Cannibale.
Didier DAENINCKX.
Expositions & exhibitions!
Note :2,5/ 5.
Ce court roman de moins de 110 pages qui a été édité en 1998 sera le dernier lu dans le cadre de nos visites au lycée Colbert pour ce trimestre.
Nous sommes en Nouvelle-Calédonie, dans les années 1980. Gocéné, le Kanak et Caroz, le métropolitain, sont arrêtés à un barrage tenu par des indépendantistes. Sous la menace, Caroz fait demi-tour. Gocéné parle avec les deux jeunes qui bloquent la route.
Il leur raconte son histoire, et comment cet homme qu'ils ont chassé, a fait de la prison pour avoir pris sa défense.
Paris 1931, une grande exposition coloniale a lieu dans le bois de Vincennes et ses environs. Gocéné, Minoé, sa promise, et Badimoin, un parent sont du voyage, contraints et forcés. Ils ne savent pas ce que l'on attend d'eux ! Après un voyage sur un navire digne d'un bateau négrier, ils arrivent à Marseille, puis prennent le train pour Paris. La, leur mission consiste à se comporter comme des sauvages anthropophages, bref faire rire la foule. Une autre attraction devait être des crocodiles, mais ceux-ci sont mystérieusement décédés. Un fonctionnaire passe un marché avec un zoo de Francfort et échange des crocodiles contre des cannibales. Minoé est dans ce groupe qui part pour un soi-disant voyage à Paris.
Gocéné et Badimoin, au péril de leur vie, chercheront la vérité ! Où sont partie une trentaine de leurs amis?Commence alors pour eux un voyage dans un Paris qu'ils ne connaissent pas du tout. Une ville qui qui leur paraît monstrueuse, étrange, inhumaine et dangereuse. Petit à petit, ils se rendent compte de leur statut de race inférieure. Seules deux personnes viendront à leur secours, Fofana le Sénégalais et Caroz.
Gocéné est le narrateur de cette histoire. Sa vie, il la raconte à deux jeunes Kanaks militant pour l'indépendance. Nous sommes dans une période trouble de l'histoire de la Nouvelle-Calédonie, et de ses relations avec la France métropolitaine. Cette tension se terminera dans le sang avec comme point d'orgue le massacre de la grotte d'Ouvéa. L'auteur met en parallèle deux époques, et se pose la question, l'histoire actuelle serait-elle une suite de notre comportement en organisant des manifestations comme cette exposition coloniale? Et notre comportement en général dans ce qui fut nos colonies.
Ce roman me laisse dubitatif et relativement déçu. Les personnages principaux sont très attachants, Gocéné, Badimoin et Caroz « le blanc ». Mais à mon goût tout cela est trop superficiel. Les motivations de Caroz sont à peine effleurées.
Je suis tout à fait d'accord que ce genre de manifestation soit absolument indigne d'un pays soi-disant civilisé comme la France. Mais à l'époque, je pense que peu de gens avaient conscience de l'inhumanité de la chose. Il n'y a encore pas très longtemps, certaines attractions foraines étaient de l'exhibitionnisme très malsain. L'auteur me semble hésiter entre un plaidoyer politique pur et dur et une histoire romancée qui fait perdre beaucoup d'attrait à cette histoire. Un autre reproche que je ferai à cet auteur, et ce après la lecture de ses trois livres, c'est de ne pas donner plus de précisions sur le contexte de l'époque. En effet, pour les moins de 45 ans, ses récits n'ont pas de base historique qu'ils connaissent. Ce qui amène à la conclusion suivante : c'est que ces livres ont beaucoup vieilli, car le monde a changé. Pas forcément en bien d'ailleurs.
Extraits :
- En une fraction de seconde, le monde changeait de visage.
-Dans ce pays, la révolte c'est comme un feu de broussailles... Il faut l'éteindre au début. Après..
-En échange, je leur ai promis de leur prêter une trentaine de canaques. Ils nous les rendront en septembre à la fin de la tournée.
- Il n'est même pas passé devant la fosse aux lions, le village des cannibales Kanak et le marigot des crocodiles germains !
- Le requin blanc, le grand ancêtre qui protège ton clan, va venir à ton secours.
- « Gocéné, Badimoin c'était comment l'Europe, c'était comment Paris, c'était comment la France ? »
- Je leur explique qu'on nous obligeait, hommes et femmes, à danser nus, la taille et les reins recouverts d'un simple manou.
- Nous avons franchi le boulevard, plus dangereux encore qu'un lagon infesté de requins.
- Les questions, on se les pose après... dans un moment pareil, ce serait le plus sûr moyen de ne rien faire.
Éditions : Folio. Éditions Magnard
Joëlle de « La bibliothèque du dolmen » parle également de ces trois romans.
Autres chroniques de cet auteur :
Meurtres pour mémoire.
Lumière noire.