L'homme qui apprenait lentement.
Thomas PYNCHON.
Note : 3,5 / 5.
Mais sûrement !
Ces nouvelles furent écrites entre 1958 et 1964, mais le livre fut publié en 1984. Dans son introduction qui date donc de cette époque, l'auteur se livre à une critique des ses propres écrits, qui donne presque envie de refermer le livre. L'art et la manière de juger ses oeuvres de jeunesse d'une manière pour le moins abrupte et sans concessions!
Ce recueil se compose de 5 nouvelles. Celle qui commence le livre a pour titre « Petite pluie », alors que c'est en réalité un ouragan qui dévaste une partie de la Louisiane. Imaginez les désastres de « Katarina » mais en 1957. Un militaire dans un fort de Louisiane s'ennuie, mais il se laisse vivre. Il devait être en permission mais une catastrophe naturelle s'abat sur la région, ce n'est pas la guerre, mais c'est pire. La collecte des cadavres n'est pas une sinécure, pourtant le jour du retour au fort, il regrette de partir!
« Basse-terre », où la triste histoire de deux, puis trois hommes dont les manières ne plaisent pas, mais alors pas du tout à la maîtresse de maison! Il faut reconnaître qu'elle n'a pas tout les torts et que certains souvenirs ont du mal à passer! Méfiez-vous madame, des marins qui débarquent!
Dans « Entropie », un groupe de personnages très divers qui va du groupe d'étudiantes à des marins en goguettes sont réunis. Il est question de la température extérieure, il fait trois degrés. Par contre l'auteur ne nous renseigne pas sur le degré d'alcoolisation de tout ce beau monde. Et cela parle, refait le monde, les conversations sont philosophiques, scientifiques et musicales. Mais dehors, il fait toujours trois degrés. Je n'ai pas réellement compris la finalité de cette nouvelle!
« Sous la rose » fait penser à une parodie de roman d'espionnage où les personnages se connaissent tous et ne savent plus réellement pour qui ils espionnent ; d'ailleurs espionnent-ils encore? L'histoire commence au Caire au début des années 1900 et se termine à Sarajévo autour d'une dépouille de l'archiduc François-Ferdinand.
Pour la nouvelle qui clôt ce livre « Intégration secrète »je m'en réfère aux paroles de l'auteur dans son introduction:
- J'allais faire encore pire avec « Intégration secrète » comme on le voit dans trop de scènes mal fichues et qui donnent une impression de « pagaïe » (ou pagaille, ce qui semblerait plus logique?).
Une nouvelle qui finit ce livre sur une impression très étrange.
Des personnages pour le moins improbables, une jeune fille blonde surnommée Bouton d'Or, une autre Aubade, un psychiatre mexicain, alcoolique, qui pense être Paganini lui-même et prénommé Géronimo! Un bidasse un peu tire au flanc confronté à la puissance de la nature. Un éboueur, spécialiste de Vivaldi mais adepte de muscat, a pour copain un homme aisé, habitant une belle maison. Un marin surnommé « Pig », un espion impuissant, un jeune garçon qui est un génie soit, mais qui ne réussit jamais rien.
Pynchon peut penser que ce sont des écrits de jeunesse et c'est parfaitement son droit. Mais pour moi, ce sont de bons écrits de jeunesse. Les références littéraires sont nombreuses, de Shakespeare à Graham Green en passant par Jack Kérouac, il dit d'ailleurs que « Sur la route » est un des plus grands romans américains. Certaines nouvelles prennent comme base des données scientifiques « Entropie » par exemple qu'il détourne par un goût de l'absurde qui semble se retrouver dans beaucoup de ses écrits .L'époque de ces écrits est une période charnière, l'alcool est partie prenante de toutes ces histoires, le sexe est évoqué et la drogue fait son apparition, mais dans certaines couches de la société uniquement.
Homme très érudit, il passa sa vie à se cacher des médias et il eut cette réflexion :
- « Je crois que reclus est un mot de code utilisé par les journalistes et qui signifie qui n'aime pas parler aux reporters ».
Extraits de l'introduction :
- Elles pourront également montrer aux jeunes écrivains ce qu'il convient d'éviter.
- Mon erreur fut d'être fier de mon oreille avant d'en avoir une.
- Cela dit, le narrateur n'en reste pas moins un petit trou du cul plutôt naïf. On voudra bien m'en excuser.
- Les apprentis ont toujours envié la vie libre des compagnons.
Extraits :
- Peinardement il tournait à l'indigène ; déjà son accent rocailleux du Bronx avait perdu de son agressivité.
- Alors, il faudra faire avec des gros lards bon à rien dans votre genre.
- Il flottait dans l'air une odeur de charogne, qui évoqua pour Levine celle du vermouth, quand on en a bu toute la nuit.
- En sommes vous vous dites qu'il vaut mieux que ce soit tombé sur eux que sur l'université?
- ...il avait découvert que loin d'être un oiseau sur une branche, il ressemblait davantage à une taupe dans sa galerie...
- Bref, il n'y avait plus que la folie de Geronimo pour lui faire tenir le coup.
Éditions : Seuil.
Titre original:
Slow Learner (1984)