Les tempestaires.
Denis FLAGEUL.
Note : 4 / 5.
C'est la fête à Toussaint!
J'ai eu l'occasion de croiser cet auteur dans différents recueils de nouvelles, je pense à   « Grains » et aussi dans « A saisir ». Mais c'est le premier roman de lui que je lis.
Quand Toussaint Mével, un lendemain de cuite, reçoit un appel de son copain de boisson, Fanch, il quitte les bras de Malou pour aller voir ce qui se passe. Et ce n'est pas très agréable, le vieux chat de Fanch a été tué, et celui-ci sérieusement tabassé. Entre combines douteuses dans leur profession de brocanteurs ou alors un des nombreux maris trompés, Fanch ne manque pas d'ennemis, soit, mais là! Quand quelques jours après, Toussaint reçoit la visite d'une mystérieuse femme, qui elle aussi a été battue, il se pose certaines questions, surtout quand celle-ci lui donne une enveloppe à remettre à Fanch.
Or celui-ci, quelques jours après sa sortie de l'hôpital, est sauvagement assassiné avant que Toussaint ne lui remette la-dite enveloppe ! Mona, jeune femme qui n'est pour rien dans l'affaire, disparaît également, elle a la malchance d'être là où il ne fallait pas et en plus au mauvais moment. La femme de Brainville, un riche industriel des environs, se tue en voiture ; or il s'avère que c'est la mystérieuse femme qui a remis l'enveloppe à Toussaint! Il semble que la théorie du mari trompé soit un peu dépassée. Mais alors pourquoi? Dans la lettre, Toussaint découvre une liste de noms qui ne lui disent absolument rien, sauf celui de Brainville. Il demande l'aide d'Yves Kermeur, journaliste alcoolique. Et ce que celui-ci découvre ne sent pas réellement la rose, loin s'en faut. Malou pense qu'il est nécessaire de prévenir la police, qui questionne d'ailleurs Toussaint par l'intermédiaire de Lebas, qui le soupçonne fort de ne pas tout lui dire. Kermeur, lui aussi disparaît ; il tombe entre les mains de deux tueurs aux ordres de Brainville. Pour Toussaint, l'étau se resserre! L'affaire semble avoir des ramifications internationales et également politiques, mais il poursuit l'enquête en mémoire de Fanch. Le pot de terre contre le pot de fer, mais ne dit-on pas aussi que qui sème le vent récolte la tempête.
Toussaint Mével, personnage ordinaire, sa vie de brocanteur lui suffit, pas mal d'alcool, des soirées dans les bars, Malou qu'il aime , mais un soir ce qui semble être une entorse à la fidélité va être lourd de conséquences pour Mona, pauvre femme perdue.
Fanch est son copain de boulot et souvent de goulot. Il est toujours embrigadé dans de menues affaires pas toujours très légales, mais rien de très répréhensible. Quelques maris trompés ne le portent pas forcément en haute estime, mais de là à le torturer et le tuer! Soit le coeur a ses raisons que la raison ignore, mais là c'est de la déraison.
Jean-Jacques Brainville, dont l'épouse Muriel était la dernière conquête de Fanch, est-il capable d'un tel forfait, surtout que Muriel est maintenant décédée dans un accident de voiture?
Un livre glauque, mais cela lui donne un certain charme, la description d'un dimanche moyen dans une ville grise noyée sous la pluie est la meilleure solution pour avoir envie de retourner se coucher.
Un monde de gens à la périphérie de la société bien pensante, aimant la vie, l'alcool et les femmes et en face des affairistes se moquant de la légalité, bien protégés par leur argent et leurs relations, mais quelques sentiments humains émergent de tout cela.
Un bon roman : tous les ingrédients sont là, l'argent à tout prix pour une certaine catégorie de personnages, l'amitié et l'amour, une intrigue qui tient la route, bref un bon moment de lecture. Une fin apocalyptique pleine de rebondissements.
J'ai trouvé dans le passage où Toussaint fait la connaissance de Mona dans un bar, une poésie qui m'a fait penser à un passage de « La fête de Nuit » de Xavier Grall. En plus Flageul lui donne le même prénom! Hommage peut-être?
Extraits:
- Alors, il restait planté là, à regarder le grand nettoyage. Dirty Old Town.
- Que le déluge vous submerge, ô impeccables imbéciles.
- Roule, fleuve profond. Jusqu'à mon Finistère. Une autre large rasade. C'était nécessaire.
- Et toujours l'or se changeait en plomb.. Du plomb dans l'aile, hélas ! pas dans la cervelle.
- Novembre en Bretagne, c'est la Toussaint tous les jours.
- Commencer à se connaître, c'est souvent commencer à se haïr.
- Le café avait un goût de chiotte. Dehors, il faisait un temps de merde. On était vendredi et il avait devant lui la perspective d'une journée à filer la chiasse.
- J'ai l'impression d'abandonner quelque chose.
Ou quelqu'un.
- Job lake barz*, l'homme qui boit plus vite que son ombre.... Au poil quoi!
- Alors allez-y ! Soyez des héros ! Soyez des putains de héros ! Mais sans moi! Sans moi!
- Vous avez les réseaux, les ramifications, nous, nous avons le produit. Il s'agit simplement de faire coïncider les deux. Une coproduction en quelque sorte.
Éditions : Instantanés de polar. La baleine.
*Poster de Nono qui est une version du célèbre dessin de Lucky Lucke « L'homme qui tire plus vite que son ombre ».