L'enfant de Noé.
Eric-Emmanuel SCHMITT.
Note : 3 / 5.
Moi c'est toi, toi t'es moi!
Je ne connais pas du tout cet auteur, mais ayant pris certains engagements vis à vis d'un lycée de ma ville, je me dois de lire ce livre, et peut-être d'autre, en vue d'un échange d'idées avec les élèves. Joëlle en a déjà parlé ici.
Le thème de ce premier trimestre « La discrimination envers les juifs ». Je suis loin des mes bases littéraires, mais le devoir m'appelle!
Un court préambule se déroule en 1945 en Belgique, Joseph a 10 ans, il traverse une estrade en espérant un miracle, que ses parents le reconnaissent, ou que d'autres gens l'adoptent! Comment en est-il arrivé là?
Trois ans plus tôt à Bruxelles, c'était un enfant heureux, sa mère était belle, mais une menace de plus en plus pressante pesait sur eux, famille juive. Sa mère le confie à une famille de nobles, et s'en va......Mais même chez ces personnes, la police chasse les juifs, il doit partir à la campagne, à Chemblay à « La Villa  jaune », institution catholique, mais également refuge d'enfants ayant dû fuir.
Il passe d'abord quelques jours chez Marcelle, la pharmacienne, surnommée « Sacrebleu », femme de caractère et de conviction. Elle fabrique de faux papiers et recrée la vie de Joseph, lui apprend son nouveau rôle de petit catholique. Ensuite dans une institution, il est « parrainé » par Rudy qui s'avère être également un enfant juif! Mais surtout il devient ami et complice du père Pons, dont il partage le secret. Sur le principe de l'arche de Noë, ils s'apprennent mutuellement les différences de leurs rites particuliers. Joseph découvre alors ce qui le distingue des autres. La police surveille « la Villa Jaune » , police belge d'abord qui n'est pas très regardante, mais si la Gestapo s'en mêle, cela sera beaucoup plus grave. La vie pendant la guerre n'est pas facile, la faim est souvent là et le danger peut venir à n'importe quel moment. Des petits gestes peuvent être lourds des conséquences, comme cet officier allemand qui rentre dans les douches, alors que les enfants juifs sont nus. Il fermera les yeux, donnera de l'argent au père Pons, mais il ne sera pas récompensé! Marcelle, par bravade inutile, joue « La Brabançonne » sur l'orgue de l'église après la nouvelle de la libération de Bruxelles. Suite à ce geste, elle sera torturée et déportée et les enfants seront démasqués.
Joseph est le principal personnage de cette belle histoire, enfant à l'esprit fin et attentif, il tente, en cette période troublée, de comprendre le pourquoi de cette guerre et de la chasse aux juifs qui en résulte. Pendant longtemps il espérera devenir catholique, mais il ne le fera jamais.
Père Pons, homme d'église, juste et avisé, cache un secret, qui intriguera quelques temps Joseph et Rudy. Joseph découvrira la vérité ce qui scellera les destins de ce prêtre catholique et de cet enfant juif.
Avec Rudy, parrain de Joseph, garçon trop vite poussé, ils formeront un tandem d'amis, et le resteront également après la guerre, malgré le fait que leur opinions varient sur la politique israélienne.
Marcelle, pharmacienne, anticléricale, mais qui aide le père Pons, même au prix de quelques entorses à la légalité ; hélas son esprit de liberté sera plus fort que la simple prudence. Un grand personnage, profondément humain, comme tous les autres d'ailleurs.
Des personnages plus inquiétants, comme le « Gros Jacques » collaborateur et dénonciateur des siens. Les habitants du village comme la majorité des gens de l'époque aident comme ils peuvent, mais, pas au détriment de leurs petites habitudes. Il est parfois nécessaire d'user de ruse comme le fait Marcelle pour arriver à un résultat.
Belle écriture, claire, ce qui donne une lecture facile et relativement rapide. L'histoire est « gentillette », mais les réflexions sur les religions sont très pertinentes. Un livre agréable, sans plus.
Extraits :
- Certes, mes chaussures faisaient mauvais effet. Deux morceaux de carton vomi. Plus de trous que de matière.
- Tout avait commencé dans un tramway.
- Ne me demandez pas à quoi ressemblait ma mère : peut-on d'écrire le soleil?
-
Le contraire de juif, c'est nazi.
- Je me demandais si mes parents n'étaient pas pauvres.
- Mademoiselle Marcelle s'apparentait à tout sauf à une femme ; on aurait dit une pomme de terre sur un corps d'oiseau.
- Ce n'est pas la chance qui te manque Rudy, c'est la cervelle.
- Le respect ne s'adresse pas à ce qui est certifié mais à ce qui est proposé.
- Vous voulez dire que quoi qu'il arrive , Dieu s'en fout?
- Voilà, Joseph. Les chrétiens sont ceux qui se souviennent et les juifs ceux qui espèrent encore.
- Je me demande si nous les chrétiens ne sommes pas seulement des juifs sentimentaux...
- En temps de guerre, le pire des dangers est l'habitude. Particulièrement l'accoutumance du danger.
- Je veux devenir catholique!
Éditions : Albin Michel (2004)