Cézembre noire.
Hugo BUAN.
Note : 4 /5.
Pot-Ker menteur.
Second roman de cet auteur malouin après « Hortensias Blues » déjà paru chez le même éditeur . L'île de Cézembre se trouve en face de Saint Malo, fortifiée par les Allemands pendant la dernière guerre, elle n'est pas encore entièrement déminée et inhabitée durant l'hiver. Seule une partie de l'île est accessible aux beaux jours. Sa plage a la particularité d'être la seule du département d'Ille et Vilaine à être orientée plein sud.
Berty, vieux rocker en retard de maturité et d'époque, au volant de sa voiture guère plus fringante que lui file vers ce qui lui paraît le far-ouest! Pour lui qui considère que passer le « périph » c'est la jungle, alors la Bretagne! Il n'a pas le choix, il a fini sa dernière partie de poker en caleçon, au propre et au figuré, alors le marché est simple, il tue quelqu'un et la moitié de son ardoise est effacée. La photo de sa victime doit lui parvenir par son téléphone portable. Du billard, Berty, du billard lui dit Kolo son créancier! Entre le poker et le billard il lui faut sortir le grand jeu.
Le voilà donc à Saint Malo cherchant à gagner (pas aux cartes), mais à la carte Cézembre! C'est le week-end du 11 novembre, le temps est relativement mauvais (doux euphémisme) et les transports ne courent pas les rues (ni la mer). En plus l'île inhospitalière et en cette saisons inhabitée reçoit un afflux de visiteurs dont la majeure partie de l'équipe du commissaire Workan! Qui doivent surveiller deux agents de la CIA, en mission tout ce qu'il y a d'officiel, si vous ajoutez quelques personnes en séminaire, pour une île déserte, c'est la surpopulation. Ne pas oublier un ancien militaire amputé d'une jambe, le vrai faux fantôme d'un allemand, et j'oubliais les propriétaires de l'hôtel et leur progéniture, Noël! Lequel Noël, qui n'est pas spécialement un cadeau, semble connaître beaucoup de choses pour son âge, ce qui agace profondément Workan qui est persuadé de l'avoir déjà vu.
Que font tous ces gens en ce triste week-end sur ce petit bout de terre? Cette île n'est pas un paradis fiscal, (c'est un peu plus loin), un navire pirate aurait-il été coulé un peu au large? Certains bruits parlent de la visite de Rommel, d'un de ses officiers d'état-major et de mystérieux bijoux? Bref, le mystère s'épaissit et le temps aussi. Surtout que la récolte de cadavre commence, la première victime est retrouvée une baïonnette allemande plantée dans la gorge ! Et tout cela pendant un week-end, veille de l'armistice, quel manque de goût!
Pour les personnages, nombreux à mon goût, commençons par les dignes représentant de la police locale. J'avais émis quelques réserves au sujet du comportement en particulier de leur chef Lucien Workan et de la puérilité de certains ou certaines de ses adjoints, dans ma chronique pour le précédent roman, et ils sont là au grand complet en vase-clos si je puis me permette cette comparaison! Mais peut-être que le site et les conditions atmosphérique les laissent sans voix ? Ils sont bien calmes et apaisés, à part quelques vannes (qui est dans le Morbihan) petites chamailleries, bien naturelles! Personnellement je les trouve plus crédibles comme cela!
Berty, enfin Albert de son nom de baptême est le prototype du « loser » et comme en plus il aime le poker, son cas est désespéré, mais vraiment désespéré! Car il n'a jusqu'à présent tué personne, c'est donc son baptême du feu, et d'entré de jeu (de carte) il ne connaît pas l'identité de sa victime! Et comme le téléphone ne marche qu'entre deux coups de vents! Bref plus bête et plus malchanceux tu meurs!
Les familles Montsiret et Tessepin imbriquées aussi bien par des liens familiaux que professionnels, complètent la distribution des rôles, et accessoirement des défunts! Chaque famille a ses secrets enfouis dans la mémoire, Daphné Monsiret par exemple semble porter sur ses frêles épaules d'adolescentes toute la misère du monde! Son père Hubert est un homme qui a réussi, belle situation etc...mais, il y a peut être une faille quelque part. Jacques Tessepin lui, semble être la dernière roue du carrosse de la famille, sa seule passion la photographie, des coquillages pense sa femme.
Les restaurateurs, les Darec, sont au nombre de trois, le père Léon, la fille Marie-Line et le petit fils Noël, jeune homme pour le moins affabulateur et mystérieux. Mais là aussi les secrets sont bien cachés même si ils sont bien présents dans l'esprit de certains.
Des dialogues percutants et plein d'humour, avec une intrigue solide et une fin inattendue. Un bon moment de lecture et un bon second roman. L'auteur rend très bien l'ambiance très particulière qui doit régner sur l'île coupée du monde avec en plus une météo apocalyptique! Un certain exotisme là où on ne l'attend pas.
Extraits :
- C'était ça, le temps breton. Pourvu qu'il ne pleuve pas.
- Il pleut des obus et il y pousse des mines. Tu ramasses une fleur à Cézembre et t'es transformé en hachis parmentier.
- L'île de Cézembre n'était pas l'île de la tentation. Les téméraires ne se ramassaient pas à la pelle.
- Une de perdu...... zéro de retrouvée.
- C'était pas Koh Lanta, ici, on n'était pas dans une île de branquignols.
-Ses yeux tombèrent sur le TÉTANIC laissé sans soins, sans capitaine.
- Il ne manquait plus que ça : une scène de ménage sur les lieux d'une scène de crime.
- Si tu cherches l'affrontement avec moi, tu as autant de chances de gagner qu'un solex de devancer une Ferrari dans un Grand prix de formule un.
Sauf si la Ferrari tombe en panne.
-La tempête s'était enfuie comme une voleuse vers le nord-est de la France, laissant derrière les séquelles de ses humeurs.
Éditions : Pascal Galodé (2009)
Autre chronique :
Hortensias Blues.
Hortensias Blues est en compétition pour le prix du « 
Goéland masqué » du festival du roman policier de Penmarc'h.