Un torse dans les rochers.
Helene TURSTEN.
Note : 4,5 / 5.
Sévices compris.
Ce roman d'une auteur suédoise figurant dans le tiercé des finalistes du prix de polar SNCF, catégorie romans européens, pourquoi ne pas essayer. A première vue, ce n'est pas une débutante, ayant déjà sept romans à son palmarès. Autre chose a remarquer, l'héroïne est l'inspecteur principale Irène Huss. Je ne suis pas assez féru en littérature policière scandinave pour dire si c'est une exception ou pas?
Un torse est découvert par un chien dans un sac plastique sur une plage. L'état de décomposition et les mutilations infligées font que même l'identification du sexe de la victime est impossible sans un examen très poussé! Seule piste possible, un tatouage, mais lui aussi est très détérioré. La médecin légiste confirme que c'est un homme, alors que statistiquement ce genre de mutilation est plutôt commise sur des femmes. Un autre sac est découvert contenant d'autres fragments de corps. Tout est hors-normes dans cette affaire qui apparaît comme n'ayant pas de précédents. Dans les rares meurtres ayant quelques points communs avec celui-ci, les victimes sont en général des prostitués, hommes ou femmes! Le tatouage ne semble pas avoir été fait en Suède, peut-être au Danemark, et il représenterait une lettre japonaise! Il s'avère qu'il représente l'enseigne d'un sex-shop gay de Copenhague! Et deux ans auparavant, il y avait eu un crime semblable, la victime étant une prostituée toxicomane. Donc pour Irène, un voyage dans la capitale danoise s'impose, et comme disait un célèbre dramaturge britannique « Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark! » Tom Tanaka, le propriétaire japonais du sex-shop, lui donne le nom de la victime, un certain Markus Tosscander, un éphèbe décorateur du genre « homme à homme », il semblerait qu'il faille chercher dans la longue liste de ses amants! Au cours de ses conversations, deux personnages reviennent souvent, un policier au Danemark et un médecin en Suède.
Elle mène en même temps sa vie de femme et de mère au foyer. Une de ses jumelles a eu un accident de voiture, une de ses anciennes amies lui téléphone pour demander de l'aide, Isabell sa fille de dix-sept ans a disparu à Copenhague. La routine du commissariat est faite de meurtres, un dealer a été trouvé mort, son assassin potentiel, un proxénète notoire a un alibi plus que douteux, un violeur sévit depuis quelque temps, etc...
En guise d'avertissement, du moins Irène le ressent comme cela, on découvre également le cadavre d'Emile, être trouble qui passait souvent chez Tom Tanaka. Son appartement servait point de chute à de nombreux suédois aux moeurs pour le moins étranges Sur certaines photos très osées de Markus, un autre personnage apparaît, silhouette imposante en contre jour, les témoins ne se rappellent que de son surnom « Basta ». Les meurtres et les allers et retours continuent pour Irène......
Irène Huss est une femme très occupée, mais reste très humaine, conciliant malgré tout sa vie de femme au foyer avec ses petites contrariétés et sa profession faite souvent d'horreurs au quotidien. Malgré cela elle éprouve encore des sentiments profonds.
Un sumotori retraité qui tient un sex shop à Copenhague, Tom Tanaka, ses manières raffinées et son homosexualité discrète, le rende sympathique à Irène et il connaît beaucoup de choses sur les milieux gays. Un photographe bisexuel, marié, mais encore amoureux de Markus, « Basta » personnage inquiétant, homme aux multiples casquettes, Emile dont la mort ne fut pas des plus douces sont des êtres de l'extrême, prêts à tout!
Les personnages des policiers sont souvent un peu troubles, alcoolique pour l'un, play-boy semblant rentrer de vacances pour l'autre, fréquentant les maison closes pour le troisième, une commissaire danoise au passé mystérieux. Très peu sont tout blancs, mais profondément vrais.
Ce roman est dur et parfois déroutant à cause du milieu dans lequel il se déroule. Des hommes pour qui le sexe doit être vécu juqu'au bout, un monde de détraqués sadiques, avec des scènes poussés à leurs paroxysmes. Certains lecteurs peuvent être surpris par ce déchaînement de cruauté. Mais cela donne un très bon roman, une intrigue de haut niveau, avec en prime une enquête se déroulant sur deux pays nordiques, voisins, mais semble t-il, très différents.
Extraits :
- Ils ne connaissaient pas le sexe de la victime. Ils n'avaient ni la tête, ni le bas du corps, ni les bras ni les jambes. Et aucune cause de décès.
- C'est une histoire de puissance. La puissance d'effacer le sexe. La toute-puissance d'annihiler le caractère humain de la victime.
- S'il les tuait, elles ne pourraient pas raconter les horreurs qu'il leur a fait subir.
- Combattre avec un lutteur de sumo équivalait à se jeter contre une locomotive lancée à toute vitesse.
- Il y a un lien, finit-il par dire.
Lequel ?
Vous.
- Certes, personne ne l'accuserait de la mort d'Isabell, sauf elle-même.
- Si c'est donc ainsi qu'il voyait la mort de son fils. Un déshonneur pour lui.
- L'assassin avait déjà pris sa décision. Avant.
- La vengeance.
- Irène voulait se venger.
- Irène allait se venger.
Éditions : Michel Lafon (2008)
Titre original :Tatuerad Torso (2008)
Chroniques de Cathulu, ici, celle de Tamara, .