Histoires maigres.
Collectif (Nouvelles d'Ecosse).
Note : 3,5 / 5.
Non, tous les auteurs écossais ne sont pas morts, ils écrivent encore!
Il y a encore des écossais qui écrivent, nous allons en découvrir trois, deux plus exactement et une dame Agnes Owens. Les deux auteurs, Alasdaire Gray et James Kelman, ont eu chacun trois romans publiés chez Métailié.
Ils font partie de « L'école de Glasgow » qu'Alasdair Gray définit ainsi : « ....nous avions comme point commun d'écrire dans un anglais très influencé par les langues gaéliques » et plus loin cette phrase : « L'Anglais reste un envahisseur ». Un recueil de 43 nouvelles, mais certaines sont très courtes.
Les Écossais sont-ils des gens galants? En tout cas honneur à Agnes Owen qui ouvre ce livre avec 9 courtes nouvelles. Des histoires pour le moins sombres, entre une guérisseuse obèse et répugnante de saleté qui vit avec ses 4 «  enfants » (courts sur leurs 4 pattes), ils n'aboient pas quand la caravane passe, car la caravane, ce sont eux, quand Arabella, leur maîtresse, les promène dans leur landau! Un jour, un inspecteur des affaires sanitaires est attendu dans le taudis! Un bus qui passe quand il veut, les gens font la queue et parlent entre eux. Une bagarre éclate entre jeunes. S'ils veulent se battre, l'Irlande n'est pas loin, dit un témoin!
Un dialogue surréaliste entre une mère et la directrice de son fils. Pour cette dernière, George est un fauteur de trouble, pour sa mère, un fils modèle! Cherchez l'erreur!
On passe ensuite à James Kelman, le premier titre est « Crevard d'Ecossais », un homme, une femme, de l'argent, des cartes, 2 pages. Pratiquement toutes les nouvelles de cet auteur semblent concerner le même personnage, un homme qui n'a plus rien, clochard à Londres, vagabond errant dans la campagne écossaise dans « là où j'étais ». Des situations absurdes, deux parieurs parlent, l'un semble vouloir faire croire à l'autre qu'ils se connaissent et veut lui emprunter de l'argent. Un nouveau balayeur est embauché dans ce qui semble une usine, pourquoi? Des voyages sans buts et des retours vers l'Angleterre. Je n'ai pas compris grand chose de la finalité de ces écrits.
Alasdair Gray termine ce livre d'une manière plus classique, avec un étudiant qui raconte son voyage d'études. Le bateau sur lequel il est malade, visite à l'infirmerie et reste du voyage dans l'hôpital du bateau. Puis encore l'hôpital où il a été débarqué. Quelques temps plus tard, il sort enfin de l'hôpital, mais dans sa chambre d'hôtel, la femme de ménage secoue les oreillers et il est allergique aux plumes etc.... Il termine sa lettre par « Ma bourse d'études Bellahouston m'a été bénéfique ». A noter que l'auteur parle de Jack Profumo, ministre de la Guerre Britannique, qui dut démissionner, car il avait eu la mauvaise idée d'avoir pendant un temps, partagé la même call-girl qu'un attaché militaire de l'ambassade d'URSS à Londres!
Un jeune homme amoureux, mais éconduit vient narrer ses mésaventures à un ami, lequel n'est pas enchanté de cette visite.  Il ne comprend en effet rien au raisonnement de l'amoureux transi!
« Le reclus » est la nouvelle la plus intéressante du livre. Jamie est le fils du Révérend John Kirkwood, homme austère et rigoureux. Un matin, après boire, il se réveille dans une chambre qu'il pense être la sienne, mais des vêtements féminins sont étalés sur le lit! Pourtant cette chambre est la copie conforme de la sienne! Une jeune fille entre.... Comme on le devine, il cherchera à la revoir. La morale de cette histoire, on ne peut être heureux au jeu et en amour! Mais par contre on peut être malheureux aux deux!
Une dissertation sur l'Ecosse à travers l'art et la difficulté d'en vivre avec deux textes       « Portrait d'une dramaturge » et « Portrait d'un peintre ».
Trois styles très différents :
Agnes Owens pose un regard lucide sur la société qui l'entoure, il s'en dégage un sentiment de désespoir. Les personnages sont des êtres paumés, victimes de la fin de l'ère industrielle qui a laissé une partie de la population sur le carreau. Des histoires étranges et une lecture pas facile. La nouvelle « Arabella » en particulier laisse un sentiment de malaise. Les personnages de ces nouvelles ne sont pas bien reluisants : d'Arabella, la pseudo guérisseuse, aux personnes faisant la queue pour prendre le bus.
James Kelman a une écriture plus heurtée, la fin de ses histoires m'a souvent laissé dans l'expectative ! Un écrivain déroutant et des nouvelles qui demandent une attention toute particulière. Je pense que j'essayerai un de ses romans pour ne pas rester sur cette impression.
Alasdaire Gray lui parle de personnages plus conformes à la société actuelle, mais ils sont tout de même des perdants dans l'âme et dans leurs comportements.
Comme souvent dans ce genre de recueil, j'ai trouvé la qualité des nouvelles relativement inégale ayant eu par exemple beaucoup de mal avec le style de James Kelman.
Un livre à découvrir pour l'étrangeté de certains de ces textes qui sont loin des canons de la nouvelle habituelle, une expérience pas facile, mais intéressante.
Un très intéressant Post-scriptum nous explique la genèse de ce livre.
Extraits:
- Elle passa un chiffon humide malodorant sur son visage, ce qui n'eut pour effet que de révéler plus nettement les traînées de crasse. Puis elle essaya d'enfoncer un peigne dans la masse broussailleuse de ses cheveux, mais il cassa.
- Arrrh, on ne peut plus se battre pour des prunes de nos jours. Ils feraient mieux d'aller à Belfast comme mon fils.
- La compagnie de ce jeune homme était pire que pas de présence du tout.
- Bon sang, c'est une honte, elle a dit, une honte de ridiculiser nos compatriotes en se donnant en spectacle devant les Anglais.
- Au moins, je suis ailleurs.
- ...parce qu'en effet, cet instant était bel et bien arrivé et il avait disparu à présent, disparu à tout jamais.
- Bien entendu j'ai dû affronter le monde, finalement. Seuls des moyens financiers inépuisables peuvent nous dispenser de le faire, or je venais à bout des miens.
- Si, belle! Je sais qu'elle a un visage tellement personnel qu'il en est presque laid, mais son corps est beau à tous points de vue....
- ...une intransigeance navrante, qui donne à son fils le choix entre trois options : la servilité, l'hypocrisie, ou la rébellion.
- ...nous préférons croire aux vertus suprêmes que sont l'amour, l'amitié, le foyer, l'église, une équipe de football, l'orangisme et (lorsque notre éducation nous y a sensibilisés) l'Art.
Demain je vais changer. Oui, demain. Demain
Éditions : Les éditions passages du Nord/Ouest. (2007)
Titre original : Lean Tales(Je remercie les éditions Passage du Nord/Ouest pour ce renseignement)
Site pour des adaptations théâtrales de certaines de ces nouvelles, ici