La collecte des monstres.
Emmanuelle URIEN.
Note 5/5.
A chaque jour suffit sa benne
.
J'avoue à ma grande honte qu'à part une nouvelle dans « Mes chers voisins » opus annuel de « La Noiraude &La fureur  du noir », je n'avais rien lu de cette auteure. Pourtant je suis, du moins je le pense, un bon public pour ce genre d'écrits. Ce livre est son troisième recueil.
18 nouvelles souvent courtes, mais allant droit au but, un monstre se cache dans toutes ces histoires, souvent il est banal, tranquille dans son coin, se faisant oublier.
Dans « Cas de figure 38 » il se cache sous un masque, cela fait moins peur aux enfants.
Quand on se prostitue pour payer ses études, on se donne des règles, c'est bien normal. Mais la première doit être de ne pas se moquer d'un éventuel client! Et de ne pas baisser sa garde!
Plaie d'argent n'est pas mortelle dit le proverbe, tout le monde le sait, les proverbes ont souvent un fond de bon-sens. Un grand photographe apprendra à ses dépends qu'un agent est là pour gagner de l'argent, et pas du tout pour prendre la pose.
Aminata est muette, mais elle entend très bien, trop bien même parfois. Au centre d'un cercle parfait, tracé sur le sol, il paraît que la magie fait une «Zone de silence ». Un dernier trait, un dernier bruit, et comme par magie enfin le silence, un silence de mort!
Travailler dans un zoo, cela paraît tout bête, mais quand on est observateur, il n'y a pas beaucoup de différence entre le comportement des humains et des babouins.
« Alice  attend » épouse de routier ou de marin, les femmes attendent, c'est bien connu! Mais parfois elle aimerait bien que ce soit elle qui puisse partir!
Une Juliette qui attend son Roméo, ce n'est pas nouveau, ni très original, mais quand la Juliette, parle de physique idéal, c'est peut-être se vanter. Pour Roméo, la réponse est tranchante et sans fioriture « Je suis l'homme qu'il vous faut ». Et pourtant il amène des fleurs...
Une femme est victime d'un accident, alors elle ruse pour obtenir des entretiens d'embauche. Un homme marche, encore et encore, il vient semble-t-il de Pologne, la guerre est finie, il se dirige vers l'île de Bréhat. Après avoir quitté l'enfer, retrouvera-t-il le paradis?
Innocent ou coupable, de toute façon pour cet homme qui sort de prison, il ne peut être que coupable, mais 5 ans c'est long, et dans la rue rien n'a changé, ceux qui l'ont envoyé en prison ont toujours pignon sur rue, lui, par contre sa vie est foutue.....
Un homme et une femme dans une voiture, sous la pluie, lui part refaire sa vie au Canada, elle lui reproche de l'abandonner. Alors sur le bord de l'autoroute commence ce que l'on appelle « laver son linge sale en famille » et depuis le temps, il est sale le linge.
Des femmes rongées par la maladie, comme Firmine dans « Leurre de gloire », ou la narratrice dans « La pas du crabe », un comptable qui s'appelle Noël, cela inspire confiance, enfin, cela devrait, un autre qui trouve une situation en or, un magistrat qui devrait mieux lire son courrier, une marathonienne qui court, cela parait normal mais que laisse-t'elle derrière elle?
L'écriture est très agréable, les nouvelles étant brèves, il n'y a pas de temps mort (Il n'y a d'ailleurs que le temps qui ne meurt pas!) ni de descriptions trop appuyées. L'auteure réussit le tour de force de nous surprendre très souvent avec des fins d'histoire absolument inattendues et parfois énigmatiques. Un choc et un coup de coeur, comment croire en l'espèce humaine après tout cela!
Tiens, je vais regarder le film « Freaks » de Tom Browning, là au moins les monstres ne le sont que physiquement!
Extraits :
-Ils sont tristes, les gens, ils ne gagnent pas à être connus, même comme ça, sous pli discret.
-Ce cliché, c'est une photo de la femme idéale. Et cette femme, c'est moi, c'est bien moi.
-Sophie, je te demande pardon. Peut-être qu'après tout je ne reviendrai pas.
-Il est vrai que, depuis, on a fait du chemin.
-La magie, ce n'est pas un jeu.
-Vue imprenable sur un enfer minable.
-Il se voudrait exempt des défauts qu'il lui reproche.
-Il m'a piqué mes clés hier soir au bistrot, et voilà le résultat. Pour une fois qu'il la ramenait...
-Mon mari m'a quitté après quelques semaines de contemplation navrée, sur de vagues excuses.
-On réclamait un peu moins ses faveurs, et plus du tout ses talents. De ce côté-là, ça ne change pas grand-chose.
-Et pour une fois dans ma vie, je suis à contresens.
-Il avait démontré que l'on pouvait vivre sans coeur.
- Nous ne sommes pas des monstres.
Éditions : NRF/Gallimard. (2007).
Le site de l'auteur, ici.