Déneiger le ciel.
André BUCHER.
Note : 3,5 / 5.
Marche de nuit.
Lu dans le cadre du Prix« Cezam »
Auteur qui m'était inconnu avant cet ouvrage. Écrivain de ma génération, né à Mulhouse, il réside depuis des années dans la Drôme. La nuit de Noël chacun, face à la nature, recherche sa propre vérité, David est de ceux-là.
Nous sommes un 23 décembre dans la vallée du Jabron, la neige tombe, David en proie à une certaine lassitude n'a pas déneigé les routes pour la première fois depuis des années. Même pour son vieil ami Pierre, rude voisin de 75 ans, il n'a pas non plus fait l'effort, il se sent pris dans un lent, mais inexorable déclin physique.
Mais quand Antoine son fils de rechange est bloqué par la neige à trente kilomètre de là, c'est pour lui un signe. Il doit y aller, tel un vieux guerrier partant livrer son dernier combat, comme alors la quête du passé et du présent. Le corps et l'esprit cheminent en parallèle, l'un guidant l'autre. Les souvenirs affluent, l'épouse morte, tuée par un chauffard, la fille lui annonçant son divorce. Plus terre à terre, il voit la voiture de Muriel dans le fossé. Ayant une relation épisodique avec elle, il passera la voir au retour. Mais l 'ombre de Martine, la fille de Muriel, lui envahit l'esprit, tel un mirage, il lui semble la voir partout. Pourtant elle a disparu, nul ne sait comment. Il se remémore comment il remplaça un père parti, les relations entre les familles, les filles amies de longue date, leurs amours de jeunesse, le départ d'Antoine après une déception amoureuse. Mais il faut marcher, se réchauffer, chanter et même danser pour vaincre le froid et la fatigue. Un troupeau de vaches perdues semble attendre un hypothétique fourrage, la nuit devient de plus en plus froide. Il retrouve enfin Antoine, mais il faut maintenant rentrer, les deux hommes prennent le chemin inverse.......
Des gens ordinaires, présents ou disparus, hommes et femmes de chair et de sang, épouse et jeune fille morte ou disparue, tout ce beau monde tourne dans la tête de David et le suit pas à pas. Des éléments du passé resurgissent au cours de la solitude de cette nuit. Toujours le mystère de la disparition de Martine, est-il lui David en partie responsable de cette fugue?
Dommage que tout cela manque de profondeur, j'ai eu l'impression de survoler des personnages sans m'y attacher.
Un certain lyrisme de dégage de cette belle écriture. Les descriptions des paysages sont somptueuses. La nuit et la neige forment à eux deux un personnage étouffant le bruit et blanchissant la nuit.
Le conte de Noël est là , la naissance d'un enfant, les vaches et l'étable, même si tout cela est modernisé.
Un bon moment mais qui ne dépassera pas la fonte des neiges.
Petite remarque, qui j'espère sera bien prise par l'auteur et la maison d'édition : "Dans mon sac de voyage j'ai du Bourbon. Du vrai d'Ecosse".
J'ai certains doutes? Y a-t-il des spécialistes? Pour moi le bourbon est uniquement américain?
Extraits:
- L'hiver usait et abusait. Il exténuait les corps, les arbres, les plantes et les animaux.
- Ses journées se déroulaient vacillantes, semblables aux bougies d'anniversaire.
- Être seul, ce n'était rien. En revanche, se sentir isolé parmi les autres, c'était terrifiant.
- Dans l'obscurité, la perception des choses, des bruits devenait plus aiguë, amplifiée et même inquiétante.
- Des nuits de cette trempe vous réinjectait le sens de la survie.
- Ils jouaient une scène d'amour buissonnière.
- C'était sinistre. A peine une dizaine de feux anémiques, debout comme des quilles.
- "L'excès de douleur rit et l'excès de joie pleure".
- Comme si ce soir sa vie à lui était en jeu, que son salut dépendait de cette quête.
- La brume laissait perler quelques flocons emberlificotés dans sa toile.
Éditions : Sabine Wespieser.
Voir le compte-rendu de Sylire d'un petit déjeuner littéraire, et les chroniques de Cuné et de Joëlle.