Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

28 novembre 2008

COQUIL Yvon / Black Poher.

Black Poher .
Yvon COQUIL.
Poher to the people*!
Note : 4,5 / 5.
Yvon Coquil est un jeune auteur barbu, maison d'éditions oblige, dont c'est le premier roman. Il est lauréat du prix du Goéland Masqué du salon du roman policier de Penmarch.
D'abord le Poher c'est qui ou c'est quoi? Il n'est pas ici question d' Alain Poher, président du Sénat, qui inspira à Georges Marchais, au sujet du second tour d'une élection présidentielle qui l'opposait à Georges Pompidou « C'est blanc bonnet et bonnet blanc ».
Ici le Poher, c'est le pays du même nom, en Kreiz Breizh, Bretagne bretonnante. Et il s'y passe de drôles de choses dans ce pays qui pourtant semble si tranquille. La preuve, nous sommes à Bourgneuf les Hêtres, paisible bourgade mais certains habitants se posent le célèbre dilemme shakespearien «  Hêtres ou ne pas êtres? ».
Un célèbre conférencier, le professeur Denain, du département de généalogie de Pottsville (cela vous rappelle quelque chose!) viendra parler de Youenn Cochennec, héros méconnu de la guerre d'indépendance américaine. Bref pas de quoi casser trois pattes à un canard, alors de là à torturer et égorger l'ancien garde-champêtre Job Lejeune, c'est la consternation! Alors Corentin Dardoup, son successeur se promet de faire la lumière sur ce meurtre. Mais c'est à ses risques et périls. Sylvain, un artiste peintre, toxicomane repenti a disparu, lui le marginal voilà le coupable idéal.
Corentin nous parle de sa vie, son départ pour l'Afrique dans l'armée , ses parents décédés, son père alcoolique. Il a acheté la maison familiale durant cette période, mais n'y vit pas. Le coup de poing avec un lieutenant qui l'avait traité de « plouc » et son renvoi à la vie civile. Puis les activités hors de la légalité, mercenaire, baroudeur trafiquant, puis la mort frôlée de très près. Le retour au pays et les retrouvailles avec certains vieux copains de foot et de pistes Frédo et Dupire, Marie une maîtresse adorable, et un boulot. Bref une vie ordinaire, un séjour dans une oasis de calme. Mais en déterrant un très ancien héros de l'indépendance américaine, il semblerait que d'autres fantômes passent à l'acte, car un second mort est à inscrire au palmarès, et pas une mort calme et sereine, oh non!Et l'on apprend que le descendant de Youenn Cochennec, ce héros au sourire si doux, touchera une somme plus que rondelette, même au cours du dollar! L'appât du gain comme motif, plausible après tout.
Mais les derniers dessins faits par Sylvain avant de s'évaporer dans la nature offrent à Corentin une autre possibilité. Le seul problème est que les dessins de Sylvain l'amènent à son cadavre, et que la mort date de quelques jours.
Après une nuit digne de Fort Chabrol, les frères jumeaux Charybe et Scylla sont arrêtés, et d'office déclarés coupables.
Pour Corentin, pas très convaincu , il reste les archives de son prédécesseur, besogne ingrate et laborieuse mais qui peut-être portera ses fruits? Et si la solution venait du passé?
Corentin Dardoup, malgré des souvenirs douloureux dus à une enfance plutôt rigide, est revenu au pays, non pas fortune faite, mais avec un pécule acquis dans des circonstances pas très légales. Cet argent sert un peu pour lui-même et pour certaines bonnes oeuvres en Afrique. Il recherche la paix intérieure après avoir vécu certaines horreurs, mais les crimes actuels réveillent de tristes souvenirs.
Le village et ses habitants qui ressemblent un peu au Pottsville de « 1275 âmes » de Jim Thompson, l'appel du pied est flagrant mais très réussi. Un bel hommage.
En plus d'un intrigue policière, un constat social, deux formes d'agriculture se côtoient dans ce village microcosme de la Bretagne. Les éleveurs classiques et les autres, les « agro-manager s» qui préfèrent vivre des subventions de Bruxelles que d'une activité « classique ».
Un bon roman, l'auteur ménage très bien le suspense, bref une première oeuvre très réussie, qui, je l'espère, ne restera pas orpheline. A découvrir!
Il est à noter, car c'est très rare, la présence de nombreux mots bretons de la vie quotidienne dont celui là « Kig ha farz »!.
Extraits:
- A cette heure là il n'était pas à la mairie, mais dans les bureaux de la société Pensec : le véritable quatre-quarts breton « Le biniouzig » va directement sur les hanches sans passer par l'estomac.
- Le café est frais et les galettes de Pleyben croustillantes.
- Une vie de labeur pour finir ainsi.
- Son arrière-grand-père était fermier, son grand-père était paysan, son père agriculteur mais lui se définissait comme agri-manager.
- Un taux d'endettement à faire pâlir un pays du tiers-monde.
- J'éteignis, il venait de dire « province » à la place de région.
- Les filles de Bourgneuf se repèrent facilement dans une ronde, elles sont les seules dont les seins tournent dans le sens contraire des aiguilles d'une montre. C'est génétique paraît-il.
- Une tête de con c'est toujours mieux qu'une tête d'assassin.
- Cette année-là a connu sa cohorte de suicides, une spécialité locale. Les campagnes se vidaient, la mécanisation rendait obsolète une main d'oeuvre pléthorique.
- J'ai placé un disque de « Kan a dikan » sur la chaîne. Les soeurs Goadec, de vraies stars, qu'un cinéaste imbécile avait ridiculisées naguère dans un navet alors qu'elle étaient à la foi Oum Kalsoum et Césaria Evora.
- Brav éo-Il fait beau!
Éditions : Éditions du Barbu (2007).
* Sur une musique de John Lennon.

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26 novembre 2008

Collectif / Trésor de la nouvelle irlandaise, volume 2

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Trésor de la nouvelle de la littérature irlandaise.
Volume 2.
COLLECTIF.
Note : 4 /5.
Moins anciennes nouvelles.
Les quinze auteurs de ce second volume sont plus « contemporains », certains sont encore en activité. En voici la liste : Liam O'Flaherty, Elizabeth Bowen, Sean O'Faolain, Franck O'Connor, Bryan McMahon, Mary Lavin, James Plunkett, William Trevor, Leland Bardwell, Bernard Mac Laverty, Ita Daly, Shane Connaugton, Desmond Hogan, Aidan Matthews et Anne Enright. Vu la qualité des ouvrages, je pense que le prix est très raisonnable. Volume 1 ici.
Pour chaque volume en fin de livre se trouve une biographie complète de chaque auteur. Une remarque malgré tout, l'auteur de la préface nous dit « Le tome deux ne contient que des nouvelles qui sont traduites pour la première fois en français », ce qui n'est pas tout à fait vrai. « Le champ de Katleen »de Trevor William, par exemple, figure dans le recueil, « Péchés de Famille » qui date de 1991. Et la nouvelle d'Anne Enright se trouve dans le recueil « La vierge de poche ».
Deux nouvelles de Liam O'Flaherty commencent ce livre. « Le franc-tireur » court texte, sur la guerre civile irlandaise. Un récit percutant de grande qualité, tout est dit en 6 pages! Dans « Départ en exil », il nous raconte la veillée avant le départ de deux enfants d'une même famille, sachant qu'il y a très peu de chance de retour.
Sean O'Faolain nous livre une histoire étrange avec un titre qui l'est également « Vivant impie et à moitié mourant », la religion, la vie et la mort dans une nouvelle bien dans le style de l'auteur.
Certains exilés reviennent, mais pas forcément pour de nobles motifs, voir « Le retour de l'exilé », sombre histoire de vengeance.
« Classe ouvrière » nous raconte la veillée mortuaire d'un syndicaliste. Les ouvriers boivent et chantent, les membres de sa famille, eux, connaissaient une autre face de celui qui fut un mari et un père! Une belle histoire sur les relations humaines.
« Le champ de Kathleen » est une nouvelle bien triste pour cette pauvre Kathleen, une vie contre un lopin de terre! « La coiffeuse » de Leland Bardwell est une histoire à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Un monde apocalyptique, des maisons tombant en ruine, des femmes seules et des hommes de passage. Des gangs de miliciens qui font régner la terreur, et Mona la jeune fille devenue coiffeuse.....
La vie londonienne pour un irlandais, c'est pendant un moment la fête, mais cela ne dure pas, même dans les « Souvenirs du Swinging London ».
Beaucoup de personnages , très divers dans ce livre, un tireur d'élite des républicains contre un tireur d'élite, des partisans de l'état libre dans cette guerre fratricide qui déchira les deux clans. Un homme dont la logeuse pense parfois mourir, un directeur d'école trop sincère dans une petite ville, un nouvel arrivant « Le bonimenteur » va troubler la quiétude qui y règne.
Une jeune fille victime de la cupidité de son père, un artiste peintre vient veiller son père mourant, les relations entre eux furent toujours difficiles.
Des écritures très disparates, dont certaines ont vieilli. Mais également quelques découvertes comme Shane Connaughton, scénariste à succès ou Bryan Mc Mahon dont j'ignore si quelques autres écrits ont été traduits.
A noter que les femmes représentent un peu plus d'un tiers des nouvelles de ce recueil, des plus anciennes Elizabeth Bowen, au plus jeune Anne Enright.
Un recueil des plus intéressants, car toutes les nouvelles sont d'écrivains reconnus et de grand talent.
Extraits:
- Le franc-tireur regarda son ennemi qui tombait et il frissonna. Le goût du combat avait disparu en lui. Le remord le tirailla.
- Ne faiblis pas pour l'amour de Dieu. Partir sera encore plus dur pour moi.
- Il n'y avait plus de place pour eux. Dans quelques heures ils seraient des errants sans domicile.
- Celle-là est l'exemple typique de l'Irlandaise archidévote de nos jours.
- Dans une petite ville, la fin d'une amitié à quelque chose à voir avec la mort.
- Légalement conçus, est juste. Là tu l'as dit.
- Et quand avons nous eu un jour de soleil dans ce pays, j'aimerais bien savoir?
- Son attirance pour son mari avait frémi dans leur lit de mariage et s'était éteinte dans l'amertume des beuveries sauvages et de discordes ouvrières.
- Elles se donnaient avec passion à ces hommes et pleuraient de désespoir quand ils partaient.
- « T'es qu'une sale bribe de créature ».
- L'une d'elle l'avait accusé de faire l'amour comme on dégorge les conduits.
Éditions : Éditions Les belles Lettres. (2002)

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23 novembre 2008

MADÉZO Charles / Chroniques du Moulin Vert.

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Chroniques du Moulin Vert.
Charles MADÉZO.
Note : 4/5.
Brèves de Lomener!
Suite de petites scènes se déroulant ou étant observées de la terrasse du Moulin Vert dans le port de Lomener près de Lorient. L'auteur et moi, nous nous croisons, parfois au gré des salons littéraires de la région ou à la médiathèque de Lorient.
Le moulin vert n'est pas le moulin rouge, c'est beaucoup mieux!
Un café dans un port, c'est quoi exactement? D'abord un décor, un environnement, la mer et les pêcheurs. La vie avec ses us et coutumes, car certaines valeurs ont encore cours ici. En particulier l'amitié, l'humilité et un certain sens de l'aventure. Partir est important, mais revenir est indispensable.
La vague de Lomener, pas du siècle non, mais qui a fait la première page du journal «Le Monde» le 26 septembre 2007.
Un des spectacles les plus appréciés est le « Parisien », mettons des guillemets, ils ne sont pas tous comme cela, prétentieux avec sa grosse voiture pour traîner son gros et coûteux bateau. Évidement très imbu de sa personne, n'écoutant surtout pas cet autochtone arriéré qui lui suggère de mettre sa voiture ailleurs! A Lomener comme partout en Bretagne, il y a un phénomène que l'on nomme les marées! Raymond Devos disait, le flux et le reflux cela me fait marrer, mais ce n'est pas le cas de tout le monde!
La mer, encore et toujours des amours côtiers aux drames en mer, cette épitaphe :
Disparus en mer,
Jean François le Moan le 17 avril 1921 à 46 ans.
Jean Baptiste le Moan en avril 1927 à 17 ans.
Disparu en mer, péri en mer, mot tragique trop entendu. Ex-voto des églises! Combats navals meurtriers naguère, compétitions maintenant, mais encore parfois des disparus.
La mer, mais aussi le ciel, perpétuellement en mouvement, cauchemar des peintres professionnels ou amateurs.
Un peu de gastronomie et d'histoire, avant guerre la spécialité maison était le homard au kari Gosse, mélange d'épices (breveté s'il vous plaît) qui doit son nom à son créateur! Les oiseaux, fond sonore et spectacles vivants, mouettes, goélands, fous de Bassan, que serait un bord de mer sans eux ?
Les personnages de ce livre paraissent des gens ordinaires, mais souvent ils ont eu des vies pleines de voyages et d'aventures, témoin Michel et son voyage au Bangladesh, pays très pauvre et très souvent victime des pires catastrophes météorologiques. Cela permet de relativiser nos petits problèmes. Pour cela, il y a le centre de Kerpape et tous ses handicapés, qui est à un vol d'oiseaux.
Il est à noter qu'un chapitre se nomme «Figures», car il y en a des figures dans ces ports. Qui se souvient de ce couple d'allemands et de sa voiture amphibie en «route» ou «mettant le cap» pour Groix?
Ne pas oublier, car elles ont leur part du charme des ports, les femmes et l'auteur ne les oublie pas. Anne-Marie « Ange gardien » des lieux qui semble avoir laissé beaucoup de nostalgie derrière elle. Béa et ses voyages, et les autres femmes anonymes vivant l'aventure du quotidien. Un belle histoire d'amour, celle de Kyo et de Frantz, mais je vous laisse la découvrir.
Un petit mot sur un autre écrivain et poète Alain Jégou, ancien marin auteur d'«Ikaria» livre sur la pêche.J'aime beaucoup l'écriture précise, imagée, mais très accessible, pleine d'humour et d'humanité.Avec ce livre, on a l'impression de faire partie du « Clan », ce qui n'a rien de péjoratif, ni en Irlande, ni en Bretagne. D'être accepté à une table, peut-être un jour, si on le mérite!
J'irais boire un verre là-bas, bientôt enfin le jour où cela me dira! Avec un peu de chance, j'y retrouverais l'auteur.
Si je peux me permettre, lisez ce livre et laissez vos guides touristiques dans la boite à gants de votre voiture, vous ne vous en porterez que mieux. Et sûrement vous apprécierez mieux ces gens bizarres que l'on appelle « Les Bretons ».
Un mot et des compliments pour Catherine Raoulas, dont les illustrations en noir et blanc sont magnifiques et complètent fort bien le texte.
Extraits:
- Mais quoi, qu'avait-il besoin de refuser aide et conseils, l'arrogant Parisien ?
- C'est ce mot, glaz, qui désignerait le nuancier de la vague, ar gwagenn a zo glas, la vague est...couleur des profondeurs.
- Comme si, à Sydney comme à Lomener, la terre lançait un assaut immobile contre la mer indifférente.
- Rien à voir avec la plaisance au mouillage « Torig Ru » est parmi les autres barques comme un albatros au milieu des goélands.
- Le sable a recouvert les carcasses, mêlant les os des naufragés à l'ivoire des cargaisons.
- Le droit d'épave chez les gens de la côte reste nimbé d'une certaine confusion.
Éditions : Chemin Faisant

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20 novembre 2008

POULIQUEN Louis / Mon vieux grenier en Bretagne

CHRONIQUE N° 600.

Mon vieux grenier en Bretagne.
Louis POULIQUEN.
Note : 5 /5.
Aux temps anciens, dans le vieux pays.
Ayant fait la connaissance de cet auteur à Carhaix et ayant trois de ses livres dans ma bibliothèque, j'ai d'un seul coup eu envie de les lire. Ce titre estampillé « Récits » sert de lien entre un homme et ses cinq petites-filles, « Les mignonnes » si bien nommées. Louis Pouliquen est né en 1933 à Saint-Thégonnec (Finistère) dans une famille de gens de la terre. Médecin il passera une grande partie de sa vie à Paris. Il commencera sa carrière d'écrivain à 57 ans.
Vingt récits donc se rapportant soit à un fait, soit à un souvenir, des tranches de vie bien ordinaires, mais des moments magiques pour ceux, qui comme moi, ont connu ce genre de situations.« Le champ du cheval », un homme laboure un champ, il est avec ses chevaux, ses complices depuis des années. Au loin un train passe, l'homme le prendra tout à l'heure. L'exil, Paris, les souvenirs remisés au grenier. Remisés seulement, pas enfouis, ni oubliés, mais toujours vivaces. Dans « Je l'ai retrouvé », il nous explique que ce grenier n'est pas forcément un lieu, mais parfois un coin de sa mémoire!« Ar Mignoned » nous raconte un dimanche en famille, la messe du matin, le repas, puis enfin le repos, les visites, les recherches pour savoir si les gens qui partagent la tablée sont de la famille ou pas? Les friandises achetées à l'épicerie du village, dont la patronne arbore fièrement sa coiffe. Autres rites, la visite aux champs, pas pour travailler, mais par respect de la terre. Peut-on aimer la terre perché sur un tracteur avec un walkman sur les oreilles?
Les titres des chapitres m'évoquent pleins de souvenirs dans mon grenier personnel.
« Les ciels », oeuvre d'art en perpétuel changement ; « Les noms propres » au son souvent rocailleux ; « Le Diable et le Bon Dieu », cela représente quoi pour un enfant :
- « Bref, le Bon Dieu repoussait, le Diable attirait. Rien n'était simple ». « Le Diable parlait le français », ce qui laissait les petits bretonnants perplexes ! Et la querelle des écoles!
Car le mot guerre est réservé pour les chapitres suivants : « La guerre » et  « La guerre toujours ». Les divers occupants , anglais, allemands, divers peuples d'Asie et les américains, enfin pour ce qui sera « Le Livre de la Diaspora » et la fin du vieux pays. Le monde moderne balbutiant entre dans la danse, les traditions reculent, s'effacent et disparaissent.
« Des métiers qui ne sont plus », Ar Pilhaouer, le chiffonnier est la traduction la plus proche, marchant ambulant. Le tueur de cochon qui officiait de ferme en ferme, menuisier, forgeron, maréchal ferrant, etc... « Les battages », dur travail, mais fête merveilleuse. « La langue du vieux pays » commence par cette phrase :
- Ce fut bien avant la guerre que celle qui fut déclarée à la langue de chez nous débuta.
« Les veillées », derniers soubresauts d'une civilisation qui se meure, et plongée dans l'histoire d'une famille.
Aline, Louis-François, les parents, Julie, Anne et Camille, Sophie et Agathe « Ar Mignoned ».
Les anciens aux noms fleurant bon la Bretagne, Chin Yvon ar Cosquer, Albert ar Kerlivit, Saïk ar Chapel, Diaoul Kamm, Job, Françan, Françis, Louis et tous les autres. « An Tad » littéralement « Le père », le conteur, la mémoire vivante de la famille. Patriarche imposant, mais plein de sagesse et de malice, Yves, le dompteur de vent!
Un très beau livre qui, sans aucun passéisme, nous met en phase avec un monde perdu. Les séquelles du remembrement ont transformé la topographie bretonne, adieu bocages et chemins creux, adieu broussailles et talus. Le profit avec la complicité d'une partie de la population est passé par là.
Reste la culture, pas maraîchère, l'autre, celle que nous avons en nous. Même si toutes les tentatives pour la sauver ne sont pas exemptes de reproches, elle existe. Un exemple m'a beaucoup touché : il y a quelque temps, un adolescent attendait le bus, il portait un tee-shirt noir à l'effigie d'un groupe de hard-rock, mais il avait sous le bras un biniou décoré des drapeaux breton et irlandais. Jeune homme, si vous me lisez, je vous remercie.
Un livre qui se veut un hommage à un art de vivre, et aussi que l'on rende justice à un monde dont la disparition a été programmée en même temps que celle de sa langue.
Merci Monsieur Pouliquen pour cet énorme coup de coeur.
Extraits :
- C'est le temps de l'inventaire.
- La plaine à pleurer ou à se révolter.
- Et durant le sermon du haut de la chaire nous étaient versés ces mots : breudeur kaer, mignoned kaer, chers frères, chers amis.
-...nous étions tous cousins. A la mode de chez nous.
- C'est dimanche aujourd'hui, au vieux pays.
Il a perdu ses habits de dimanche.
- Ploucs, disait-on à la ville et je fus traité de fils de ploucs. Pour cette injure et pour eux, souvent, je me suis battu.
- Nous entrions dans les mois noirs.
- Raconte-nous, Grand-Père, les chemins creux...
- Et la langue de France, car elle aussi est sortie vainqueur de ce combat.
- Débutèrent les années de la grande diaspora bretonne.
- « Encore un coup à boire.... Du gwin ruz pardieu, et le verre à ras bord...! »
- Derniers soubresauts de la résistance, ou premiers succès de la reconquête?
- Alors sans télévision notre soirée était merveilleuse!
- La mer était une étrangère à ce peuple de paysans.
Éditions : Coop Breizh (2001)

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18 novembre 2008

Riantec, fin de saison!

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Riantec, fin de saison!
Le périple des salons littéraires semble fini pour nous, quoique!
Ce dimanche direction Riantec, 20 kilomètres de Lorient, un salon plus intime que celui de Carhaix, et moins spécifiquement breton. J'y ai rencontré les « locaux ». Honneur aux dames, j'ai retrouvé avec joie quelqu'un que je n'avais pas vu depuis longtemps, Josiane Bourven (et ici) que j'avais vu à la médiathèque de Lorient. Cette personne est très gentille et beaucoup trop avec moi!img198
J'ai également revu avec beaucoup de joie deux des plus charmantes poétesses de Bretagne (par ordre alphabétique, pour ne vexer personne!) : Guénane (et ici) qui est là en voisine habitant Larmor Plage, et Roselyne Morandi, qui, elle, vient des Côtes d'Armor. Mais rien n'oblige à parler de poèmes. Nous avons revu Claude Ansgari*, qui était également à Carhaix. J'ai passé un long moment avec Liza Lo Bartolo Bardin, que j'ai croisé à Guidel et un peu mieux connu au Festival Interceltique de Lorient. Allez voir son site, car en plus de l'écriture, elle s'investit au sein de l'AFM.
J'ai fait la connaissance de Jean Failler, que je n'avais jamais rencontré. Je lui ai dit que j'avais beaucoup aimé son recueil de nouvelles « Le gros lot et autres récits ». J'ai à lire à la maison la suite, dirons nous, « L'homme que je n'ai pas tué et autres récits » qui figure parmi mes prochaines lectures. J'ai trouvé que cet homme était très chaleureux, aimant parler de la littérature des autres ; il m' a conseillé un recueil de nouvelles que j'ai dans ma bibliothèque. Nous avons également parlé de la première enquête de Mary Lester, qui se passe entre Lorient et Lanester sous un pont qui est situé à environ 500 mètres de chez moi. Un très bon moment avec un personnage tout simple, comme beaucoup d'écrivains (ou alors j'ai de la chance!). J'ai bien évidement été saluer « Les polardeux (Michel Dréan dixit) Michel Dréan* donc, et Christian Blanchard*. Ensuite un détour par la littérature musicale, dirais-je, avec Daniel Cario et son livre    « Le sonneur des Halles », ne cherchez pas les cloches, mais  un bombarde qui, avec le biniou, forme les sonneurs de couple.
Un retour à la poésie avec une visite à un auteur que j'avais envie de connaître, Jean-Pierre Boulic,
dont j'ai entendu dire le plus grand bien, et comme le livre qui m'intéressait est édité par "La Part Commune" j'ai joint l'utile à l'agréable.img199

J'ai ensuite parlé un moment avec Charles Madézo, que je croise à la médiathèque, mais dont je n'ai encore rien lu.img196
J'ai retrouvé Joëlle de la Bibliothèque du Dolmen qui parlait d'Australie avec Hervé Claude ; alors j'ai pris un de ses nouveaux titres « Cocu de Sac ». Et chose étrange, il ne connaissait pas Kenneth Cook, comme quoi on apprend à tout âge. Il ne reste plus qu'à souhaiter qu'il aime cet auteur!
Les photos sont quelques-unes de mes nouvelles acquisitions, donc vous en entendrez parler un de ces jours. Bref, j'ai de quoi lire cet hiver au coin du feu.
A bientôt.
Yvon
PS. *Vous trouverez ces liens sur mon compte rendu de Carhaix.

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17 novembre 2008

BOURVEN Josiane / La Méprise et autres récits.

La Méprise
Josiane BOURVEN
La Rose avait des épines !
Note : 3,5 / 5.
Contrairement à mes habitudes je n'ai pas commencé par ce recueil de nouvelles pour connaître cette dame qu'il m'est arrivé de rencontrer à la médiathèque. J'ai en effet lu un de ses romans « La sensitive » avant. Neuf nouvelles pour un recueil relativement court, 11o pages, mais la brièveté est souvent synonyme de qualité.
« La bigouden », c'est Jeannette. Deux fois par semaine, coiffe au vent, elle livre cigarettes et diverses friandises à la maison de retraite. Et à pied, malgré le temps, la côte et son âge, pensez soixante-quinze ans ! Elle fait tout cela par plaisir pour retrouver des anciens comme elle. Et parmi ceux-ci... Mais cela ne nous regarde pas!
« La nymphe » me laisse perplexe, il est vrai que je n'en ai jamais rencontré, donc mes connaissances de ce genre de personnes sont très limitées.
« Le mas hanté » : vous en êtes le propriétaire, et vous trouvez un crâne dans votre jardin, ce n'est pas forcément un signe de tranquillité. Car il faut trouver une explication, et faire travailler sa mémoire, se souvenir des locataires, les gendarmes aussi cherchent et vous pressent de questions. Et surtout ils vous obligent à vous creuser la tête. Alors que vous avez déjà creusé pour l'autre tête ! Et en plus, ils pensent, les gendarmes, que vous avez la tête d'un possible coupable, enfin ils n'en mettent pas leur tête à couper quand même!
« La méprise » nouvelle qui donne son titre au recueil est sans conteste la plus étrange du lot. Faut-il croire à la réincarnation ? Une peintre n'ayant jamais mis les pieds en Afrique peut-elle la représenter avec un tel réalisme? Qui est cette Rose tant détestée ? Les confessions d'un mourant, plusieurs dizaine d'années plus tôt vont-elle apporter la solution?
« Le voyageur sans bagages » nous raconte l'histoire de deux femmes qui aident un voyageur, sans bagages mais sans billet aussi ! La bonté parfois se retourne contre les gens de bonne volonté, et dans un train il ne faut jamais être sûr de rien.
« Les pieds » personne ne s'en occupe, enfin, sauf certains, et j'en connais. Mais l'expression populaire dit « C'est le pied », pour l'héroïne cela viendra, et presqu'au pied levé!
Alice est en voyage au Mont Saint-Michel. Au cours d'une promenade elle rencontre John, ils se connaissent de vue, dînant souvent seuls dans la salle à manger de l'hôtel, plutôt vide en cette période. John, anglais, est metteur en scène; il veut tourner un film sur Du Guesclin. Alice voudrait-elle essayer les costume de Tiphaine, l'épouse du connétable? Par jeu elle accepte, prête à succomber au charme de cet homme. Mais certains objets et certaines pratiques de l'époque n'ont plus cours de nos jours! Alice qui attendait monts et merveilles sera déçue!
Ali officie à l'officine militaire ; musulman comorien, il porte fièrement sa chéchia, il est l'homme de confiance et de secrets. Il aide comme traducteur, porte le courrier. Bref l'homme indispensable, mais un jour, sans crier garde, il disparaît!
Un curé est célibataire, bien sûr. Qu'il fasse des figurines de femmes en coquillages pour récolter des fonds n'a rien de choquant. Mais pour un psychiatre, quand la figurine atteint la taille d'un femme véritable, n'est-ce pas là le signe d'un certain refoulement sexuel?
Des nouvelles exotiques pour certaines, à Madagascar, peut-être, avec ce pharmacien strict et sa trop jeune épouse. Une promenade dans le midi de la France, mais un retour en Bretagne avec cette kermesse et ce curé amateur de figurines en coquillage.
Une écriture simple et agréable, un bon moment de lecture.
Beaucoup de rayons de soleil mais quelques zones d'ombre malgré tout.
Extraits:
- C'était le temps de la patience, celui des rires et des chants bretons entre deux bolées de cidre âpre à la gorge.
- Ce déferlement de nouveauté dans sa vie studieuse suscite une profusion de plaisir.
- Stupéfaite, elle s'assied pendant qu'il aiguise l'attente en même temps que le plaisir.
- Impossible d'admettre que mon locataire préféré avait probablement supprimé la vie.....
- Cette pudeur consentie par le corps n'était qu'un camouflage à ses nombreuses chatteries.
- Comme d'habitude, je gambergeais allègrement, élaborant des scénarios complexes.
- Fallait-il d'ailleurs relier les faits entre eux?
- Le train demeure le lieu privilégié de mes observations.
- Ah bon c'était tout ? Nicole vivait par le nez, moi par l'oeil.
- Marcher, marcher, toujours marcher, nous, les paresseux, avons perdu le réflexe.
- Tous ces pieds, prompts à suivre la mélodie rient!      
Éditions : Édition du Petit Véhicule.
A signaler l'illustration de la couverture d'Ollivier Fouchard.

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14 novembre 2008

PROULX Annie / C'est très bien comme ça.

C'est très bien comme ça.
Annie PROULX.
Note : 4 / 5.
Ou est le bien dans tout cela?
Troisième* recueil de neuf nouvelles du Wyoming, terre d'élection littéraire d'Annie Proulx.
« J'ai toujours adoré cet endroit » dit le maître de maison en nous faisant faire avec lui le tour du propriétaire. Nous partageons donc sa journée qu'il passe avec Duane, son secrétaire, et disons franchement son âme damnée. Notre hôte nous fait part de ses projets, des changements qu'il compte apporter concernant le confort des ses pensionnaires, certains problèmes de chauffage, par exemple. Bref un être charmant. Une des nouvelles les plus étranges du recueil dans laquelle est citée le nom de notre président et démontre de grandes connaissances sur le cyclisme et le tour de France. Elle semble également vouer une haine tenace au fisc canadien !!
« Les vieilles chansons de cow-boys » ne sont pas forcément des chansons gaies. Nous sommes en 1885. Archie et Rose sont mariés et vivent seuls sur un lopin de terre qu'ils ont acheté. Il a 16 ans et elle 14! Archie qui a toujours vécu dans des ranchs et avec des cow-boys chante bien. Mais pour le couple, un jour l'argent vient à manquer ; il part laissant Rose seule. Il trouve un travail chez un propriétaire terrien peu regardant sur la provenance de son cheptel. Comme celui-ci refuse d'engager des hommes mariés, Archie se fait passer pour célibataire et ne peut pas recevoir de nouvelles de sa femme! Le bébé est-il né? Une grave maladie le fera renvoyer de son travail, et la route de l'hôpital est longue et parsemée d'embûches. Un texte très dur pour une vie, une époque et une région qui l'étaient également.
« Le témoignage de l'âne » parle des dangers de la neige et de la montagne, et aussi de la randonnée et plus surprenant de la salade! « Dans le fossé les sabots en l'air » n'est pas la suite « Des pieds dans la boue », mais la dernière nouvelle du recueil. Elle raconte le destin de deux hommes et de deux familles aux vies différentes, les riches Wyatt et les pauvres Lister. Les drames chez les riches, ce sont les divorces, chez les pauvres ce sont les mariages ratés, les naissances non désirées, et surtout, la guerre en Irak.
Dans « Le sens de la famille », un homme Ray, qui finit ses jours dans une maison de retraite, raconte sa vie à sa petite fille. Fan de rodéo, les grands espaces lui manquent, les chevaux furent sa grande joie. Son père fut pour lui un objet d'amour et d'adoration, jusqu'au jour de son enterrement où une partie de sa vie surgit de l'ombre.
« L'enfant Armoise » pose la question, une plante est-elle responsable de la disparition d'hommes ou de femmes ou n'est-elle que le témoin d'un certain genre de vie des humains ? La plante, elle, est toujours là, dressée fièrement.
Dans « La grande coupe grasse pleine de sang », l'auteur imagine une gigantesque partie de chasse aux bisons dans des temps très reculés. Il y a du sang, mais de la nourriture pour une partie de l'hiver.
Dans « La farce du marais », nous retrouvons le personnage principal de « J'ai toujours adoré cet endroit ». Et comme les marais ne le font pas marrer, il décide de faire une farce, mais ce n'est pas quelqu'un de très bon goût, hélas. Vouloir faire renaître des ptérodactyles avec des dents acérés, c'est un peu diabolique comme idée!
C'est toujours bien écrit et j'ai trouvé les histoires plus profondes que dans « Nouvelles histoires du Wyoming », certaines semblent avoir un fond de fantastique, comme dans « J'ai toujours adoré cet endroit » ou « L'enfant Armoise ». Comme d'habitude on trouve quelques phrases pas trop politiquement correctes :
- il décida qu'il se soûlerait ce soir et qu'il l'enterrerait le lendemain. C'était tout ce qu'il pouvait faire pour elle.
Ou alors:
-Rose se montrait une amante pleine d'ardeur quand Archie lui criait « Lève donc le cul comme un engoulevent ».
Dans ces contrées sauvages, où la vie est dure, la mort et la misère sont présentes dans chacune de ces nouvelles.
Et la mort est comme les paysages, rarement douce et apaisée.
Extraits :
- Les hommes, eux, avaient l'embarras du choix entre d'informes robes d'intérieur et des squelettes aux robes fleuries.
- « Il y a des détails qui ne sont pas bien jolis. Toute famille a son linge sale ; nous aussi avons le nôtre ».
- Déroute et Massacre, vu le nom, est une compagnie qui devrait nous convenir.
- Mme Pack partit pour un pays où l'on ne prend plus jamais de petits déjeuners.
- ... ils sortaient de la période des étreintes éperdues et entraient dans le long périple de la vie conjugale.
- Il avait secoué la tête, le geste qu'il faisait toujours quand il se décidait.
- Marc avait l'air légèrement vicieux d'un vieil artiste dont le regard ne tolère pas les croûtes contemporaines.
- Elle ne pouvait pas deviner qu'elle ressemblait à sa mère.
- L'harmonie qui régnait entre eux était telle qu'ils ne s'étaient jamais disputés- jusqu'au jour de la querelle à propos de la salade.
- Le soulagement de ne plus l'avoir sur les bras le rendait jovial.
- Ce n'est pas bien pour eux de ne pas savoir.
- Dakotah détestait fouiller les femmes irakiennes, et n'ignorait pas que celles-ci détestaient être fouillées.
- Dakotah ne pouvait pas leur expliquer que ce serait bien pire de savoir.
Éditions : Édition Grasset.
Titre original : Fine Just Way it is. (Wyoming Story 3) (2008)
Autres recueils de nouvelles sur le blog :
Les pieds dans la boue
Nouvelles histoires du Wyoming.

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11 novembre 2008

Le MER Françoise / Colin-maillard à Ouessant

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Colin-maillard à Ouessant.
Françoise Le MER.
Note : 4 /5.
Au royaume des borgnes...
Je me suis aperçu après coup que lors de ma semaine du polar breton, je n'avais parlé que d'auteurs masculins! Alors je tente de faire mon mea culpa ; bien tardivement, je le reconnais!
Or, à part Michèle Corfdir (et ici), j'avoue mon ignorance. Il me semble à Carhaix être passé plusieurs fois devant Françoise Le Mer, qui avait un grand choix de ses ouvrages policiers et comme j'en ai dans ma bibliothèque, et que c'est son premier roman, embarquement, non pas pour Cythère, mais pour Ouessant.

"Qui voit Ouessant voit son sang* » et du sang ils en voient les inspecteurs Le Gwenn et Le Fur en découvrant le cadavre de Marie dans un endroit retiré de l'île. Qui a bien pu commettre une telle horreur? Tuer avec une telle sauvagerie? Et pourquoi? Cette jeune fille dont la grand-mère réside sur l'île travaillait à l'hôtel Bellevue pendant ses vacances scolaires. Comment cette adolescente que tout le monde disait ordonnée a-t'elle pu oublier son sac à main à l'hôtel? Des mégots près du lieu du crime peuvent-ils aider à résoudre le meurtre?
L'enquête commence, François, petit ami de la victime, a un bon motif : elle venait de le plaquer le soir même. Les policiers ne croient guère à sa culpabilité. Il avoue avoir eu des relations sexuelles avec elle, mais pas ce soir là. Cache-t'il malgré tout quelques détails aux enquêteurs?
Les résidents de l'hôtel ont aussi leurs lots de secrets, certaines rencontres fortuites font penser que des relations hors mariage se nouent. Le Fur surprend une dispute, le soir au fond non pas d'un bois, mais du jardin, un homme et une femme, et des menaces de mort!
Maryvonne Goadec, qui travaille à l'hôtel, est certaine d'avoir trouvé ce qu'elle appelle « La poule aux oeufs d'or », quelqu'un qu'elle pense faire chanter. Mais on la trouvera étranglée dans l'hôtel! Quentin découvrira les goûts morbides de cette femme, qui collectionne les articles de journaux concernant des crimes horribles. Quelques jours plus tard, un nouveau crime est commis! Charlotte, la nouvelle serveuse est retrouvée étranglée.
Les pensionnaires de l'hôtel aussi méritent que l'on regarde de près leurs activités et les raisons de leurs présences à Ouessant. Présences qui ne sont pas toujours si innocentes que l'on croit, une femme étant par exemple venue pour voir enfin l'épouse de son amant! Lequel amant n'était pas au courant! Des couples avec chacun leurs secrets mais qui fournissent un alibi aux conjoints!
Les inspecteurs brestois, Quentin Le Gwenn et Michel Le Fur, sont les personnages récurrents de plusieurs livres, ils font ici leurs premières apparitions.
Le gentlemen et le rustre pourrait être l'appellation de leur tandem, l'un a une certaine classe, l'autre une vulgarité certaine, presque caricaturale parfois. Mais souvent c'est avec des gens différents que l'on fait les bonnes équipes.
Reconnaissons à Le Fur un langage très imagé, qui met un peu d'humour dans ce roman.
Beaucoup de personnages secondaires, car les pensionnaires de l'hôtel et le personnel sont les premiers suspects : des familles bon chic bon genre, un diplomate, madame et leur fille, une mère célibataire possessive et son fils, dont elle lit le courrier, un ornithologue qui semble planer, un couple de commerçants brestois, etc... bref un monde en modèle réduit. Le personnel est composé en majorité d'îliens. Seul le patron, son épouse et sa fille sont d'ailleurs. Ils viennent de reprendre l'hôtel depuis à peine 6 mois, venant de Nouvelle-Calédonie. Maryvonne Goadec pense avoir gagné le gros lot, elle déchantera! François, lui, connaissait Marie depuis longtemps, la déception lui aurait-il fait commettre l'irréparable, mais d'autres pistes surgissent?
L'auteur étant professeur de français, l'écrit est clair et précis, donc rien à dire à ce sujet. Cela mérite d'être souligné car ce n'est pas toujours le cas. Beaucoup d'humour également, certaines descriptions de la gente féminine ne sont pas très tendres :
- Un visage pensa Quentin, en pâte à modeler, encadré d'un brun terne assorti à son regard de brebis.
- Avec sa permanente serrée et son visage granitique, Quentin pensa qu'elle ressemblait à un caillou.
Les hommes n'ont pas non plus le beau rôle, égalité des défauts!
On apprend quelques moeurs de l'île qui paraissent bizarres, mais logiques, par exemple pour éviter que les chiens n'attaquent les moutons, ils les dégoûtent de la laine en les faisant dresser (façon de parler!) et pas très gentiment par des béliers. Cela calme leurs ardeurs à s'attaquer aux ovins pour toute leur vie!
L'auteur nous livre également une étude sur les us et coutumes des vacanciers, dont certains auraient préféré Saint Tropez! Un roman agréable qui se lit bien avec une intrigue qui tient non pas la route, mais la marée.
Extraits :
- Et puis étant donné votre position, je représente un peu la France.
- Il aimait cette ville, sa ville, malgré sa laideur, ou peut-être à cause même de sa laideur.
- Par contre Ouessant est un pays qui se mérite.
- Le temps des naufrageurs, hantés par la fin, était révolu.
- ...l'inspecteur Le Fur, dont l'estomac était réglé comme une journée de couventine.
- Ici, nous avons affaire à des durs à cuire, c'est pas comme sur le continent... Enfin, c'est plus rigolo aussi!
- Yvette Duquesne est aussi inconsistante que de la bouillie pour bébé.
- ...mais il n'y a que les anciens pour comprendre la sérénité du malheur.
.- ..il se conduisit comme une marquise douairière en visite de courtoisie chez un archevêque...
- La mère causait si fort que même mon copain Beethoven réclamait des boules Quiès.
- Mais l'adjoint de Quentin, tenace comme une bigoudène réclamant sa monnaie....
Éditions : Alain Bargain. (1998)

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08 novembre 2008

Collectif/ Histoires maigres. Nouvelles d'Ecosse

Histoires maigres.
Collectif (Nouvelles d'Ecosse).
Note : 3,5 / 5.
Non, tous les auteurs écossais ne sont pas morts, ils écrivent encore!
Il y a encore des écossais qui écrivent, nous allons en découvrir trois, deux plus exactement et une dame Agnes Owens. Les deux auteurs, Alasdaire Gray et James Kelman, ont eu chacun trois romans publiés chez Métailié.
Ils font partie de « L'école de Glasgow » qu'Alasdair Gray définit ainsi : « ....nous avions comme point commun d'écrire dans un anglais très influencé par les langues gaéliques » et plus loin cette phrase : « L'Anglais reste un envahisseur ». Un recueil de 43 nouvelles, mais certaines sont très courtes.
Les Écossais sont-ils des gens galants? En tout cas honneur à Agnes Owen qui ouvre ce livre avec 9 courtes nouvelles. Des histoires pour le moins sombres, entre une guérisseuse obèse et répugnante de saleté qui vit avec ses 4 «  enfants » (courts sur leurs 4 pattes), ils n'aboient pas quand la caravane passe, car la caravane, ce sont eux, quand Arabella, leur maîtresse, les promène dans leur landau! Un jour, un inspecteur des affaires sanitaires est attendu dans le taudis! Un bus qui passe quand il veut, les gens font la queue et parlent entre eux. Une bagarre éclate entre jeunes. S'ils veulent se battre, l'Irlande n'est pas loin, dit un témoin!
Un dialogue surréaliste entre une mère et la directrice de son fils. Pour cette dernière, George est un fauteur de trouble, pour sa mère, un fils modèle! Cherchez l'erreur!
On passe ensuite à James Kelman, le premier titre est « Crevard d'Ecossais », un homme, une femme, de l'argent, des cartes, 2 pages. Pratiquement toutes les nouvelles de cet auteur semblent concerner le même personnage, un homme qui n'a plus rien, clochard à Londres, vagabond errant dans la campagne écossaise dans « là où j'étais ». Des situations absurdes, deux parieurs parlent, l'un semble vouloir faire croire à l'autre qu'ils se connaissent et veut lui emprunter de l'argent. Un nouveau balayeur est embauché dans ce qui semble une usine, pourquoi? Des voyages sans buts et des retours vers l'Angleterre. Je n'ai pas compris grand chose de la finalité de ces écrits.
Alasdair Gray termine ce livre d'une manière plus classique, avec un étudiant qui raconte son voyage d'études. Le bateau sur lequel il est malade, visite à l'infirmerie et reste du voyage dans l'hôpital du bateau. Puis encore l'hôpital où il a été débarqué. Quelques temps plus tard, il sort enfin de l'hôpital, mais dans sa chambre d'hôtel, la femme de ménage secoue les oreillers et il est allergique aux plumes etc.... Il termine sa lettre par « Ma bourse d'études Bellahouston m'a été bénéfique ». A noter que l'auteur parle de Jack Profumo, ministre de la Guerre Britannique, qui dut démissionner, car il avait eu la mauvaise idée d'avoir pendant un temps, partagé la même call-girl qu'un attaché militaire de l'ambassade d'URSS à Londres!
Un jeune homme amoureux, mais éconduit vient narrer ses mésaventures à un ami, lequel n'est pas enchanté de cette visite.  Il ne comprend en effet rien au raisonnement de l'amoureux transi!
« Le reclus » est la nouvelle la plus intéressante du livre. Jamie est le fils du Révérend John Kirkwood, homme austère et rigoureux. Un matin, après boire, il se réveille dans une chambre qu'il pense être la sienne, mais des vêtements féminins sont étalés sur le lit! Pourtant cette chambre est la copie conforme de la sienne! Une jeune fille entre.... Comme on le devine, il cherchera à la revoir. La morale de cette histoire, on ne peut être heureux au jeu et en amour! Mais par contre on peut être malheureux aux deux!
Une dissertation sur l'Ecosse à travers l'art et la difficulté d'en vivre avec deux textes       « Portrait d'une dramaturge » et « Portrait d'un peintre ».
Trois styles très différents :
Agnes Owens pose un regard lucide sur la société qui l'entoure, il s'en dégage un sentiment de désespoir. Les personnages sont des êtres paumés, victimes de la fin de l'ère industrielle qui a laissé une partie de la population sur le carreau. Des histoires étranges et une lecture pas facile. La nouvelle « Arabella » en particulier laisse un sentiment de malaise. Les personnages de ces nouvelles ne sont pas bien reluisants : d'Arabella, la pseudo guérisseuse, aux personnes faisant la queue pour prendre le bus.
James Kelman a une écriture plus heurtée, la fin de ses histoires m'a souvent laissé dans l'expectative ! Un écrivain déroutant et des nouvelles qui demandent une attention toute particulière. Je pense que j'essayerai un de ses romans pour ne pas rester sur cette impression.
Alasdaire Gray lui parle de personnages plus conformes à la société actuelle, mais ils sont tout de même des perdants dans l'âme et dans leurs comportements.
Comme souvent dans ce genre de recueil, j'ai trouvé la qualité des nouvelles relativement inégale ayant eu par exemple beaucoup de mal avec le style de James Kelman.
Un livre à découvrir pour l'étrangeté de certains de ces textes qui sont loin des canons de la nouvelle habituelle, une expérience pas facile, mais intéressante.
Un très intéressant Post-scriptum nous explique la genèse de ce livre.
Extraits:
- Elle passa un chiffon humide malodorant sur son visage, ce qui n'eut pour effet que de révéler plus nettement les traînées de crasse. Puis elle essaya d'enfoncer un peigne dans la masse broussailleuse de ses cheveux, mais il cassa.
- Arrrh, on ne peut plus se battre pour des prunes de nos jours. Ils feraient mieux d'aller à Belfast comme mon fils.
- La compagnie de ce jeune homme était pire que pas de présence du tout.
- Bon sang, c'est une honte, elle a dit, une honte de ridiculiser nos compatriotes en se donnant en spectacle devant les Anglais.
- Au moins, je suis ailleurs.
- ...parce qu'en effet, cet instant était bel et bien arrivé et il avait disparu à présent, disparu à tout jamais.
- Bien entendu j'ai dû affronter le monde, finalement. Seuls des moyens financiers inépuisables peuvent nous dispenser de le faire, or je venais à bout des miens.
- Si, belle! Je sais qu'elle a un visage tellement personnel qu'il en est presque laid, mais son corps est beau à tous points de vue....
- ...une intransigeance navrante, qui donne à son fils le choix entre trois options : la servilité, l'hypocrisie, ou la rébellion.
- ...nous préférons croire aux vertus suprêmes que sont l'amour, l'amitié, le foyer, l'église, une équipe de football, l'orangisme et (lorsque notre éducation nous y a sensibilisés) l'Art.
Demain je vais changer. Oui, demain. Demain
Éditions : Les éditions passages du Nord/Ouest. (2007)
Titre original : Lean Tales
(Je remercie les éditions Passage du Nord/Ouest pour ce renseignement)

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04 novembre 2008

WOLVEN Scott / La vie en flammes

La vie en flammes.
Scott WOLVEN
Note : 4 / 5.
Les feux de l'enfer!
Scott Wolven est un jeune auteur américain né en 1965. Recueil de treize nouvelles classé en deux catégories : Le royaume du Nord-Est et L'Ouest fugitif, mais la couleur qui prédomine, c'est le noir, un noir profond. Noir comme le désespoir et les idées qui vont avec.
Les nouvelles de la première partie du livre se passent dans l'état du Vermont qui est frontalier avec le Canada. Je n'ai pas souvenance de beaucoup d'écrits sur ce petit état agricole et boisé qui est l'un des moins peuplés des États-Unis. Le royaume du Nord-Est est le surnom donné par la population aux régions du nord et nord-est de l'état.
« Permission de sortie » concerne l'univers carcéral. Ses lois et ses codes d'honneur ou pas d'ailleurs. Ray Cooder en connaît les usages, ne pas parler d'un éventuel changement de prison pour ne pas être poignardé la nuit. Il revoit sa vie, l'erreur qu'il a commise un jour qui l'a conduit dans cette prison. La suite des jours, creuser des tombes pour des détenus décédés, assister à l'agonie d'une biche prise dans les fils barbelés entourant le camp. La promiscuité, les ateliers, puis un jour...
« El Rey » raconte l'histoire de plusieurs hommes, certains sont bûcherons, mais l'un d'eux Bill est, suite à un accident, en fauteuil roulant. Son copain Tom passe le voir, lui porte de quoi se soûler parfois. La vie est rude est rude pour tout le monde et Bill décide de mettre fin à ses jours, le temps passe, des bagarres éclatent des combats de boxe clandestins sont organisés. Des années plus tard, le narrateur retrouve Tom...
Dans la nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage, un homme change d'identité. Un propriétaire terrien décide de mettre le feu à ses champs pour détruire des fleurs qui y poussent et dont la culture n’est pas vraiment autorisée. Une vieille maison doit-elle aussi être la proie des flammes? Pour l'homme fugitif, n'est-ce pas l'occasion de brûler son passé?
Dans « Supernova atomique », un homme qui tente de refaire sa vie est de nouveau victime d'un chantage de la police. Le marché est le suivant, soit il tue un homme, pas très reluisant c'est vrai, soit il y a de fortes probabilités que ce soit pour lui la peine de mort.....
« La Cooper Kings » est une mine soi disant à l'abandon, alors pourquoi est-elle gardée par un homme en arme. La nouvelle la plus terrifiante du recueil! Dans les forêts retirées des Etats-Unis, les alambics servant pour la fabrication du whisky clandestin sont remplacés par des ateliers fabriquant du « Crystal », parait-il la drogue la plus dangereuse disponible sur le marché!
Des personnages en rupture d'eux-mêmes et de la vie, le suicide pour dernière solution. Des fugitifs espérant fuir leur passé. L'alcool est souvent un problème, un homme ivre renverse et tue une enfant, est-ce Dieu qui lui a confié une mission? Un autre urine sur la tombe de son frère et de son épouse. Un troisième frappe son épouse et va de déchéance en déchéance. Plusieurs nouvelles ont des personnages récurrents, comme Greg Newell et John Thorn, chasseurs de prime modernes, un restaurateur mexicain leur fera comprendre que pour certains l'argent a un prix......
Ida Stone est une vieille dame de caractère. Une querelle de voisinage l'oppose à son voisin, inspecteur de police qui a arrêté son petit fils. Il y aura des victimes, mais évidement innocentes! Des trafiquants de drogues, des bûcherons bagarreurs et volontiers buveurs. Des drogués aussi dans leurs démesures et leurs folies. Des morts violentes très souvent, des histoires d'amours tragiques, Mark aime Ann et Jimmy, le fils de celle-ci, malgré tout sa fin sera solitaire. D
es policiers pratiquant avec le même bonheur la corruption, l'adultère, le chantage et la manipulation. Une découverte, mais un livre glauque.
Des histoires sans fioriture, la vie est dure , l'écriture également. Des nouvelles sombres, parfois amorales, la légalité n'étant pas la préoccupation principale de beaucoup des protagonistes de ces récits. Toutes ces nouvelles semblent avoir un lien entre elles, personnages, « héros » que l'on retrouve, la drogue etc...
A noter, au fil des pages la découverte de ce dicton :
- « Dieu n'a pas créé les hommes égaux, c'est Sam Colt qui l'a fait ».
La messe est dite!
Extraits:
- Il n'était pas de service. Garé dans une petite rue, il était chez sa copine, ce qui était embêtant car il avait une femme, et sa copine, un mari.
- Ce qui compte, ce n'est pas la taille du chien dans le combat, c'est la taille du combat dans le chien.
- Les riches ont de la glace en été et les pauvres en hiver, mais ne va pas me dire que c'est équitable.
- J'ai dû presser la détente parce que le coup est parti. Peut-être qu'elle a survécu.
- « A l'époque quinze ans, c'était comme trente cinq aujourd'hui.
- L'amour peut mourir. C'est une chose mystérieuse, la mort de l'amour.
- Les gens prétendent que la mort n'est pas vivante, pourtant elle se produit tout le temps, constamment. La mort ne meure pas.
- Je partis, bus encore et ce fut l'été je mourus chaque jour...
- L'alcoolisme léger exige un délicat équilibre de solitude, d'alcool et d'argent, et je m'appliquai à en faire une science.
- Le silence était torride.
- Traquer des hommes n'est pas un travail à mes yeux.
- Il semblerait que tu t'apprêtes à signer comme apprenti dans la boucherie du Diable.
Éditions : Terres d'Amérique / Albin Michel.
Titre original : Controlled Burn (2005)

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