Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

27 février 2009

WHARTON Edith / Le fils & autres nouvelles.

Le fils et autres nouvelles.
Edith WARTON

Note : 3,5 / 5.
Au nom du fils.
Soucieux de corriger quelques lacunes littéraires, je vais donc pour la première fois lire une oeuvre de cette auteur américaine dont j'ai entendu dire beaucoup de bien. Comme je garde mes bonnes habitudes (bonnes pour moi), je commence donc par un recueil de nouvelles. Bien qu'il comporte 221 pages, il n'y a que trois histoires dans ce livre. « Le fils » s'apparente plus à un court roman qu'à une nouvelle.
« Le pélican » (1899) débute cet ouvrage. Mrs Amyot est une femme très comme il faut, veuve, elle donne des conférences sur l'art, pour élever son bébé. Celui-ci, prénommé Lancelot, grandit donc, mais sa maman continue de donner des conférences pour qu'il vive dans un minimum de confort. Devenu étudiant, sa maman continue le cercle de ses conférences pour payer ses études. Longtemps après, Lancelot est marié, il a des enfants et sa maman continue de voyager et de donner encore des conférences, le prétexte «  payer les études » de ce fils qui travaille maintenant! C'est l'histoire très étrange d'une mère un peu possessive, qui ne se rend pas compte que le temps passe et que les enfants grandissent.
« Les lettres » (1910). Il est à noter que cette nouvelle se passe entièrement en France. Lizzie West est une jeune américaine peu fortunée qui donne des cours à Juliette Deering, fille du peintre américain Vincent Deering. La femme de celui-ci étant souffrante, c'est lui qui gère la bonne marche de la maison. Entre Lizzie et lui naît une certaine attirance, suivie de rencontres clandestines. Mais toute la famille part quelque temps dans le sud de la France, laissant Lizzie avec son chagrin. Seul Vincent reviendra, car son épouse est décédée entre-temps et Juliette est restée en pension chez des amis. Mais il ne restera pas très longtemps, car il doit partir aux États-Unis régler l' héritage de son épouse. Malgré les habituelles promesses, Lizzie reçoit très peu de lettres. Les années passent, elle hérite d'un oncle très fortuné, et le hasard lui fait rencontrer de nouveau Vincent. Mais les rôles ont changé!
« Le fils « (1933) , la nouvelle qui clôt ce livre, est la plus longue et à mon goût la plus intéressante de ce recueil. Sur un bateau à destination de Cherbourg, Mr Norcutt retrouve d'une manière fortuite Catherine Glenn, celle-ci vient de vivre un drame. En effet son fils Philippe, qui était aviateur, est décédé pendant la guerre, son avion ayant été abattu. Deux ans après, son mari Stephen est lui aussi décédé. Mr Norcutt se remémore la vie du couple à New-York. Ce couple avait en effet une liaison avant leur mariage, mais Stephen étant marié, ils ne purent officialiser cet amour qu'à la mort de son épouse. Malgré tous leurs efforts, ils avaient des connaissances, mais peu d'amis. Leurs réceptions en dépit de tous leurs efforts se déroulaient souvent dans une ambiance très froide. Seule la mort de leur fils les remit un peu à la mode. Quelques mois plus tard Catherine Glenn se présente au consulat où travaille Norcutt. Elle aurait besoin de l'aide de divers consulats de pays européens. Elle lui raconte à ce moment-là le but de son voyage en Europe. Ce faisant elle lui avoue le drame qu'elle a vécu, un drame caché que pratiquement personne ne connaît. Un très beau texte, mais une histoire assez terrifiante.
Des personnages féminins comprenant : une mère abusive, une femme naïve, idéalisant son amour et une autre portant un lourd secret.
L'auteur se montre particulièrement cynique avec quelques-unes de ces femmes et parfois cruel avec d'autres. Ses descriptions de Mme Brown en particulier ne sont guère à son avantage :
- « je notais que ses long ongles ovales étaient fraîchement badigeonnés du vernis corail à la mode et que son index était teinté du jaune indélébile de la nicotine. Cet assemblage de couleur me parut singulièrement déplaisant. » Ce couple, les Brown, semble d'ailleurs réunir à eux seuls tous les défauts d'une certaine classe sociale. À mon goût, le personnage le plus attachant est sans conteste Catherine Glenn. J'aime beaucoup la ténacité de cette femme, même si elle s'accompagne d'un certain aveuglement.
En fermant ce livre j'ai un sentiment très mitigé, certes l'écriture est très brillante et précise. Par contre je trouve les personnages peu attachants et représentatifs d'une époque révolue. Je pense que ce genre de littérature n'est vraiment pas pour moi! Mais j'aurai au moins essayé.
Parmi les spécialistes d'Édith Wharton, quelqu'un pourrait-il me donner la signification du titre :
« Le pélican »? Personnellement je ne vois pas le rapport entre la nouvelle et le titre!
Extraits :
- Mrs Amyot possédait un don fatal : une vaste mémoire imprécise, et une parole extraordinairement facile.
- Elle dit que c'est une véritable agonie pour elle que de s'exprimer en public. Elle ne fait cela que pour le bébé comprenez-vous.
- Je l'aperçus de temps à autre, toujours plus corpulente, mieux vêtue, plus prospère et plus machinale – une véritable mécanique à conférences.
- Ils avaient échangé un baiser, voilà le fait nouveau.
- Oui, sa vie gisait, à ses pieds, parmi cet amoncellement de débris souillés.
- Il n'était pas le héros de ses rêves mais il est l'homme qu'elle aimait, celui qui l'avait aimé.
- « Un sens, dans la vie. Voyez-vous, depuis que nous nous sommes vus, j'ai tout perdu : mon fils et mon mari. »
- Quelqu'un déclara qu'ils devaient se coucher sans se départir de leur couronne, à l'exemple des rois et des reines des cartes à jouer.
- Quant à Mme Glenn, elle se montrait semblable elle-même : belle, intelligente et muette.
- La surface paraissait assez cristalline, mais que dissimulait le trouble en dessous ?
- Le visage qui en émergeait conservait toujours la même sculpturale beauté, mais sa texture s'était dégradée en une sorte d'ivoire usé.
Éditions : L'imaginaire. Éditions Gallimard.(2002)

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24 février 2009

COULIN Delphine / Les mille-vies.

Les mille-vies.
Delphine COULIN.
Note : 4 / 5.
Être ou paraître! *
J'avais beaucoup aimé, il y a un certain temps, le recueil de nouvelles de cet auteur       « Une seconde de plus ». Donc, je repars pour une seconde aventure avec ce roman paru en milieu de l'année 2008.
Est-il possible de résumer une vie en 24 heures ? C'est le temps de tournage qu'il reste à Dorine M. actrice, ensuite ce film sera fini. Mais est-il temps de passer à autre chose ? Est-on encore soi-même, après avoir endossé tant de rôles et de personnages ? Ou alors est-ce le temps des flash-backs ou des travellings arrières ?  Pour Dorine, cela devrait être un matin comme les autres. C'est un dernier jour de tournage, mais il y en a eu d'autres et elle espère qu'il y en aura d'autres. Pourtant elle se dit fatiguée par ce film. Elle marche vers les lieux de tournage. À cause de la scène qu'elle doit jouer aujourd'hui, elle a hésité et failli refuser le scénario. À cette heure matinale les rues sont presque vides, elle repense à toutes ces femmes qu'elle a interprétées dans sa carrière, toutes ces choses qu'elle a pris de ces personnages. Elle se rappelle de Maria, la folle, rôle qui lui a permis de briser un peu son image de jeune fille lisse et un peu « nunuche ». Nous la suivons sur le plateau, nous faisons connaissance avec la maquilleuse, une amie de longue date, nous assistons à une passe d'armes entre elle et la réalisatrice. Celle-ci désire en effet que l'ordre du tournage de certaines scènes soit inversé, Dorine pense qu'il s'agit d'une tentative de déstabilisation. La routine s'installe, si routine il peut y avoir en ce dernier jour. Mais pour Dorine, le doute s'installe, elle ressent une attirance très forte pour son jeune partenaire, elle craint cette scène finale. Elle doit rester Emma, le personnage, son double du moment, ne pas laisser sa personnalité propre prendre le dessus. Qui est-elle avec ses nombreuses vies, ses ombres qui passent dans son existence qu'elle abandonne avec plus ou moins de facilité. Ce soir, comme après chaque «  clap » final, se débarrassera-t'elle de son rôle....?
Dorine M., la femme aux mille-vies, mêlant malgré elle, le réel et l'imaginaire, une femme entre le trouble et les doutes, elle connaît le milieu du cinéma, l'amour n'y a pas toujours la sincérité voulue, elle est consciente qu'elle ne rajeunit pas. Son partenaire lui parle d'un rôle d'elle qu'il aime particulièrement, c'était il y a 37 ans, il n'était pas encore né!
Très peu d'autres personnages dans ce livre , quelques hommes de passage au propre comme au figuré. Le jeune premier, de ce film, qui dit être amoureux de Dorine, mais celle-ci a trop connu ce genre de situation. Seul reste dans la mémoire amoureuse de l'actrice, Max, le premier amour, le mari, le père de sa fille. Elle repense à sa mort tragique, le vide dans sa vie qui en a découlé. Le cinéma comme remède, vérité ou mensonge, la vie malgré tout. Est-elle restée elle-même ? Se jouait-t-elle la comédie? Toutes ces petites choses prises de droite et de gauche pour des rôles différents ont-elles changé sa vie, ou son métier ? Que reste-t-il de Dorine Magris sous le masque de Dorine Morel, l'actrice qui se prête au metteur en scène?
Un bon livre avec un climat bien particulier. L'auteur semble nous compliquer la lecture par plaisir, avec un va et vient incessant, entre les différentes femmes incarnées par Dorine. Des retours également sur des événements de certaines scènes cinématographiques datant de plusieurs semaines. Une tentative pour récréer une atmosphère de complicité ou la difficulté pour l'actrice, de jouer certaines scènes vécues dans la vie réelle. Une oeuvre en forme de puzzle sur différents niveaux. Delphine Coulin connaît bien le monde du cinéma, cela sonne vrai et donne une authenticité à ce livre, qui, à première vue, ne m'attirerait pas particulièrement. Il est à noter que quatre chapitres donnent un ton original à cette histoire; « Questions auxquelles personne n'aimerait répondre »; « Épithètes »; « Tous les prénoms de Dorine M. »et « J'aime ».
Extraits :
- Dès l'enfance ma vie avait oscillé entre réalité et fiction.
- Le rêve a changé de mains.
- Des semaines à me débarrasser de ce personnage, de ses aigreurs, de ses angoisses. Des semaines à me récupérer moi-même.
- Être Dorine M. c'est pouvoir être tout le monde.
- Je ne serai pas ridicule, je serai tragique.
- Certains rôles étaient vénéneux.
- C'est du documentaire, en fait. Un film d'amour documentaire.
- Tu veux bien arrêter de parler de nos personnages en disant« je » et « tu » ?
- Il se regardait m'embrasser. La sensation d'imposture revenait, et je n'arrivais pas à y croire.
- Tout, dans ma vie imaginaire, est vrai. Jamais réel, mais toujours vrai.
Éditions : Éditions de Seuil. (2008).
Autre chronique de cet auteur :
Une seconde de plus.
*What is the question?

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21 février 2009

FAILLER Jean / L'homme que je n'ai pas tué et autres récits

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L'homme que je n'ai pas tué et autres récits.
Jean FAILLER.
Note : 4 / 5.
Et c'est tant mieux!
Second recueil de Jean Failler que je lise (il me semble d'ailleurs qu'il y en ait que deux) après « Le gros lot », celui-ci comprend neuf nouvelles. J'ai fait la connaissance de cet auteur à Riantec, et j'avais beaucoup apprécié sa gentillesse.
Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, imaginez un homme qui tranquillement boit un café dans son bistrot favori. Il sent un regard peser sur lui, et effectivement un homme le regarde! Le lendemain la même scène se reproduit, ils se parlent, essayent de se souvenir, bien longtemps avant, l'Algérie......
Nous retrouvons « Fanch Nedeleg », je dis bien, nous le retrouvons, car cette nouvelle fait également partie du recueil édité pour les 20 ans du festival du livre de Carhaix. Et Fanch se pose toujours la même question, que peut-on ambitionner d'autre que le bonheur ! Et pour cela pas besoin de donneurs de leçons!
« Histoire d'un vieux con », je pense que nous avons tous un jour ou l'autre rencontré ce genre de personnage. Prêchant une chose et faisant absolument son contraire, profitant de sa position pour transformer un enfant en souffre-douleur. Un vieux con, le problème est qu'avant d'être un vieux con souvent ces gens-là sont de jeunes cons. Enfin il y a une morale dans cette histoire, le petit Manuel réussira dans la vie, et le vieux con deviendra un très vieux con. Le bon vin vieillit bien, la piquette tourne au vinaigre et aussi au ridicule.
« Élise et le capitaine fou » se passe sur un de ses bateaux poubelles qui sillonnent les mers. Élise est pilote, elle doit mener un bateau à quai, mais voilà... Le capitaine est un ancien de la marine de guerre allemande, plein de suffisance et de bière, l'équipage est terrorisé par cet homme, bref c'est plutôt vogue la galère que la croisière s'amuse......
Dans « l'ostensoir », nous rencontrons à nouveau notre brave recteur de la paroisse de Cap Caval, curé de ce petit village sur la côte bretonne qui, après une histoire de louche et de luxure est de nouveau en ville. Ici, il participe à une grande fête organisée par l'église. Un somptueux défilé pour la Fête-Dieu, le ban et l'arrière ban de l'église est là, même Monseigneur en personne. Mais n'y aurait-il pas un oublié parmi les invités?
« Pervenche » est tout de bleu vêtue, mais elle ne distribue pas des amendes, non, mais pourtant dans cette histoire, certains en mériteraient.....
Le Bredin lui n'a pas besoin de diplôme ; dans sa sagesse, il sait comment soigner un chêne, mais la folie et la soif de vengeance d'un homme réduiront ses efforts à néant.
Tonton Lom aura sa vengeance sur sa belle soeur, elle sera, il est vrai posthume, mais au combien méritée! Il faut se méfier des écrits d'outre-tombe, ou alors on risque de finir à la rue. Par manque de pitié, on finit au Mont de Piété!
Des contes et des fables ainsi que quelques souvenirs, des fables car souvent il y a une morale simple, mais souvent oubliée à ces histoires. La modestie d'un petit curé, le bon sens d'un village qui défend son chêne, celui de Fanch également à qui son bonheur suffit, le sentiment de révolte des enfants contre l'injustice. L'église est égratignée dans « La quête » et dans « L'ostensoir ». Le profit, le gain et l' avarice qui mènent le monde dans « Elise et le capitaine fou » ou certains personnages dans « Le magot de Tonton Lom ». Une touche de fantastique, mais aussi une mise en garde dans « Le fantôme de minuit moins le quart », la nuit tous les chats sont peut-être gris, mais quand le souffle du chauffeur vire au vert, la nuit risque d'être d'un noir absolu.....
L'écriture est toujours très simple, mais en aucun cas simpliste, ce qui rend la lecture facile et donc agréable bien que le propos soit parfois moins souriant que dans « Le gros Lot ». Comme pour ce dernier les illustrations sont de Rozenn Failler, la fille de l'auteur.
Extraits :
- Comment appelle-t-on un homme qui surgit brusquement au bout de 40 ans !
- Et si ce n'était pas du sommeil du juste, je vous prie de croire que cela lui ressemblait bougrement!
- À l'époque, pour devenir  « quelqu'un », il convenait d'entrer dans l'Administration.
- Que serait devenue la paroisse sans Mlle de Bolbeck maintenant qu'il n'y avait plus d'enfants de choeur ?
- Ou dois-je vous conduire, belle demoiselle ? demanda-t-il avec emphase.
Je vous le dirai, fit-elle évasivement.
- Derrière lui s'empressaient les chanoines, avec leurs mines de courtisans dodus......
- Contre cette folie, les vaches ne savaient pas se défendre. Les arbres encore moins.
- Depuis, le carrefour n'est plus que le croisement bête de deux rubans de bitume.
- Ya.
Dans sa tête c'était du breton, mais ce Breton-la, les Allemands le connaissaient.
-... il était rentré au village pour, comme dit le poète, « vivre avec ses parents le reste de son âge ».
- maintenant que le magot de Tonton l'homme allait lui échoir, elle consentait à trouver quelques qualités au défunt.
- L'héritière, sa fille et le banquier (Ne dirait-on pas le titre d'une fable de La Fontaine?) s'en furent donc en délégation chez le notaire......
Éditions : Éditions du Palémon (2008)
Autres chroniques de cet auteur :
Le gros lot
Les Bruines de Lanester (Mary Lester).

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19 février 2009

HAMILTON Hugo / Triste flic.

Triste flic.
Hugo HAMILTON.
Note : 3, 5 / 5.
L'Eire de l'ère moderne!
Nous retrouvons Pat Coyne, égal à lui-même, pas patibulaire, mais plutôt pathétique. J'aime bien les romans noirs de Hugo Hamilton, j'ai beaucoup apprécié « Déjanté », ce livre en est la suite. Mais disons tout de suite, je n'y ai pas trouvé les mêmes qualités.
Pat ronge son frein au pub, il n'est pas sorti indemne de sa dernière enquête . Il commande du gin-tonic, boisson favorite de son épouse Carmel en espérant que, miracle, celle-ci pousse la porte. Mais le miracle n'arrive pas. Pat et Carmel sont en effet séparés depuis plusieurs mois. En plus celui-ci, qui ne travaille plus, se complaît dans son malheur, malgré une thérapie qui est censée le guérir. En plus de tout cela, son fils Jimmy est accusé de meurtre ! Et il se trouve que l'homme assassiné voulait parler à Pat le soir de sa mort! Cela concernait un bateau le « Lolita ». Sur les quais du port de Dublin, il semble se passer des choses pas très nettes, même noires comme de la Guinness, dont l'auteur parle comme d'un lait noir crémeux. Des pêcheurs qui ne pêchent plus, mais qui sont devenus passeurs d'émigrés clandestins, un homme travaillant au port est retrouvé noyé. Jimmy, digne fils de Pat, ivre mort ce soir là, et qui laisse des traces de son passage. Un gros sac plein de dollars a disparu, et pour les passeurs, pas question de s'en passer de ce fric, alors il cherche. Ajouter, une roumaine prise la main dans le sac, pour le vol de cet objet et de sous vêtements (vert) dans un grand magasin. Bref une belle embrouille, avec au milieu Pat Coyne tentant de renouer avec Carmel!
Une Irlande qui en peu de temps est passée de pays d'immigration à celui de pays d'émigration, de nation pauvre à nation « riche » avec tous les risques que cela comporte.
Pat Coyne, lui, traîne, dans l'ordre ou dans le désordre, sa solitude, sa carcasse, son QI un peu faiblard, sa gueule de bois etc.... Il aimerait lui aussi batifoler, mais le coeur n'y est pas, et il n'est pas dit que Corina, belle roumaine sans papier, soit prête à ce sacrifice. Car dans l'état où est Pat, c'est vraiment un sacerdoce! Alors, il se venge, téléphone en pleine nuit à son directeur de banque, défonce l'entrée de la villa du conseiller municipal! Et en plus, il faut convaincre la police que Jimmy n'est pas un assassin!
Carmel, devenue guérisseuse grâce à des galets, permet à un conseiller municipal de ne plus avoir de douleurs dans le dos! Ce qui lui donne des envies de batifolage, et Carmel s'y prête bien volontiers.
Jimmy, lui, un soir de bringue, se retrouve avec un sac plein de dollars, et quelques personnages louches qui ont des comptes à lui demander, ces comptes de préférence en monnaies sonnantes et trébuchantes (ce qui est difficile pour des billets!)! Comme sa mère, il batifole avec une infirmière, mais Soeur Agnès arrive au moment crucial! Le voilà exclu de l'asile où il avait trouvé refuge. Ce qui d'ailleurs est absolument normal, un asile sert souvent de refuge! Alors il se réfugie chez l'infirmière, c'est normal, il est blessé.
Une famille où les échanges verbaux entre Pat et Carmel ressemblent au « Dialogue des carmélites » revu et censuré par la très catholique église d'Irlande!
On trouve aussi quelques marins pour qui l'argent n'a pas d'odeur, enfin plus celle du poisson, mais celle de l'émigration clandestine. La belle Corina, roumaine, en fait partie, les marins lui feraient bien faire le plus vieux métier du monde pour rentrer dans leurs fonds (marins). Même si au fond de tout cela, il y a beaucoup de vase! Et la seule personne qui peut l'aider est ce bon vieux Pat!
L'auteur, comme certains de ses compatriotes, dresse un portrait très peu flatteur de l'Irlande moderne. Un monde où l'argent est devenu facile, une perte des repères traditionnels, un pays passé trop vite de la misère à la richesse. Mais cette époque n'est-elle pas finie?
Les romans d'Hugo Hamilton possèdent une bonne dose d' humour noir et décapant. Un héros (ou antihéros) attachant, style Pierrot lunaire, se croyant chargé d'une mission divine, nettoyer Dublin de tous ses mauvais garçons. Un peu comme certains livres de Ken Bruen, l'intrigue est assez mince, car par le truchement de son personnage principal, Hamilton nous parle de cette Irlande moderne dans laquelle il ne se reconnaît plus. Quelques pages sont « succulentes », par exemple celles où tous les protagonistes du livre déjeunent en même temps, seuls ou accompagnés, dans des lieux différents, et évidement chacun selon ses moyens!
Hugo Hamilton, souvenirs de jeunesse oblige, emploie souvent le gaélique!
Extraits :
- C'était maintenant une créature solitaire. Un dissident du bloc des heureux.
- On était nulle part. Une arrière-cour de la ville, nue et désaffectée.
- Tout changement dans son pays, tout menu signe de progrès constituait une agression à son égard.
- Une lamentation dont Coyne avait hérité. L'écho solitaire du gaélique balayant les côtes du Connemara.
- Jamais on ne reverra nos semblables*.
- Ces gens-là ne connaissaient pas la différence entre les danses irlandaises et le haka des Maoris.
- L'amour, c'était facile. Parler, plus difficile.
- Coyne était un paradoxe ambulant.
- Go dtachtfaidh sé thú! Étouffe-toi avec !
- On se serait cru dans l'Irlande de jadis, quand un visiteur changeait tout**.
- L'ennui, c'est que Carmel n'avait plus envie qu'on vienne la sauver. Elle avait été séduit par la nouvelle Irlande.
- Le pays entier passe tellement de temps à s'encenser qu'il finira par étouffer.
Éditions : Phébus (2008)
Titre original: Sad Bastard.
*Référence à Flann O'Brien qui dans « Le pleure misère » emploie souvent l'expression « jamais on ne reverra nos pareils ».
**Référence à John M. Synge. Dans « Le baladin du monde occidental » ou l'arrivée d'un beau parleur va changer la vie dans le village.
Autres chroniques de cet auteur :
Déjanté
Le marin de Dublin

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17 février 2009

AMONOU Isabelle / Morts fines à Morlaix

Morts_fines___Morlaix

Morts fines à Morlaix.
Isabelle AMONOU.
Note : 4 / 5 .
Le roman d'une famille.
Je ne connais pas du tout cet auteur, née à Morlaix et vivant près de Rennes. « Morts fines à Morlaix » est son premier roman. Un second « Fournaise » a été édité depuis.
Début mai 1968, nous sommes à Morlaix, un pharmacien est retrouvé mort. À cette époque où la province considère que Paris est à feu et à sang et que la guerre civile proche, la thèse du suicide arrange tout le monde, sauf une jeune inspectrice de police Françoise Levasseur. Alfred Lebreton, son épouse Pauline et leur fille Laura forment une famille apparemment sans histoires, membres de la bourgeoisie locale. Pourquoi chercher plus loin! Trente ans plus tard, l'affaire est oubliée, mais Pauline est retrouvée assassinée. Françoise Levasseur est encore en poste à Morlaix, et elle est toujours persuadée que la mort d'Alfred n'est pas due à un suicide. Thèse qui lui semble renforcée par l'assassinat de Pauline. Pauline avait embauché Michel Cotten, biographe, pour mettre de l'ordre dans ses mémoires. Elle dictait celles-ci, puis lui faisait parvenir les cassettes. Quelques-unes étaient prêtes avant sa mort, mais la police les saisit avant lui. Cela permet à Françoise de les écouter avec un soin très particulier, et petit à petit de connaître la vie de cette femme, qui ne fut pas aussi calme qu'on aurait pu le penser. L'enquête avance plutôt doucement. Du fait de ses activités, dans le journalisme et dans des clubs sociaux, Pauline rencontrait beaucoup de monde. Mais d'après une voisine, un homme venait souvent la voir les derniers temps. Après recoupements, il s'avère qu'il s'agit de Michel Cotten, est-ce son empreinte que la police a trouvée sur les lieux ? Un soir, il invite Laura au restaurant, et ose enfin le geste dont il rêve depuis des années. Il essuie une fin de non-recevoir des plus cinglantes.
Mais le proverbe dit que parfois femme varie...... Mais une autre question se pose : que sont devenues certaines des cassettes enregistrées par Pauline avant sa mort?
Michel Cotten est écrivain, mais d'un genre un peu particulier. Il gagne sa vie en racontant celles des autres . Il s 'essaye parfois à la littérature, romans et nouvelles, mais sans grand succès. La mort de Pauline lui rappelle des souvenirs parfois douloureux. Il était en effet très proche de Laura, sa fille. Mais la vie ne l'a pas épargné, il se remet doucement de problèmes d'alcool et de divorce. Ces différentes rencontres ne vont-elles pas de nouveau le faire retomber dans ses anciens problèmes.
Laura Lebreton, l'amour de jeunesse de Michel, est devenue un écrivain célèbre. Elle vit seule, et financièrement elle ne paraît pas avoir de problèmes particuliers. Et pourtant, son comportement est pour le moins déroutant.
Pauline Lebreton, sa mère, s'est remariée et est devenue journaliste, son second mariage s'est avéré rapidement une erreur, que l'on ne peut pas qualifier de jeunesse.
Albert Lebreton, pharmacien mort en mai 1968 : il était le symbole d'un homme qui avait réussi, devenant un notable apprécié dans cette ville du Finistère. Alors pourquoi cette mort, et pourquoi Françoise Levasseur a-t'elle des doutes sur la cause de ce décès ?
Thomas Lebreton est né après la mort de son père, il vend du sommeil à une clientèle aisée, il a peu d'estime pour sa mère et sa soeur et il semble abuser de certaines substances qui lui sont faciles d'accès.
Françoise Levasseur, l'inspectrice de police, se souvient du contexte de la mort de ce pharmacien. Les autorités avaient, semble-t-il, d'autres chats à fouetter que d'enquêter sur ce qui semblait être un suicide. Trente ans après, elle cherchera à faire la lumière sur le décès de son épouse. Avec Vincent son supérieur, alors que tout les oppose, ils cherchent, fouillant la moindre piste.
Des écritures croisées, nous retrouvons par exemple Michel Cotten chez le docteur Broux, son psychiatre. Il se remémore sa jeunesse et ses relations avec Laura, gâchées, de sa part, par une timidité maladive. Mais il n'est pas le seul client de ce psychiatre ! Il écrit à Laura, mais garde cette correspondance. Nous suivons également le manuscrit d'un roman policier que Laura est en train d'écrire, fiction ou pas?
L'auteur nous offre en supplément, en début de certains chapitres qui coïncident avec un jour nouveau, une leçon de pharmacopée concernant la morphine. Je ne suis pas assez scientifique pour vous en faire un résumé. Un très bon roman, avec une intrigue qui tient en haleine, mais qui réclame beaucoup d'attention, car l'auteur ne respecte pas forcément l'ordre chronologique des événements.
Extraits :
- C'est insensé, je le sais, mais je ne parviens pas à t'oublier.
- Gauche caviar, celle-là, pas comme Vincent, plutôt droite champagne.
- Elle semblait épuisée, au bord de la rupture nerveuse. Je l'ai laissé parler.
- J'ai changé de milieu, comme on dit, j'ai intégré la bourgeoisie bien-pensante d'une petite ville de province.
- ... le type n'a pas aimé la façon dont je parlais de Kerouac, et pourtant....
- Les morts finalement étaient toujours des gens extraordinaires... quand ils sont morts.
- Je préfère encore avaler des pesticides, des nitrates et autres saloperies bien de chez nous.
- Ma vie est vraiment mal faite. Depuis que je ne bois plus, je n'ai plus de femme.
- Absurdement, tout à coup, me sont venues à l'esprit les paroles de la chanson de Brel....
ils ont nagé si bien, ils ont nagé si loin, qu'on ne les revit plus...
Faut dire, qu'on ne nous apprend pas à se méfier de tout....
- Parce que je le manipule. Et je n'aime pas ça.
Éditions : An Tu All Ar Mor. (2004).
Ce roman a obtenu le grand prix 2005 du « Goéland masqué » au festival du roman policier de Penmarc'h.

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14 février 2009

BONNET Georges / Un jour nous partirons

Un jour nous partirons.
Georges BONNET.
Note : 5 /5.
De jadis à aujourd'hui.
Je ne connais pas du tout cet auteur, mais un recueil de nouvelles a toujours un attrait particulier pour découvrir un écrivain. Il a fait ses débuts de romancier à 81 ans !
« Alors je serai poète » qui ouvre cet ouvrage est un petit texte très court de trois pages, plein de poésie et d'espoir. Un bon début qui laisse augurer plein de merveilles.
« Je n'aurais pas aimé qu'il me dise merci ». Un homme et son ami sont à la fête foraine, il sent qu'on lui vole son portefeuille. Il se retourne vivement et frappe, ancien champion de boxe, il a encore le poing très sûr. Mais son côté bon samaritain se réveille......
« Un dimanche perdu ». Un enfant prend son vélo, son équipement de football, puis il part jouer un match dans un village voisin. Village distant de 18 km, les collines font mal aux jambes, les routes peu entretenues entraînent des crevaisons. Le terrain est un pré, les poteaux sont tout de guingois. Et il faut revenir, les jambes lourdes. Ce jeune garçon a maintenant 93 ans, il raconte un dimanche à la campagne à son petit-fils. À la télévision, des pseudo-supporters sortent d'un stade....
Quand elle était enfant, sa mère reprochait à Stéphanie de trop aimer Amandine. Le temps a passé, Stéphanie aime toujours Amandine, l'une a vieilli, mais l'autre pas.
« Un sourire pourrait tout effacer ». La nouvelle qui clôt ce recueil est une très belle histoire. Un couple âgé sans enfants, le temps passe, l'homme petit à petit décline. Sa femme le veille, s'en occupe sachant que la mort avance inéluctablement. Un texte plein de pudeur et de tendresse, le récit d'une fin de vie.
Des personnages de tous les âges de la vie, des gens simples, des récits ordinaires. Des nouvelles comme je les aime. La personne la moins ordinaire de ce livre, c'est en définitif l'auteur.
Une femme marche chez elle, lentement avec gravité, elle contemple son décor familier. Chaque objet lui rappelle une vie d'avant. À petits pas, sur la terrasse, elle s'installe sur une chaise et attend.....
Compagnon a pour seule compagne la solitude, vieux garçon parfois il se laisse aller à boire. C'est un homme simple, sans envie, mais la vieillesse et la maladie semblent là.
On a tous un jour ou l'autre collectionné les images fournies dans certaines tablettes de chocolat par exemple. Un enfant cherche désespérément la figurine de Ladoumègue. Il devient la risée de la classe. Que de souvenirs dans ce court texte. Acheter du chocolat à l'épicerie du coin et l'ouvrir impatiemment !
Du sport encore, arbitre le dimanche et croque-mort en semaine, ou alors pilier de rugby et borgne, c'est la vie, mais c'est aussi la mort. La mort on la retrouve, dans « La justice du cimetière », car dans les cimetières, certaines tombes sont somptueuses et d'autres misérables. Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, un homme et une femme sont dans une gare, ils attendent un train...
J'ai éprouvé beaucoup de joie à lire ce recueil : l'écriture qui semble ordinaire, mais fouillée, y est pour beaucoup. Cet auteur nous parle d'une époque où la vie était simple. Le temps de surconsommation n'avait pas encore frappé. Ce petit garçon allant jouer au football en est l'illustration. Compagnon, dans son existence monotone et solitaire, est un sage. C'est sa vie, il ne faut pas envier celle des autres.
E
xtraits :
- Des fenêtres s'allument. Des maisons prennent place dans l'eau.
- Des rites doivent être suivis. Des lenteurs sont de mise. Il convient de progresser avec prudence.
- Des supporters dévoués avaient gratté les bouses laissées par les vaches durant la semaine.
- Elle est riche, mais il ne l'envie pas. Elle est à sa place, lui est à la sienne, comme l'a voulu le destin.
- Sa tête est habitée de ténèbres.
-Elle s'enthousiasmait : - prenez donc « Pêcheurs d'Islande » vous verrez c'est merveilleux.
- Une grosse femme, sur son seuil, ne ressemblant pas à sa maison.
- Elle était pâle et ses yeux brillaient intensément.
Je l'ai trouvé très belle.
- Je n'y pense pas, c'est toujours le même train que j'attends.
- Celui qui a partagé sa vie, et cet autre qui continue de vivre près d'elle, ne font qu'un.
Elle l'accepte tel qu'il est.
- Elle reste à ses côtés, lui parle de faits anodins.
Elle ne joue plus avec certains souvenirs.
- La maison possède six fenêtres, mais celle qui donne sur le jardin est la seule à pouvoir provoquer le rêve.
- Il y a encore des petits gestes qui empêchent de mourir.
Éditions : Le temps qu'il fait. (2008)

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13 février 2009

DAENINCKX Didier / Cannibale

Cannibale.
Didier DAENINCKX.
Expositions & exhibitions!
Note :2,5/ 5.
Ce court roman de moins de 110 pages qui a été édité en 1998 sera le dernier lu dans le cadre de nos visites au lycée Colbert pour ce trimestre.
Nous sommes en Nouvelle-Calédonie, dans les années 1980. Gocéné, le Kanak et Caroz, le métropolitain, sont arrêtés à un barrage tenu par des indépendantistes. Sous la menace, Caroz fait demi-tour. Gocéné parle avec les deux jeunes qui bloquent la route.
Il leur raconte son histoire, et comment cet homme qu'ils ont chassé, a fait de la prison pour avoir pris sa défense.
Paris 1931, une grande exposition coloniale a lieu dans le bois de Vincennes et ses environs. Gocéné, Minoé, sa promise, et Badimoin, un parent sont du voyage, contraints et forcés. Ils ne savent pas ce que l'on attend d'eux ! Après un voyage sur un navire digne d'un bateau négrier, ils arrivent à Marseille, puis prennent le train pour Paris. La, leur mission consiste à se comporter comme des sauvages anthropophages, bref faire rire la foule. Une autre attraction devait être des crocodiles, mais ceux-ci sont mystérieusement décédés. Un fonctionnaire passe un marché avec un zoo de Francfort et échange des crocodiles contre des cannibales. Minoé est dans ce groupe qui part pour un soi-disant voyage à Paris.
Gocéné et Badimoin, au péril de leur vie, chercheront la vérité ! Où sont partie une trentaine de leurs amis?Commence alors pour eux un voyage dans un Paris qu'ils ne connaissent pas du tout. Une ville qui qui leur paraît monstrueuse, étrange, inhumaine et dangereuse. Petit à petit, ils se rendent compte de leur statut de race inférieure. Seules deux personnes viendront à leur secours, Fofana le Sénégalais et Caroz.
Gocéné est le narrateur de cette histoire. Sa vie, il la raconte à deux jeunes Kanaks militant pour l'indépendance. Nous sommes dans une période trouble de l'histoire de la Nouvelle-Calédonie, et de ses relations avec la France métropolitaine. Cette tension se terminera dans le sang avec comme point d'orgue le massacre de la grotte d'Ouvéa. L'auteur met en parallèle deux époques, et se pose la question, l'histoire actuelle serait-elle une suite de notre comportement en organisant des manifestations comme cette exposition coloniale? Et notre comportement en général dans ce qui fut nos colonies.
Ce roman me laisse dubitatif et relativement déçu. Les personnages principaux sont très attachants, Gocéné, Badimoin et Caroz « le blanc ». Mais à mon goût tout cela est trop superficiel. Les motivations de Caroz sont à peine effleurées.
Je suis tout à fait d'accord que ce genre de manifestation soit absolument indigne d'un pays soi-disant civilisé comme la France. Mais à l'époque, je pense que peu de gens avaient conscience de l'inhumanité de la chose. Il n'y a encore pas très longtemps, certaines attractions foraines étaient de l'exhibitionnisme très malsain. L'auteur me semble hésiter entre un plaidoyer politique pur et dur et une histoire romancée qui fait perdre beaucoup d'attrait à cette histoire. Un autre reproche que je ferai à cet auteur, et ce après la lecture de ses trois livres, c'est de ne pas donner plus de précisions sur le contexte de l'époque. En effet, pour les moins de 45 ans, ses récits n'ont pas de base historique qu'ils connaissent. Ce qui amène à la conclusion suivante : c'est que ces livres ont beaucoup vieilli, car le monde a changé. Pas forcément en bien d'ailleurs.
Extraits :
- En une fraction de seconde, le monde changeait de visage.
-Dans ce pays, la révolte c'est comme un feu de broussailles... Il faut l'éteindre au début. Après..
-En échange, je leur ai promis de leur prêter une trentaine de canaques. Ils nous les rendront en septembre à la fin de la tournée.
- Il n'est même pas passé devant la fosse aux lions, le village des cannibales Kanak et le marigot des crocodiles germains !
- Le requin blanc, le grand ancêtre qui protège ton clan, va venir à ton secours.
- « Gocéné, Badimoin c'était comment l'Europe, c'était comment Paris, c'était comment la France ? »
- Je leur explique qu'on nous obligeait, hommes et femmes, à danser nus, la taille et les reins recouverts d'un simple manou.
- Nous avons franchi le boulevard, plus dangereux encore qu'un lagon infesté de requins.
- Les questions, on se les pose après... dans un moment pareil, ce serait le plus sûr moyen de ne rien faire.
Éditions : Folio. Éditions Magnard
Joëlle de « La bibliothèque du dolmen » parle également de ces trois romans.
Autres chroniques de cet auteur :
Meurtres pour mémoire.
Lumière noire.

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11 février 2009

DAENINCKX Didier / Lumière noire.

Lumière noire.
Didier DAENINCKX.
Note : 3,5 / 5.
La guerre des initiales *.
Roman de 1987 lu dans le cadre d'une rencontre avec des élèves du lycée Colbert de Lorient. Il fait partie d'une sélection de trois romans de cet auteur. Les autres sont « Cannibale» et « Meurtres pour mémoire ».
La mort de Gérard Blanc dans un aéroport, abattu par la police dans cette période troublée par des attentats terroristes en France, est mystérieuses. Que s'est-il réellement passé ce soir-là? Yves Guyot qui était dans la voiture avec son ami, n'est pas d'accord du tout avec la reconstitution qu'en fait la justice. Pour lui les forces de l'ordre ont tiré beaucoup trop rapidement! Mais que faisait Yves et son ami Gérard dans cette zone où ils n'avaient rien à y faire, et avec une voiture qui n'était pas répertoriée dans les véhicules autorisés à pénétrer sur ce terrain? Et cette voiture était-elle réellement tous feux éteints ?
Yves Guyot est interrogé à de nombreuses reprises. Puis il est victime d'un chantage de la police, celle-ci lui reprochant d'avoir dans son CV omis le fait d'avoir fait de la prison. Il signe donc une déclaration en sachant qu'elle est en partie fausse. Le témoignage de deux Français résidant à l'étranger apporte de l'eau au moulin de la police. Yves Guyot se rend vite compte que le récit que donne ces gens est plein d'inexactitudes. Pour retrouver un témoin, il part au Mali, mais son témoin mourra peu après dans un accident de voiture. Coïncidence troublante?Dès son retour en France, ce qu'il apprend sur Gérard le laisse perplexe ; celui-ci était-il aussi blanc que son nom le laissait entendre? Ou alors est-ce encore une manoeuvre de la police pour justifier qu'il fut abattu? Le fait de travailler dans un aéroport ouvre certaines perspectives de trafics en tout genre.
Le commissaire Londrin, de son côté, suit avec attention cette affaire. Il y découvre des ramifications qui expliquent que les autorités aimeraient étouffer l'affaire. Pour beaucoup de personnages représentant la loi et l'ordre, le silence est d'or !
Le commissaire Londrin est proche de la retraite, quand le juge Berthier lui confie officiellement l'enquête. Le juge n'a pas l'air de vouloir des résultats à tout prix, ce qui est surprenant ! Londrin poursuit son travail, et le résultat est stupéfiant. Cette affaire a en effet de nombreuses ramifications qui ont intérêt à ne pas être connues du grand public. Quelle est la réelle valeur de cet article de journal où un dénommé Mathieu dit se cacher par crainte de la police?
Yves Guyot était un ami de Gérard Blanc. Ils avaient sympathisé au travail, puis il l'avait hébergé quelque temps. Mais Gérard était parti, et Yves, lui, était resté. Ghislaine qui vivait avec Gérard, était restée aussi. Ce qui devait arriver arriva. Pour la mémoire de Gérard, il mènera sa propre enquête.
Gérard Blanc est la victime, mais qui était-il réellement? Un brave homme un peu coureur, ou un être faible qui avait accepté de participer à une combine louche contre de l'argent?
L'auteur fait intervenir deux narrateurs pour nous raconter cette histoire : Guyot et le commissaire Londrin. Un bon roman, mais qui date un peu. Quoique les méthodes policières n'ont pas réellement changé depuis? Enfin on peut toujours l'espérer!
Un peu d'humour malgré tout, une phrase de Charles Pasqua sert d'introduction à cet ouvrage !
Extraits :
- Vous êtes un flic vous aussi... L' esprit de corps, ça existe! Pourquoi chargeriez-vous votre
collègue?
- L'homme qui lui faisait face était redoutable, il le pressentait. Plus intelligent que les inspecteurs de la police de l'air et des frontières, plus fin, plus pervers que le juge Berthier.
- Il ne leur avait fallu qu'une semaine pour admettre qu'il est plus facile de refaire un lit, le matin, au lieu de deux.
- Mathieu vit en condamné certain que la police le liquidera à la première occasion : « ils ont une expression pour ça : mesriniser... »
- Malgré mes efforts de réflexion, je ne comprenais pas où de telles suppositions pouvaient me conduire.
- C'est le seul endroit du monde où chaque architecte peut déposer sa merde à côté de celle du voisin, sans qu'on lui montre le caniveau...
- Vous pouvez toujours rêver que vous luttez à armes égales... les rêves ne coûtent que lorsqu'ils s'écroulent.
- Je suis certain que sans cette enquête, le souvenir du commissaire Londrin se serait effacé dans l'oubli... un policier ordinaire qui aurait passé sa vie à traiter des affaires ordinaires...
Éditions : Série noire. Gallimard. (1987) Folio Policier.
*PAF ; IG S ;DST ; DGSE ; RG ; GIGN, etc. etc.!
Voir également « La bibliothèque du Dolmen ».
Autre chronique de cet auteur :
Meurtres pour mémoire

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09 février 2009

DAENINCKX Didier / Meurtres pour mémoire.

Meurtres pour mémoire.
Didier DAENINCKX.
Note : 3,5 / 5.
Vingt ans après......
Premier roman de cet auteur que je lise, et cela dans le cadre d'un programme de lecture avec le lycée Colbert de Lorient. Après « L'enfant de Noé » de Eric-Emmanuel Schmitt, le sujet est l'auteur Didier Daeninckx. Si j'ai le temps, je tacherais de lire un des deux autres titres sélectionnés.
Paris, 17 octobre 1961. Une manifestation de travailleurs algériens est réprimée dans le sang et la discrétion. Combien de morts? Nul ne le saura jamais avec précision, mais parmi les corps retrouvés, un semble particulièrement déplacé. En effet, le corps de Roger Thiraud, professeur dans un établissement scolaire voisin, est découvert, un bouquet de fleurs à la main et un gâteau, ce qui ajoute à la confusion. Une balle dans la tête fait plus penser à une exécution qu'à une bavure policière. Au grand soulagement du pouvoir politique, ces faits restent cachés, cette nuit est enfouie au fond du secret d'état!
Vingt ans plus tard, Bernard Thiraud, né après la mort de son père, est abattu à Toulouse. Etudiant en histoire, il sortait de faire des recherches dans les archives de la Préfecture. L'inspecteur Cadin, chargé de l'enquête, prend contact avec Claudine Chenet, sa fiancée qui l'accompagnait, et qui lui parle de recherches historiques? Celles-ci ont-elles un lien avec la mort de son père? Cadin pousse son enquête plus avant et part à Paris avec la fiancée de la victime, se renseigne sur leurs études d'histoire. Quelle période de l'histoire étudiait Bernard, y avait-il un lien entre ses recherches et le fait d'être né à Drancy, lieu de départ de milliers de déportés?
Un ami, ancien condisciple scolaire, lui conseille de ne pas réellement chercher ce qui s'est passé à Paris 2o ans plus tôt, mais après avoir questionné quelques personnes, il lui donne deux éléments, le nom d'un photographe, Rosner, qui a perdu son travail peu après et il lui signale qu'une équipe de la télévision belge était sur place, car Jacques Brel était en concert à l'Olympia tout proche.
Rosner confirme que la police a frappé très fort ce soir là, mais à part Thiraud, toutes les victime reconnues ont été matraquées, donc cette mort a un autre motif!
L'inspecteur contacte la télévision belge et rencontre un des deux techniciens présents ce soir là. Il lui explique que ce reportage a été interdit, mais que la télévision belge a refusé de vendre la cassette à la France. Il la visionne et découvre l'exécution du professeur, qui est tué à bout portant, avec un grand sang-froid. Les images confirment que ce crime est un contrat. Travail de professionnel? Pour quel motif?
Ce reportage sera le grain de sable qui relancera l'enquête, car les archives quand on sait s'en servir et que l'on a certains arguments pour y avoir accès permettent de démasquer l'assassin de 1961! Celui-ci admet sans problème le crime, agissant sous les ordres de fonctionnaires plus haut placés que lui! Pour le fils, il ne sait rien. Pourquoi et qui se sent si menacé pour tuer encore?
Inspecteur Cadin, qui est également le narrateur de cette histoire, est le flic intègre, un peu marginal, revenant d'une mutation de 6 mois en Lozère. Il doit se débrouiller avec quelques affaires locales, la grève des éboueurs, des convocations pour le moins étranges qui semblent émaner du commissariat, d'un hold-up dans une bijouterie, etc...
Ici, l'affaire est plus sérieuse, un témoin affirme avoir vu sur les lieux du crime une luxueuse voiture, une Renault TX30, immatriculée à Paris?
Les Thiraud, père et fils, seront les victimes de la raison d'état, mêlée d'intérêts personnels de la part de certains hauts fonctionnaires.
Le tueur du père, toutes ces années après, et malgré une amnistie, découvre son véritable rôle et se remet en cause.
La raison d'état est-elle compatible avec une vraie démocratie, on peut en douter? Un roman instructif, il m'a permis d'apprendre ce que voulait dire la phrase suivante :
« Libérez Henri Martin* » que je voyais en lettres blanches sur les murs gris d'une rue de Montreuil, quand j'étais enfant.
Par contre je trouve dommage l'idylle entre l'inspecteur et une jeune femme, partie prenante de l'histoire, car elle n'apporte rien à l'intrigue, bien au contraire!
A part ce léger reproche, une lecture agréable sur un fait de l'histoire qui n'est pas à l'honneur des autorités en place, ni aux responsables algériens qui ont déclenché, pour des raisons de propagande cette manifestation qui a débouché sur ce massacre. Vu la situation du moment, c'était hélas, inéluctable.
Extraits:
- Je ne m'y ferai jamais! J'ai l'impression de m'adresser à un fantôme.
- Non, je m'occupe d'histoires dangereuses ; une mystérieuse organisation s'agite dans l'ombre. Laisse moi te protéger par ignorance.
- Ce n'est pas un professionnel, mais un amateur éclairé. Les plus coriaces.
- Au début des troubles, la coordination de tout le service policier, une sorte de cellule de crise installée à la Préfecture, parlait d'une dizaine de flics descendus par le FLN à la Madeleine et aux Champs-Elysées.
- Ils étaient comme dingues en entendant la radio....de véritables bêtes féroces. Sur place rien.
- Toute la garde de la Cité a été dirigée contre les prisonniers. Résultat, 48 à 0. Un beau score. A côté de chiffres pareils, les bavures d'aujourd'hui paraissent bien mesquines.
Éditions :Folio policier.
*Militant communiste emprisonné pour avoir refusé d'envoyer des obus sur les quartiers pauvres d'Haïphong au début des années 1950.
Vous retrouverez cette chronique ainsi que celles pour « Lumière noire » et Cannibale » sur le blog de Joëlle « La bibliothèque du dolmen »

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06 février 2009

TREVOR William / Mauvaises nouvelles

Mauvaises nouvelles.
William TREVOR.
Note : 4/5.
Dancing & Bingo!
Un des nombreux recueils de nouvelles de William Trevor. Il comporte neuf récits et a été édité en France en l'an 2000.
Le titre est d'une contre-publicité, qui démontre un certain sens de l'humour chez l'auteur. Un autre de ses recueils porte d'ailleurs le titre de « Très mauvaises nouvelles ». William Trevor est avec John McGahern certainement le meilleur écrivain irlandais de nouvelles.
« Mrs Silly », comme son nom l'indique, manque un peu d'intelligence. Son mari l'a quitté, elle a un petit travail de comptabilité, et élève son fils de huit ans, Michael. Celui-ci part dans une école de haut standing payé par son père. Pour Mrs Silly, c'est un bouleversement. Mais pour Michael, ce sera la découverte de la honte et de la gêne causée par sa mère vis à vis de ses amis .
« Les vierges », Laure et Margaretta, se rencontrent par le plus grand des hasards à Sienne en Italie. Elles furent pendant quelques années très très amies, quelque part en Irlande, pendant la guerre. Un de leurs voisins, Ralph, jeune homme pâle et malade, semble avoir été une source de conflit entre elles. Pourtant il est mort maintenant.....
« Miss Smith »a tout pour être heureuse. Elle est institutrice, s'entend très bien avec tous ses élèves, sauf avec James. Celui-ci serait plutôt du genre cancre, et un peu bizarre de comportement. Maintenant mariée et mère de famille, elle n'exerce plus.
Mais des choses bizarres se passent autour d'elle, a-t-elle perdu la tête à ce point-là ? Comment peut-on par exemple oublier d'arrêter le gaz au risque d'asphyxier son bébé ? Est-elle devenue folle ? Une nouvelle terrifiante.
« Ispahan »est une belle ville pour une rencontre de vacances. Entre un homme et une femme voyageant seuls, lui vivant en Angleterre, elle en Inde avec un mari de 22 ans plus âgé qu'elle. De visites touristiques, en promenades plus intimes, l'amour sera-t-il au rendez-vous ? Pourtant l'homme ne paraît pas réellement sous le charme.......Une histoire très touchante, pleine de non-dits, de demi- mensonges, et qui laisse bien des regrets!
« Le Dancing des Idylles » est la nouvelle la plus « irlandaise » du livre. Bridie, toujours restée la petite malgré ses 37 ans, vit avec son père unijambiste, dans une ferme perdue dans les collines. Sa vie se résume en travaux des champs, de couture, la solitude et la monotonie. Mais le samedi soir, tout change, direction « Le Dancing ». Tous les jeunes qui ont eu le courage sont partis en Angleterre ; là se retrouvent les laissés-pour-compte de la vie. Vieux célibataires que l'auteur résume ainsi « ils sentaient la bière brune, la sueur et le whiskey ». On s'amuse ou plutôt on fait semblant, pour cacher la misère profonde matérielle et intellectuelle de l'Irlande des années 1950/1960. « Idylle es-tu-là? »Un très beau texte qui par petites touches nous fait découvrir la vie dans les campagnes irlandaises encore dominées par la religion. Un texte qui me fait penser à la poésie de Patrick Kavanagh « La grande famine».
"L'Angleterre de Matilda ", c'est celle d'une bourgeoisie un peu désuette et décrépie. Celle de la campagne, dans des propriétés d'une autre époque, avant qu'un des hommes de la famille ait bu jusqu'à la ruine. Alors on fait semblant, pour jouer au tennis, il faut tondre la pelouse. On s'invite, les femmes papotent en buvant du thé et en mangeant des gâteaux. Les jeunes s'émancipent, commencent à fumer. Cette nouvelle qui clôt ce recueil se divise en trois parties :– le court de tennis, – Le pavillon d'été et - le salon. Mais la guerre va venir bouleverser cette vie paisible et vide. Et Matilda va se rendre compte que le monde des adultes est impitoyable. Et pourtant elle, comme les autres, vivra, souffrira et vieillira dans ce milieu .
Plusieurs personnages sont des enfants, Michael, huit ans, quitte sa vie d'enfant de divorcés pour rentrer dans une école huppée. Les visites de sa mère, plutôt désargentée, ne sont pas réellement désirées. Surtout que son bavardage incessant et inutile, prête à sourire, puis à rire. James aussi pourrait prêter à sourire, mais il semble qu'il ait appris que la ruse vaut mieux que la force!
Un chagrin d'amour de jeunesse, vaut-il une haine de toute la vie ? C'est peut-être la question que devrait se poser Laure et Margaretta?
Deux amies de longue date, Poppy et Alice, vont à l'insu de leurs maris au « Thé dansant ». Poppy, il y a longtemps, a eu une aventure, Alice est plus ordinaire, un physique qui ne plaît pas beaucoup, et elle ne cherche pas du tout ce genre de situation. Pourtant un jour elle retourne seule au dancing.......
Les habitants de la campagne irlandaise, êtres semblant venir d'un autre temps, traînant leur misère sans grand espoir. C'était cela ou l'exil!
Dans le monde de Matilda, cette Angleterre feutrée et hypocrite, le monde est beaucoup plus futile. Mais la cruauté est bien vivante et la mesquinerie aussi.
Je ne reparlerai pas de l'écriture de William Trevor, je l'ai fait déjà à plusieurs reprises. C'est précis, ciselé et sans fioritures. Le monde est cruel, parfois les enfants le sont aussi, et Trevor le sait bien. Ces nouvelles ne sont pas toujours à l'eau de rose, souvent certaines personnes sont presque ridiculisées ou humiliées. Mais toujours avec une espèce de pudeur, d'hypocrisie, ou alors sans avoir l'air d'y toucher.
Extraits :
- Elle avait toujours les mains chaudes, comme si ces dernières exprimaient la chaleur de sa nature.
- Elle lui sourit de nouveau et il eut une pensée qui ne lui avait encore jamais traversé l'esprit : les vêtements de sa mère faisaient bon marché.
- Tout est si austère. Affreusement austère, comme tu dirais. Au début, tout le monde disait que la guerre serait finie à Noël, tu sais.
- Elle eut un frisson de chaleur – dans la tête dans le corps, elle n'était pas sûre.
- À quoi ressemble-t-il ?
Petit, mon chou, on dirait une fouine à lunettes. Il me donne la chair de poule.
- Pour cela il faut être rusé. Il faut trouver le défaut de la cuirasse. Tout le monde en a un.
- Elle portait une robe rose et des sandales blanches à hauts talons. Rien chez elle n'était élégant.
- L'accent nasal et qu'elle avait en parlant incommodait toujours, mais son regard était encore plus somptueux qu'à la ville lumière du jour.
- Elle épouserait Bowser Egan, parce qu'elle se sentirait bien seule sans personne à la ferme.
- J'allais être jolie, disait-on, même si je ne pouvais m'en rendre compte.
Éditions : Phébus. ( 2000)
Titre original : Collection of short stories.

Posté par eireann yvon à 23:50 - Littérature irlandaise - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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