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Un peu de bleu dans une semaine bien noir.
Femmes de mer.
Collectif/ Cercle de la Mer de Lorient-Kernevel.
Note : 3,5 / 5.
Une nouvelle à la mer.
Ce recueil, édité en 2008, est le résultat d'un concours organisé conjointement par l'association des écrivains bretons et le cercle de la mer de Lorient-Kernevel.
Le thème se devine dans le titre de ce livre, les femmes et la mer. Huit nouvelles, les seuls auteurs que je connaisse sont Alain Emery (et encore pas depuis longtemps) et Joël Hamm pour « Un été à tuer » dans le recueil « A saisir »publication annuelle de « La Noiraude & La Fureur du Noir ».
Les autres auteurs sont : François Aussanaire, Philippe Brondeur, Sylvie Dubin, Geneviève Livory, Pierre Mangin et Sylvie Padellec. Trois femmes seulement, mais elles prennent les deux premières places du concours. Ces récits sont classés de la première à la cinquième place, plus trois prix spéciaux.
Prenons la mer!
Un petit mot sur chacune de ces nouvelles : « Pénélope », c'est l'histoire d'une femme qui, contre vents et marées, refuse ce qui semble être l'évidence, son mari est mort en mer. Cinq mois déjà qu'il est parti avec son équipage.....
« Les Veilleuses, » texte plein de tempêtes et de poésie. Un homme et trois femmes dans un phare, pour l'homme, quelle aubaine! Mais il refuse l'amour, il le niera longtemps, mais un jour....
« Ici-bas », c'est l'île de Monhegan, au large des côtes du Maine aux États-Unis, ce n'est pas le paradis, mais elle une femme veut pas quitter cette île malgré son veuvage.
La sagesse populaire dit « Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée! », mais elle ne dit pas si elle doit être verrouillée ou pas! Doit-on également verrouiller son coeur et ses sentiments?
« La vague » nous raconte la triste vie d'une épouse, Liza, dont le mari manque de maturité. Il part, revient quand il est en manque d'argent, il boit beaucoup. Que faire sinon céder sans cesse, s'apitoyer sur son sort, mais un soir, c'est trop....
« Dernière nouvelle » qui est sans doute ma préférée est l'histoire d'une femme qui quitte tout pour partir en cargo pendant les vacances. Et elle écrit année après année ces nouvelles sont comme des bouteilles à la mer, ce qu'elle fait d'ailleurs. Elle les enferme et les jette à l'eau, espérant un jour trouver un lecteur, recevoir un mail lui disant : je vous ai lu, mais hélas... Alors elle décide de forcer le destin, quelqu'un enfin la lira...
« Dentelles de la mer » a obtenu un prix spécial que je trouve amplement mérité, l'écriture est quelque chose d'indéfinissable, baroque, poétique, très riche, et très belle, pleine d'inventivité. Un personnage, créature étrange, Calypso telle une nymphe antique, parcourt cette nouvelle pleine de charme :
-"Quand elle marche, ses pieds ne bougent pas : c'est la terre qui tourne plus vite sous elle pour qu'elle avance".
« Rigadellenn », c'est un conte, non pas de fée, mais de sirènes, les sirènes ne sont-elles pas les fées de la mer! Morgan est la plus belle des sirènes, un jour elle est sauvée par un jeune marin-pêcheur. Elle lui promet monts et merveilles, plus son coeur pour qu'il la suive. Lui plein de sagesse est un homme heureux et il aime une fille du village, donc il refuse! Quelle peut-être la réaction d'une sirène vexée?
« Histoire de Maria Terra, de Vivien et de la mer. » L'éternel combat d'une femme et de la mer. Maria a perdu son mari en mer, son père et deux de ses frères, mais elle refuse que son fils suive leurs traces. Elle sait que dès l'âge de seize ans, il partira à moins qu'elle trouve une solution....
Une femme en noir refusant l'évidence, un journaliste partant faire un reportage sur les femmes gardiennes de phares, une veuve à qui la solitude pèse parfois, une mère veillant sur son enfant, toutes et tous d'une manière sont victimes de la mer. La mer, mangeuse d'hommes, on lui prête cette réputation! Qui hélas se confirme souvent.
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec le classement du jury, mais chacun jugeant suivant sa propre sensibilité de lecteur, tout cela reste très aléatoire!
Extraits :
- Elle avait trouvé son équilibre dans la négation complète. Pourquoi venir la déranger ?
- Lévina eut ce mot sibyllin : « Elle fait le compte du temps. » Je ne sais pas si c'était le compte ou le conte.
- Mais j'étais un pauvre type. Je suis resté avec les deux femmes muettes et lointaines.
- Nous n'avons jamais retrouvé Ronnie, mais il ne m'a jamais vraiment quitté.
- C'est encore un des mystères qui courent dans ces hommes-là. Ils n'échappent jamais à la mort.
- Un infirme de tendresse !
- ....Elle entreprit de raconter sa propre histoire : Dernière nouvelle.
- ....petite femme voûtée comme une cave d'autrefois.
- Et les seringues, y a pas de mystère : elles ne servent qu'à piquer les petits cons ou les vieilles bêtes. Alors colère.
- Dans la famille, c'est devenu une tradition : nous baignons dans l'univers des contes.
- Mais Maria a vu les yeux de Vivien devenus plus clairs encore, comme si la mer avait commencé à entrer en eux.
- ....elle s'en fait le serment : Maria va assécher la mer.
- Elle lui souhaite bon voyage. Elle allait dire « bon vent ».....
Éditions : Liv'éditions (2008).