A coups redoublés.
Kenneth COOK
Note : 5 / 5
Une soirée calme à l'hôtel Calpe.
Troisième roman de cet auteur australien que je lis. Encore un livre décoiffant montrant une Australie loin des clichés habituels.
Ce roman commence dans un tribunal, trois voix interviendront tout au cours de l'histoire, le procureur, l'avocat de la défense et le juge. La question est quelqu'un est mort, cela est acquis, mais volontairement ou pas? Accident et malchance? Témoignages plus qu'alcoolisés brouillant les pistes! Le tribunal vous rappelle les faits pour un jugement en votre âme et conscience!
Le décor du drame est un hôtel australien, qui sert de lieu de détente ou plutôt de défoulement à une jeunesse qui vient pour boire et se trouver un ou une partenaire pour une soirée. John Verdon est chargé d'estourbir les boeufs à l'abattoir , et il a travaillé ce samedi matin. Et pas trop bien, il a eu des problèmes avec deux des animaux, ce qui ne l'a pas mis dans de bonnes dispositions, et son temps de boisson en est donc réduit d'autant. Il est accompagné de son ami Bob Harris, l'égorgeur de service aux abattoirs, il rencontre d'autre bouchers, la bière coule!!!!!Peter Watts est seul, il est toujours seul, ne s'intégrant dans aucune bande, perpétuellement rejeté malgré toutes ses tentatives. Il cherche une fille pour la soirée, une jeune brune à l'opulente poitrine l'inspire, il s'en approche doucement, ce qui entraîne des remarques désagréables de la part de John. Car en plus de sa consommation d'alcool, John a son quota de sexe à remplir(?) deux le samedi, un le dimanche. Et ce samedi à sa question rituelle « Tu veux baiser », la fille répond «  5 dollars ». La moitié de sa récolte est faite mais il est un peu vexé! Car ses statistiques le prouvent, à force de demander en nombre suffisant, il y a toujours une réponse positive ou même plusieurs! Surtout que le jeune « Pédé » fait du charme à la brunette qui a refusé ses avances! Buvons un coup, cela fera passer la pilule! Surtout que les problèmes arrivent à grand pas, après le sexe, la bagarre!
John Verdon a vingt ans, être frustre, il aime son métier, tuer un animal l'enchante, l'amenant presque à la jouissance. Sa vie est bien réglée, boulot, goulot et dodo. Le week-end, s'il trouve quelques filles saoules et consentantes, c'est bien mieux. Mais attention, faut pas le chercher l'abatteur, surtout quant il n'a plus toutes ses facultés, enfin s'il n'en a jamais eues d'ailleurs.
Peter Watts, lui, a dix-sept ans, ses longs cheveux blonds et la chemise qu'il porte ce soir là le font cataloguer de « pédé » aux yeux des nombreux hommes de l'assistance . Et puis n'a-t'on pas idée d'être bien habillé, mais pieds nus sur une piste de danse, et en plus faire du gringue à une fille qui est convoitée par un autre, ce n'est pas forcément une très bonne idée! Même si la fille semble consentante ou même dans un état second!.
Mick Buchanan, le gérant de l'hôtel, connaît toutes les ficelles du métier, même celles qui frisent l'illégalité . Mais comme tout bon citoyen, il participe aux bonnes oeuvres de la police, enfin aux bonnes oeuvres du représentant de l'ordre des environs. Il se débarrasse du personnel à sa guise, donc la loi du silence règne en cas de coup dur. L'auteur le dépeint comme un être hideux. Son seul point faible, son chat Mol, qui lui aussi est un monstre.
Bob Harris, lui c'est le bon copain, tour à tour tentant de raisonner John, et peu après lui obéissant servilement.
A la lecture de ce livre, on se demande si les week-ends de notre douce France ne sont pas des kermesses paroissiales! C'est alcool et sexe à volonté, et violence avec ce côté affaire entendue, c'est comme cela, pourquoi changer les mauvaises habitudes! Il y a dans cette oeuvre un côté glauque et désespéré et également désespérant! Inéluctablement on sent la catastrophe venir. Une chute finale en forme de feu d'artifice, pour clore ce roman inclassable avec encore une fois des personnages plus pitoyables les uns que les autres!
E
xtraits :
- J'irais plus loin : ils vous ont donné un aperçu de l'enfer, un enfer qui s'est tissé dans la fibre même de la vie civilisée, de notre quotidien.
- D'ailleurs, vu de dos quand ils trottinaient dans l'hôtel, côte à côte, ils ressemblaient à un éléphant et son éléphanteau.
- « Tu refuseras de servir un homme seulement s'il menace de tout casser ».
- Le juge :
J'attire votre attention sur une question légale : personne ne peut être reconnu coupable de meurtre si la malchance est seule responsable.
- Il aurait été aussi contraire à son code d'étique d'escroquer son propriétaire que de ne pas escroquer sa clientèle.
- Mais cela ne le dérangeait pas, la bagarre faisait partie des activités du week-end, au même titre que la fornication.
- Le juge:
Je vous prie de garder à l'esprit que vous êtes ici pour juger les faits, et non la morale.
- Il buvait de la bière depuis midi, sans interruption, et le peu de cervelle qui lui restait flottait dans l'alcool.
- Son corps se soumit alors à l'instinct du vingtième siècle qui offre à un homme incapable de tenir debout la faculté de conduire une voiture.
- Une matière violacée que l'étiquette garantissait sans viande de kangourou.
Éditions : Autrement.
Titre original:
Bloodhouse (1974)
La chronique de Cathe : et celle de Michel.
Mes chroniques pour « 5 matins de trop » et « Par dessus bord »