Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

31 octobre 2008

CROSS Eric / Le Tailleur et Anstie

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Le Tailleur et Anstie.
Eric CROSS.
Note 4 /5.
My Tailor is rich......
Eric Cross, est né en 1905 et décédé en 1975. Ce livre a une histoire à part dans la littérature irlandaise. Paru en 1942, il est censuré dès sa sortie, car il écornait allégrement certaines idées catholiques et il démystifiait également une mythologie celtique très passéiste. L'introduction est de Frank O'Connor (et ici ) qui eut lui aussi quelques soucis avec les autorités pour sa traduction du poème de Brian Merriman « The Midnight Court »(1945). Dans cette préface O'Connor nous prévint et nous comprenons le motif de cette interdiction :- « Elle et le Tailleur considéraient les rapports sexuels comme le sujet le plus divertissant de la conversation courante ; un trait dominant de la vie en Irlande gaélique qui subsista jusqu'à dans sa jeunesse , avant de commencer à disparaître avec l'acceptation de la langue anglaise ».
Un couple de gens qui semblent ordinaires, plutôt âgés et qui vivent dans un endroit retiré d'Irlande, laissons l'auteur parler :
- «  Dans le hameau de Garrynapeaka, le canton d'Inchigeela, la paroisse d'Iveleary, la baronnie de Muskerry, le comté de Cork et la province de Munster » D'un seul coup on imagine l'endroit, et la joie de ses hivers! Restent les contes et les veillées, avec des histoires plus abracadabrantes les unes que les autres!
La photos de la couverture nous fait découvrir un couple ridé, mais goguenard, mélange de fausse naïveté, mais de vraie roublardise. Compromis entre le paganisme ancien des gaéliques, pour qui la religion n'est pas une contrainte, mais une chose acceptée mais avec laquelle il est possible de faire des arrangements personnels sans que cela pose de problème.
Ne cherchez pas dans ce livre un roman quelconque, ici c'est plus une succession de petits riens de la vie quotidienne, les tâches de chacun et le rythme des saisons. De la tonte du mouton à la confection des habits. La récolte du lin, son traitement et la future chemise qui suivra un homme la plus grande partie de sa vie.
L'auteur par le truchement du « Tailleur » aborde tous les problèmes d'une société irlandaise pas très assurée sur ses bases, coincée entre un passé récent très douloureux, une église toute puissante et un avenir incertain. L'éducation, la langue, l'immigration sont des sujets de  mécontentement du « Tailleur » pourquoi faire des enfants instruits s'ils ne savent pas reconnaître un taureau d'une vache. Des réflexions parfois surprenantes après une séance de cinéma, son jugement sur les actrices d'Hollywood est le suivant : Jolies mais trop maigres, elles ne doivent pas manger à leur faim! Les souvenirs de jeunesse, les années d'apprentissage dans différentes villes d'Irlande de Cork à Belfast, puis à Glasgow. Les veillées funèbres étaient l'occasion de retrouvailles, et également de boire un peu plus que de raison, et pourquoi pas en organiser même si le mort est encore vivant! Et tout cela pour faire plaisir à un Anglais! Un chat aussi a droit à des funérailles et au respect des vivants. Une autre histoire savoureuse , Tim est ami avec le sergent qui représente l'autorité irlandaise, celui-ci doit chercher le « poteen » (alcool clandestin) qui circule librement dans le village et également chez le tailleur. La solution entre deux personnes de bon goût? Boire l'alcool en premier et commencer les recherches après! Ce qui fut (de chêne) fait!
Tim Buckley le tailleur et Ansty, son épouse, apparaissent comme deux êtres que tout oppose, lui est handicapé et lymphatique, elle est vive et toujours en mouvement, passant d'une charge domestique à une autre. Lui est enjoué, volontiers hâbleur. Il est instruit parlant le gaélique et l'anglais, écrivant également dans les deux langues. Il fut un grand tailleur, mais il n'exerce pratiquement plus, bénéficiant d'une pension, ce qui l'amuse beaucoup. Il aime traîner au lit le matin, bref un philosophe de la campagne. Bien sûr le bavardage est sa principale activité qu'il pratique en surveillant « La Vache », c'est un homme connu et respecté et ses amis sont nombreux et les visites aussi. Il a quelques taches ménagère également, il baratte le beurre toutes les semaines, nettoie les oeufs (en tirant sur sa pipe) quand c'est nécessaire et remonte l'horloge tous les jours. Les amis sont nombreux, Jerry, le sage un peu fou ou le fou plein de sagesse, ou encore Seamus Murphy, le sculpteur, compagnons de discussions sans fin.
L'écriture est à l'exemple des personnages simples, mais lyrique et vivante. On sent une perpétuelle recherche entre le mot juste mais pas savant car le Tailleur est un érudit, sachant écrire par exemple. Mais avec des lacunes surtout pour les adresses, qu'il ne met pas forcément dans le bon ordre, ou alors parfois il met son nom et son adresse sur l'enveloppe! Un solide sens de l'humour et de la dérision, mais aussi la tristesse de savoir que le Tailleur et Ansty assistent à la fin d'une époque et aussi au crépuscule d'une civilisation qui était la leur. Que reste t-il de l'Irlande aujourd'hui? Les contractions de mots et injures gaéliques se retrouvent dans les dialogues très souvent savoureux et empreints d'une grande sagesse. On cherche vainement à l'heure actuelle quelle raison a poussé les autorités à censurer ce livre!
Un petite remarque pour signaler que la traductrice de ce livre est Joëlle Gac, qui a également traduit « Peig, autobiographie d'une grande conteuse d'Irlande ». Ses connaissances de la civilisation gaélique sont un gage d'authenticité.Un livre souvenir dans la lignée de « Peig » ou de « L'homme des îles » de Thomas O' Crohan avec l'insularité en moins.
Un dernier mot pour remercier les Éditions Keltia Graphic pour avoir édité ce livre.
Extraits :
- Mais nous étions tous trop innocents pour nous douter de l'effet produit par le livre sur le gouvernement bien élevé de monsieur De Valera. Il fut mis à l'index pour « tendance licencieuse ».
- Sa lecture ressemble à une longue traversée à la nage dans les égouts.
- Humain d'abord. Ensuite, et ensuite seulement, Irlandais, catholique et tailleur.
- Mais le travail restera accessoire à la conversation.
- D'emblée le Tailleur vous salue chaleureusement. Pas Anstie.
- Sa vie est une succession de tourments. Elle est à la merci d'événements les plus anodins.
- Le Tailleur commence par pêcher les mouches qui auraient pu se noyer dans la bouteille.....à quelle adresse il fallait expédier le courrier.
- « Tu n'as qu'à l'adresser à Micky Sullivan, Montagnes Rocheuses, Amérique ».
-...car Anstie et le Tailleur, s'ils sont l'avers et le revers d'une médaille sont faits du même métal.
- A l'époque, les souliers n'avaient ni pied droit, ni pied gauche. Les deux faisaient le même office.
- Une preuve irréfutable, mais qui n'eut pas entièrement satisfait Euclide.
- Il n'y a plus de cause nationale à défendre, plus de Parnell ni de William O'Brien.....
-« Prends le monde comme il vient, lui te prendra comme tu viens »
- « Elle compte aussi une classe d'individus terriblement acharnés contre les catholiques et connus sous le nom d'orangistes ».
- La Mort cède la place au Temps.
Éditions : Keltia Graphic (2008).
Titre original : The Tailor and Ansty. (1942)
Hubert Nyssen parle de ce livre ici

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30 octobre 2008

Carhaix, cuvée 2008 / Night & Day in Carhaix!

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Carhaix ,second épisode, samedi soir & dimanche.
Night & Day in Carhaix.
(Je sais, cela fait titre de mauvais roman, mais cela m'amuse).
Compte rendu également disponible chez,
Joëlle, Katell, Mammig, et Sylire .
Vers 17 heures, nous quittons le salon, direction l'hôtel
Noz Vad (bonne nuit en breton), situé 10 minutes à peine du salon, en plein centre ville. Accueil et gentillesse sont au rendez vous. Nous nous installons, puis allons faire une promenade dans le centre ville de Carhaix. Divers achats dont celui de cartes postales nous amènent à la Maison de la Presse, où nous retrouvons les caissières qui officiaient au salon, tout naturellement, la discussion s'oriente vers la littérature!
De retour à l'hôtel, je regarde les prestations offertes par cet établissement et je découvre : bibliothèque, ouvrages sur la Bretagne et la région, s'adresser à l'accueil! C'est la première fois que je vois cela! Il y a également un endroit appelé « Le coin des poètes » où de la poésie est affichée dans de très jolis cadres en bois, un peu plus loin un couloir où se trouve une galerie de photos de chanteurs bretons et bretonnants! J'ai énormément apprécié.
Suite à plusieurs recommandations, nous avions décidé de manger à l'
Auberge du Poher à Port Carhaix. La mère de famille est à l'accueil, la fille aux fourneaux et un serveur s'occupe du reste. Nous étions les seuls clients, car les anciens propriétaires, l'âge venant, n'ouvraient plus le soir et il est donc nécessaire de se recréer une clientèle. Au vu des qualités aussi bien en cuisine qu'en salle, cela ne devrait pas poser trop de problèmes. Une adresse à retenir. Nous avons donc bénéficié de l'attention de tout le monde, ce qui est un moment rare. D'une chose à l'autre, nous partons du restaurant à 10h15, en nous promettant bien de revenir. En cette nuit un peu particulière, nous nous arrêtons au bar de l'hôtel pour un dernier verre avant la nuit, bar qui est pleins d'écrivains, pour changer de la journée. La directrice de l'établissement vient nous saluer dans une ambiance très décontractée. Vers 11 heures, un bruit de sonnette nous fait, mon épouse et moi, éclater de rire, trois ans de vie londonienne nous reviennent en mémoire! Cette clochette est la phrase rituelle suivante : « Last order please, last order », qui annonçait la fermeture des pubs en Grande Bretagne. Nous racontons l'anecdote à notre hôte que cela amuse beaucoup. Baisser de rideau, la journée fut longue et très bien remplie.
Le petit déjeuner fut également littéraire (nous y avons retrouvé certains écrivains) et copieux, car la journée n'était pas encore de tout repos. Un grand merci à tous les gens que nous avons côtoyés à Carhaix.J'ai un peu parlé avec André Célarié qui avait été ravi de ses lectures de poésie à Lorient et qui aimerait bien revenir, pourquoi pas.? J'ai acheté un de ses ouvrages « Le secret d'une vie », un livre avec une très belle couverture. J'ai acheté aux Editions Keltia Graphic « Le Tailleur et Anstie » livre irlandais écrit en 1942 et interdit à sa sortie en Irlande. En plus la préface est de Frank O'Connor. Les anciens gaéliques avaient l'esprit et le langage lestes!
Nous retrouvons Sylvie au salon et les autres au restaurant. Sur le parking, Sylvie retrouve Mammig, Ronan et la petite famille, Nicole craquant pour Lila! Je rencontre pour la première fois une dénommée Joëlle(!) et Florian, puis arrive Katell. Les discussions et le repas peuvent commencer!

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J'aime beaucoup ce genre de rendez-vous, mais c'est toujours trop précipité, le salon et le restaurant étant difficilement compatibles dans ce court laps de temps !
Plus tard dans l'après midi, j'ai également retrouvé Alain, ami brestois et son épouse Laurence. Avec Alain (Spirit sur certains sites littéraires), nous partageons une même passion pour l'Irlande. Hélas nous avons aussi été victimes du manque de temps et n'avons guère eu le temps de beaucoup parler, nous avons malgré tout été saluer Laurent Ségalen,(et son tee-shirt) voir photo!

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Le dimanche après midi, j'ai enfin pu rencontré (et ce ne fut pas facile!!!!) Michèle Astrud que j'ai découvert par son livre « Amitiés ». Elle a eu des paroles très agréables concernant la chronique que j'ai fait de son récit.
Une visite (encore direz-vous) mais avec Joëlle, Katell et Sylire aux éditions de «
La part commune », celles qui ne l'avaient pas sont reparties avec un exemplaire de « Plume, lettre à mon chat »de Claude Ansgari. Un grand coup de chapeau à cette maison d'éditions rennaise pour la beauté et la qualité de ses livres! Un vrai plaisir. Mon épouse a acheté également pour une petite fille que nous connaissons une bande dessinée « Un an avec les trois petites soeurs » de Yolande Salou-Catelan, que nous rencontrons également tous les ans. Chacun s'est un peu éparpillé suivant ses goûts, mais nous nous sommes retrouvés parfois au gré des stands.
Le changement d'heure et le temps très incertain ont fait que nous sommes partis vers 17 heures avec grands regrets et un dernier tour pour saluer les écrivains que je connais et que j'espère revoir bientôt.
Un week-end formidable, beaucoup trop court.
Bises à Sylvie, Joëlle, Mammig et à ses enfants, à Katell et à Laurence.
Sincères amitiés à Alain, Florian et Ronan.
Un grand merci à Nicole pour m'avoir suivi dans ces aventures livresques et bloguestes!
A bientôt.
Yvon

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28 octobre 2008

Carhaix, cuvée 2008. Tous les chemins mènent à Carhaix.

Carhaix

Carhaix, cuvée 2008.
Tous les chemins mènent à Carhaix!

Premier épisode. Samedi.
Nous sommes arrivés, mon épouse et moi, vers 11 heures trente à l'espace Glenmor de Carhaix où se tient cette manifestation littéraire.
Ce samedi fut particulièrement intense et plein de rencontres, certaines littéraires et prévues, mais une autre qui confirme que la véracité du proverbe « Seules les montagnes ne se rencontrent pas ». Nous étions au bar du salon, mon épouse avec un thé, moi avec un café, je jette un oeil (que j'ai récupéré) sur les gens qui m'entourent, un instant d'hésitation, un visage qui me semble familier! Je regarde mieux ce monsieur qui me regarde aussi et en un clin d'oeil, nous avons trouvé : nous avions fait connaissance à Carpentras il y a plus de 20 ans. Nous nous étions retrouvés par hasard dans un jardin toulonnais, car le Bagad de Saint Mandrier donnait un concert il y a environ17 ans, et là à Carhaix nous étions côte à côte. Il y a des choses comme cela!
Ensuite mais cela était prévu, j'ai fait la connaissance de ma « cousine » islandaise Olöf, nous avons un peu conversé, mais chacun avait son emploi du temps et ses stands à visiter. Nous espérons la revoir à Lorient pour une conférence sur la littérature islandaise.
Parlons enfin de littérature dans cette après-midi qui fut bien remplie, J'ai enfin fait connaissance d'Hervé Jaouen. Nous avons pris le temps (surtout lui) de parler de littérature et de salons littéraires qui ne sont pas tous des parties de plaisir. J'ai également fait la connaissance de Pascal Rannou dont j'ai adoré
« Sentinelles de la mémoire ». J'ai parlé aussi un moment avec un homme charmant, Louis Pouliquen, dont j'ai trois ouvrages à la maison, mais j'avoue à ma grande honte que je n'en ai lu aucun pour l'instant, mais cela va changer. Françoise Moreau, dernière lauréate du Grand Prix de la ville de Carhaix, qui succède à des écrivains comme Jacques Josse ou Marie Le Drian. Parmi les livres sélectionnés figuraient, entre autres, Michèle Astrud, pour « Monplaisir Sans-Souci », Solenn Colleter avec « Je suis morte et je n'ai rien appris ». J'ai pu également rencontré Denis Flageul dont j'ai lu « Les tempestaires » et qui avec Gérard Allé et Sylvie Rouch ont créé un nouveau personnage dans le décor du roman noir breton, Léo Tanguy. J'ai ensuite vu Laurent Ségalen qui a obtenu haut la main le prix du plus beau Tee-shirt du festival, nous avons, comme l'année dernière et même plus, il me semble, passé d'excellents moments avec lui. J'ai également parlé de son troisième ouvrage dans ma semaine spéciale du roman policier breton, « Généalogie mortelle à Quimper ». Il fêtait ce jour là la sortie de son 5 ème roman. J'ai croisé Nono, un dessinateur que j'adore, j'ai toujours dans ma bibliothèque « Jours de Bretagne » et d'autres recueils de dessins.André Célarié, que j'avais déjà rencontré à Lorient pour une soirée de lecture de poésie. J'ai vu aussi Charles Madezo, poète lorientais, nous nous rencontrons parfois à la médiathèque, ainsi que Daniel Cario de Lorient que je croise souvent aussi dans les salons. J'ai retrouvé en vrac, pour l'ordre de passage dans mes rencontres ,mes habituels arrêts aux stands :
Yann Venner, dont je viens de commenter le dernier roman, «
La disparue de Guingamp », Hervé Bellec, toujours plein d'humour, mais dont le livre « La nuit blanche » a fait couler quelques larmes, un arrêt toujours assez long aux éditions du Barbu de Christian Blanchard dont tous les écrivains présents sont...barbus! Michel Dréan lui, n'était là que le dimanche, j'ai chroniqué son premier roman il y a quelques jours « Ploemeutre ». Joëlle, qui habite Ploemeur s'est, il me semble, offert ce livre! Nous avons aussi, mon épouse et moi, discuté longuement avec Claude Ansgari dont l'amour des chats est de leur point commun. J'ai un excellent souvenir de lecture d'un de ses livres « Le Bal des mouettes ». Le dimanche, Joëlle, Sylvie et Katell lui ont également rendu visite.Le mot de la fin, enfin, pour le samedi littéraire, sera pour Jean Kergrist. Nous nous sommes croisés plusieurs fois et nous avons toujours trouvé quelque chose à nous dire. J'ai beaucoup d'estime pour Jean alors que nous ne nous sommes rencontrés qu'une seule fois, mais nous correspondons parfois et j'apprécie ses livres, son humour et sa gentillesse. J'ai adoré cette année ces deux dernières parutions, un roman « La cordillère des jambes » et ses mémoires « Chronique brouillonne d'une gloire passagère ».
Fin du premier épisode, uniquement littéraire, demain ce sera plus vivant avec l'arrivée des blogueuses des environs.

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27 octobre 2008

WILLIAMSON Eric Miles / Noir béton.

Noir béton
Eric Miles WILLIAMSON
Note : 5 / 5 .
Quand le bâtiment va......
Je ne connais pas du tout cet auteur américain, ancien ouvrier du bâtiment. Son premier roman « Gris-Okland » fut finaliste du Prix Pen/ Heminway. Né en Californie en 1961, il sera ouvrier en bâtiment avant de reprendre ses études.
Nous sommes à San Francisco, les hippies comme leurs fleurs ont fané, le business a repris le dessus. Le monde de la construction est en plein essor, les buildings poussent comme des champignons pas du tout hallucinogènes!
Broadstreet et les autres travaillent la gunite, sorte de béton qui est envoyée par un tuyau sous très forte pression. Le fin du fin c'est le « Two-up » où la pression est à son maximum, la cadence est très rapide et pour l'homme qui dirige le tuyau, le risque est grand. Certains en font un style de vie, presque l'équivalent d'une religion .Le contremaître étant renvoyé, Broadstreeet est nommé sur le champ à sa place. Les accidents sont de toutes sortes et de diverses gravités, d'un doigt coupé à un pied écrasé, une chute d'échafaudage causée par la pression du tuyau en « Two Up » provoque une blessure souvent sérieuse ou la mort, quand un déséquilibre survient du huitième étage!Les querelles de personnes sont fréquentes, la place de contremaître étant très convoitée, certaines rancoeurs personnelles n'aident pas non plus à la bonne ambiance de l'équipe. Bref, le chantier avance vaille que vaille, jusqu'au jour où une nouvelle équipe arrive pour prendre leur place. Broadstreet redevient simple ouvrier, Root un nouveau venu le remplace et ils partent sur un chantier en dehors de la ville. Pour Keebler, le fils de Root, commence un voyage d'initiation, la vie, l'alcool et les femmes sont une découverte pour lui. Mais la tragédie n'est pas loin, Rex revient sur son passé, Broadstreet est à l'agonie, même Root ne croit plus en rien.
Tous ces personnages sont des hommes usés, solitaires, leurs femmes étant parties, mélanges hétéroclites de mexicains sans papiers ou de petits blancs sans instruction. Ils ont un semblant de vie après le travail, leurs principales activités sont les bars et les prostituées. Même ceux sont qui sont encore mariés passent souvent leurs nuits à boire.
Broadstreet semble le plus détaché, une promotion ne semble pas l'intéresser. Il préfère son simple travail de finisseur, la boisson est la seule chose qui lui donne le courage de travailler et de vivre, enfin de survivre.
Rex semble le plus gravement atteint par l'alcool et les « fumettes » diverses, il n'est pas très apprécié de ses collègues de chantier, mais il a un certain don pour éviter tout licenciement. Ou alors, autre chose lui donne t-il cette impunité? Root est un disciple du « Two-up », il ne vit que pour son travail, il forme son fils Keebler dans cette voie. Mais celui-ci veut découvrir autre chose et les hommes, en particulier Rex, l'aideront. Fisch est un colosse noir repris de justice, il doit supporter pas mal de brimades, étant un des rares à ne pas être de culture hispanisante parmi les ouvriers.
Une écriture très épurée, phrases courtes et pleines de rythme, certains puristes risquent de ne pas apprécier. Ce livre n'est pas d'une lecture aisée, mais c'est du concentré de noirceur, le soleil a oublié de briller sur la Californie pendant la durée de l'histoire . Un univers très particulier, des ouvriers toujours sur le point de rupture, tenant le coup à grand renfort d'alcool, et autres substances prohibées. Il faut dire que l'auteur ne fait pas dans la dentelle, il y a en particulier deux pages et demie écrites en italique que j'ai dû lire plusieurs fois. J'avais bien lu et bien compris la première fois. Un livre coup de poing sur les métiers du bâtiment avec tout ce que cela comporte, des syndicats souvent dépassés, le travail au noir quasi obligatoire, avec paiement en espèces, précarité des travailleurs, licenciement sur le champ qui souvent correspond à une mise à l'index par le patronat. Les accidents de travail à répétition parfois dus à l'état d'ivresse avancée des ouvriers. Le chantage est un mode de pression très utilisé, les syndicalistes brimés ou blessés par erreur. Le monde des travaux publics à l'américaine dans toute son horreur. Un très grand livre. A lire tant pour la découverte d'un travail qui m'était inconnu et pour son suspense qui se fait attendre.
Extraits :
- Perte d'un doigt, cinq cent. Si on perd une main ou un pied, on touche mille. Le mec l'a joué malin, s'il perd ses doigts un à un il se fera cinq mille dollars. Mais s'il perd les deux mains à la fois, il ne fera que deux mille.
- Un manchot descend le trottoir en fauteuil électrique, il conduit avec les dents.
- Les voitures font des embardées. Le fauteuil se renverse. L'amputé tombe.
- On sous-estime beaucoup les bienfaits du whisky tôt le matin, il dit.
- Il a vu deux porte-lance se faire éjecter des échafaudages, emportés par leurs tuyaux.....
Broadstreet n'a pas envie de tenir la lance.
- Vaut mieux boire trop pense Broadstreet, que pas boire du tout.
- « Two-up » n'est pas qu'un signe de la main à un opérateur pour lui demander plus de mélange. « Two-up » est une philosophie. C'est un mode de vie.
- Un homme qui ne hait pas son patron ne vaut rien. Et un patron que ses hommes ne haïssent pas ne vaut rien.
- Les gringos n'ont pas de fils. Les gringos font des bébés, pas des fils. En grandissant ils deviennent de plus grands bébés.
- J'aime vraiment la gunite, mon garçon, il dit. Vraiment j'aime ça.
- Si tu laisses plus de huit heures de repos à un guniteur, il testera sa virilité avec des spiritueux, des drogues et des femmes.
Éditions : Fayard Noir.
Titre original: Two-Up

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25 octobre 2008

Fermé pour cause de...........

         

Fermé pour cause de..........         

Carhaix

à dimanche soir pour la réouverture.

Yvon

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23 octobre 2008

VENNER Yann / La disparue de Guingamp.

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La disparue de Guingamp.
Yann VENNER.
Note : 4 / 5 .
En Avant Foot !
Troisième opus des aventures de Fanch Buagalez* et d'Eugéne Cabioch dit la Brebis.
Donc on prend les mêmes et on recommence, avec comme but le football (facile celle-là) et l'industrie de la cochonnaille (qui rime avec canaille?). Les deux réunis (du moins dans ce roman) ne sentent forcément l'eau de rose.
Balle au centre, début du match. A une époque à la télé les « Shadocks pompaient », ici Fanch et la Brebis ramaient, ramaient. Tomber en panne d'essence avec le bateau, ce n'est pas le genre de la maison, quand en plus la voiture de Fanch est vandalisée et le jardin de la Brebis est transformé en garrigue asséchée dans les Côtes d'Armor, ce n'est pas l'effet du hasard. Fanch, malgré qu'il file le parfait amour avec Gwendoline, s'en inquiète et prévient son ami Le Tellier à Saint Brieuc.
Pendant ce temps, Stereden, valeureux gendarme, reçoit une lettre lui annonçant sa promotion, missive qui le met dans tous ses états (de service bien entendu). Sa joie est de courte durée, arrivant chez lui il apprend que sa fille Rébecca a fugué (vu son âge, c'est ce qu'on appelle en musique une fugue mineure). Celle-ci croyant au père Noël, malgré ce mois de juillet caniculaire, est partie rejoindre Victor, footballeur africain, grande vedette de l'En-Avant de Guingamp (on parle de changer le nom du club pour «En Reculant de Guingamp», mais c'est un secret pour l'instant). Les joueurs et la ville se préparent pour le début du championnat « En Avant-Olympique de Marseille »L'arrivée de Rebecca, à moitié ivre pendant le repas des joueurs, n'est pas du meilleur effet. Victor part avec elle pour tenter de la calmer. On retrouvera le footballeur assommé, mais Rébecca semble s'être volatilisée. Son père recevra son scalp et une demande de rançon beaucoup trop forte pour sa situation!
S'ensuivent plusieurs récits, l'enquête sur l'enlèvement et sur les divers méfaits perpétrés à Trelouzic. Et l'on découvre les motivations profondes de la personne responsable de cet enlèvement. On assiste également à la préparation du match, puis au match dont le résultat est de .....but pour.....
On ne peut pas réellement parler de personnages tant ceux-ci sont caricaturaux par exemple, Félix Stereden, gendarme alcoolique bête et fasciste, Madame Marie-Thérèse (non je ne la ferais pas celle-là) aime bien téter l'Ambassadeur (l'apéritif, pas le diplomate), leur fille Rebecca (de malheur) frise (elle passe son CAP de coiffure) le degré zéro de l'intelligence humaine.
Même le footballeur n’y n'échappe pas, il est intelligent et lettré, le Président du Club est débonnaire et joyeux luron, chose qui n'a plus cours dans la football-business! Directeur des charcuteries « La belle Rosalie », il est le parfait exemple de l'autodidacte malin, mais peu instruit.
L'ami Yann a mis un peu la pédale (le vélo étant le deuxième sport breton après le football) douce sur les calembours. Et à mon avis, ce n'est que mieux, même si moi, en ce moment, je me retiens. Une enquête qui ne démarre vraiment que pendant la seconde partie du livre. Une lecture agréable pour une histoire qui est loin de l'être (agréable). Mais c'est un roman policier, avec son cortège de morts et de violence.
Extraits :
- Le zénith est partout. Nul endroit pour se mettre à l'abri! Pas même l'ombre d'un espoir.
- ... à Guingamp, véritable tour de Babel du football breton.
- Il est vrai que le monde du sport est avant tout le monde de la finance, et le jeu en vaut la chandelle! Qu'il faut brûler par les deux bouts ; surtout pour les publicitaires.
- Quant au vrai jeu, le football il existe bien réellement, mais c'est un autre univers-un univers si terre à terre.
- Le lit et la table, voilà la bonne hauteur! Car le ciel est trop haut, et la terre trop basse!
- Et si c'est la télé qui le dit, foi de gendarme, Téléfoute ne saurait mentir!
- Son cerveau fait de la béchamel. Une drôle de sauce.
- Le peuple a trouvé sa nouvelle Jeanne, son guide spirituel qui lave plus blanc que blanc.
- On déjeune en silence, chacun dans sa solitude intérieure. Difficile de partager l'indicible.
- Il n'est pas question de mélanger la celte altitude et l'arrogance d'une sardine qui aurait bouché à elle seule le port de Marseille.
- Il y a aussi une nette diminution du contenu de xénobiotiques dans les mèches colorées.
Pas étonnant que beaucoup de sportifs se décoloraient les cheveux.
Éditions : L'Ecir (2007).
*Voir les résumés des épisodes précédents, ici et!

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22 octobre 2008

SEGALEN Laurent / Généalogie mortelle à Quimper.

Généalogie mortelle à Quimper.
Laurent SEGALEN.
Note : 4 / 5.
Cousins à la mode de Bretagne*
Je me replonge dans les aventures de Gaetan Letrusel, ancien journaliste devenu détective privé. Le voilà aux prises pour cette troisième aventure avec un meurtre de famille, dirais-je! C'est empoisonnant ces grandes familles!
Hubert Hélias organise la rencontre de tous les descendants de Hyacinthe Hélias. L'ambiance est festive, certaines personnes se rencontrent pour la première fois, le repas est excellent, bref une bien agréable façon de renouer les liens familiaux. Seule fausse note, mais de taille, Hubert meurt en buvant son café. Le cyanure présent dans le breuvage n'a pas été mis là par erreur et pas du tout pour faire une farce amicale! Gérard Strullys, policier brestois, cousin par alliance de la victime était de ce fait présent à la fête. Son épouse Lucie ne surmontant pas son chagrin, il demande à Gaetan de l'aider, mais d'une manière tout à fait officieuse ; il interrogera les cousins les plus proches, en particulier ceux qui ont aidé à la préparation de la fête sous le prétexte de recherche généalogique. Notre détective se trouve pris entre deux feux et deux villes, Brest et Quimper, entre Léonards et Cornouaillais, entre Nord et Sud Finistère! Les motifs apparents manquent, seul un différend sur une parcelle de terrain opposait Hubert et certains de ses cousins. En effet ceux-ci envisageaient d'agrandir le terrain de golf, et pour cela il devait acheter du terrain à Hubert, chose que celui-ci refusait catégoriquement. Jean Jacques, un des partisans de l'agrandissement du golf, est mis en prison, incrédulité de la fratrie. On ne tue pas pour un bout de terre, même si le désaccord est profond. Gaetan envisage, pourquoi pas, une erreur de victime. Si l'homme à abattre n'était pas Hubert? Logiquement un autre meurtre devrait suivre, le coupable ne pouvant s'arrêter sur un échec. Une enquête chez le traiteur fait chou blanc, celui-ci jouissant d'une réputation bien établie. Mais pour Gaetan, c'est la routine qui fait bouillir la marmite. Des vols de caddies sur une grande échelle, qui semblent être l’œuvre d'un gang de voleurs de métaux. Il s'occupe de la logistique d'un magasin de motos , de trafic de drogue dans le train entre Rennes et Brest et également d'un marin-pêcheur qui semble s'enrichir de manière suspecte, un possible trafic de godaille avec certains restaurants du centre ville. En tant qu'ancien journaliste, il suit l'actualité de près, un accident de voiture coûte la vie au propriétaire du plus grand restaurant de Quimper et à son épouse, un homme d'affaire hollandais arrêté par la police, car le fisc semblerait avoir un sérieux contentieux avec lui, bref la vie continue. Et au fond de sa prison, Jean-Jacques se tait encore et toujours! L'enquête de police semble piétiner.
Pour Gaetan, la solution vient peut-être de l'histoire de la famille, tous ces cousins qui ont grandi ensemble dans le même village, un problème social, une rivalité amoureuse bien cachée? Car enfin, on ne tue pas un homme sans motif sérieux!
Gaetan Letrusel est toujours perspicace, Evi toujours aussi jolie, mais efficace, ce qui ne gâche rien, bien au contraire. Gérard Strullys, copain et policier brestois, est partie prenante dans cette affaire qui concerne une grande partie de la famille Hélias des plus anciens aux plus jeunes, ce qui donne une belle galerie de personnages secondaires.
J'aime bien l'écriture de Laurent, elle est simple, proche du parler, c'est peut-être vrai, mais c'est facile à lire ce qui parfois fait du bien. Bref un roman de bonne qualité avec quelques rebondissements que l'on attendait pas. Et un changement complet de décor par rapport à ses premiers romans. Ici nous entrons de plein pied dans l'histoire d'une fratrie bretonne, solidement ancrée dans sa terre, ses valeurs et son mode de vie.
Comme d'habitude une note d'humour, ici c'est le nom de certaines rues : rue Burma, (où Gaetan a ses bureaux, respect oblige!) rue Rapp, place Claude Sérillon ou quai Bruno Masure!
Extraits:
- Baptêmes, Mariages et Sépultures, c'est à dire les trois moments dans le passage sur cette terre pour tout un chacun, du moins en bonne terre de Bretagne catholique.
-Le drapeau tricolore et le « Gwenn ha du » flottent de concert fièrement au fronton (de la mairie).....
- La conviction du policier est très forte, mais sans être définitive.
- Ici j'ai affaire à des bigoudens, des glaziks et des cornouaillais. Chez ces gens là, il ne faut pas demander de légèreté.
- Pour moi la plupart des meurtriers sont des gens ordinaires. Peu sont des esprits supérieurs même s'ils croient tous en être.
- Le détenu peut moisir tranquillement à l'ombre, il n'intéresse plus personne.
- Le matriarcat en Bretagne n'est pas encore une chose révolue, pensa l'ex-journaliste.
- « Tiens, ces deux là, Hubert et Jean-Jacques sont des bébés « trédudon** ! »
- La révolution sociale qui était en cours dans le pays n'avait pas encore déteint sur les fermes aux abords du pays glazik.
Édition : Astoure.
Autres chroniques de cet auteur :
Crédit fric à Brest.
Meurtre d'un Léonard.
*Phrase qu'employait très souvent ma mère pour des cousinages pas trop orthodoxes. (Ni catholique non plus d'ailleurs).
** Roc'h Tredudon, un des sommets des monts d'Arrée, célèbre pour son émetteur de télévision qui fut plastiqué dans les années 1970. L'explosion elle même fut suivie, environ neufs mois plus tard d'une explosion .... démographique! Comme quoi l'abus de télé nuit!

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21 octobre 2008

FLAGEUL Denis / Les tempestaires.

Les tempestaires.
Denis FLAGEUL.
Note : 4 / 5.
C'est la fête à Toussaint!
J'ai eu l'occasion de croiser cet auteur dans différents recueils de nouvelles, je pense à   « Grains » et aussi dans « A saisir ». Mais c'est le premier roman de lui que je lis.
Quand Toussaint Mével, un lendemain de cuite, reçoit un appel de son copain de boisson, Fanch, il quitte les bras de Malou pour aller voir ce qui se passe. Et ce n'est pas très agréable, le vieux chat de Fanch a été tué, et celui-ci sérieusement tabassé. Entre combines douteuses dans leur profession de brocanteurs ou alors un des nombreux maris trompés, Fanch ne manque pas d'ennemis, soit, mais là! Quand quelques jours après, Toussaint reçoit la visite d'une mystérieuse femme, qui elle aussi a été battue, il se pose certaines questions, surtout quand celle-ci lui donne une enveloppe à remettre à Fanch.
Or celui-ci, quelques jours après sa sortie de l'hôpital, est sauvagement assassiné avant que Toussaint ne lui remette la-dite enveloppe ! Mona, jeune femme qui n'est pour rien dans l'affaire, disparaît également, elle a la malchance d'être là où il ne fallait pas et en plus au mauvais moment. La femme de Brainville, un riche industriel des environs, se tue en voiture ; or il s'avère que c'est la mystérieuse femme qui a remis l'enveloppe à Toussaint! Il semble que la théorie du mari trompé soit un peu dépassée. Mais alors pourquoi? Dans la lettre, Toussaint découvre une liste de noms qui ne lui disent absolument rien, sauf celui de Brainville. Il demande l'aide d'Yves Kermeur, journaliste alcoolique. Et ce que celui-ci découvre ne sent pas réellement la rose, loin s'en faut. Malou pense qu'il est nécessaire de prévenir la police, qui questionne d'ailleurs Toussaint par l'intermédiaire de Lebas, qui le soupçonne fort de ne pas tout lui dire. Kermeur, lui aussi disparaît ; il tombe entre les mains de deux tueurs aux ordres de Brainville. Pour Toussaint, l'étau se resserre! L'affaire semble avoir des ramifications internationales et également politiques, mais il poursuit l'enquête en mémoire de Fanch. Le pot de terre contre le pot de fer, mais ne dit-on pas aussi que qui sème le vent récolte la tempête.
Toussaint Mével, personnage ordinaire, sa vie de brocanteur lui suffit, pas mal d'alcool, des soirées dans les bars, Malou qu'il aime , mais un soir ce qui semble être une entorse à la fidélité va être lourd de conséquences pour Mona, pauvre femme perdue.
Fanch est son copain de boulot et souvent de goulot. Il est toujours embrigadé dans de menues affaires pas toujours très légales, mais rien de très répréhensible. Quelques maris trompés ne le portent pas forcément en haute estime, mais de là à le torturer et le tuer! Soit le coeur a ses raisons que la raison ignore, mais là c'est de la déraison.
Jean-Jacques Brainville, dont l'épouse Muriel était la dernière conquête de Fanch, est-il capable d'un tel forfait, surtout que Muriel est maintenant décédée dans un accident de voiture?
Un livre glauque, mais cela lui donne un certain charme, la description d'un dimanche moyen dans une ville grise noyée sous la pluie est la meilleure solution pour avoir envie de retourner se coucher.
Un monde de gens à la périphérie de la société bien pensante, aimant la vie, l'alcool et les femmes et en face des affairistes se moquant de la légalité, bien protégés par leur argent et leurs relations, mais quelques sentiments humains émergent de tout cela.
Un bon roman : tous les ingrédients sont là, l'argent à tout prix pour une certaine catégorie de personnages, l'amitié et l'amour, une intrigue qui tient la route, bref un bon moment de lecture. Une fin apocalyptique pleine de rebondissements.
J'ai trouvé dans le passage où Toussaint fait la connaissance de Mona dans un bar, une poésie qui m'a fait penser à un passage de « La fête de Nuit » de Xavier Grall. En plus Flageul lui donne le même prénom! Hommage peut-être?
Extraits:
- Alors, il restait planté là, à regarder le grand nettoyage. Dirty Old Town.
- Que le déluge vous submerge, ô impeccables imbéciles.
- Roule, fleuve profond. Jusqu'à mon Finistère. Une autre large rasade. C'était nécessaire.
- Et toujours l'or se changeait en plomb.. Du plomb dans l'aile, hélas ! pas dans la cervelle.
- Novembre en Bretagne, c'est la Toussaint tous les jours.
- Commencer à se connaître, c'est souvent commencer à se haïr.
- Le café avait un goût de chiotte. Dehors, il faisait un temps de merde. On était vendredi et il avait devant lui la perspective d'une journée à filer la chiasse.
- J'ai l'impression d'abandonner quelque chose.
Ou quelqu'un.
- Job lake barz*, l'homme qui boit plus vite que son ombre.... Au poil quoi!
- Alors allez-y ! Soyez des héros ! Soyez des putains de héros ! Mais sans moi! Sans moi!
- Vous avez les réseaux, les ramifications, nous, nous avons le produit. Il s'agit simplement de faire coïncider les deux. Une coproduction en quelque sorte.
Éditions : Instantanés de polar. La baleine.
*Poster de Nono qui est une version du célèbre dessin de Lucky Lucke « L'homme qui tire plus vite que son ombre ».

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20 octobre 2008

DREAN Michel / Ploemeurtre.

Ploemeurtre.
Michel DREAN.
Note : 4/5.
Les requins de Fort-Roqué.
Michel Dréan est un voisin, il habite en effet Ploemeur (où entre parenthèses, on ne meurt pas plus de mort violente qu'ailleurs). De ce fait nous nous croisons au gré des salons littéraires des environs. Mais je n'ai encore rien lu de lui. Il faut dire que vu la quantité de polars régionaux paraissant en Bretagne, il est très difficile de suivre.
Nous sommes au mois d'octobre, le Fort-Roqué vient de changer de main. Ce fort aux origines lointaines et incertaines, proche de la côte, vient d'être acheté par Nicole Le Bruhec. Et cela ne plaît pas forcement à tout le monde, surtout à un groupe d'écolos, peut-être pas très pur, mais dur oui. Enfin c'est surtout ce qu'elle veut en faire qui pose problème aux résidents. Un complexe hôtelier, marina, thalassothérapie, etc.... De là à la noyer en plein jour dans la piscine municipale en espérant que le projet tombe à l'eau, il n'y a qu'un pas, et ce pas quelqu'un l'a franchi! Et avec un aplomb surprenant! Le seul témoin, Casimir, 9 ans, avec un prénom qui ne l'avantage pas. L'enquête doit faire le moins de vagues possibles, Vincent Terrach arrive de Rennes, il connaît très bien la région et son arrivée n'est pas très bien perçue par les policiers locaux.
Casimir redit à Terrach la même chose qu'aux autres policiers qui l'ont interrogé, mais un détail le gêne, un fait dont il n'a pas parlé, un genre de mensonge, mais par omission, rien de grave, pense t-il? Mais cet oubli en fait une seconde victime potentielle. Mais si tuer une femme représentant le capitalisme sauvage est un acte de guerre, tuer un enfant de neuf ans est une chose ignoble, mais nécessaire, car le meurtrier a croisé Casimir et a senti dans le regard de celui-ci la peur. Au cours de l'enterrement de la femme assassinée, Vincent reçoit un coup de téléphone anonyme, lui conseillant de s'intéresser aux liaisons extra conjugales du conseiller général, Maurice Calloch. Puis une lettre anonyme révélant d'autres choses. Et une autre encore....
Les finances et le politique main dans la main, les pressions, le barrage des élus, les menaces de la direction, tout pour que l'affaire s'étouffe d'elle-même. Une passion amoureuse pour compliquer encore un peu la situation, bref rien ne manque.
Vincent Terrach revient, chez lui, sur ses terres qu'il avait quitté quelques années plus tôt, et ce retour ne se fait pas de gaieté de coeur! Trop de mauvais souvenirs sont encore présents dans sa mémoire. La mort de ses parents, ses problèmes personnels avec son frère, seul membre de sa famille qui lui reste, mais dont il n'a plus de nouvelles, nous sont révélés petit-à petit. C'est un homme seul, évitant de trop se lier, avec les femmes ou pendant le travail.
Nicole Le Bruhec, veuve très aisée d'un roi de l'agro-alimentaire, est une femme d'affaires ne reculant devant aucun sacrifice, flattant les hommes politiques de tous poils et de tout bord (de mer, si je peux me permettre!) Vincent doit interroger Sonia Gelanges, sa secrétaire, maîtresse femme, et croqueuse d'hommes, qui ne laisse pas notre policier insensible.
L'assassin que nous nommerons par son nom de guerre « Crazy Horse », a été tiré au sort, il s'est acquitté de sa tâche, mais un grain de sable et venu dérégler le plan qui semblait parfait. Et quel est le rôle exact de « Géronimo », autre écologiste et chef de ce groupuscule qui a décidé la mort de la femme d'affaires?
Casimir lui était avec ses copains qui le charrie un peu à cause de son prénom, il descendait sur le toboggan quand il a vu un homme partir, et découvert une femme noyée.
Beaucoup de personnages secondaires l'enquête se passant dans une ville de 20000 habitants et le récit ayant certaines ramifications politiques, nous rencontrons des élus locaux.
Une conception originale, nous connaissons l'assassin très rapidement et il nous explique comment il a pu faire la connaissance de sa victime. Les chapitres portent le nom ou le prénom des personnes concernées, ainsi que le jour et l'heure. Cela s'avère très pratique car beaucoup de personnages secondaires sont interrogés par Vincent Terrach.
En prime une promenade touristique dans Lorient et ses environs, si j'ose dire.
Extraits :
- ...le symbole carte postale d'une ville à la recherche de son identité touristique.
- Elle avait une vision beaucoup plus mercantile de l'avenir du site.
- Dans leur pays aussi ils avaient leurs Montagnes Noires et leurs propres luttes à mener.
- Au début quand il lui avait plongé la tête sous l'eau elle avait cru à un jeu.
- Si le ridicule avait tué, je serai mort un nombre incalculable de fois.
- Ces connards d'Américains appelaient cela des dommages collatéraux.
- La mer n'avait que faire des estropiés. Elle ne voulait pour l'affronter, que des hommes valides en pleine possession de leurs moyens.
- Des pêcheurs qui, après avoir affronté la mer, devaient encore se battre contre le cours du poisson.
- Même la médiathèque coincée à l'autre extrémité ne trouvait pas grâce à ses yeux. (Cette pensée n'engage que son auteur!)
Éditions : Blanc Silex Editions. Réédition : Chemin Faisant
Vincent Terrach est le personnage principal de deux autres romans :
Keromansonge aux éditions Chemin Faisant. Ces deux ouvrages sont disponibles ici
La lune dans le Kenavo paru cette année aux Éditions du barbu.

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19 octobre 2008

BUAN Hugo / Hortensias Blues.

Hortensias Blues.
Hugo BUAN.
Note : 4 / 5.
L'hortensia, c'est pour offrir?
Premier roman de cet auteur Malouin, donc une découverte totale.
Nous sommes à Rennes, ou plutôt dans un quartier huppé de la capitale bretonne. Le commissaire Workan arrive sur les lieux d'un meurtre, une maison médicalisée « L'Albatros ». Un dentiste, Marotan y a été tué, l'instrument du crime : une canne de golf, mais chose étrange, un hortensia bleu est posé sur les fesses du mort! Commence alors ce qui ne semble qu'une enquête de routine : interrogatoire de la veuve qui révèle que feu son mari était un coureur de jupons et que parmi tous les maris trompés, peut-être que? Le personnel féminin ? Bref quelques pistes, mais rien de concret. Workan apprend un contentieux entre le mort et le psychiatre Michel Avril, est-ce suffisant ? En tout cas, il l'arrête!
Septembre semble un peu tôt pour une épidémie de grippe, mais de meurtres non. L'Ankou fait sa vendange. En effet Chabrier qui exerce dans le même immeuble, ami de golf du défunt dentiste, est également tué d'un put en pleine tête. Le club de golf se transforme en club des défunts! Le docteur Avril étant toujours en garde à vue, il semble qu'il faille chercher un autre coupable? Même méthode, même fleur, même assassin? Les recherches se poursuivent, mais dans plusieurs directions à la fois, les épouses sont interrogées révélant certains secrets, Chabrier ayant épousé la première épouse du dentiste assassiné! Certaines spécialistes de « l'Albatros » ayant eu des aventures avec Marotan! Les feuilles mortes et les cadavres se ramassent à la pelle, quelqu'un en veut (c'est un euphémisme) aux membres du cours médical masculin exerçant leurs talents dans cette maison médicalisée. L'enquête est de plus en plus ténébreuse et réserve encore pleins de surprises, car le mode opératoire change, les crimes se délocalisent, se mettent au vert! Et comme Workan est daltonien, il voit rouge!
Le commissaire Lucien Workan, Toulousain de coeur et Polonais d'origine, une affaire familiale l'a fait muter il y a quelques années à Rennes. Chose qu'il ne regrette pas. Honnêtement j'ai du mal à avoir de la sympathie pour le personnage, son comportement comme avec le docteur Avril est vraiment malsain. Il peut également être méprisant pour ne pas dire odieux avec ses subalternes ou les personnes mêlées de près ou de loin aux crimes. Bref un homme blessé par ses propres problèmes familiaux, il vit en effet séparé de son épouse et de sa fille, et il le supporte très mal. Personnage intègre, ses rapports avec sa hiérarchie sont pour le moins conflictuels, surtout quand les victimes appartiennent à la bourgeoisie rennaise. Par contre je me dis qu'un homme aimant l'andouille de Guémené ne peut pas être tout à fait sans qualités!
Leila et Lerouyer, ses deux adjoints, sont tellement différents que chacune de leurs rencontres est sujet à des disputes diverses, ils sont pires que des collégiens infantiles! Bref, les vannes et vacheries de toutes sortes volent bas.
Le roman se déroule sur une dizaine de jours, donc pas de temps mort (mais des morts oui!) ni dans l'enquête, ni dans l'écriture de bonne qualité, mais souvent très imagée avec un humour caustique, en particulier dans les accrochages entre les enquêteurs. Une bonne histoire, mais des personnages pas très attachants car vraiment trop futiles dans leurs relations et leurs comportements.
Ayant travaillé dix ans à Rennes, j'ai eu beaucoup de plaisir à essayer de revoir les lieux où se déroule ce roman.
Un petit mot sur la présentation de ce livre, qui je trouve, est très réussie. Le style et la taille des lettres (j'ai failli dire « la police »!) rendent la lecture aisée et la présentation des pages est très aérée, ce qui ajoute au plaisir de la lecture. Cela mérite d'être souligné et l'éditeur d'en être remercié
.
Extraits:
- Il avait vu pas mal de crimes, d'embrouilles, mais celui-ci le laissait perplexe.
- Il aimait ce peintre anglo-irlandais (Francis Bacon), dont les portraits exprimaient la douleur et le déchirement.
- En fait le divisionnaire n'aimait que Pont-Aven et Gauguin, parce que ce n'était pas loin de chez lui.
- Vous allez voir, Leila et Frémont, tous les deux enfermés dans un bureau avec le fichier du dentiste, ça va réveiller les volcans d'Auvergne.
- Vous ne pouvez pas imaginer pour quelles broutilles on peut tuer, docteur.
- C'est exact, j'ai beaucoup d'humour, je suis le fils spirituel de Vladimir Poutine et de Margaret Thatcher.
- Il l'emmerdait grave, le dévitaliseur de canine, une vrai kalachnikov entre les jambes.
- Ça s'est terminé en véritable boxon. Moi j'te dis....à côté, Yalta c'était une réunion Tupperware.
- D'abord elle est baraquée vaut voir comme...on dirait une Walkyrie de Wagner.
-Il fallait un prénom celtique ou gaélique pour échapper à l'extermination en Armorique.
Éditions : Pascal Galodé éditeurs. (2008).

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