Cet héritage au goût de sel.
Alistair MacLEOD.
Note : 4 / 5.
La mer et le charbon.
Recueil de 7 nouvelles édité pour la première fois en 1976. Alistair MacLeod est né au centre du Canada, mais à l'age de dix ans il part vivre dans l'île du Cap-Breton. D'origine écossaise, il n'est sûrement pas dépaysé dans cette région ou l'influence celtique est très forte.
L'ensemble de ces nouvelles se déroule dans l'île du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse à l'Est du Canada.
« Automne », c'est la saison où un homme travailleur saisonnier doit partir. L'automne de la vie, c'est pour Scott, son vieux cheval. Il l'a acheté il y a plusieurs années, ils ont travaillé deux ans ensemble au fond d'une mine. Il est remonté, sachant que l'animal risquait la cécité définitive, il n'a pu se résoudre à l'abandonner. Mais le temps a passé...
« Cet héritage au goût de sel » se déroule dans un petit port. John, un jeune garçon, pêche avec ses copains. Un inconnu s'approche, lie connaissance, un peu perdu dans ce village du bout du monde. Il rencontre le grand-père de l'enfant, puis la grand-mère et reste manger avec eux. Dans le calme de la fin de soirée, le rhum de contrebande aidant, le grand-père raconte, le départ de sa fille et cette soirée calme, bercée par le bruits des vagues, se transforme en une histoire dramatique.
« Le bateau» nous raconte l'histoire et l'enfance d'un jeune homme auprès d'un père marin-pêcheur et lecteur. Chanteur parfois pour les touristes de passage. La mère est son contraire ; pour elle, la lecture est une perte de temps, son mari n'est pas un propre à rien mais presque. Le temps passe, les filles partent au loin, lui le garçon reste, l'école puis la pêche seront sa vie. Mais il découvre peu à peu la vraie personnalité de son père...
« La route qui mène à la pointe Rankin» est un texte magnifique sur la vie, le temps qui passe, les traditions, mais au bout de la route, il y a un virage,« Le petit virage de la tristesse », un homme y est mort. Aujourd'hui sa famille se réunit autour de son épouse, pour la dernière fois peut-être. Elle est très âgée maintenant et vit seule au bout de ce chemin ardu.
Des familles nombreuses, des mineurs à la vie dure dont certains, surtout les jeunes, s'exilent parfois volontairement, le plus souvent contraints et forcés, sont les protagonistes de ces histoires simples de gens simples, résignés mais pas abattus. La vie est dure mais c'est la seule chose qu'ils ont connue.
Un enfant ne comprend pas le départ d'un animal familier, ou plutôt, il le comprend trop bien!
Dans une des plus belles nouvelles de ce recueil, « Les puits de la noirceur », un jeune homme de 18 ans quitte sa famille et leur triste condition de mineurs de pères en fils. Les mines ferment, la vie devient très rude. Ses parents tentent un peu de le retenir, sans grande conviction. Il se souvient de ses jeunes années, lui, l'aîné de sept enfants. La promiscuité avec la chambre de ses parents, le bruit quand ils faisaient l'amour, l'obligation qu'ils avaient de traverser sa chambre la matin. Son père qui commence à boire, le peu de chance qu'il lui reste de vivre encore un peu. Les paroles de sa mère, mélange d'anglais aux tournures gaéliques ! Il roule et s'éloigne au gré des voitures qui l'emmènent vers...une autre vie mais laquelle?
Un autre enfant, dans « Le retour », découvre une autre manière de vivre. Il habite Montréal. Sa mère, très belle femme, est souvent photographiée pour les journaux de cette ville, son père est avocat, mais pour ces vacances ils vont dans la famille de son père au Cap-Breton. Les hommes, même le grand père à 76 ans, travaillent à la mine, les gens parlent gaélique, chantent et boivent dans la rue. Avec ses cousins il assiste à la saillie d'une vache par le taureau local, confusément il sent qu'il ne doit rien dire à ses parents. Il est intronisé « mineur » quand son grand père l'enduit de charbon et l'emmène au bain avec les autres. Mais certains drames familiaux sont là, enfouis mais présents.
Un adolescent découvre la vie nocturne et le billard dans une nouvelle moins brillante que les autres.
La vie est dure sur ces rivages inhospitaliers mais elle s'écoule, malgré tout. Dans ce livre, j'ai l'impression, mais je ne connais pas assez le sujet pour en être sûr, que l'auteur veut laisser un témoignage d'un monde qui se meurt. Et il constate, il le décrit sans effets d'écriture, le plus simplement possible.
Un très beau recueil sur la vie de gens qui ont su garder une certaine authenticité de vie dans un microcosme dû en grande partie à leur qualité d'insulaires.
Extraits:
- La forme grise du cheval avait une allure fantomatique dans l'obscurité du petit matin.
- Et de savoir qu'ils ne savent pas exactement ce que vous savez, mais qu'ils savent que vous savez; de ne pas savoir quand ils ont su que vous saviez, pas plus qu'ils ne savent quand vous l'avez su.
- « Je veux simplement que tu saches que tu n'es pas obligé de t'en aller tout de suite ».
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Comme si on ne passait pas assez de temps sous terre une fois mort, pour que l'on ait besoin d'y aller de notre vivant ».
- Dublin semble même se dessiner sous les brumes de l'imagination.
- Parfois la conversation est difficile, avec ou sans alcool.
- « Adieu Alex, tu es le seul de mes petits-enfants qui ne grandira jamais près de moi ».
- « J'aimerais savoir comment des livres peuvent aider les gens à vivre »
- « Et bien j'espère que tu seras content quand elles te reviendront engrossées; tu aura récolté ce que tu as semé »
- Le sol est aussi propre qu'avant, comme si rien ne s'était passé. Un peu comme l'eau qui ne garde pas trace de l'empreinte de nos pas.
- « Nous sommes les enfants de notre propre désespoir, de Skye, de Barra et de Tiree. »
Éditions : Le Serpent à Plume.
Titre original:The Lost Salt Gift of Blood. (1976)