29 mars 2009
Collectif/ Femmes de mer.
Un peu de bleu dans une semaine bien noir.
Femmes de mer.
Collectif/ Cercle de la Mer de Lorient-Kernevel.
Note : 3,5 / 5.
Une nouvelle à la mer.
Ce recueil, édité en 2008, est le résultat d'un concours organisé conjointement par l'association des écrivains bretons et le cercle de la mer de Lorient-Kernevel.
Le thème se devine dans le titre de ce livre, les femmes et la mer. Huit nouvelles, les seuls auteurs que je connaisse sont Alain Emery (et encore pas depuis longtemps) et Joël Hamm pour « Un été à tuer » dans le recueil « A saisir »publication annuelle de « La Noiraude & La Fureur du Noir ».
Les autres auteurs sont : François Aussanaire, Philippe Brondeur, Sylvie Dubin, Geneviève Livory, Pierre Mangin et Sylvie Padellec. Trois femmes seulement, mais elles prennent les deux premières places du concours. Ces récits sont classés de la première à la cinquième place, plus trois prix spéciaux.
Prenons la mer!
Un petit mot sur chacune de ces nouvelles : « Pénélope », c'est l'histoire d'une femme qui, contre vents et marées, refuse ce qui semble être l'évidence, son mari est mort en mer. Cinq mois déjà qu'il est parti avec son équipage.....
« Les Veilleuses, » texte plein de tempêtes et de poésie. Un homme et trois femmes dans un phare, pour l'homme, quelle aubaine! Mais il refuse l'amour, il le niera longtemps, mais un jour....
« Ici-bas », c'est l'île de Monhegan, au large des côtes du Maine aux États-Unis, ce n'est pas le paradis, mais elle une femme veut pas quitter cette île malgré son veuvage.
La sagesse populaire dit « Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée! », mais elle ne dit pas si elle doit être verrouillée ou pas! Doit-on également verrouiller son coeur et ses sentiments?
« La vague » nous raconte la triste vie d'une épouse, Liza, dont le mari manque de maturité. Il part, revient quand il est en manque d'argent, il boit beaucoup. Que faire sinon céder sans cesse, s'apitoyer sur son sort, mais un soir, c'est trop....
« Dernière nouvelle » qui est sans doute ma préférée est l'histoire d'une femme qui quitte tout pour partir en cargo pendant les vacances. Et elle écrit année après année ces nouvelles sont comme des bouteilles à la mer, ce qu'elle fait d'ailleurs. Elle les enferme et les jette à l'eau, espérant un jour trouver un lecteur, recevoir un mail lui disant : je vous ai lu, mais hélas... Alors elle décide de forcer le destin, quelqu'un enfin la lira...
« Dentelles de la mer » a obtenu un prix spécial que je trouve amplement mérité, l'écriture est quelque chose d'indéfinissable, baroque, poétique, très riche, et très belle, pleine d'inventivité. Un personnage, créature étrange, Calypso telle une nymphe antique, parcourt cette nouvelle pleine de charme :
-"Quand elle marche, ses pieds ne bougent pas : c'est la terre qui tourne plus vite sous elle pour qu'elle avance".
« Rigadellenn », c'est un conte, non pas de fée, mais de sirènes, les sirènes ne sont-elles pas les fées de la mer! Morgan est la plus belle des sirènes, un jour elle est sauvée par un jeune marin-pêcheur. Elle lui promet monts et merveilles, plus son coeur pour qu'il la suive. Lui plein de sagesse est un homme heureux et il aime une fille du village, donc il refuse! Quelle peut-être la réaction d'une sirène vexée?
« Histoire de Maria Terra, de Vivien et de la mer. » L'éternel combat d'une femme et de la mer. Maria a perdu son mari en mer, son père et deux de ses frères, mais elle refuse que son fils suive leurs traces. Elle sait que dès l'âge de seize ans, il partira à moins qu'elle trouve une solution....
Une femme en noir refusant l'évidence, un journaliste partant faire un reportage sur les femmes gardiennes de phares, une veuve à qui la solitude pèse parfois, une mère veillant sur son enfant, toutes et tous d'une manière sont victimes de la mer. La mer, mangeuse d'hommes, on lui prête cette réputation! Qui hélas se confirme souvent.
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec le classement du jury, mais chacun jugeant suivant sa propre sensibilité de lecteur, tout cela reste très aléatoire!
Extraits :
- Elle avait trouvé son équilibre dans la négation complète. Pourquoi venir la déranger ?
- Lévina eut ce mot sibyllin : « Elle fait le compte du temps. » Je ne sais pas si c'était le compte ou le conte.
- Mais j'étais un pauvre type. Je suis resté avec les deux femmes muettes et lointaines.
- Nous n'avons jamais retrouvé Ronnie, mais il ne m'a jamais vraiment quitté.
- C'est encore un des mystères qui courent dans ces hommes-là. Ils n'échappent jamais à la mort.
- Un infirme de tendresse !
- ....Elle entreprit de raconter sa propre histoire : Dernière nouvelle.
- ....petite femme voûtée comme une cave d'autrefois.
- Et les seringues, y a pas de mystère : elles ne servent qu'à piquer les petits cons ou les vieilles bêtes. Alors colère.
- Dans la famille, c'est devenu une tradition : nous baignons dans l'univers des contes.
- Mais Maria a vu les yeux de Vivien devenus plus clairs encore, comme si la mer avait commencé à entrer en eux.
- ....elle s'en fait le serment : Maria va assécher la mer.
- Elle lui souhaite bon voyage. Elle allait dire « bon vent ».....
Éditions : Liv'éditions (2008).
28 mars 2009
URIEN Emmanuelle / La collecte des monstres.

La collecte des monstres.
Emmanuelle URIEN.
Note 5/5.
A chaque jour suffit sa benne.
J'avoue à ma grande honte qu'à part une nouvelle dans « Mes chers voisins » opus annuel de « La Noiraude &La fureur du noir », je n'avais rien lu de cette auteure. Pourtant je suis, du moins je le pense, un bon public pour ce genre d'écrits. Ce livre est son troisième recueil.
18 nouvelles souvent courtes, mais allant droit au but, un monstre se cache dans toutes ces histoires, souvent il est banal, tranquille dans son coin, se faisant oublier.
Dans « Cas de figure 38 » il se cache sous un masque, cela fait moins peur aux enfants.
Quand on se prostitue pour payer ses études, on se donne des règles, c'est bien normal. Mais la première doit être de ne pas se moquer d'un éventuel client! Et de ne pas baisser sa garde!
Plaie d'argent n'est pas mortelle dit le proverbe, tout le monde le sait, les proverbes ont souvent un fond de bon-sens. Un grand photographe apprendra à ses dépends qu'un agent est là pour gagner de l'argent, et pas du tout pour prendre la pose.
Aminata est muette, mais elle entend très bien, trop bien même parfois. Au centre d'un cercle parfait, tracé sur le sol, il paraît que la magie fait une «Zone de silence ». Un dernier trait, un dernier bruit, et comme par magie enfin le silence, un silence de mort!
Travailler dans un zoo, cela paraît tout bête, mais quand on est observateur, il n'y a pas beaucoup de différence entre le comportement des humains et des babouins.
« Alice attend » épouse de routier ou de marin, les femmes attendent, c'est bien connu! Mais parfois elle aimerait bien que ce soit elle qui puisse partir!
Une Juliette qui attend son Roméo, ce n'est pas nouveau, ni très original, mais quand la Juliette, parle de physique idéal, c'est peut-être se vanter. Pour Roméo, la réponse est tranchante et sans fioriture « Je suis l'homme qu'il vous faut ». Et pourtant il amène des fleurs...
Une femme est victime d'un accident, alors elle ruse pour obtenir des entretiens d'embauche. Un homme marche, encore et encore, il vient semble-t-il de Pologne, la guerre est finie, il se dirige vers l'île de Bréhat. Après avoir quitté l'enfer, retrouvera-t-il le paradis?
Innocent ou coupable, de toute façon pour cet homme qui sort de prison, il ne peut être que coupable, mais 5 ans c'est long, et dans la rue rien n'a changé, ceux qui l'ont envoyé en prison ont toujours pignon sur rue, lui, par contre sa vie est foutue.....
Un homme et une femme dans une voiture, sous la pluie, lui part refaire sa vie au Canada, elle lui reproche de l'abandonner. Alors sur le bord de l'autoroute commence ce que l'on appelle « laver son linge sale en famille » et depuis le temps, il est sale le linge.
Des femmes rongées par la maladie, comme Firmine dans « Leurre de gloire », ou la narratrice dans « La pas du crabe », un comptable qui s'appelle Noël, cela inspire confiance, enfin, cela devrait, un autre qui trouve une situation en or, un magistrat qui devrait mieux lire son courrier, une marathonienne qui court, cela parait normal mais que laisse-t'elle derrière elle?
L'écriture est très agréable, les nouvelles étant brèves, il n'y a pas de temps mort (Il n'y a d'ailleurs que le temps qui ne meurt pas!) ni de descriptions trop appuyées. L'auteure réussit le tour de force de nous surprendre très souvent avec des fins d'histoire absolument inattendues et parfois énigmatiques. Un choc et un coup de coeur, comment croire en l'espèce humaine après tout cela!
Tiens, je vais regarder le film « Freaks » de Tom Browning, là au moins les monstres ne le sont que physiquement!
Extraits :
-Ils sont tristes, les gens, ils ne gagnent pas à être connus, même comme ça, sous pli discret.
-Ce cliché, c'est une photo de la femme idéale. Et cette femme, c'est moi, c'est bien moi.
-Sophie, je te demande pardon. Peut-être qu'après tout je ne reviendrai pas.
-Il est vrai que, depuis, on a fait du chemin.
-La magie, ce n'est pas un jeu.
-Vue imprenable sur un enfer minable.
-Il se voudrait exempt des défauts qu'il lui reproche.
-Il m'a piqué mes clés hier soir au bistrot, et voilà le résultat. Pour une fois qu'il la ramenait...
-Mon mari m'a quitté après quelques semaines de contemplation navrée, sur de vagues excuses.
-On réclamait un peu moins ses faveurs, et plus du tout ses talents. De ce côté-là, ça ne change pas grand-chose.
-Et pour une fois dans ma vie, je suis à contresens.
-Il avait démontré que l'on pouvait vivre sans coeur.
- Nous ne sommes pas des monstres.
Éditions : NRF/Gallimard. (2007).
Le site de l'auteur, ici.
27 mars 2009
ROUX Annelise / Peccata mundi
Peccata mundi.
Annelise ROUX.
Note : 4 / 5.
La camarde fait sa récolte.
Je ne connais pas cet auteur, à part un texte « Toiles» dans le recueil de nouvelles, « À saisir ! », parution annuelle de « La Noiraude & La Fureur du Noir ». Native du Médoc, elle a écrit plusieurs romans noirs. Ce recueil ne comporte si l'on peut dire que cinq nouvelles.
La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage, ouvre celui-ci, et donne le ton à ce livre. Un docteur intuitif Tanguy Martineau, dit l'Aviateur (allez savoir pourquoi ?) est appelé sur les lieux d'un viol particulièrement sauvage. D'entrée, il déteste Manuel Nozehec, un des policiers chargés de l'accompagner sur le lieu du délit. La victime est Diane Capian, une chanteuse. Ils sont accueillis par CoraWeber, agent et manager de l'artiste. Le coupable est très rapidement trouvé, mais trouvé mort. Il s'est en effet suicidé. Il travaillait sur la tournée de l'artiste, semblait être un homme sans problème. L'enquête dévoilera que ce crime n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît.
« La camarde ». Les rêves des uns ne sont pas forcément les rêves des autres, la mort a-t-elle aussi des rêves ? Dans cette histoire nous suivons un juge martiniquais, religieux et amateur d'horoscope, un carreleur serbe, une prostituée algérienne, un patron de bistrot proxénète. Pour le juge l'affaire paraît simple, Dzarcos, le carreleur a tué Malika l'algérienne dont il était le concubin. Mais le contexte est beaucoup plus sordide que cela, être serbe et regarder un certain France/Croatie dans le bistrot où travail votre amie, entouré de français avinés, n'est vraiment pas la garantie d'une soirée calme! La mort en ces jours-là n'a ni maillot ni nationalité. Une lettre, simple bout de papier, une écriture infantile donnera la solution..... Le rêve est devenu cauchemar! « Jeu de société familial ». Le Cluedo revu et corrigé par l'auteur, d'abord présentons la famille, sorte de capharnaüm bourgeois, pressons pour la présentation car la plupart seront morts sitôt que nous aurons fait connaissance. Mlle Éléonore, une énigme à tous points de vue, est-ce son nom et son prénom ? Est-elle américaine, si oui d'où? Nouvelle-Orléans ou Californie? Le colonel Raid, homosexuel mais qui se soigne, mais les traitements ne sont pas toujours efficaces. Mme Leclerc cuisinière souillon et radin, le docteur Kracker amicalement surnommé «Apéro» apparaissent et parfois disparaissent! Mme Rhymel, est-elle maquillée avec soin, elle et le professeur Jabuse, y passent aussi! Mais j'abuse peut-être votre temps? Vous n'êtes pas joueurs? Prenez la place du mort dans ce cas!
Les personnages sont pour la plupart des gens hors normes, un médecin homosexuel vivant avec un danseur étoile, un policier ayant une fille fortement handicapée, une agent et manager qui n'est pas que cela pour l'artiste dont elle s'occupe, tout cela débouchera sur la mort d'un homme. Quelquefois les gens pensent bien faire! Des bons français buvant plus que de raison, supporters chauvins, ou hommes de la campagne, rythmant les heures de travail à la bière ou au vin rouge. Une réalisatrice de cinéma bénéficiant d'une bourse à la Villa Médicis, où elle rencontre un architecte chaud lapin nommé ...Bulgome! Mais autre chose lui empoissonne la vie et lui coupe l'appétit. Pour fêter son arrivée de Normandie, la maison a mis les petits plats dans les grands, et a préparé des « Tripes à la mode de Caen ». Délicate attention!
De délicates attentions, Switch en a manqué toute sa vie, ce dernier texte, celui qui clôt ce recueil est d'une noirceur profonde et qui met mal à l'aise. Pauvre enfant, séquestré, pris pour responsable de la mort de sa mère à sa naissance. Certaines coïncidences sont troublantes.....
Un recueil collant à une certaine réalité de la France actuelle, dans « La camarde », jubilatoire dans « Jeu de société familial», même si on rit jaune. L'écriture est moderne et rythmée, style que j'aime bien pour ce genre littéraire, la nouvelle étant courte, il faut aller rapidement à l'essentiel, ce que l'auteur réussit très bien. Je pense que je lirai un de ses romans bientôt.
Extraits :
- Il prenait les femmes en leasing. Sept ans d'utilisation en moyenne, avant de changer pour un modèle plus récent.
- Il pensait au légendaire Bartali, ascète romantique, religieux fervent ; à Hinault, si grand seigneur et pugnace dans la montée des cols-royal.
- ....l'imaginant sans peine en train de suer sang et eau sur un problème d'arithmétique, dans un lycée de seconde classe du côté de Paimpol ou de Saint-Brieuc......
- Dites, maugréa Bonnaventure, outré, où avez-vous effectué votre stage? A l'hôtel Lutétia, en 1940?
- Ces plombs sautent, dit Daniel. Il protège le disque dur et sacrifie tout le reste. Comme un disjoncteur par temps d'orage, si vous voulez.
-Famille d'Irlandais catholiques, boutée hors de chez eux par la famine des pommes de terre.
- Bon père de famille recherche secrétaire susceptible de répondre à certains critères.
- Empestant les frites et la graisse de porc. L'haleine dûment empinardée. Tocarde elle est, tocarde elle restera.
- N'importe quelle vie ressemble à un film de série B. à un moment ou à un autre : la grandeur de chacun réside uniquement dans le fait de tenter de dépasser cette limite.
-Le type même du pet-de-loup prétentieux et bonasse. Il avait dû être notaire dans une autre vie.
- Elle entra sur la pointe des pieds. Aussi désirable qu'une joueuse de catch au moment de pénétrer sur le ring.
- J'aimais ce vertige, qui était le contraire du vide.
- Ils seront dans le noir, comme quand papa m'enferme.
Éditions : Gallimard/ Série Noire. (200o)
26 mars 2009
OBIONE Max / Balistique du désir.

Balistique du désir.
Max OBIONE.
Note : 4,5 / 5.
Il ne faut pas prendre ses désirs pour la réalité!
J'ai découvert cet auteur dans le recueil de nouvelles « Dans le panneau » édité tous les ans par « La Noiraude/ La fureur du Noir ». Son texte « Attention à la marche » m' a donné envie de lire autre chose de cet écrivain. Ce livre comprend vingt et un récits, donc je ne parlerai pas forcément de tous.
Quand un homme dit : « j'aime pas les petits légumes », il devrait réfléchir que le nouveau slogan à la mode est il faut manger au moins cinq fruits et légumes par jour. Résultat, il mangera les pissenlits par la racine! On peut aimer « la peau des femmes » sans être obligé de leur faire la peau, Oskart lui semble l'avoir oublié, le médecin psychiatre va tenter de lui rappeler!
« Ankylose » nous démontre que l'excès de lecture peut parfois pousser un adolescent à tuer! Surtout quand la lecture du moment est « Le rouge et le noir » et que la copine de sa mère lui dévoile ses seins et se permet des caresses très osées. Mais prononce, hélas pour elle, une parole malheureuse!
La mort également dans ce très émouvant récit « Poisoned Town ». La musique, l'amour et le dernier trip!
« Argile chaude », c'est la triste histoire d'un écrivain aux prises avec son éditeur, la représentante de son éditeur, le départ de son épouse, ajouter en plus qu'il n'écrit plus! Comme il aime beaucoup la bonne chaire, les émotions fortes lui sont déconseillées, mais certaines personnes de son entourage vont lui en donner des émotions!
« Joseph n'ira pas au paradis » et pourtant cela commence bien pour lui. De la compassion et de la charité, c'est agréable, ensuite vient l'amour, mais cette attirance se transforme en désir sexuel exacerbé!
« Mon gun » c'est le triste récit de la vie de Gégé, il était artisan, puis a voulu s'agrandir, mais il s'est brûlé les ailes. J'ai beaucoup aimé l'écriture de ce court texte, style argo.
Les personnages qui hantent ces récits sont tout, sauf ordinaires, enfin notre ordinaire à nous qui nous pensons des gens ordinaires.
Deux enfants, dont un infirme, qui décident de tuer le dernier amant en date de leur mère. Un privé et un insecte, ce n'est pas une fable, mais un conte cruel. Un futur navigateur doit savoir tenir la rampe ou la rambarde, sinon c'est le Saut de l'Ange! Un tueur à gages qui tue par amour et non pas pour de l'argent, mais il faut malgré tout rester professionnel pour l'après. Surtout quand tout le monde y trouve son compte! Une ancienne policière amputée de la jambe après un accident du travail est un peu susceptible et ne supporte pas certains mots! Une sommité scientifique qui retrouve des anciennes pulsions. Paulette a un problème dentaire, son assassin devait avoir une dent contre elle! Bref des assassins et des morts, c'est la vie, enfin pas pour tous. Un enfant précoce, mais pas forcément dans le bon sens, une policière charmante, un enfant qui aime son grand-père et la chienne de celui-ci les vengent et un accidenté de la route sont aussi des protagonistes de ces histoires.
Ces récits sont courts , donc ils ont du rythme et vont à l'essentiel en peu de lignes. Marc Villard en parle très bien dans sa préface. Du noir très noir, avec quelques pépites particulièrement brillantes, comme « Myriam trouble » ou « Caramel dur » par exemple.
Extraits :
- Ma mère prétend qu'il est très intelligent, c'est pour ça qu'il ne veut pas s'en débarrasser comme le proposent les hommes de sa collection.
- Pourquoi faut-il expliquer ce qui constitue ma personnalité intime ? C'est ainsi, malgré moi, malgré vous.
- On achève bien les bêtes blessées....
- Rimbaud, oui et aussi Dylan Thomas et René-Guy Cadou.
- Son démarrage calamiteux, bide mou et queue en pénitence.
- T'es venue pour un after, poulette ?
C'était bien Yves, le beau mec de « L'épave », dans un numéro de salaud.
- « On ne rit pas de ces choses-là ! ».
- Ginette, elle a dit : « c'est-y- pas malheureux de gâcher un si beau costard que j'ai payé à la sueur de mon cul ».
- « Toute la différence entre la culotte de coton et le string dentelle », qu'elle a remarqué Ginette.
- J'aurais dû me méfier.
- « L'intellect ne vaut rien en face d'une femme qui veut baiser » pense-t-il avec accablement devant la tournure des événements.
- « N'ayez pas peur, tout ceci n'a jamais existé ! »
- Paulette avait les dents noires mais le baiser savant.
- Je me fous d'elle, depuis que j'ai refusé qu'elle m'embrasse. Un caramel, même par ces temps de pénurie, c'est trop peu pour supporter son menton qui pique.
- Ses yeux sont beaux, elle est belle, toute femme ayant cette générosité je la trouverais belle....
- ...le pardon est dans nos coeurs...
Éditions : Krakoen. (2007) ici
Le site de l'auteur, là.
25 mars 2009
MONTSERRAT Ricardo / Les dix petites noires.

Les dix petites noires
Ricardo MONTSERRAT.
Comme les femmes en noir,
triste et seule elle m'attendra.*
Note : 3,5 / 5.
Je ne connais pas cet auteur, mais le thème de la nouvelle noire se déroulant en Bretagne m' intéresse vivement. Ricardo Montserrat, écrivain engagé et homme de théâtre, est né en Bretagne dans une famille de réfugiés catalans. Il anime des ateliers d'écriture un peu partout en France, mais surtout dans les milieux des exclus de la société libérale.
Marie n'a « Rien dit », peut-être qu'elle aurait du, mais elle n'a rien dit, quand son mari est rentré de captivité. Mais elle n'a rien dit encore une fois, alors après c'était peut-être trop tard?
Lucienne, pleure sa jeunesse et sa vie. Son père a été enlevé par la résistance, retrouvé mort après avoir été torturé, par qui? pour quoi? Elle s'interroge et regrette, si j'avais été un garçon....
Anna est une nouvelle qui m'intrigue et qui malgré plusieurs lectures me pose un problèmes de compréhension et de chronologie. Mais ici encore les dénonciations et la mort sont au coin du bois.
Josèph, chrysalide, papillon de la mort, brûle les ailes de ceux qui l'approchent de trop près, et pourtant, comme attiré par sa lumière d'autres fascinés viennent, encore et toujours..... une nouvelle très étrange.
Minie est petite, comme l'indique son surnom, alors elle se donne de la peine pour grandir. On lui parle à l'école des grands hommes d'états, des géants de la littérature, pauvre Minie un jour les Allemands sont venus à la ferme, et elle était toute petite, et bien jeune......
Madeleine est née « déhanchée » en plus elle a épousé un ivrogne, c'est quoi sa vie, « Un chemin de croix » . Mais après un accident son existence devient un calvaire.
Renée, elle ne veut pas grand chose « Deux sous de bonheur », encore faudrait t-'il que cette monnaie ait encore cours, sinon cela risque d'être cher payé. Que dis-je au prix fort!
Marcelle a une soeur jumelle, qui lui prend évidemment tout, l'amour de sa mère, le lait, l'affection etc.... Jeanne devient belle, c'est l'honneur de la famille, mais Jeanne meurt, alors le monde change et Marcelle....
Louise a aimé Valentin, ils se retrouvaient avec tous les jeunes du village aux pieds du calvaire, ils étaient tous les deux nés le 14 février! Amour ou calvaire! Une belle leçon de courage, pauvre Louise, mais elle se vengera, elle ainsi que toutes les femmes bafouées.
Momone est sur scène, elle parade, l'homme de sa vie vient de mourir entre ses bras. Une nouvelle écrite comme une pièce de théâtre en un acte, avec poésie et chansons. On baisse le rideau, le livre est fini!
Dix femmes, dix prénoms, dix histoires et autant de morts si ce n'est plus. Les séquelles et les changements survenus en Bretagne après la guerre à travers l'histoire tragique de dix femmes, avec bien évidemment des hommes, qui ont toujours ou très souvent le mauvais rôle, celui du mort. Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, ce n'est pas toujours les femmes qui les tuent! Mais toujours, ce sont elles les victimes. Trop jeunes ou alors soudain devenues trop vieilles, jamais à la bonne place au bon moment, trop naïves ou amoureuses, mais portant toujours le poids du monde sur leurs épaules.
C'est très bien écrit, mais parfois je n'ai pas réellement compris toutes les subtilités de ces nouvelles.
Par contre j'aime bien la tournure de certaines phrases :
-Le marin revient. Il avait marié un restaurant. Au Soleil Levant.
Des histoires noires, très noires, un humour grinçant et cynique des gens bêtes et très méchants, aussi infréquentables les uns que les autres. Je garde de ce livre un sentiment mitigé, mais un ouvrage très attachant et surprenant.
Extraits :
- Son coeur a cessé. Le deux avril 1952, à deux heures et demie.
-Oh, il m'en avait voulu. Il savait compter.
-Je ne pouvais pas savoir qu'il reviendrait.
-Vu dans l'état dans lequel ils l'ont laissé.... Les nazis n'auraient pas fait pire.
- C'était un homme honnête. Un facteur. Il savait garder les secrets. Il n'allait pas à confesse.
- Ma mère n'avait pas 18 ans qu'elle était déjà fatiguée.
-....ma mère avait pleuré sa jeunesse qui s'en allait entre les mains du temps.
-Mon père était parti comme les autres, avec les autres qu'il connaissait, pour se battre contre d'autres qu'il ne connaissait pas.
- ...j'écrivais des cartes postales et soignais ceux qui n'avait pas voulu mourir à la première escarmouche.
-Les femmes s'occupent davantage des enfants que sont les hommes que de leurs propres enfants.
- Cet amour là n'existe pas. Les hommes sont lourds et grossiers.
- Ici, seuls les ivrognes et les députés parlent trop.
- Je n'étais pas sa jumelle, j'étais son ombre.
- Ceux de la communes sentaient tous la même chose, le poisson et le linge bouilli. La Cologne le dimanche.
- Où est ta coiffe, Louise?
- Un rapide, rigolaient les cochons, à chaque bal il trempait son poireau dans au moins trois marmites.
- Les couilles tirent vers le bas, les ailes vers le haut. C'est connu.
- Je n'aime pas les gens qui se cachent derrière une barbe.
- Le matin, il avait la tête d'un trépassé.
Éditions : Ramsey.(2000)
*Gilles Servat, la blanche hermine.
24 mars 2009
MALTE Marcus / Intérieur Nord

Intérieur Nord.
Marcus MALTE.
Note : 4 / 5.
La route des morts est la seule qui tienne.*
J'ai lu cet auteur pour la première fois dans le recueil de la Noiraude & la fureur du Noir. Son texte « Inoxydable » était excellent et m'a donné envie de lire autre chose de cet auteur.
Quatre nouvelles, ou plutôt quatre récits sur la solitude de l'homme, solitude voulue ou imposée.
Dans « Musher » Jacques semble déboussolé, il le dit lui même, il ne sait plus ce qui est normal ou pas! Isolé dans sa montagne natale, il repense aux derniers évènements de sa vie. Évènements récents qu'il tente de comprendre. L'arrivée de ce couple, l'homme, Cole beaucoup plus âgé que la femme Lauren. Ils recherchaient le calme, ils pensent l'avoir trouvé. La vie s'organise, le couple descend au village le matin, l'après-midi l'homme se repose, la femme et Jacques font des sorties avec les chiens. Ils visitent la région, de plus en plus loin, et leur relation change petit à petit..... Un jour Jacques lui fait visiter le lieu dit « Le Pas du Paradis », n'est-ce pas plutôt le début de sa descente aux enfers.....
« Prends ton manteau dans le couloir,
et prends mon amour pour escorte »
Dans la nouvelle « Le jardinier » Bruno a un jour oublié son escorte, il a été tué par deux individus en tentant de défendre sa petite amie, qui retirait de l'argent d'un distributeur, mourir pour 200 francs! Son père évoque les bouleversements causés par cette mort dans la famille. Leur couple est brisé, son épouse a rejoint une communauté « L'espérance ». Nathalie la fiancée a refait sa vie, Serge le frère aîné a petit à petit pris ses distances. Alors le père, la nuit roule, avale des kilomètres, et retourne au travail le matin. Les assassins n'ont jamais été retrouvés par la police. Un jardinier ne dit-il pas qu'il faut prendre la mauvaise herbe à la racine et la trancher nette ?
Imaginez un ange, mais un ange un peu particulier :
L'ange accoudé
Avait
Un petit coup dans l'aile
et dans le nez
c'est « L'ange pleureur ». C'est l'histoire d'une longue recherche, celle entreprise par un homme, des années auparavant pour retrouver une femme, et elle est là maintenant devant lui, dans ce café d'Amiens, vieille « pochtronne », interpellant les clients de passage pour un verre de Martini. Trop décatie, elle ne se prostitue plus que très rarement, ou alors pour effacer une ardoise au bistrot. Ce jeune homme l'écoute, lui offre à boire, la raccompagne chez elle, lui parle. Elle lui raconte par bribes sa vie, une enfance difficile mais heureuse, mais il y a bien eu un jour une cassure! Et qui est réellement ce jeune homme, qui doit repartir vers sa vie à lui?
« Jeanne, ma Jeanne », c'est l'amour fou, absolu, celui dont un homme ne se remet pas!
Je n'oublie pas que tu fus celle
que j'ai aimée
la seule.
Lucien, la quarantaine, a été marié, enfin il a plutôt vécu en parallèle avec son épouse, mariage forcé, suite à ce que nous appellerons pudiquement une erreur de jeunesse. Chauffeur routier, il part toute la semaine, leurs relations deviennent de l'indifférence polie, sans dispute, pourquoi continuer à perdre deux vies, alors ils divorcent. Lucien change de métier et devient représentant de commerce, il aime ce travail, un jour il fait la connaissance de Jeanne, il revient la voir, fait la connaissance de Jérémie son fils.... C'est le début du bonheur pense t-il, mais, la vie cette garce en a décidé autrement.
Un montagnard pris au piège de l'amour et de la mort, les grands espaces et ses chiens, il n' a connu que cela. Quand un couple vient s'installer chez lui pour quinze jours, tout sa vie bascule, il ne sera plus jamais le même.
Un homme sillonne les routes la nuit, que moissonne t-il seul au volant de sa voiture ?
Un jeune homme et une vieille alcoolique à Amiens, histoire pathétique de cette femme.
Les histoires d'amour finissent mal en général, celle de Jeanne et de Lucien finira très mal, et la morale ne sera même pas sauve.
De la déraison, des détresse profondes, des hommes qui touchent le fond, tuant par amour, ou aimant à la folie, les deux souvent combinés d'ailleurs. Un très bon livre analysant des gens souvent à la raison à la limite du point de rupture. Des vies qui basculent, sur un mot, un geste, un regard, des existences pathétiques poussées à l'extrême.
A signaler que chaque histoire est précédée d'un texte, plutôt long pour « Musher », d'où sont extraites les phrases en italique.
Extraits :
- Ça m'avait passé, ces histoires, et maintenant, ça me reprend. Mais ils ne sont plus là. Il n'y a plus personne pour me porter.
- C'est à ce moment-là que j'aurais pu dire non. Je sais. Un non ferme et définitif.
- On évite de parler de sa mère. À quoi bon ? Nous savons tous les deux ce qu'il en est. Les choses n'iront pas en s'améliorant.
- Dorénavant, je peux affirmer connaître la véritable valeur de la vie. Et de la mort.
- Si profondément enfouies que même les torrents de Martini que charriaient son sang ne pouvaient les exprimer.
- Elle n'avait pas de grand appétit mais elle avait soif, sempiternellement soif.
- Je ne cherche pas à me justifier, ni à me faire pardonner. Personne ne peut plus me pardonner.
- C'est comme ça : j'ai toujours eu tendance à croire que les gens, dans le fond, sont exactement ce qu'ils ont l'air d'être.
Éditions : Zulma / Roman Noirs. (2008)
* Phrase extraite de « l'introduction ».
Amanda, Bladelire et Tamara parlent elles aussi de ce livre.
Le site de l'auteur, ici.
23 mars 2009
ÉMERY Alain/ Canaille & Compagnie

En janvier, certains magasins font « La quinzaine du blanc »; en cette fin du mois de mars, je vais faire « La semaine du noir ». De la nouvelle noire plus précisément, 6 recueils d'auteurs qui pour l'instant ne sont pas encore sur ce blog à titre personnel, certains figurent dans des ouvrages collectifs. Ils apparaîtront par ordre alphabétique. Ce sera une petite semaine, je me reposerai dimanche, et vous aussi sûrement!
A suivre,
Yvon.
Canaille & Compagnie.
Alain ÉMERY.
Entre gens du même bord.....
Note : 4 / 5.
De cet auteur, né à Saint-Brieuc, je ne connaissais qu'un seul texte : « Chez moi, » paru dans le recueil « En Bretagne ici et là. ». J'avais beaucoup aimé une phase : « Que voulez-vous, je suis d'Erquy...C'est dans la viande. Je ne peux rien contre ça ». Un de ses romans se nomme d'ailleurs « Erquy sous la cendre ». Ce recueil de 19 nouvelles est paru en 2005.
Le jeu voilà l'ennemi, un homme « entre dans l'ombre », sur lui il a un peu d'argent, il est sûr que pour une fois la chance va lui sourire. D'ailleurs chez lui, il a eu un bon présage.....
« Tolérance zéro » notre futur n'est pas très gai, cette nouvelle est là pour le rappeler. Un homme sûr de ses principes et des lois qui régissent le monde est confronté à un dilemme. Il aime une pauvre, qu'est-ce qui est pour lui le plus important la raison ou l'amour ?
« Passer au travers » tout homme aura le droit à son quart d'heure de gloire disait AndyWarhol. Le problème est d'être considéré comme le symbole de la lâcheté. Pour le personnage principal de cette nouvelle la vie est devenue une parenthèse! Mais sans le vouloir, la société lui donne l'occasion de se venger.
« Grand sorcier » est à mon goût l'une des meilleures histoires de ce livre. Imaginez un homme, expert en produits dopants, sévissant dans toutes les disciplines sportives. Un jour, il prend un homme normal et à force de piqûres et de pilules le transforme en une espèce d'étalon, roi des rings. Mais les étalons ont également des besoins sexuels, et la femme du « Grand Sorcier » n'est pas insensible au charme surdimensionné du sportif. Alors, le roi de la dope se rappelle d'un cocktail maison, cocktail en intraveineuse.....
« L'ordre des choses » est immuable. Alors, quand on veut tricher cela peut se retourner contre l'instigateur de ce mauvais coup. C'est ce que découvre avec stupéfaction un homme d'affaires devant la maigre assistance qui s'est déplacée pour son enterrement. Simulé, l'enterrement !
« Safari » pas d'animaux tués dans ce safari photo, une seule cible Edwige, une belle bête en réalité. Mais dans le tableau de chasse il faut un mort!
« Le pactole » cela se mérite, c'est ce que pense Jean René Barmont, qui excelle dans son métier enfin le métier dont il se prévaut : chasseur d'héritage. Et ne croyez surtout pas que c'est la belle vie, ils font faire des sourires et des ronds de jambes. Il en passe des nuits au chevet de gens malades, bref une occupation à risque.
« La médaille », comme toutes les autres, elle a son revers. Mais on ne l'emmène pas dans son cercueil, alors pourquoi ne pas aller demander à la future veuve de lui donner cette fameuse médaille?
Des personnages souvent pris des des événements qui les dépassent, comme un enfant de 10 ans, dont le père se présente comme « Nono le roi des mécanos », et qui en plus bat son épouse. Mais quand on n'a que 10 ans....Une femme est horrifiée, un rasta attend chez son docteur, un chauffeur de taxi pense que sa vie ne sera plus la même après avoir transporté cette femme sublime. Il ne se trompe pas. Un sous-préfet qui découvre sa femme parmi les manifestants, une femme pensait pouvoir devenir Miss Monde, à bientôt 40 ans que lui reste-t-il ce rêve de jeunesse? Un notaire un peu aviné et soudain généreux, un postier un peu timbré, un bûcheron amoureux et un homme en colère, derrière chez lui dans son bois....Un garçon un peu simplet, qui dorlote son champion en vue d'une grande course, cela demande de l'attention et des soins. Même si la mère n'est pas d'accord.
Si comme moi on n'est pas trop gêné par la noirceur dans la littérature, ce recueil fait partie des très bons. L'écriture est très agréable (plus que certaines situations !) et la présentation très aérée, ce qui rend la lecture plus facile. En plus, et cela ne gâche rien, il y a beaucoup d'humour noir et désespéré dans beaucoup de ces histoires. Cela amène parfois un rire jaune évidemment.
Extraits :
- Il sait de quoi il parle, lui qui a vendu son rein gauche pour finir de payer sa voiture.
- Je crois que nous sommes tous programmés pour l'enfer. J'ai vécu le mien sans broncher.
- Déhydroépiandrostérone, erythropoïetine....À la seule évocation de ces liqueurs barbares, j'étais comme un poisson dans l'eau.
- Un virtuose des corticoïdes ! Le Mozart de la nandrolone ! Ces potions n'avaient aucun secret pour moi, et cette généreuse partition s'offrait le plus dévoué des chefs d'orchestre!
- Il représentait l'État. L'État, avec un grand E.
- Je crois pouvoir dire que je suis un monstre normal.
- Certains hommes murmurent à l'oreille des chevaux. Régis, lui, savait susurrer à l'oreille des gourdes.
- Il passait, auprès de son écurie, pour un être absolument exquis. Jamais ils ne les brusquaient.
- Je ne sais plus qui a dit que j'étais un médiocre en plein déclin.
- Aussi régulière que les flux et reflux des marées, l'inquisition poursuit son œuvre.
- Tu vois, Nanard, si tu ne fais rien à l'école, plus tard, tu seras comme eux.....
- Parce qu'il reste des cartouches qu'il y a encore de la place. Beaucoup de place.
- Elle mourut sans même s'en apercevoir.
Éditions : La Tour d'Oysel (2005)
20 mars 2009
Le DRIAN Marie / Le petit bout du L.

Le petit bout du L.
Marie Le DRIAN.
Note : 5 / 5.
Claire obscure.
Ce livre est, me semble-t-il, la première oeuvre de Marie Le Drian, éditée hors Bretagne et son premier roman. Lors d'une conférence à la médiathèque de Lorient, Marie Le Drian, nous parlait de l'importance de la première phrase dans son écriture, voici donc cette première phrase :
« Je n'ai pas de machine à coudre ».
Une femme, Claire Salaün, vivant dans la zone humide, est la narratrice de ce roman. Pour tromper sa solitude et calmer son agitation, elle coud des coussins. À la main évidemment. Elle nous explique le départ de Bernard, le père de ses enfants, qui a demandé sa mutation pour les zones sèches et qui l' a abandonnée dans ce pays de pluies. Ce sont les vacances, les enfants sont chez leur père, alors c'est la période de la grande agitation et des idées fixes. Un noeud dans le fil et elle repense à une de ses amies, il y a très longtemps qui lui avait montré comment résoudre le problème. Elle pense ne pas l'avoir remercié à ce moment-là, alors elle décide d'aller au bourg lui envoyer une carte postale de remerciement!
Elle nous parle de son union avec un mari toujours absent, et qui un jour s'est absenté pour de bon. Il vient chercher les enfants pour les vacances, elle évoque sa solitude sans sa progéniture. Son amant Xavier, est toujours navré et pressé, riche homme d'affaires, il vend des machines à coudre! Mais n'a jamais pensé à lui en donner une! Elle fait des efforts pour lui plaire, tailleurs et lingeries fines. Lui ne remarquant rien, pris entre son travail, sa famille et ses deux maisons. Lucide, elle se rend compte que ni l'un ni l'autre ne lui ont proposé de l'emmener dans la zone sèche, sous le soleil! Elle constate son manque de relation dans le village et dans son travail, ses parents sont décédés, sa mère chez les Carmélites, son père dans les zones désertiques!Alors faisant preuve d'une audace dont elle ne se serait pas crue capable, elle décide d'aller chez sa copine, Catherine, dans la zone sèche! Mais c'est comment là-bas?
Catherine, la copine, arrive en retard à la gare, Claire patiente sous le soleil.
La narratrice, Claire, est un peu comme les autres personnages principaux de Marie Le Drian, elle veut peu de choses, être quelqu'un, mais même cela lui est refusé. Elle est un doux mélange de candeur, d'indécision et de fatalisme, elle est à la fois touchante, mais aussi agaçante. Par exemple, elle pense que son amant Xavier va la quitter, sa première réflexion est de savoir ce qu'elle va faire de ses tailleurs qu'elle a acheté pour ses rendez-vous galants! On la sent toujours à la limite de la rupture, traînant ses souvenirs comme un boulet. Et surtout l'envie de reconnaissance, qu'elle ne soit plus uniquement « Maman » ou « Madame », mais « Claire » parfois, pas souvent, mais des fois! Avoir une identité, bien à elle, pas cette ombre triste et solitaire. Ne plus être « Ma pauvre fille » comme disait sa mère ou « Ma pauvre chérie » comme l'appelle Catherine.
Catherine a une vie plus active, dirons-nous, entre Raymond, son ex-mari, le couple ayant « demandé à la loi de les désunir », les enfants et Serge, le nouvel époux. Mais Serge ne rentre pas, et Catherine s'inquiète et parle d'une « Autre ». Elle ressemble par certains côtés à la mère de Claire, pleine de condescendance envers cette pauvre Claire!
On ressent déjà dans ce premier roman l'atmosphère si particulière, aisément reconnaissable dans les livres de cet auteur. On trouve également des tournures de phrases très peu habituelles dans la littérature, par exemple :
« Alors, pour le dire à Xavier, je m'oblige à nouer un peu avec d'autres dans les magasins ou sur le chemin des commissions ».
On sent bien dans l'écriture de ce livre l'esprit de fixation qui anime Claire dans une sorte de répétitions des phrases, jamais les mêmes, mais tournant autour du sujet. Le besoin de s'expliquer sur les gestes qui lui semblent cruciaux à un moment de ce qu'elle nomme de « fixation », la carte postale qu'elle veut envoyer, le carnet qu'elle désire acheter.
Les zones préfigurent« L'intérieur » des livres futurs, le monde marin ou le monde paysan, cela donne au début de la lecture un petit sentiment de science-fiction qui déroute une peu. Un livre surprenant, à la fois proche et éloigné du reste de l'oeuvre de cet auteur.
Extraits :
- J'étais énervé à cette époque-là, je ne vois pas pourquoi j'irai le dire.
- Notre maison et son jardin sont dans la zone humide, près de la mer. Tout à fait au nord, nous disons au grand nord, de la zone humide.
- Dans cette région du grand nord de la zone humide, juste près de la mer, les habitants ne sont pas très liants, où ils se pressent à cause de toujours la pluie.
- Je devrais aller au bourg pour oublier mon idée fixe.
- On m'avait à peine prévenue que les commerciaux n'étaient pas des gens stables. Un rural n'aurait jamais demandé sa promotion pour la zone sèche.
- Xavier promet souvent. Il n'est pas navré de ne pas tenir ses promesses, il les oublie.
- Les maisons sont mitoyennes, mais en forme de L. Moi, j'ai seulement le petit bout du L.
- J'achète des dessous imitation soie. Xavier, au toucher, ne fait pas la différence. Il n'a pas le temps.
- Je suis quelqu'un qui ne sait pas faire avec les personnes.
C'est grave.
- « Tu n'es vraiment pas plus dégourdie qu'en zone humide. »
- Moi, j'aimerais faire des listes pour oublier, mais c'est un processus complexe que je ne connais pas.
- L'attente, c'est un domaine au moins dans lequel je ne suis pas lamentable.
- Ma mère disait que j'étais molle, inerte, répétitive. Elle n'avait pas tort.
- Jusqu'à ma mort je les verrais annoncer leurs décisions sans se préoccuper.
Éditions : Robert Laffont. (1992).
Voir le blog de Marie.
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18 mars 2009
CHEVALIER Gérard / Ici finit la terre.

Ici finit la terre.
Gérard CHEVALIER.
Note : 4 /5.
Et certains y perdent la vie.
Un auteur que je découvre avec ce livre. Cet ouvrage est en compétition pour le prix du Goéland masqué du festival du roman policier de Penmarc'h dans le Finistère. Gérard Chevalier est pour l'instant surtout connu comme comédien et scénariste. Ce livre est son premier roman.
L'île de Batz, à la fin de la guerre, là-bas comme ailleurs, des règlements de compte ont eu lieu. Soazig, une îlienne, était amoureuse d'Hans un allemand. Elle fut rasée et lui, fait prisonnier. Un peu plus tard, Hans revient sur l'île avec un autre de ses compatriotes, Villem, comme travailleurs prisonniers. Hans, pour aider une veuve à l'entretien de sa terre, Villem pour seconder Riou, le cantonnier . Ils seront tués tous les deux. Un marin amoureux de Soazig, qui avait menacé de mort l'officier allemand, apparaît comme le coupable idéal, mais un témoignage digne de confiance vient l'innocenter! Pourquoi ces deux hommes sont-ils morts, et par qui ont-ils été tués?
Et puis deux morts de plus, après les millions de la guerre! Pour les enquêteurs, un autre problème se pose, certaines révélations les mènent sur la piste d'un trafic d'armes, ils arrêtent les coupables, Loïc Le Gall et Pierre Madec, mais ceux-ci ne passeront même pas en jugement. Soazig, libérée de prison, s'est suicidée en apprenant la mort d'Hans.
Le temps passe, certaines familles s'enrichissent en ces temps troublés, des couples se séparent, d'autres se font. Les haines sont toujours aussi vivaces dans cet espace où pratiquement tout se sait.
Nous sommes en 1973, Le Menez, ancien garde-champêtre, qui n'avait jamais caché ses sentiments pro-allemands, est tué, puis vient le tour de Loïc Le Gall, famille qui s'est fortement enrichie depuis la fin de la guerre. Ils ont été abattus avec la même arme que les deux allemands, plusieurs années auparavant! Et cette arme qui, normalement, est au tribunal de Quimper, a en fait disparu.
Puis Pierre Madec est aussi abattu.......Et puis...... la liste s'allonge....
Commence alors une seconde enquête, qui mettra encore une fois en lumière la duplicité de certaines familles, leur sorte de repli sur eux-mêmes, leur défense opiniâtre de l'argent et de la terre.
Beaucoup de personnages dans ce roman, les femmes se révèlent plus intéressantes que les hommes souvent dépeints comme des coureurs de jupons frénétiques ou des arrivistes pour qui les conquêtes féminines et monétaires sont les seuls buts.
Soazig est une femme passionnée, altière, ardente et ambiguë, pleine de contradictions, elle choisira le suicide, laissant sa fille Marie-Hélène à la garde de Dominique qu'elle avait connue en prison.
Gwenaëlle, amie d'enfance de Soazig, est restée à Batz, s'est mariée, a eu des enfants, dont une fille qu'elle a prénommé Soazig, mais son couple s'est détérioré au fil du temps. La veuve Le Floc'h est une figure de l'île, respectée, elle a accueilli Hans et lui a toujours témoigné beaucoup d'affection. Affection qu'elle reportera sur Giuseppe, prisonnier italien, qui le remplacera et qui restera sur l'île.
Pierre-Yves Legarrec, après une période noire due à la liaison entre Soazig et Hans, sera initié aux joies du corps par une longue liaison avec une dame dont nous tairons le nom, puis il épousera Gwenaëlle après le divorce de celle-ci.
Certains personnages pittoresques, comme Braouzec surnommé « L'intellectuel », et son copain Chang, le chinois, ou d'autres comme Papy Riou qui, des années après, regrette encore la compagnie de Villem, nous réconcilient avec quelques-uns des hommes de ce roman.
Les habitants de l'île, les clans et les familles, la nature souvent hostile servent d'arrière plan à ce roman, âpre et dur mais qui se lit bien. Une histoire diabolique et une intrigue bien menée, un coup de maître pour un premier roman.
Extraits :
- À son arrivée sur l'île, Chang avait compris d'emblée les codes qui régissaient la vie de la population partagée en deux groupes inégaux et bien distincts : le peuple des gens de mer et le peuple des cultivateurs.
- L'ordre dont les Germains s'étaient portés garants se retourne contre eux.
- Mais quand ils ouvraient leur amour ou leur amitié, c'était pour toujours, gare à celui ou celle qui trahissait. Leur hargne aussi pouvait être aussi éternelle.
- Rescapés d'un conflit qui leur avait gâché de belles années, ils se laissaient aller à la joie de vivre sans réserve.
- Leur seule différence se situait au coeur : le père n'en avait jamais eu.
- Il aimait son île comme on aime une femme. Chaque fleur, chaque buisson, chaque oiseau lui appartenait.
- Ses sens étaient-il plus forts que son coeur ?
- Le message dit : NEDELEG LAOUEN.
Vous croyez que je peux comprendre votre langue de sauvage!
- Il n'a pas voulu quitter Quimper, la véritable capitale de la Bretagne, à son avis.
- Tous ont conscience d'un drame dont les racines prennent naissance ici et essayent d'en trouver les raisons.
- Ça va jusqu'à des histoires de revenant, ou de l'Ankou, le personnage de la mort en Basse Bretagne.
- Ce sont des yeux qui peuvent rester ouverts indéfiniment sur l'horizon. Leur expression est dure. Des yeux habitués à défier le mauvais temps. Ou alors à le respecter. Sans haine.
- Et le journaliste enchaîne, imperturbable, sur le résultat du football, nouvel opium du peuple, occultant à lui seul les soucis de la gente masculine.
- Quant à l'île de Batz au XXIe siècle, elle défie toujours le temps.
Éditions : Coop Breizh. (2008)
Site du Goéland masqué, ici.
15 mars 2009
PRILLEUX Frédéric / RDV au pied de la statue.

RDV au pied de la statue.
Frédéric PRILLEUX (coordinateur).
Note : 4 / 5.
Certains RDV peuvent attendre!
Reprenons, le même principe que tous les ans, dix écrivains, cinq professionnels et cinq amateurs sous la direction de Frédéric PRILLEUX nous donnent rendez-vous. Ne soyez pas trop optimistes, tous les rendez-vous ne sont pas des rendez-vous sentimentaux! Bien au contraire dans toutes ces histoires où la mort n'est jamais de tout repos. L'expression « Repose en paix » n'est pas pour les victimes de ce livre.
Laurence BIBERFELD, S.G.FENICE, Élodie Le BAIL, Jérôme LEROY, Marcus MALTE, Claude MESPLEDE, Aurélien MOLAS, Annie MULLENBACH-NIGAY, Jean- Claude REY et Than-Van TRAN-NHUT sont là pour mon 7ème opus de la série. Mais cette année, j'ai un an de retard à mon rendez-vous. Je n'avais pas bien noté le nom de la statue!
« JACOB. RDV AU PIED DE LA STATUE. MÊME HEURE LE 13 PAS LE 14. VENIR AVEC LA CHOSE. DELAFON ».
Le challenge de l'année est là! Une statue, une chose et un rendez-vous avancé d'une journée.Dans la première nouvelle (il en faut une) l'auteur nous annonce que l'art c'est de la merde! On ne peut pas lui donner tort, nous voilà dans un monde ou l'on nourrit les statues, et comme elles mangent elles défèquent (Qu'en termes galants ces choses là sont dites!). Deux vieux de la vieille veulent se retirer sur un dernier coup! Un gros coup, le casse du siècle!
Quelques nouvelles seraient à classer dans la catégorie « Gore » comme « la mort avec des veines chaudes » où l'auteur nous narre avec un certain sang-froid, l'association de deux malfaisants, un anthropophage et un spécialiste des puzzles en relief. Le second se servant des reliefs des repas du premier ! Ou alors « Vice-à-vice », qui nous est présenté sévices compris !
« Électricité Statique » est une nouvelle d'une noirceur absolue. Nous pénétrons dans le monde des policiers chargés d'enquêter sur les réseaux pédophiles qui sévissent sur Internet. Une vie de reclus, en espérant parfois sauver quelques enfants. Un voyage au bout de l'horreur.
J'ai également beaucoup aimé, la nouvelle intitulée « La chose ». C'est un long monologue, d'un homme parlant à un policier, sorte de garde à vue qui petit à petit va déboucher sur la révélation de certains drames.
Un peu d'humour dans « L'affaire Dada, une enquête de l'inspecteur Hugnet », si l'on n'est pas très à cheval sur certains détails une nouvelle tout à fait loufoque. Une nouvelle qui vient détendre un peu l'atmosphère plutôt glauque de certaines histoires.
A tout seigneur tout honneur, cette année nous avons le droit à un président de la République, en mauvaise posture soit mais encore président dans une nouvelle que j'ai personnellement trouvée délirante, se passant dans une France crépusculaire, ou l'on meurt de faim dans le Pas de Calais et où le choléra sévit près de l'étang de Berre!
C'est triste un enterrement, sauf pour l'assassin. Prenez le cas d'un homme, qui petit à petit a été dépossédé de tout par un de ses cousins. Celui-ci s'est installé à la maison, lui a appris l'amour de ses parents, et en plus a une très jolie fiancée. C'en était de trop!
Jusqu'où un homme politique peut-il aller pour assurer son élection ? Surtout quand des vieux souvenirs remontent à la surface. Et qu'ils sont illustrés par une photo.
Vieux souvenirs aussi pour le professeur Jacob, qui pour sa retraite regagne son village natal. Un de ses amis de jeunesse, Delafon lui donne rendez-vous. Alors Jacob se remémore un drame lointain. Quelle part Delafon avait dans la mort de cet homme ?
Excellente cuvée, avec un mélange des genres que je me rappelle ne pas avoir trouvé dans les autres éditions. Car ici nous mêlons allègrement le rouge et le noir, le rouge du sang et la noirceur de certains sentiments. J'ai beaucoup aimé la nouvelle « La chose » pour le style de l'écriture. « Électricité statique »m' a aussi beaucoup marquée. Il me reste la cuvée 2008 à lire.
Extraits :
- Ils ont mis la merde dans les galeries et les musées. Il est temps de démocratiser tout ça, et de mettre la merde dans la rue.
- Habituellement, les fous ont le sens des conventions. Les cannibales ne sévissent pas sous nos latitudes.
- Vince avait le corps d'Hulk en moins vert et la tête de l'ogre du Petit Poucet.
- De toutes façons, des militants et des ménagères, il ne devait plus y en avoir beaucoup.
Ni en France, ni ailleurs...
- Un faux jumeau, en vérité. Ma peine doit être insondable.
- Oser parler d'une France qui gagne dans un quartier où 60 % des habitants sont au chômage.
- Les collègues nous surnomment « les curés ». On ne peut y entrer que si l'on est célibataire et sans enfant c'est la règle. La deuxième raison se passe de commentaires.
- Une chose ?... Ah oui, « la chose », c'est plus précis, oui, mais ça ne même pas ça ne me met pas davantage sur la voie.
- Deux sujets d'élite déguisés en Dupont et Dupond, pour passer inaperçu, feraient les cent pas non loin.
- Tu ne perds rien pour attendre, d'Autrey. Un jour, c'est ta mémoire à toi que je traînerai dans la boue.
Je l'entendis à peine, mais cela sonnait comme une promesse.
Éditions : Les éditions Terre de Brume / Granit noir. (2007)
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