Hackman
Hackman Blues.
BRUEN Ken.
Note : 4/5.
Avec « En attendant Baudelaire », ce roman n'appartient à aucune des séries, « Jack Taylor » ou « R&B » qui ont fait connaître Ken Bruen.
Brady cherche du travail, enfin de quoi remettre ses finances à flot. Car à son âge, pour avoir du bon temps avec des jeunes gens, il lui faut payer, et ce n'est pas derrière les barreaux que la fortune vient! Quand Jack Dunphy, après une de ses nombreuse sorties de prison, lui offre pas mal d'argent pour retrouver sa fille Rosaleen, il accepte. Mais celle-ci est aux mains d'un caïd noir du quartier jamaïquain de Brixton, Léon. Et ce Léon là, malgré son air insignifiant, ce n'est pas un enfant de choeur!Avec l'aide d'un troisième larron Dany, ils enlèvent en force et sans trop de problème la jeune femme. Détails pour effectuer ce coup de force, loin d'une vulgaire cagoule, les visages étaient dissimulés par des masques, et pas n'importe lesquels! Margaret Thatcher et John Major et toutes ressemblances avec des personnages existants n'est pas fortuite.Le plus dur est fait, pense-t'il, et une idée qui devrait assurer leurs vieux jours prend forme dans leurs pensées non désintéressées. Mais Roz n'a pas spécialement bon caractère (et c'est un euphémisme!). L'idée de retrouver son père, ne la met pas spécialement d'humeur badine. Et en supplément à ce programme déjà copieux, Brady est victime d'un chantage de la part de deux policiers qui ne paraissent pas satisfaits de leur solde!Alors pour nos trois « Pieds Nickelés » à la sauce britannique, le cauchemar commence....Car entre une jeune fille pas farouche et décidée, deux truands aux bras longs et un possible paquet de livres sterling, il faut la jouer tout en intelligence et finesse. La bande des trois ont-ils ces qualités? Et en plus l'amour s'en mêle! En tout cas pas mal de gens y perdront quelque chose, certains de l'argent, d'autres des illusions mais certains la vie!
Tony Brady, comme souvent les personnages de Bruen, est un cas, étant, dans l'ordre et j'en oublie: agressif, alcoolique, asocial, drogué et homosexuel. Pour ne rien omettre filou et retord.Reed, codétenu de Brady : sa couleur de peau l'aidera à pénétrer dans certains bars ou boîtes de nuit de Brixton, l'un des quartiers noirs les plus durs de Londres. Tabassé par des skineheads en prison, Brady l'avait vengé, scellant là une amitié solide. Jack Dunphy est un truand, un irlandais de la troisième génération, devenu plus anglais que les anglais. Sa fortune lui permet d'acheter beaucoup de choses et pas mal de gens également. Détail qui le rend relativement ridicule, il pense ressembler à Gene Hackman qu'il cite sans arrêt!
Des chapitres courts, qui font progresser l'intrigue, car intrigue il y a, une histoire qui se tient et qui ne sert pas uniquement de second plan.Langue moitié jeune et moitié rasta qu'emploie Reed n'étant pas dans mes habitudes littéraires, j'ai été un peu dérouté. Mais l'humour féroce et très noir est toujours présent et j'avoue que j'aime beaucoup, ma phrase favorite :
-Les frères Gallagher* sont sur scène, à fond la caisse, et finalement vous remerciez le ciel de ne plus être jeune...et de devoir faire semblant d'aimer ces cons...Je persiste et signe, mais Ken Bruen n'a pas ce lyrisme et cette implication personnelle qu'il a dans la série des Jack Taylor. Londres n'est pas partie prenante dans ce livre, comme peut l'être Galway, ce sont des murs et des gens qui servent de décor. L'auteur parle plus de musique que de littérature, mais il cite Joyce et Daniel Woodrell et Armistead Maupin.
J'aime bien, mais je suis en manque de quelque chose, un bon livre presque «classique»pour les lecteurs que le style Jack Taylor déroute un peu.
Extraits:
- Un boulot tout simple. Retrouver une fille blanche à Brixton.
- La clientèle était plutôt noire et je paraissais...plutôt blanc.
- On te le présente comme ça et tu t'attends à voir l'homme de pointe de la Grande Faucheuse.
- Elle était la proverbiale C.I.A. (Catholique, Irlandaise, Alcoolique) et fière de l'être.
- « Chroniques de San Francisco » était mon lithium littéraire.
- J'ai dû lui donner encore quelques claques mais à part ça, ce n'étais pas pire que n'importe quel premier rendez-vous.
- Un peu de « Uisce bheata? » (whiskey).
Seigneur, t'es un miracle sur pattes et en plus tu connais le gaélique.
- Aucun homme ne peut être considéré comme un raté s'il a un seul ami.
- Me suis allongé sur la plage, ai écouté Lorena McKennit sur mon baladeur.
Éditions : Fayard Noir.
Titre original : The Hackman Blues.
*Leaders du groupe Oasis, qui ont sévi pendant la première partie d'un concert de Neil Young à Bercy le 24/06/2001.
L'avis de Cathulu, ici