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Un jour dans ma vie.
(Écrits de prison).
Bobby SANDS.
Note : 4 / 5
Tiocfaidh àr là*
5 mai 1981, la nouvelle que tout le monde redoutait est tombée. Bobby Sands est mort ! Il sera le premier d'une longue série de grévistes de la faim irlandais.
Ce livre nous parle d'une facette de Bobby Sands que l'on connaît beaucoup moins, l'écrivain ! Sands est bien sûr un écrivain très engagé, ce livre est une oeuvre de protestation et de dénonciation. La préface est de Gerry Adams, chose qui semble naturelle et l'introduction de Sean McBride, Irlandais, l'un des fondateurs d'Amnesty International et prix Nobel de la Paix en 1974, dont le père fut fusillé par les Anglais en 1916. Il ne faut pas oublier qu'au moment de sa mort Bobby Sands était député.
Ce livre contient une vingtaine de récits, le premier d'entre eux donne son titre à l'ouvrage et c'est également le plus long. Bobby Sands nous parle des conditions de détention de prisonniers républicains dans le bloc H de la prison de Maze (Long Kesh). Les autorités ont supprimé leur statut de prisonniers politiques aux membres de l'IRA, leur refusant par la même occasion le droit de porter leurs propres vêtements. Commence alors une protestation des détenus républicains qui se terminera par la mort de 10 hommes.
La vie pour les républicains dans la prison de Maze est une longue suite de brimades, de passages à tabac et de vexations en tous genres. Les conditions de détention sont inhumaines, les fenêtres n'ont pas de carreaux. Par jeu, les autorités décident de laver les murs au jet, inondant les cellules, détrempant les couvertures et matelas. Les matelas pourrissent et regorgent d'asticots. Les fouilles à «  l'anus » sont une forme très prisée d'humiliations, le vol de nourriture dans les rations des prisonniers est également monnaie courante. Les prisonniers organisent des cours de gaélique collectif dans leurs cellules quand les gardiens déjeunent, ce qui les rend méfiants car ils ne savent jamais ce dont parlent les détenus. Les petits bonheurs, une photo d'une manifestation rentrée clandestinement, un colis ou un courrier censuré qui arrive, la visite mensuelle au parloir. Un peu de tabac passé au nez et à la barbe du personnel de la prison, les nouvelles qui circulent venant de l'extérieur.
Trois poèmes dont « Chère Maman ». Dans un très beau texte « Des fleurs, mes amis, des fleurs » Bobby Sands rend hommage aux femmes d'Irlande et en particulier aux prisonnières d'Armagh, en les comparant aux fleurs :
-« Femmes irlandaises, qui contrairement aux fleurs dans la nature refusent de plier devant un vent étranger.. »
La suite est composée de courts récits, dont le dernier « Mars 1981 » est la narration qu'a fait Sands des 17 premiers jours de sa grève de la faim qui durera 66 jours..
Les personnages sont à classer en deux catégories, les prisonniers républicains, irlandais et catholiques, les gardiens britanniques et protestants. Le moins que l'on puisse dire est que la haine est omniprésente entre les deux !Certains matons particulièrement sadiques furent abattus par l'IRA. L'amitié et l'entraide seront sans cesse une force pour remonter le moral des détenus dans cet univers particulièrement dur et sectaire.
On trouve quelques phrases qui expliquent l'apparente incompréhension des Britanniques vis-à-vis des Irlandais, un journaliste anglais parle de toutes les possibilités dont l'Angleterre a usé et abusé en Irlande, il parle de « génocide » et il reconnaît que rien n'a marché. Il conclut par « La seule (possibilité) que nous n'avons pas essayée est le retrait total et sans condition ».Que reste-t-il de tout cela plus de vingt-cinq ans après ? Sean Mc Bride dans son introduction écrit ce qui suit :
« une telle solution ne serait envisageable que si la Grande Bretagne renonçait enfin à tout prétention de souveraineté dans cette île ».
Or c'est l'inverse qui s'est passé, la République d'Irlande a retiré de sa constitution l'article qui stipulait sa souveraineté sur l'ensemble de l'île ! Une paix relative semble régner mais....
J'ai été agréablement surpris par la qualité de l'écriture de ces textes, qui furent très légèrement remaniés.
Extraits :
- Trois tortionnaires primaires-et ils seraient ici toute la journée.
- Les matons n'aimaient pas que l'on emploie le gaélique. Cela les éloignait, leur donnait l'impression d'être des étrangers et les gênait même.
- Je ne pense pas que les Brits soient très contents en ce moment, fiston, avec tout le XXXXXXXXXXXXXXXXX (censuré).
- Autrement dit, ils vont le tabasser pour la troisième fois de la journée.
- Sans verres aux fenêtres, il n'y avait rien pour nous protéger.
- Qui le croirait si on disait que l'on passait l'été à ramasser des asticots pour nourrir les oiseaux?
- Et encore ce silence de tombe mortuaire. La tension suspendue comme une guillotine.
- ...l'un d'eux se mit à frotter vigoureusement avec une brosse à chiendent mon dos déjà en lambeaux.
- Et moi ? Je resterai toujours le même - un Irlandais luttant pour la liberté du peuple opprimé.
- Mais regarder un pot de chambre immonde ou quatre murs sales et puants ne fait qu'aggraver la déprime.
- Lundi 2 mars : J'ai vu le médecin et je fais 64 kg. Je n'ai pas de problème.
- Mardi 3 mars : 63 kg aujourd'hui et alors ?
- Samedi 7 mars : Je fais 61 kg aujourd'hui. En baisse.
- Lundi 9 mars : Je vais bien et mon poids est de 60 kg.
- Jeudi 12 mars : Je fais 58, 75 kg.
- Mardi 17 mars :Mon poids était de 57, 7 kg. Rien a signaler point de vue santé.
Éditions : Gatuzain. (2003)
Titre original: One day in my life. Writing from prison. (1983).
* Notre jour viendra