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Colin-maillard à Ouessant.
Françoise Le MER.
Note : 4 /5.
Au royaume des borgnes...
Je me suis aperçu après coup que lors de ma semaine du polar breton, je n'avais parlé que d'auteurs masculins! Alors je tente de faire mon mea culpa ; bien tardivement, je le reconnais!
Or, à part Michèle Corfdir (et ici), j'avoue mon ignorance. Il me semble à Carhaix être passé plusieurs fois devant Françoise Le Mer, qui avait un grand choix de ses ouvrages policiers et comme j'en ai dans ma bibliothèque, et que c'est son premier roman, embarquement, non pas pour Cythère, mais pour Ouessant.

"Qui voit Ouessant voit son sang* » et du sang ils en voient les inspecteurs Le Gwenn et Le Fur en découvrant le cadavre de Marie dans un endroit retiré de l'île. Qui a bien pu commettre une telle horreur? Tuer avec une telle sauvagerie? Et pourquoi? Cette jeune fille dont la grand-mère réside sur l'île travaillait à l'hôtel Bellevue pendant ses vacances scolaires. Comment cette adolescente que tout le monde disait ordonnée a-t'elle pu oublier son sac à main à l'hôtel? Des mégots près du lieu du crime peuvent-ils aider à résoudre le meurtre?
L'enquête commence, François, petit ami de la victime, a un bon motif : elle venait de le plaquer le soir même. Les policiers ne croient guère à sa culpabilité. Il avoue avoir eu des relations sexuelles avec elle, mais pas ce soir là. Cache-t'il malgré tout quelques détails aux enquêteurs?
Les résidents de l'hôtel ont aussi leurs lots de secrets, certaines rencontres fortuites font penser que des relations hors mariage se nouent. Le Fur surprend une dispute, le soir au fond non pas d'un bois, mais du jardin, un homme et une femme, et des menaces de mort!
Maryvonne Goadec, qui travaille à l'hôtel, est certaine d'avoir trouvé ce qu'elle appelle « La poule aux oeufs d'or », quelqu'un qu'elle pense faire chanter. Mais on la trouvera étranglée dans l'hôtel! Quentin découvrira les goûts morbides de cette femme, qui collectionne les articles de journaux concernant des crimes horribles. Quelques jours plus tard, un nouveau crime est commis! Charlotte, la nouvelle serveuse est retrouvée étranglée.
Les pensionnaires de l'hôtel aussi méritent que l'on regarde de près leurs activités et les raisons de leurs présences à Ouessant. Présences qui ne sont pas toujours si innocentes que l'on croit, une femme étant par exemple venue pour voir enfin l'épouse de son amant! Lequel amant n'était pas au courant! Des couples avec chacun leurs secrets mais qui fournissent un alibi aux conjoints!
Les inspecteurs brestois, Quentin Le Gwenn et Michel Le Fur, sont les personnages récurrents de plusieurs livres, ils font ici leurs premières apparitions.
Le gentlemen et le rustre pourrait être l'appellation de leur tandem, l'un a une certaine classe, l'autre une vulgarité certaine, presque caricaturale parfois. Mais souvent c'est avec des gens différents que l'on fait les bonnes équipes.
Reconnaissons à Le Fur un langage très imagé, qui met un peu d'humour dans ce roman.
Beaucoup de personnages secondaires, car les pensionnaires de l'hôtel et le personnel sont les premiers suspects : des familles bon chic bon genre, un diplomate, madame et leur fille, une mère célibataire possessive et son fils, dont elle lit le courrier, un ornithologue qui semble planer, un couple de commerçants brestois, etc... bref un monde en modèle réduit. Le personnel est composé en majorité d'îliens. Seul le patron, son épouse et sa fille sont d'ailleurs. Ils viennent de reprendre l'hôtel depuis à peine 6 mois, venant de Nouvelle-Calédonie. Maryvonne Goadec pense avoir gagné le gros lot, elle déchantera! François, lui, connaissait Marie depuis longtemps, la déception lui aurait-il fait commettre l'irréparable, mais d'autres pistes surgissent?
L'auteur étant professeur de français, l'écrit est clair et précis, donc rien à dire à ce sujet. Cela mérite d'être souligné car ce n'est pas toujours le cas. Beaucoup d'humour également, certaines descriptions de la gente féminine ne sont pas très tendres :
- Un visage pensa Quentin, en pâte à modeler, encadré d'un brun terne assorti à son regard de brebis.
- Avec sa permanente serrée et son visage granitique, Quentin pensa qu'elle ressemblait à un caillou.
Les hommes n'ont pas non plus le beau rôle, égalité des défauts!
On apprend quelques moeurs de l'île qui paraissent bizarres, mais logiques, par exemple pour éviter que les chiens n'attaquent les moutons, ils les dégoûtent de la laine en les faisant dresser (façon de parler!) et pas très gentiment par des béliers. Cela calme leurs ardeurs à s'attaquer aux ovins pour toute leur vie!
L'auteur nous livre également une étude sur les us et coutumes des vacanciers, dont certains auraient préféré Saint Tropez! Un roman agréable qui se lit bien avec une intrigue qui tient non pas la route, mais la marée.
Extraits :
- Et puis étant donné votre position, je représente un peu la France.
- Il aimait cette ville, sa ville, malgré sa laideur, ou peut-être à cause même de sa laideur.
- Par contre Ouessant est un pays qui se mérite.
- Le temps des naufrageurs, hantés par la fin, était révolu.
- ...l'inspecteur Le Fur, dont l'estomac était réglé comme une journée de couventine.
- Ici, nous avons affaire à des durs à cuire, c'est pas comme sur le continent... Enfin, c'est plus rigolo aussi!
- Yvette Duquesne est aussi inconsistante que de la bouillie pour bébé.
- ...mais il n'y a que les anciens pour comprendre la sérénité du malheur.
.- ..il se conduisit comme une marquise douairière en visite de courtoisie chez un archevêque...
- La mère causait si fort que même mon copain Beethoven réclamait des boules Quiès.
- Mais l'adjoint de Quentin, tenace comme une bigoudène réclamant sa monnaie....
Éditions : Alain Bargain. (1998)/ Palémon (Réedition 2014)