RDV au pied de la statue.
Frédéric PRILLEUX (coordinateur).
Note : 4 / 5.
Certains RDV peuvent attendre!
Reprenons, le même principe que tous les ans, dix écrivains, cinq professionnels et cinq amateurs sous la direction de Frédéric PRILLEUX nous donnent rendez-vous. Ne soyez pas trop optimistes, tous les rendez-vous ne sont pas des rendez-vous sentimentaux! Bien au contraire dans toutes ces histoires où la mort n'est jamais de tout repos. L'expression « Repose en paix » n'est pas pour les victimes de ce livre.
Laurence BIBERFELD, S.G.FENICE, Élodie Le BAIL, Jérôme LEROY, Marcus MALTE, Claude MESPLEDE, Aurélien MOLAS, Annie MULLENBACH-NIGAY, Jean- Claude REY et Than-Van TRAN-NHUT sont là pour mon 7ème opus de la série. Mais cette année, j'ai un an de retard à mon rendez-vous. Je n'avais pas bien noté le nom de la statue!
« JACOB. RDV AU PIED DE LA STATUE. MÊME HEURE LE 13 PAS LE 14. VENIR AVEC LA CHOSE. DELAFON ».
Le challenge de l'année est là! Une statue, une chose et un rendez-vous avancé d'une journée.
Dans la première nouvelle (il en faut une) l'auteur nous annonce que l'art c'est de la merde! On ne peut pas lui donner tort, nous voilà dans un monde ou l'on nourrit les statues, et comme elles mangent elles défèquent (Qu'en termes galants ces choses là sont dites!). Deux vieux de la vieille veulent se retirer sur un dernier coup! Un gros coup, le casse du siècle!
Quelques nouvelles seraient à classer dans la catégorie « Gore » comme « la mort avec des veines chaudes » où l'auteur nous narre avec un certain sang-froid, l'association de deux malfaisants, un anthropophage et un spécialiste des puzzles en relief. Le second se servant des reliefs des repas du premier ! Ou alors « Vice-à-vice », qui nous est présenté sévices compris !
« Électricité Statique » est une nouvelle d'une noirceur absolue. Nous pénétrons dans le monde des policiers chargés d'enquêter sur les réseaux pédophiles qui sévissent sur Internet. Une vie de reclus, en espérant parfois sauver quelques enfants. Un voyage au bout de l'horreur.
J'ai également beaucoup aimé, la nouvelle intitulée « La chose ». C'est un long monologue, d'un homme parlant à un policier, sorte de garde à vue qui petit à petit va déboucher sur la révélation de certains drames.
Un peu d'humour dans « L'affaire Dada, une enquête de l'inspecteur Hugnet », si l'on n'est pas très à cheval sur certains détails une nouvelle tout à fait loufoque. Une nouvelle qui vient détendre un peu l'atmosphère plutôt glauque de certaines histoires.
A tout seigneur tout honneur, cette année nous avons le droit à un président de la République, en mauvaise posture soit mais encore président dans une nouvelle que j'ai personnellement trouvée délirante, se passant dans une France crépusculaire, ou l'on meurt de faim dans le Pas de Calais et où le choléra sévit près de l'étang de Berre!
C'est triste un enterrement, sauf pour l'assassin. Prenez le cas d'un homme, qui petit à petit a été dépossédé de tout par un de ses cousins. Celui-ci s'est installé à la maison, lui a appris l'amour de ses parents, et en plus a une très jolie fiancée. C'en était de trop!
Jusqu'où un homme politique peut-il aller pour assurer son élection ? Surtout quand des vieux souvenirs remontent à la surface. Et qu'ils sont illustrés par une photo.
Vieux souvenirs aussi pour le professeur Jacob, qui pour sa retraite regagne son village natal. Un de ses amis de jeunesse, Delafon lui donne rendez-vous. Alors Jacob se remémore un drame lointain. Quelle part Delafon avait dans la mort de cet homme ?
Excellente cuvée, avec un mélange des genres que je me rappelle ne pas avoir trouvé dans les autres éditions. Car ici nous mêlons allègrement le rouge et le noir, le rouge du sang et la noirceur de certains sentiments. J'ai beaucoup aimé la nouvelle « La chose » pour le style de l'écriture. « Électricité statique »m' a aussi beaucoup marquée. Il me reste la cuvée 2008 à lire.
Extraits :
- Ils ont mis la merde dans les galeries et les musées. Il est temps de démocratiser tout ça, et de mettre la merde dans la rue.
- Habituellement, les fous ont le sens des conventions. Les cannibales ne sévissent pas sous nos latitudes.
- Vince avait le corps d'Hulk en moins vert et la tête de l'ogre du Petit Poucet.
- De toutes façons, des militants et des ménagères, il ne devait plus y en avoir beaucoup.
Ni en France, ni ailleurs...
- Un faux jumeau, en vérité. Ma peine doit être insondable.
- Oser parler d'une France qui gagne dans un quartier où 60 % des habitants sont au chômage.
- Les collègues nous surnomment « les curés ». On ne peut y entrer que si l'on est célibataire et sans enfant c'est la règle. La deuxième raison se passe de commentaires.
- Une chose ?... Ah oui, « la chose », c'est plus précis, oui, mais ça ne même pas ça ne me met pas davantage sur la voie.
- Deux sujets d'élite déguisés en Dupont et Dupond, pour passer inaperçu, feraient les cent pas non loin.
- Tu ne perds rien pour attendre, d'Autrey. Un jour, c'est ta mémoire à toi que je traînerai dans la boue.
Je l'entendis à peine, mais cela sonnait comme une promesse.
Éditions : Les éditions Terre de Brume / Granit noir. (2007)
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