Généalogie mortelle à Quimper.
Laurent SEGALEN.
Note : 4 / 5.
Cousins à la mode de Bretagne*
Je me replonge dans les aventures de Gaetan Letrusel, ancien journaliste devenu détective privé. Le voilà aux prises pour cette troisième aventure avec un meurtre de famille, dirais-je! C'est empoisonnant ces grandes familles!
Hubert Hélias organise la rencontre de tous les descendants de Hyacinthe Hélias. L'ambiance est festive, certaines personnes se rencontrent pour la première fois, le repas est excellent, bref une bien agréable façon de renouer les liens familiaux. Seule fausse note, mais de taille, Hubert meurt en buvant son café. Le cyanure présent dans le breuvage n'a pas été mis là par erreur et pas du tout pour faire une farce amicale! Gérard Strullys, policier brestois, cousin par alliance de la victime était de ce fait présent à la fête. Son épouse Lucie ne surmontant pas son chagrin, il demande à Gaetan de l'aider, mais d'une manière tout à fait officieuse ; il interrogera les cousins les plus proches, en particulier ceux qui ont aidé à la préparation de la fête sous le prétexte de recherche généalogique. Notre détective se trouve pris entre deux feux et deux villes, Brest et Quimper, entre Léonards et Cornouaillais, entre Nord et Sud Finistère! Les motifs apparents manquent, seul un différend sur une parcelle de terrain opposait Hubert et certains de ses cousins. En effet ceux-ci envisageaient d'agrandir le terrain de golf, et pour cela il devait acheter du terrain à Hubert, chose que celui-ci refusait catégoriquement. Jean Jacques, un des partisans de l'agrandissement du golf, est mis en prison, incrédulité de la fratrie. On ne tue pas pour un bout de terre, même si le désaccord est profond. Gaetan envisage, pourquoi pas, une erreur de victime. Si l'homme à abattre n'était pas Hubert? Logiquement un autre meurtre devrait suivre, le coupable ne pouvant s'arrêter sur un échec. Une enquête chez le traiteur fait chou blanc, celui-ci jouissant d'une réputation bien établie. Mais pour Gaetan, c'est la routine qui fait bouillir la marmite. Des vols de caddies sur une grande échelle, qui semblent être l’œuvre d'un gang de voleurs de métaux. Il s'occupe de la logistique d'un magasin de motos , de trafic de drogue dans le train entre Rennes et Brest et également d'un marin-pêcheur qui semble s'enrichir de manière suspecte, un possible trafic de godaille avec certains restaurants du centre ville. En tant qu'ancien journaliste, il suit l'actualité de près, un accident de voiture coûte la vie au propriétaire du plus grand restaurant de Quimper et à son épouse, un homme d'affaire hollandais arrêté par la police, car le fisc semblerait avoir un sérieux contentieux avec lui, bref la vie continue. Et au fond de sa prison, Jean-Jacques se tait encore et toujours! L'enquête de police semble piétiner.
Pour Gaetan, la solution vient peut-être de l'histoire de la famille, tous ces cousins qui ont grandi ensemble dans le même village, un problème social, une rivalité amoureuse bien cachée? Car enfin, on ne tue pas un homme sans motif sérieux!
Gaetan Letrusel est toujours perspicace, Evi toujours aussi jolie, mais efficace, ce qui ne gâche rien, bien au contraire. Gérard Strullys, copain et policier brestois, est partie prenante dans cette affaire qui concerne une grande partie de la famille Hélias des plus anciens aux plus jeunes, ce qui donne une belle galerie de personnages secondaires.
J'aime bien l'écriture de Laurent, elle est simple, proche du parler, c'est peut-être vrai, mais c'est facile à lire ce qui parfois fait du bien. Bref un roman de bonne qualité avec quelques rebondissements que l'on attendait pas. Et un changement complet de décor par rapport à ses premiers romans. Ici nous entrons de plein pied dans l'histoire d'une fratrie bretonne, solidement ancrée dans sa terre, ses valeurs et son mode de vie.
Comme d'habitude une note d'humour, ici c'est le nom de certaines rues : rue Burma, (où Gaetan a ses bureaux, respect oblige!) rue Rapp, place Claude Sérillon ou quai Bruno Masure!
Extraits:
- Baptêmes, Mariages et Sépultures, c'est à dire les trois moments dans le passage sur cette terre pour tout un chacun, du moins en bonne terre de Bretagne catholique.
-Le drapeau tricolore et le « Gwenn ha du » flottent de concert fièrement au fronton (de la mairie).....
- La conviction du policier est très forte, mais sans être définitive.
- Ici j'ai affaire à des bigoudens, des glaziks et des cornouaillais. Chez ces gens là, il ne faut pas demander de légèreté.
- Pour moi la plupart des meurtriers sont des gens ordinaires. Peu sont des esprits supérieurs même s'ils croient tous en être.
- Le détenu peut moisir tranquillement à l'ombre, il n'intéresse plus personne.
- Le matriarcat en Bretagne n'est pas encore une chose révolue, pensa l'ex-journaliste.
- « Tiens, ces deux là, Hubert et Jean-Jacques sont des bébés « trédudon** ! »
- La révolution sociale qui était en cours dans le pays n'avait pas encore déteint sur les fermes aux abords du pays glazik.
Édition : Astoure.
Autres chroniques de cet auteur :
Crédit fric à Brest.
Meurtre d'un Léonard.
*Phrase qu'employait très souvent ma mère pour des cousinages pas trop orthodoxes. (Ni catholique non plus d'ailleurs).
** Roc'h Tredudon, un des sommets des monts d'Arrée, célèbre pour son émetteur de télévision qui fut plastiqué dans les années 1970. L'explosion elle même fut suivie, environ neufs mois plus tard d'une explosion .... démographique! Comme quoi l'abus de télé nuit!