souvent d'horreurs au quotidien. Malgré cela elle éprouve encore des sentiments profonds.
Un sumotori retraité qui tient un sex shop à Copenhague, Tom Tanaka, ses manières raffinées et son homosexualité discrète, le rende sympathique à Irène et il connaît beaucoup de choses sur les milieux gays. Un photographe bisexuel, marié, mais encore amoureux de Markus, « Basta » personnage inquiétant, homme aux multiples casquettes, Emile dont la mort ne fut pas des plus douces sont des êtres de l'extrême, prêts à tout!
Les personnages des policiers sont souvent un peu troubles, alcoolique pour l'un, play-boy semblant rentrer de vacances pour l'autre, fréquentant les maison closes pour le troisième, une commissaire danoise au passé mystérieux. Très peu sont tout blancs, mais profondément vrais.
Ce roman est dur et parfois déroutant à cause du milieu dans lequel il se déroule. Des hommes pour qui le sexe doit être vécu juqu'au bout, un monde de détraqués sadiques, avec des scènes poussés à leurs paroxysmes. Certains lecteurs peuvent être surpris par ce déchaînement de cruauté. Mais cela donne un très bon roman, une intrigue de haut niveau, avec en prime une enquête se déroulant sur deux pays nordiques, voisins, mais semble t-il, très différents.
Extraits :
- Ils ne connaissaient pas le sexe de la victime. Ils n'avaient ni la tête, ni le bas du corps, ni les bras ni les jambes. Et aucune cause de décès.
- C'est une histoire de puissance. La puissance d'effacer le sexe. La toute-puissance d'annihiler le caractère humain de la victime.
- S'il les tuait, elles ne pourraient pas raconter les horreurs qu'il leur a fait subir.
- Combattre avec un lutteur de sumo équivalait à se jeter contre une locomotive lancée à toute vitesse.
- Il y a un lien, finit-il par dire.
Lequel ?
Vous.
- Certes, personne ne l'accuserait de la mort d'Isabell, sauf elle-même.
- Si c'est donc ainsi qu'il voyait la mort de son fils. Un déshonneur pour lui.
- L'assassin avait déjà pris sa décision. Avant.
- La vengeance.
- Irène voulait se venger.
- Irène allait se venger.
Éditions : Michel Lafon (2008)
Titre original :Tatuerad Torso (2008)
Chroniques de Cathulu, ici, celle de Tamara, .

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10 avril 2009

BINGHAM Sallie / Libertinages.

Libertinages.
Sallie BINGHAM.
Note : 3,5 /5.
Lit terre à terre.
Sallie Bingham est née dans le Kentucky en 1937. Ces onze nouvelles sont mes premières lectures de cet auteur et sont dues au plus grand des hasards. Comme son titre l'indique, ce recueil tourne essentiellement sur certaines dérives amoureuses. Son titre original « Transgressions » est d'ailleurs on ne peut plus explicite. « Benjamin » est un vieux bonhomme acariâtre de quatre-vingt dix ans râleur et égoïste et goujat. Peintre jadis célèbre, son heure de gloire est passée, mais parfois un musée l'invite. Et aujourd'hui il doit inaugurer une salle avec un de ses tableaux, mais une dernière tentation a croisé sa route. Un beau texte sur l'amour, le désir et le temps qui passe.
Un autre peintre dans « Une fille remarquablement jolie », mais celui là n'est pas connu. Cory, un lendemain de fête où elle avait abusé de boissons fortes se réveille nue dans un lit inconnu. Elle cherche ses vêtement qui traînent de droite et de gauche et se rhabille en regardant l'homme peindre. Les formules d'adieux sont pathétiques, elle marche vers ses habitudes dans un quartier qu'elle ne connaît pas et voit défiler sa vie....
« Le grand lit » est une affaire de famille, une partie de l'héritage de Liz. Un soir Olivier lui raconte un de ses fantasmes amoureux, fantasme qu'il avait assouvit naguère avec la complicité de son amie de l'époque. Liz accepte de se prêter au jeu! Mais un jour, après qu'Olivier l'a quitté, elle se pose la question, qu'espérait-elle?Dans « L'épine », une femme âgée, une des dernières rescapées de son époque, se fait aider pour réparer une clôture par un voisin beaucoup plus jeune qu'elle. Elle lui raconte sa vie, ses mariages, les hommes, ceux qu'elle a quittés, ceux qu'ils l'ont abandonnée, un amant qui était marié, une existence ordinaire. Elle lui demande de parler un peu de lui, s'il vit seul etc......
Une professeure de soixante-trois ans, qui ne cache pas son âge, demande l'aide d'un de ses étudiants pour l'aider à faire des confitures, l'abricot fait-il partie des fruits défendus?
Trois hommes et des coussins, pourrait être le sous-titre de « Le parfait refuge », deux homosexuels vivent heureux, mais l'intrusion d'un jeune homme, puis d'une chatte enceinte va rompre cette équilibre.
Un homme Stanley, une femme Maria, et une question: qu'est qui ne va pas entre eux? Pauvre Stanley!
Une ancienne professeure de lettres dit ceci : « Faire l'amour pour moi a toujours été une manière de converser. Ce qui prime c'est l'aptitude de l'amant à écouter.... » Attention au dialogue de sourd, ou elle devrait, cette brave dame, se rappeler du proverbe « La parole est d'argent, mais le silence est d'or ».
Une femme part en pèlerinage sur les lieux d'une aventure amoureuse de son époux, lui laissant au passage leurs deux petites-filles....
Des femmes parfois mère poule, souvent autoritaires et solitaires, se posant des questions mais se remettant rarement en cause.
Un livre agréable, qui se lit avec un sourire parfois, avec tristesse souvent. L'âge, voilà non pas l'ennemi mais le problème. Ces personnages sont souvent revenus de beaucoup de choses, la vie ne les a pas épargnés. Certaines et certains vivent plus ou moins bien leur veuvage, ou alors le départ du mari, un beau (?) matin. Des hommes et des femmes oscillant entre résignation et espoir. Le propre de l'espoir c'est, hélas d'être déçu. Malgré tout cela ce livre n'est pas triste, juste lucide. Un recueil très intéressant, dommage que tous les récits qui le composent ne soient pas d'égale valeur.
Extraits :
- C'étaient les mots d'un vieux poète à un jeune poète. N'eussent-ils pu être aussi ceux d'une vieille femme à un jeune homme ?
- Il se demande tout à coup si elle est ambitieuse. Sa robe noire peut le laisser penser.
- Chouette, pensa-t-elle. Comme s'il parlait d'une virée à la fête foraine. Mais c'était le mot juste.
- Le garçon s'infiltra dans ce cocon sur la pointe des pieds. Il traita les deux hommes comme des oncles, les respecta et les évita.
- Elles se sourirent, tels deux compagnons de voyage dans le rude pays de l'amour.
- Il l'avait supposée plus vieille – faisant au moins cinq ans de plus que lui – et la gêne le laissa sans voix.
- Nous avons tous les deux la soixantaine et une soirée gâchée pèse plus lourd sur nous aujourd'hui que trente ans plus tôt.
- L'espace d'un instant, ils crurent tous les deux que les soins étaient finis, terminés, inutiles, que l'amour refleurirait, pour la vie.
- Les mots de Joyce volettent dans la pièce comme des moineaux piégés.
- Et le jeune homme l'a suivi comme les jeunes hommes suivent les sorcières ou les marraines de leur bien-aimé dans les vieilles histoires.
- J'ai perdu tout et tout le monde si tôt dans ma vie.
- Je n'aurais rien appris si je n'avais pas été livré à moi-même sitôt.
Éditions : Joëlle Losfeld (2007)
Titre original :Trangressions (2002)

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07 avril 2009

MIZIO Francis / La santé par les plantes.

La santé par les plantes.
Francis MIZIO.
Note : 4 / 5.
Allo, maman pot-pot*!
J'ai lu de cet auteur une nouvelle dans le recueil annuel de « La noiraude & La fureur du noir » sobrement intitulé « 5 ». Exceptionnellement cette année là, le jury n'ayant pas tout son bon sens n'a pas daigné jouer au jeu des familles, c'est à dire mettre ensemble l'auteur et la nouvelle!
Gatsby Legrand, l'homme d'affaires le plus riche du monde, qui est à la tête d'un des plus grands laboratoires pharmaceutiques du monde, est consterné! Le verdict est tombé, il a perdu 4,8 années de sa vie sur un siège! D'accord, il est luxueux le siège, fait sur mesure, profilé par les meilleurs designers du moment, mais rien n'y fait! Comme si des années auparavant, une sorcière (c'est vrai qu'elle s'appelait Samantha) lui avait jeté un sort!
Wjatscheslaw-Zénodore Douglas (je ne suis pas très familier avec ce monsieur, mais je l'appellerai Douglas) travaille pour le laboratoire « OPO» qui cherche un produit miracle pour guérir ce terrible mal qui empêche son patron, Gatsby, d'être un homme enfin heureux. Comme c'est un spécialiste des coups tordus, des remèdes miracles, mais bidons, il se dit, c'est la chance de ma vie! Après avoir oeuvré dans le contraceptif (avec beaucoup de bonheur, d'ailleurs, du point de vue personnel, pas du point de vue résultat!), il s'attaque au laxatif!
Car Gatsby part du principe, on n'est jamais si bien servi que par soi- même. Il donne trois mois à son état-major pour trouver une nouvelle molécule, sinon, cela va chi... L'état-major fait dans son froc et se met au boulot. Wagram, stimulé par la salle (du même nom), est le seul à se lancer dans la bataille (du même nom également), mais pour lui c'est la Bérésina! Ainsi va le monde des affaires et des marchés de dupes! Douglas prétend qu'un arbre a un pouvoir quasiment magique pour déconstiper les gens constipés, l'état-major de l « OPO »lui donne le feu vert et les moyens financiers pour récupérer l'arbre mâle et l'arbre femelle! Car ces deux spécimens (rares) se trouvent en Australie!
Mais la concurrence veille au grain, Franz-Albert Zahn, propriétaire des laboratoires « La vie saine », est informé du projet de son concurrent! Mais en ce moment, il pratique l'amour salace, sale dans la fange et la boue. Enfin, il se fait dessaler par une dénommée Samantha!!! Sa sorcière bien aimée, qui, d'ailleurs, ressemble plus à la fée Carabosse avec ses cheveux gras et tout le reste!
La chasse à l'Allocasuarina Portuensis peut commencer! Et en Australie l'affaire n'est pas dans la poche, car les prix montent, et tous les coups sont permis.
Gatsby Legrand, faute d'être magnifique, a un problème depuis qu'il a seize ans, et comme aujourd'hui, il en a quarante cinq, cela fait trop longtemps que cela dure! Tout cela parce que une dénommée Samantha l'a rembarré en le traitant de « coincé du cul »! Ce qui n'était au départ qu'une image, est depuis devenu un état permanent!
Douglas est un autre personnage clé de cette histoire. Scientifique, un peu escroc, ou carrément escroc se faisant passer pour un scientifique, il collectionne les inventions et les remèdes soi disant miracles, parfois cela marche!
Narcisse et Flore sont les membres fondateurs du FLC (Front de Libération Chlorophyllien). Lui est en prison et elle, la fille d'un jardinier qui avait la main verte et d'une indienne de la tribu des Pieds verts, certains disent même qu'elle est un peu dérangée du bulbe! C'est vert (jusqu'aux poils du pubis) et peu regardant vis à vis de la légalité! Ils serviront d'hommes de main à Douglas. Quelques autres personnages passent, un policier anglais en retraite spécialiste de botanique, un milliardaire australien et son épouse et l'amant de Madame, car Monsieur a découvert le pot aux roses, en réalité le pot d'Allocasuarina Portuensis, ce qui, vous en conviendrez, est nettement moins poétique! On trouve également une femme à barbe et son conjoint, bref monsieur et madame tout le monde! Il y a également un majordome qui veut se recycler dans la médecine chinoise par les pieds  ; pour lui c'est « La santé par la plante des pieds »!
J'aime bien ces romans un peu farfelus, mais sans devenir l'almanach Vermot! A ce point de vue ce livre est réussi, car il y a un côté scientifique très évident, nous apprenons tous les secrets de la vie du Perroquet vert à deux crêtes et touffes rouges sous les ailes et de son fidèle compagnon le doryphore-bousier lubrique et cela grâce au célèbre professeur Castani!
Gatsby Legrand pour le même prix nous donne quelques leçons de management pour le moins surprenantes! 
Dans ce livre qui date de 1999, il est déjà fortement question de « La crise »!
Un très bon moment de lecture, constipés s'abstenir.
Extraits :
- ...c'est la croissance, on construit, alors on a besoin de brouettes. C'est la crise, alors les millions de chômeurs bricolent chez eux et ont besoin, eux aussi, de brouettes. Dans tous les cas de figures, on a besoin de brouettes.
- L'histoire du cordonnier mal chaussé appliquée au transit.
- La déontologie et la réalité !
- Gatsby Legrand n'ignorait aucun des avantages liés à l'incompétence de ses cadres. Mieux : il leur en savait même gré. Cela l'aidait même à les supporter.
- Finalement, la malveillance, ça fonctionne comme une entreprise bien huilée.
- C'était un peu comme si on avait fait cuire une taupe pourrie avec du gingembre et des choux de Bruxelles. Très étrange. Heureusement, ce n'était pas très tenace.
- Il ne supportait guère le parfum de cette Française. Comment pouvait-on autant aimer la sueur à la violette?
Éditions: Gallimard (1999)
*Paroles et musique de Gatsby Legrand.
PS. On peu lire ,ici, la réponse de l'auteur sur son site.

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05 avril 2009

MORGAN Cédric / Oublier l'orage.

Oublier l'orage.
Cédric MORGAN.
Note : 5 / 5.
Groix 2012.
J'ai découvert par hasard cet auteur natif de Vannes, admirateur de Gracq et de Nabokov, il est l'auteur de plusieurs romans, et a obtenu entre autre le Grand Prix de la ville de Carhaix en 2004 avec « Le bleu de la mer ».
Jason se remémore un souvenir d'enfance, en 2012 plus précisément, vingt huit ans plus tôt, il avait alors treize ans. Médecin retraité à Groix, il se souvient de la première fois où il est venu avec sa soeur jumelle, Jessie, sur cette île où était née sa mère. Paradoxalement, victime d'une maladie orpheline, il était condamné par la médecine.
« En ce temps là »commence en général un conte de fée. Ici ce n'est pas le cas, la canicule sévissait un an sur deux, les leçons du passé n'ont pas été profitables. La France est devenue un état d'ordre et de morale rigide, les « Obscurants » règnent, le « Trêfle noir » leur emblème flotte partout. Des règles de pudeur drastiques sont érigées en dogme. C'est là, à Groix que Jason va apprendre la vie et la morale des hommes et perdre son innocence d'enfant. Avec Jessie, ils habitent chez un parent Joseph ; ils partagent leurs journées avec des îliens de leur âge, se baignant, profitant de la vie. Parmi ces jeunes, il y a Aurélie, qui semble en savoir plus qu'elle veut bien en dire, et Kevin, un garçon avec qui il a des rapports cordiaux, malgré qu'il semble être très politisé. Mais Jason aime beaucoup Arthure d'un an plus âgée que lui, et aussi plus émancipée, n'hésitant pas à bronzer complètement nue. Une relation de plus en plus forte se noue entre eux, la vie devient un rêve.Les méfaits du régime en place ne sont pas encore trop visibles à Groix, protégée par son insularité. Jason n'a pas beaucoup de relation avec les adultes, le seul qui s'intéresse à lui est « Le Capitaine », ancien marin devenu cantonnier. Celui-ci parle parfois d'une manière qui parait étrange aux enfants, mais il possède une sorte de sagesse populaire. Le mercredi 6 septembre, le monde de Jason bascule, son amie Arthure est retrouvée, nue, morte, apparemment noyée! Mais avec des brûlures sur le corps!
Plusieurs années après, définitivement installé sur l'île, ce mystère le hante encore, il ne peut oublier, mais un jour il rencontre la mère d'Arthure de retour à Groix. En dépit de la méfiance de celle-ci, elle va lui raconter l'histoire de ce drame qui, en fait, remonte des années auparavant.
Jason, le narrateur, nous invite dans sa vie, surtout dans cet été 2012, l'été du bonheur, celui des premiers émois, de la découverte de la liberté sur une île encore épargnée par la dictature, même si déjà certaines mentalités changent. Il découvrira surtout l'amour avec angoisse et ravissement. Hélas, à Groix comme ailleurs, l'été n'a qu'un temps, et l'hiver parfois dure très longtemps.
Arthure, celle par qui le bonheur arrive, sauvageonne vivant seule avec son père, bénéficie d'une grande liberté d'actes et de paroles, elle semble de ce fait une victime toute désignée des miliciens de l'ordre moral.
« Le Capitaine », un original un peu bizarre, vivant à l'écart du bourg, ce qui ne lui déplaît pas. Aurélie pense que quelque part il cache un secret de famille, mais lequel? Joseph, l'oncle lui aussi évite certains sujets.
Caroline, la mère d'Arthure, se rappelle de la triste réputation de ce point d'eau ; des années avant, un jeune s'y était suicidé! Mais aujourd'hui elle pense qu'elle doit certaines explications à Jason.
Une narration à la première personne du singulier, Jason va recevoir des visiteurs et prépare son récit, au calme au cours d'une promenade matinale.
Une magnifique écriture, pleine de poésie, des mots justes, d'amour pour la vie. Mais également un terrible constat social, qui en cette époque troublée devient de plus en plus d'actualité.
Un très beau roman mêlant habilement une histoire d'amour entre adolescents et une réflexion politique sur le devenir de nos sociétés modernes.
Une de mes plus belles découvertes de ce début d'année.
Extraits :
- S'accorder à jamais à la même musique, coquelicot pour toujours en fleur dans les blés.
- Sur une île le temps ne court pas comme ailleurs, il avance en comptant ses pas. C'est un aveugle qu'on a lâché dans le désert.
- Admirez le pays, Groix s'étend en rond autour de vous comme un grand chat fatigué de sa nuit, le museau contre la queue.
- Le mûrissement précoce, sans doute faut-il y voir un résumé de la vie d'Arthure.
- Les Obscurants se nourrissaient des croyances et des principes des évangélistes américains, de leur langue de bois et de leurs attitudes de momies.
- De plus, aucun Groisillon n' avait accepté de s'enrôler dans la milice.
- Viennent-ils déchiffrer les citations en breton et en français gravées sur la stèle?
- Selon les premières constatations la mort datait de la veille au soir. Accident? Suicide? Crime?
- Des propos échangés, est ressorti que son sort ne choquait qu'à moitié ; beaucoup y voyaient une juste punition du ciel.
- Notre mère nous avait mis au monde sans avoir connu d'épousailles.
- « Le président des États-Unis a vu Jésus..... Le commentaire précise que John Ellis Bush, dit Jeb. Bush, réélu pour un second mandat il y a peu......
- Ne perdez pas de vue le contexte.
- J'ai songé absurdement qu'Arthure aurait quarante deux ans.
- Je reste là à fixer l'eau sombre comme si elle allait réfléchir l'ultime preuve qui me ferait défaut.
-Éditions : Phébus (2005)


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