Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

30 mai 2008

LEWIS Ted / Jack Carter et la loi.

Jack Carter et la loi.
Ted LEWIS.
Note : 4 / 5
Le silence est d'or.
J'ai déjà parlé de cet auteur britannique pour le livre « Plender ».
Écrivain cynique, sombre et désespéré dont les romans sont très noirs.
Jimmy Swann est aux mains de la police. A-t'il parlé ou va-t'il parler? Les Frères Fletcher, Gerald et Les, aimeraient bien le savoir, car s'il dit quoique se soit, leur séjour en prison sera plutôt conséquent, plusieurs décennies pour le moins. Donc il est plus qu'urgent de savoir de quoi il en retourne! Ils chargent un de leurs plus fidèles lieutenants, Jack Carter de se renseigner. Ce n'est pas forcément l'homme qui convient, car point de vue fidélité, la maîtresse de Gerald, l'un des frères est aussi la maîtresse de Jack, alors bonjour l'embrouille!En plus les frères Fletcher sont les rois de toutes magouilles de l'ouest de Londres, mais les frères Coleman sont les caïds de l'est de la capitale britannique, donc au royaume de la perfide Albion, ce n'est pas l'entente cordiale, et le fair play est allégrement remplacé par le "faire plaies""! Il y a parfois des dérapages, des passages à tabac un peu violents, mais cela ne concerne que des hommes de mains, alors on se déteste avec le sourire, mais attention à la moindre erreur.Bref, chacun essaye d'en apprendre un peu plus, de savoir déjà où est Jimmy Swan, Jack cherche dans la nuit. De bars gays en boites de nuit, nous le suivons dans les bas-fonds de la capitale anglaise. Sur son chemin surgissent des personnages peu recommandables, sadiques et tueurs. Pendant ce temps là, ses patrons qu'il n'apprécie pas plus que cela font la fête avec des truands américains. De quoi l'avenir sera fait, la liberté pour certains ou la prison pour d'autres? Jack qui est déjà dans le lit de la maîtresse d'un de ses patrons se verrait bien en plus reprendre ses lucratives magouilles!La presse s'empare de l'affaire avec une photo à la une qui met de l'huile sur le feu, et un début de débandade chez les Fletcher. Et quelques morts plus loin, Jack a en plus la police à ses trousses!
Jack Carter est un employé modèle, enfin jusqu'à un certain point! Qu'il méprise ses employeurs, cela se comprend.Audrey, maîtresse de Gerald, regarde son avenir parfois avec angoisse, mais jette un oeil très intéressé sur les remous que cause la mise en prison de Jimmy Swan. Le tout pour elle est dans sa situation plutôt inconfortable de ne pas se tromper de camp, choisir le vainqueur, sinon....?Le portrait que fait l'auteur des deux frères est pour le moins désobligeant : Gerald, malgré son argent ressemble à un clochard, Les, par contre est une espèce de gravure de mode!Footballeur sur le déclin, prostituées et travestis, joueurs invétérés sont les personnages secondaires de ce roman. Avec évidement le flic corrompu, vedette de la lutte contre la criminalité londonienne, et se dit que « Charité bien ordonnée comme par soi-même »et l'avocat des truands qui se demande aussi où le vent va souffler! Un chauffeur de taxi sans permis, bref un ramassis de minables .
On a le droit au décathlon du crime organisé, prostitutions, chantages, bars homosexuels, enfin tout ce qui peut représenter une mine de livres sterling (même dévaluées).
Parfois un humour très noir, et des descriptions de certains personnages d'une méchanceté assez hallucinantes.Un polar à l'ancienne bien écrit, à noter que chaque épisode porte le nom d'un protagoniste ou d'un lieu où se déroule l'histoire. Ainsi l'un des épisodes s'appelle sobrement « Le garage » et un autre, tel un peu de poésie dans un monde de brutes « La Fontaine de Jouvence », qui est tout simplement un salon de massage où officient des ex-jouvencelles! Laquelle «  Fontaine de Jouvence » se transformera en « Cimetière des pas si innocents que cela »!
De trahisons en coups tordus, une intrigue qui se lit très bien. Un peu moins psychologique que « Plender » ce roman nous permet de découvrir le côté noir du Londres des années 1970.
Extraits:
- Toi tu mourrais, tu aurais de la chance. Moi, il me réserverait un sort bien plus intéressant. Gerald adore son travail.
- Toutes les filles que j'ai connues n'était que des glaçons comparées à Audrey.
- Pour Gerald, les putes sont comme le scotch pour un alcoolique.
- ...tout est absolument parfait. La seule chose qui paraît déplacée, c'est Gerald et Les.
- Il fit partie de ces individus qui imprime leur style à leurs vêtements et non l'inverse.
- Audrey croise les jambes; le bruit du nylon ressemble à des parasites dans un poste de radio bon marché.
- En se posant sur le cuir, son cul fait le bruit d'un mauvais plongeur qui fait un plat dans l'eau.
- ...ils choisissent un type qui ne pourrait même pas impressionner Tom et Jerry.
- Ils sont à ce point aveuglés par leur réputation qu'ils se croient intouchables.
- ...autant essayer de soutirer la vérité au Premier Ministre.
- Toi, tu est tellement con que tu te dénoncerais toi-même sans l'aide de personne.
- Elle me dévisage comme si je lui avais demandé de me montrer sa culotte.
Éditions : Rivages/ Noir.
Titre original: Jack Carter and the law. (1974)

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28 mai 2008

BEHRENS Peter / La loi des rêves

La loi des rêves.
Peter BEHRENS.
Note : 3,5 / 5.
An Gorta Mor*.
Auteur canadien né à Montréal, mais c'est un écrivain anglophone. Son premier recueil de nouvelles « Night Driving » date de 1987. Ce roman qui est son premier a obtenu le Governor General’s Literary Award en 2006.
Le sujet est le peuplement du continent américain par les émigrés irlandais. Quelques rappels historiques et quelques chiffres. Entre 1845 et 1849, une maladie de la pomme de terre fut responsable de ce que la mémoire collective irlandaise appelle « La grande famine » . Les chiffres, qui évidement ne sont pas très fiables, indiquent entre un million et un million cinq cent mille morts et autant d'irlandais quittant leur terre natale. Les régions les plus pauvres étant celles où le gaélique était la langue maternelle, la culture irlandaise devient minoritaire dans son propre pays.
Ce livre commence en 1846 ; pour toute l'Europe cela sera une année de disette, pour l'Irlande cela aggrava la situation.Fergus O'Brien a vu sa famille mourir de faim, leur maison incendiée par les soldats. Avec les corps de ses parents et de ses soeurs à l'intérieur. Il a vu les morts de l'asile où les propriétaires terriens l'ont placé, il a vu les routes pleines de mourants, victimes de fièvre ou de malnutrition. Il a vécu avec des enfants transformés en bandits de grands chemins, dans une Irlande dévastée. Entre vengeance et vols pour se nourrir, il survit tant bien que mal, il tente l'attaque de la ferme des Carmichael, les fermiers qui l'ont expulsé. Mais l'attaque échoue, et paradoxe dans ce pays qui meurt de faim, il aidera à convoyer un troupeau de boeufs en partance pour l'Angleterre! De Dublin, où aussi des escrocs profitent de la misère humaine, il partira pour Liverpool, première étape d'un long périple aventureux qui le conduira au Québec. A Liverpool, il connaîtra la misère, la rivalité sanglante entre ouvriers écossais et irlandais. Puis il travaillera dans une maison close, mais repartira encore, au Pays de Galles cette fois où il participera à la construction des premières lignes de chemins de fer où il rencontrera la rousse Molly.Il participera à cette grande aventure humaine que sera le peuplement de l'Amérique du Nord.
Fergus est le personnage principal de cette fresque romano-historique, enfant des montagnes irlandaises. Jeune homme lâché sur les routes, il survivra.
Luke, jeune fille qui fut contrainte à se prostituer, lui enseignera l'amour et Shamie, déserteur après qu'il eut été fouetté en public, vivront avec lui en Irlande avant de perdre la vie.
Le Terrassier, compagnon de voyage, Arthur Mc Bride pour l'état civil, être fantasque, source de problèmes, irlandais et bagarreur jusqu'au bout des doigts.Molly la Rousse, fuira un homme qui la frappe et accompagnera un moment Fergus dans la longue traversée vers le nouveau monde. Femme de ressources, elle survivra à la fièvre et arrondira leur magot au jeu. Ormsby, vieil homme qui revient au Canada et qui se prendra d'estime pour Fergus, qui lui rappelle son fils décédé.Comme dans tous les romans de ce genre les personnages foisonnent, principaux ou secondaires, chacun participant à l'histoire, dans ce cas précis avec un grand H. Du fermier irlandais à la jeune prostituée au grand coeur.
Je ne suis pas un adepte des sagas se déroulant sur plusieurs années. Ce roman est bien écrit, un peu long à mon goût. Il réunit tous les ingrédients nécessaires pour un bon livre, sans réelle surprise.
Extraits :
- A la fin de l'été, avant la récolte des pommes de terre, survenait « mi an ocrais », le mois de la faim.
- Nous sommes ici chez nous, et nous n'en bougerons pas.
- ...tandis qu'une fourrure noire-la fourrure de la faim- leur poussait sur le front, les joues et le dos des mains.
- C'est cela la loi des rêves, rester en mouvement.
- Puis il s'aperçut qu'il s'était adressé à elle en irlandais, langue qu'elle ne parlait pas.
- Personne n'accueille la mort avec plaisir, ceux qui en sont le plus proche encore moins que les autres.
- Les garçons de la tourbière préfèrent mourir à la guerre que dans le fossé, Fergus.
- Bah! De toute façon on ne voit pas pourquoi ils veulent quitter leur pays.
- Terreur ; c'est le mot. La terreur qui fourmille au bout des doigts.
- Si je meurs, je voudrais que les gars m'ensevelissent dans le drapeau vert.
- ...ils savent qu'on est irlandais. Tous les jours la haine monte dans les rues.
- En Irlande la terre les avait trahis, elle avait empoisonné ce qu'il y avait dans leur assiette.
- Il est la-bas le mystère, de l'autre côté de l'eau.
Éditions : Christian Bourgeois.
Titre original: The laws of the Dreams.
Annexes:
Le site de l'auteur
*La grande famine en gaélique.
« Ils nous enterraient sans linceul ni cercueil » Seamus Heaney.
Un article du monde diplomatique : ici.
Quelques romans sur le sujet, mais il doit y en avoir beaucoup d'autres : Famine de Liam O'Flaherty, L'adieu au Connemara d'Hervé Jaouen et L'étoile de mer de Joseph O'Connor.

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26 mai 2008

JONES Thom / Le pugiliste au repos.

Le pugiliste au repos
Thom JONES.
Note : 4 / 5.
« American Dreams »
Recueil de onze nouvelles (rounds) séparées en quatre parties d'un écrivain né en 1945 que je découvre. Édité en 1993, ce livre fut la première publication de cet auteur, il a fallu attendre 2005 pour une traduction française.
Je n'ai pas de connaissance particulière sur ce sport si ce n'est la lecture de « La brûlure des cordes » de F.X.Toole dont une nouvelle « Million Dollar Baby » qui servit de base au scénario du film de Clint Eastwood.
Dans la nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage, le narrateur nous raconte sa vie. L'armée, son copain Jorgeson qui voulait être beatnick, qui vénérait Neal Cassidy et Jack Kérouac. Leur départ pour le Vietnam, la mort en héros de Jorgeson. Lui qui rempile, puis sa carrière de boxeur. Mais il est maintenant un homme brisé, invalide, au cerveau en compote!
Le Vietnam encore dans « Breack on trough » avec comme le dit l'auteur :
-
« Rétrospectivement je me dis que nous étions quelques-uns des individus les plus dangereux se déplaçant sur le territoire du Vietnam ".L'alcool, la drogue et les amphétamines sont au menu avec quelques interrogatoires musclés. Mais également les patrouilles, la peur, les assassins qui échappent à la peine de mort en s'engageant dans cette troupe d'élite, la tension qu'il faut oublier. Les exactions commises dans les villages, et pour certains, au bout de la route, la mort ou la folie qui les attendent!
Dans la nouvelle « Les moustiques », nous suivons un homme en vacances chez son frère. Il déteste sa belle soeur qui le lui rend bien et est particulièrement pénible. Elle a un amant, lui une maîtresse, bref une vie normale, mais cette année en plus il y a des moustiques, de gros moustiques.
« Délivre mon coeur » est une exception, car c'est une femme qui se raconte. Elle est folle d'amour pour son amant plongeur de grand fond. Car respirer de l'azote sous l'eau donne un regain de vigueur et de tonus au sexe masculin, et comme madame ne dédaigne pas cela, tout pourrait aller bien. Mais hélas l'azote a d'autres effets secondaires sur la santé. Les choses allant mal, elle tentera de ne pas sombrer.
« Je veux vivre » c'est le cri d'une femme atteinte d'un cancer. Et ce n'est pas la délicatesse du cancérologue qui va l'aider:
- « Vous êtes en parfaite santé.... en dehors de ça ».
Des personnages parfois pitoyables ou complètement broyés par la vie. Des êtres qui perdent tout contrôle d'eux mêmes.Un « marine » d'une grande éducation, qui commence une lettre à sa petite amie par « Salut ma poule » en l'appelant affectueusement « Rosie-Pue-Du-Con » on se doute bien que l'on a affaire à un salopard ! Il ne faudra pas s'étonner qu'un coup de crosse anonyme lui défonce le crâne! Et que personne ne dénoncera le coupable.Un autre meurt à douze jours de sa démobilisation. Un brave garçon un peu passe partout , tellement passe partout qu'il est appelé « Window » ; cela peut servir quand on est amoureux fou d'une jeune fille déjà enceinte! Cette nouvelle « Silhouettes » laisse un goût étrange tout en étant une des meilleures!Un lieutenant-colonel, neuropsychiatre qui a frôlé la mort de très près, tente de refaire sa vie. Mais ce n'est pas évident quand un « marine » fou vous a arraché le nez d'un coup de dent. Quitte à ce que cela se voit, autant arborer fièrement un faux nez en fer blanc qu'une prothèse plastique qui se remarque aussi vite. Mais intérieurement le traumatisme est profond. Surtout quand les patients sont souvent des anciens militaires.Un séducteur prétentieux, mais qui se brûle les doigts, un enfants qui entre un père qui rêve de gloire mais qui ne l'atteindra pas, et une mère qui réussit enfin son mariage, mais c'est le troisième et déjà il ne vit plus avec elle! Un américain amnésique perdu à Bombay, où habite-il?
Un livre dur, mais très bien écrit. On sent du vécu dans ces récits, de cet homme vétéran du Vietnam et également ancien boxeur. Un hommage à tous les laissés pour compte de l'Amérique, et aussi à tous ceux que l'Amérique a brisé, au Vietnam et ailleurs. Je ne suis pas un amateur de boxe, mais j'aime les hommes honnêtes et je suis sûr que contrairement à l'image véhiculé il y en a encore dans ce sport. Il est aussi beaucoup question de littérature et de musique dans ces nouvelles qui apportent un peu de douceur. L'amour, la mort, la guerre, la boxe, une vie pour certains,mais il y a ceux que l'on oublie au moment des comptes, car personnages insignifiants.
L'écriture est directe (du gauche ou du droit, comme vous voulez) sobre et sans fioriture, comme les hommes et femmes (pour ces dernières je reconnais que la part est plutôt maigre) dont il est question dans ce livre. L'auteur parle souvent de littérature et aussi de musique. Une oeuvre noire, mais d'un réalisme total.
Extraits:
- Qu'est-ce que le courage? Qu'est-ce que la lâcheté?
- Je me livrai à d'intolérables exactions et j'en fus à chaque fois décoré.
- Je deviens un être timoré. Je deviens introverti. Je me demandais ce qui m'avait poussé à commettre des actes que j'avais commis.
- Je savais que rien ne me tuerait durant cette mission.
- Baggit était un cinglé ordinaire, mais la folie d'Ondine était mille fois plus redoutable. Ondine était dangereux avec un grand « D ».
- Mais il était médecin et son appréhension professionnelle m'avait incité à me poser des questions sur mon propre compte.
- « Si tu veux être heureux toute ta vie, te maries pas avec une jolie femme ».
- Elle avait le rire le plus terrifiant que j'ai entendu depuis «  L'exorciste ».
- Je pense que les humains sont méprisables.
- Je sais, je sais. Elle ne vaut rien.
Éditions : Albin Michel et 10/18.
Titre original : The pugilist at rest.

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24 mai 2008

Le DRIAN Marie / Hôtel maternel.

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Hôtel maternel.
Marie Le DRIAN

Note : 4,5 / 5.
Femme sans prénom.
Un jour Marie Le Drian m'a dit que ce livre était celui qu'elle préférait de tous ceux qu'elle a écrit.Datant de 1996, il est malheureusement relativement difficile à trouver.
Ce livre se divise en trois parties, « L'incident de roulotte », « Le portail » et « La maison ».
« Ils se tiennent l'après-midi au delà du grillage » voilà la première phrase de ce livre! Et ils n'ont pas le droit de s'approcher ni surtout de toucher à ce grillage! Qui sont-ils?
Une femme nous fait vivre son quotidien dans cet hôtel maternel où elle séjourne depuis quatre ans avec ses deux enfants. Malgré qu'elle soit une femme au rabais, au cours de ses promenades, un homme a remarqué qu'elle et ses enfants semblent soudés par amour filial, pense-t'il! En réalité c'est un ingénieux système d'élastique qui empêche les enfants de s'éloigner! Donc elle doit quitter à regret sa vie bien ordonnée pour une maison au bord de la mer et au nord, elle déteste le nord et la mer! En plus elle doit faire une semaine de stage « d'adaptation » à la vie réelle! La direction lui fait clairement comprendre que c'est cela ou la rue!Après le stage, c'est le départ vers la mer, la plage, les dunes et la maison. Vers l'homme également!
La narratrice nous explique petit à petit ces conditions de vie proche du monde carcéral. Un travail de finisseuse à la teinturerie, poste à responsabilité dont l'hôtel maternel perçoit le salaire. Il y a des assemblées générales où personne ne prend la parole, la manucure et le coiffeur obligatoire une fois la semaine et la promenade du dimanche après-midi, exhibées comme des bêtes dans un zoo.Les hommes et leurs remarques: « Ils achètent, vendent, inventent et revendent des remarques ». Elle se rappelle cet incident de roulotte, sur un chantier avec un homme qui l'a quitté tout de suite après. En plus il s'avère que c'était un double incident, un garçon et une fille!Et voilà qu'un homme l'a remarqué et va lui faire quitter ses habitudes, son travail et sa compagne de chambrée depuis trois ans dont elle ne connaît pas le prénom!
La narratrice, femme simple, même pas très futée, « limitée» disait Marie Le Drian dans « La cabane d'Hipollyte » Mais par une sorte d'intuition elle devine et analyse les défauts du système. De l'argent gaspillé par exemple et elle tente parfois une vaine révolte. Un personnage aussi énervant que touchant!
J'ai l'habitude, avec Marie Le Drian, à un certain humour grinçant et aux situations insolites, là je suis gâté! Un long monologue qui déroute au début car le monde ainsi laisse perplexe. Qui est réellement derrière le grillage et qui est devant? Un univers très étrange genre maison des Magdelenes Sisters, avec la violence physique en moins, un monde très cloisonné où les mères et leurs « enfants de l'amour » vivent. Comme pour expier un péché qui n'est pas mortel! Une fois encore les personnages de Marie Le Drian vivent dans un monde clos moralement et physiquement. Entre le brouillard encore lui et un voyage en car au bout de l'absurde, la fin reste très mystérieuse.
Extraits:
- Eux-sont au-delà et nous regardent durant la promenade. Alors, il nous désignent. Ils sont en droit de le faire.
- On a beau dire que l'on marche dans l'herbe, une coiffure convenable et de vieilles savates ne vont pas ensemble.
- Au rabais, ça va, j'ai compris. N'empêche qu'ils nous reluquent.....
- Évidement un homme, j'ai cru voir qu'il n'y avait que des hommes au-delà du grillage.
- Il faut que je comprenne. La direction me demande fermement de dire oui.
- C'est un poste très délicat. On n'imagine pas à quel point ce poste peut être délicat.
- Je ne pouvais pas savoir moi, que la jupe devait finir son parcours plissée.
- « C'est le mot exact, tu es mise en demeure ».
- Nous mangeons ensemble notre tartine à odeur de vapeur dans les vestiaires de la teinturerie.
- Je n'ai eu aucune visite d'ange ou d'archange. Il y a eu un homme.
- Il aurait dû me dire qu'il venait acheter une chemise pour son pot de départ.
- J'obéis. J'éteins. Je suis fatiguée d'avoir pensé.
- En tout cas nous avons pour vous un programme sans homme.
- Aptes à l'ancrage. Aptes à la vie réelle.
- « Allez en route, plus que deux carrefours....On sera rendu avant le brouillard »
- « Parfois ils mettent du temps, mais la famille, ça finit toujours par arriver! »
- Au terminus. C'est là.
Mais y a rien.
Dans les terminus, il y a pas grand chose! Je vous ai jamais dit qu'il y aurait quelque chose. D'ailleurs vous ne me l'avez pas demandé. C'est là, c'est tout vous êtes arrivés....
Éditions : Julliard.
Voir le blog de Marie.
Autres chroniques :
Attention éclaircie.
Ça ne peut plus durer.
La cabane d'Hippolyte.
Les femmes de là-bas.
Marie poupée.
On a marché sur la tête.
Poche avant droite.

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23 mai 2008

SILVAIN Pierre / Julien Letrouvé, colporteur.

Julien Letrouvé colporteur.
Pierre SILVAIN
Note : 3 /5.
Livres & secrets.
Roman sélectionné pour le prix « Cezam ».
Je ne connais pas du tout cet écrivain, pourtant prolifique, à la bibliographie bien remplie.
Nous sommes en 1792 et nous faisons la connaissance de Julien, alors qu'il va chez l'imprimeur Garnier pour acheter des livres, qu'il colporte dans l'Est de la France.Julien Letrouvé, comme son nom l'indique, est un enfant abandonné. Il est recueilli dans un village et est élevé en compagnie des femmes dans l'écreigne, endroit strictement interdit aux hommes. Une des femmes va lui faire découvrir la lecture. Nous le suivons dans son enfance campagnarde, garder les cochons et autres activités. Il se rappelle de quelques visiteurs, le collecteur de la dîme par exemple, et la ruse des villageois pour cacher leurs quelques biens.Le montreur de marmotte qui donnera à Julien l'envie de devenir colporteur, une vie simple en somme . En grandissant les femmes le chassent du cocon où il avait vécu jusqu' à présent. Il entre dans le monde dur des hommes.Commence alors une vie de marche et de solitude, des déplacements de ville en ville par n'importe quel temps, les veillées dans les fermes retirées. Le fêtes, les foires et les marchés vendant ses livres, symbole de la Révolution en marche. Mais hors de France, l'ennemi s'organise, la coalition prépare la guerre.Il est présent à Valmy, où l'auteur nous parle du côté peu glorieux de la guerre, la dysenterie qui frappe les armées prussiennes, les désertions nombreuses et de sa rencontre avec Voss. Ils partent ensemble, sympathisent et le prussien lui racontera le secret qui hante sa vie.
Julien est un homme qui lui aussi cache quelque chose. Il cherche également quelqu'un, une femme qui aurait un savoir que lui n'a pas.Voss, le soldat déserteur, deviendra le compagnon de route de Julien. En proie à d'horribles cauchemars, il avoue avoir assassiné un homme durant son passage dans l'armée.Homme érudit , il dit avoir fréquenté Voltaire et l'empereur Frédéric Le Grand. Il lit et pense parfois en français.
Un livre, court et bien écrit. Mais je suis un peu resté sur ma faim, et je ne pense pas en garder longtemps le souvenir. Je n'ai pas réellement compris la finalité de ce récit. La première partie traitant de l'enfance de Julien m'a beaucoup plus intéressé que la suite. Il est conseillé d'avoir un dictionnaire à portée de main.J'ai un sentiment mitigé à la fin de cette lecture, me demandant si je n'ai pas loupé quelque chose?
Extraits :
- C'était, ce n'était que le colporteur.
- Mais on n'en était pas encore arrivé aux jours maudits que les angoisses de M. Garnier anticipaient.
- D'un écureuil, l'enfant avait la rousseur foncée que le moindre rai de soleil dans le feuillage faisait flamber.
- Les mots aux mots s'ajoutant prenaient sens, il avait délaissé l'amusement puéril, une lumière, une pluie d'or allaient descendre sur lui, la fulgurance d'une révélation l'éblouir. Il écoutait.
- C'était cela, il ne pouvait s'empêcher de devenir un homme. Et il savait que l'étant devenu les femmes ne le prendraient plus dans l'écreigne. Il avait quinze ans.
- Il contracte à son tour, plus noblement qualifié de maladie des Prussiens « La courante ».
- Il venait de prendre conscience d'une chose qui le stupéfia : depuis un moment il ne pensait plus qu'en français.
- « J'ai eu peur, tu étais parti si loin dans les mots, mais tu es revenu ».
- La voix se tut, le soldat referma le livre, le replaça dans sa boite.
- Il parla de sa dernière nuit dans la compagnie des femmes.
- Elle était jeune, déjà fanée, le corps perdu dans des laines grises d'aïeule.
Éditions :Verdier.
L'avis de Sylire, ici

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20 mai 2008

COLLETER Solenn / Je suis morte et je n'ai rien appris.

Je suis morte et je n'ai rien appris
Solenn COLLETER.
Note : 5 / 5.
Sainte-Thérèse, priez pour eux!
Second roman de cette romancière finistèrienne. Et pour moi une découverte, et quelle découverte! Comment des humains, soit disant intelligents, future élite de la nation, peuvent-ils se comporter de cette manière et comment d'autres peuvent-ils accepter cela?
Laure est tout à son bonheur, elle est acceptée à Saint-Thérèse, école catholique de grande renommée, elle y rejoint Martin, son fiancé. En cette rentrée scolaire, le jour se déclinera de cette manière «  Tout à l'heure, il faisait beau » puis «  Tout à l'heure il faisait jour ».
Entre les deux, une coutume barbare, venant d'un autre temps, a commencé pour les nouveaux arrivés. Car malgré son interdiction, ici, au nom de l'unité, de l'entraide et de la discipline cette pratique semble tolérée, et même plus, encouragée. Les « bleus » sont livrés pendant une semaine à une bande de sadiques sûrs de leur impunité. Que la fête commence, les sévices sont compris dans les réjouissances !Laure, au cours de cette première nuit, voit un corps gisant par terre, il semble avoir été défenestré, elle pense à Leila, jeune algérienne, qui partage sa chambre. Elle tente d'alerter Martin, mais dans l'état d'épuisement qui règne personne ne l'écoute. Comme ils sont coupés du monde, elle ne peut chercher d'autre secours! Mais elle retrouve Leila à l'infirmerie, a-t-elle rêvé? Son esprit perturbé et choqué ne lui joue-t-il pas des tours?Entre deux cours et deux baignades dans le « Rio Crade » deux repas et tentatives de repos, Laure essaye de comprendre, elle enquête et dérange.
Laure semble être le seul personnage à avoir encore une conscience dans ce monde où les normes de vie classique n'ont plus cours, la loi du plus fort est la seule acceptée. Elle oscille entre révolte rentrée et peur, entre haine des autres et dégoût d'elle même . Sa vie n'est pas de tout repos entre une mère alcoolique, un père absent, elle doit assumer la charge de son jeune frère. Elle échappe de peu à deux agressions, comme tous les tortionnaires portent cagoules, reconnaître son agresseur semble improbable.
Martin, dont le père travaille dans cette école, est comme les autres élèves fatalistes, c'est une épreuve obligée, alors subissons-la, c'est comme cela!
Lebeau, est laid, myope, difforme d'une intelligence supérieure à la moyenne, il est le plus jeune. Bref tout pour faire une victime toute désignée.
Les cadres administratifs, qui sont liés par des secrets de jeunesse, se couvrent mutuellement. Les enseignants au pire s'amusent de tout cela, au mieux tournent la tête.
Une oeuvre terrifiante, pour tout ce qu'elle véhicule de lâcheté, de compromission avec soi même et avec les autres. Comment peut-on au nom d'une soi-disant tradition et d'un code de l'honneur, pour la grandeur d'une école permettre, et même encourager des agissements de cette sorte. J'ai choisi de ne pas parler des brimades et autres vexations subies par les « bizuts », mais l'imagination est dans ce cas très précis « au pouvoir ».
Les lettres majuscules employées pour les diatribes des « bizuteurs » semblent donner une puissance sonore à leurs hurlements .J'ai lu dans la presse qu'à part la trame policière tout avait été vécu et cela bien après l'interdiction de ces trop fameux bizutages! Et cela ne date pas d'un lointain passé, car l'auteur nous signale le cas d'un professeur ayant refusé la loi du silence qui fut muté d'office en 2006!
Une lecture très éprouvante, car comme c'est très bien écrit, on partage la vie de Laure et ses interrogations.
Extraits:
- Le bizutage est dur, a poursuivi un deuxième année. Mais il a fait ses preuves.
- Quels crétins, c'est cela l'élite de la nation?
- Ils sont beaux, les futurs dirigeants de la France! Des moutons paniqués, oui...
- Ils n'ont de pouvoir que tant que tu acceptes de leur obéir.
- Elle se tait, et elle commence à se haïr.
- Le bizutage est interdit depuis belle lurette...
- Ces heures passées debout, à piétiner, surveiller, hurler, punir. Elle n'a pas la vocation. Mais qui l'aurait?
A
llez, c'est pour la bonne cause.
- Tout le monde est complice. Tous ces étudiants, ces professeurs respectables vénèrent le bizutage.
- Pourquoi se soumettre au joug des fils à papa qui se sont érigés en tortionnaires et en donneurs de leçons?
- Le dérisoire orgueil de ce troupeau crasseux la dégoûte.
- De cette façon, le lycée est parvenu à ce chef-d'oeuvre de manipulation mentale.
- Les bizuts doivent mourir pour apprendre à renaître.
Éditions : Albin Michel.
Chronique de Cuné, ici, et celle de Laure, ici.

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19 mai 2008

COLLINS Michael / La vie secrète de E.Robert Pendleton

La vie secrète de E. Robert Pendleton.
Michael COLLINS.
Note : 4,5 /5.
Le cri de la mort, le prix du succès!
C
inquième roman de cet auteur irlandais résidant aux Etats-Unis. Cinquième également que je lis.Dommage que certains de ses premiers écrits, en particulier la période où il vivait dans son pays natal ne fassent pas encore l'objet de traductions. Un livre en quatre parties, ou pourquoi pas quatre livres en un seul volume?E. Robert Pendleton, ancien écrivain, et professeur de lettres dans une obscure université américaine s'apprête à recevoir Allen Horowitz avec qui il fut étudiant, mais qui a très bien réussi dans la littérature. Pendleton constate la médiocrité de sa vie, ses aventures sans lendemain, sa carrière d'écrivain qui n'est plus qu'un souvenir, il ne lui reste qu'une solution, le suicide, mais ayant raté sa vie, il rate aussi sa mort.Adi, une de ses étudiantes, lui sauve la vie et s'installe chez lui quand de longs mois après, il sort du coma.Elle découvre un livre inédit de Pendleton, « Le cri », oeuvre ne figurant dans aucun document officiel, dont personne n'avait jamais parlé. Pendleton étant ruiné, avec l'aide d'Horowitz elle fait publier ce live, mais est-ce un roman, car il ressemble étrangement à un fait divers qui avait vu la mort d'une adolescente de treize ans?Un policier enquête, le livre a du succès, un prix littéraire est possible, Adi sombre dans la drogue, Pendleton tente de se suicider(suicide assisté?), son infirmière est tuée? Le meurtre d'Amber déjà revenue de tout, malgré son jeune âge a-t'il précédé le livre ? Une multitude de coupables potentiels pour, soit un meurtre isolé, soit un assassinat parmi une série d'autres?Des personnages profonds, complexes et attachants, ils sont là avec leurs qualités et leurs défauts, leurs bassesses également et aussi leurs médiocrités.E.Robert Pendleton, écrivain malheureux et solitaire, est rongé par la jalousie. Il se sait très fortement menacé de licenciement. Il n'est pas aimé de ses collègues de travail, ni de sa direction. Un court instant Adi lui parle d'un de ses livres, mais elle se désintéresse de lui dès qu'apparaît Horowitz.
Adi Wiltshire, elle, est considérée par les autres universitaires comme une étudiante attardée, sorte de groupie littéraire n'hésitant pas à payer de sa personne pour le bien être de ses écrivains favoris.Fille d'universitaires nomades et bohèmes, elle en est la digne représentante. Préparant une thèse, elle enseigne dans l'université. Elle prend goût à la drogue, et à une certaine notoriété. Tous les deux semblent pris dans une vie ennuyeuse, car ils ne ressemblent en rien à l'Amérique triomphante, lui l'infirme, elle peinant sur un sujet d'étude choisi en désespoir de cause.
Allen Horowitz, lui, est lucide et cynique, il sait que ses livres sont produits et vendus comme des savonnettes ; il reconnaît être saoul et solitaire à neuf heures trente du matin. Une belle couverture et un titre racoleur lui assurent le succès. Mais il aimerait faire paraître « Le cri » sous son nom, voyant prix littéraires et dollars affluer.
Jon Ryder, le policier intègre pris entre son enquête, les lettres anonymes et ses problèmes familiaux, dans ce milieu où tout le monde se connaît, comment trouver le coupable? Mais chez lui aussi on sent un désenchantement devant la mort d'une adolescente déjà détruite moralement et physiquement.
J'ai lu quelque part que ceux qui parlent le mieux des U.S.A. sont ceux qui arrivent et non pas ceux qui y sont nés, je ne sais si cette personne parlait de Michael Collins, mais ce genre de remarque pourrait s'appliquer à cet auteur. Comme dans ses autres romans, il nous dresse l'envers du décor de « l' American Way of Life ».
Ce livre est un foisonnement d'idées et d'histoires qui petit à petit s'imbriquent les unes dans les autres. L'auteur y dénonce le système universitaire américain, le monde de l'édition et ses mystères. Il est très difficile de parler de ce livre sans être sûr d'avoir oublié une partie de l'histoire. Quelques phrases de Nietzsche viennent mettre un peu de culture dans un monde de brutes. Une oeuvre foisonnante par la richesse de son écriture et la qualité de l'intrigue.
Extraits:
- En réalité l'université était le « vénérable berceau de la médiocrité » un amortissement universitaire accrédité, vendu à des prix exorbitants aux rejetons paresseux et peu doués de parents riches et désespérés.
- Être frappé de maladie mentale était la plus haute marque d'approbation de cette prétendue littérature.
- Le problème fondamental avec mon oeuvre c'était qu'elle ne faisait ni rire ni pleurer personne.
- Des gestes de gentillesse et de miséricorde avaient scellé la réputation d'Adi.
- C'est à nouveau sa paranoïa croissante qui créa sa dépendance.
- Telle était l'essence de cette université, de l'enseignement moderne-une marque commerciale et un mode de vie.
- Cela ressemblait à la vie d'autrefois.
- Avec l'inflation des titres, tout étudiant passable obtenait une mention très bien.
- Dès le début, les policiers avaient pris partie contre les victimes.
- « Aidez-moi à mourir ».
- Je crois qu'elle a appris quelque chose. Les femmes ont besoin de souffrir au moins une fois.
- Il n'était pas allé au Vietnam, uniquement parce que l'on n'avait pas tiré son numéro.
- ...mais qui a jamais pensé de manière rationnelle dans une histoire d'amour?
- Toute sa vie il avait lutté pour les perdants.
Éditions : Christian Bourgeois Éditeurs.
Titre original: Death of a Writer.
Autre chronique de l'auteur: ici.

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17 mai 2008

COLLECTIF (sous la direction de Gérard ALLE) / Crachins

Crachins (Nouvelles fraîches de Bretagne)
Collectif (sous la direction de Gérard ALLE)
Note : 4 / 5.
Une dépression venue de...........

Une douzaine de nouvelles (comme les huîtres), treize auteurs (eh oui, pour écrire une nouvelle, il se sont mis à deux!). Quelques écrivains connus, d'autres moins, mais ne comptez pas sur moi pour cafter, les connus et les autres. Enfilons nos imperméables, mettons nos masques de plongée, nos bottes en caoutchouc et trouvons un coin à l'abri de cette catastrophe naturelle qu'est le temps en Bretagne! J'allais oublier, découvrons ces nouvelles avec hélas plusieurs années de retard, ce recueil date de 2001.
En regardant de plus près (oui, il m'arrive d'étudier un livre avant de le lire et avant d'en parler!), je me rends compte que de tous les auteurs répertoriés, je n'ai lu que Jean Kergrist.
Commençons par, il le dit lui-même le sergent recruteur, Gérard Allé et les recrues Nicolas de la Casinière, Léna Diraison, Pierre Fénard, Soaz Flaouch, Ronan Gorgiard, Thierry Guidet, Marie Hélias, Jean Kergrist, Dominique Lebsohn, Jean Marc Ligny et Michel Toutous. En avant marche.............
Dans « Le dernier Tango à Pont-Gwin », une fille est effarée par la conduite de sa mère, veuve, mais femme encore jeune et belle. Depuis que la mode est au bal rétro, celle-ci sort beaucoup et fait des efforts de toilettes, même des boucles d'oreilles! Méfiance donc, mais rien ne se passe comme prévu!
« Une bergère et trois commis », ne vous mettez pas dans cet état, il est effectivement question de faire la bombe, mais la bergère n'est pas forcément une bombe sexuelle!
L'argent n'a pas d'odeur, le mazout si, « Mazout-Frites » va apprendre à ses dépends que l'on peut trafiquer sur tout! Il a eu le nez creux pour le découvrir, mais il aura la langue trop bien pendue pour en profiter.
Désamour à Keramour dans « Postcocos contre néoruraux » la nouvelle qui laisse sans voix !
Un jour et sa nuit peuvent prendre plusieurs options, cela peut être «Un jour de foutre» film classé X sur une chaîne cryptée. Cela peut être un jour de gloire et une nuit d'ivresse alcoolisée pour le Bagad Kemper après un nouveau sacre à Lorient. Mais pour d'autres les sans grades et les sans grâces, ce sera une nuit qui aurait pu être de rêve et qui se terminera en cauchemar. La vie est dure.
« Les illuminés de l'abbaye de Bot-Gwenn », récit qui mêle congrégation religieuse, collaborateurs pendant la guerre et les rapports étroits entre les uns et les autres. Une femme y perdra la vie. Je vais vous dévoiler la fin :
- Faites confiance à la Providence.
Une statue féminine, un petit village, un peu de magouille et de marketing, et la vache à lait se transforme en pompe à fric.
Des Bretons, mais pas forcément typiques, la description des danseurs dans « Le dernier tango à Port-Gwin » est désopilante mais criante de vérité.Mona, militante bretonne, est aux prises avec la police, c'est le jeu du chat et de la souris. Personne n'en sortira indemne.
« Fanch & François », deux identités pour un même homme, Fanch, c'est à Douarnenez chez lui où il passe ses vacances. François, c'est sur le passeport pour aller travailler sur les plates formes pétrolières en Afrique. Une très belle histoire pendant un rassemblement de vieux gréements. L'amour veut mettre les voiles, les autorités veulent qu'il n'y ait pas de vagues. Mais même quand la ville fait la fête, la terre tourne et pas trop rond hélas!
Un curé homosexuel, une femme sexuellement normale fumant de l'herbe et une bonne copine, le tout dans un monde futuriste où les voitures obéissent à des ordinateurs. Le coup de la panne d'essence pourrait faire rire mais pas sur un bord d'autoroute où quelques bandits de grand chemin rôdent!
Un dénommé Ank lui par contre se meurt d'amour, il en oublie même son travail. La mort dans l'âme, son employeur doit intervenir!Une préface qui pour une fois est intelligente et lisible sans dévoiler ce qui mérite d'être voilé!
Une Bretagne des bistrots, mais pas de cartes postales, le festival et la musique, la campagne et ses magouilles électorales. Une Bretagne des grands voiliers et des grands profits, des kermesses paroissiales et des reines de beauté .
Rendez-vous bientôt pour le chant du cygne, ce qui pour une baleine est un monde!
« Grains » bientôt dans tout les bons bulletins météo! Enfin quand je l'aurai lu.
Extraits:
- Leurs rapports ont toujours été un peu comme ça aux deux frangines: néolibéralisme contre conservatisme familial.
- Elle a aussi au moins changé de gaine, pour porter ses seins en triomphe comme ça!
- Car l'énarchie avait ses ennemis.
- L'opération avait fait deux morts selon Bougrain-Dubourg, un et demi selon la police : un vigile et son clebs qui effectuaient leur ronde au mauvais moment.
- Ça y est. Je vais encore avoir le droit au couplet sur la collaboration pendant la dernière guerre. Mais j'ai vingt cinq ans nom de Dieu!
- D'accord, la morte c'est pas une vraie, mais quand même!
- Passager épisodique d'une réalité qui n'était plus la sienne.
- La vie réduite à une animation. Sur le port, les vieux faisaient partie du décor.
- Ce soir la musique bretonne mange dans un verre.
- Alors, c'était sans doute ce pays, ce pays lourd, patient......
- Alors cette fois ils font venir Mate ma tante...
- Je voudrais bien être pour la Bretagne, comme Laetitia Casta l'est pour la Corse, un portemanteau de la beauté bretonne.
Éditions : La Baleine. (L'animal est en voie de disparition, la maison d'édition a hélas disparu!)

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15 mai 2008

ZARIAB Spôjmaï / Ces murs qui nous écoutent.

Ces murs qui nous écoutent.
Spôjmaï ZARIAB.
Note : 5 / 5

Les murs ont des oreilles, et les anges sont sourds!
Second recueil de nouvelles de cette auteure afghane que je lis après 'La plaine de Caïn'
Ce livre est bilingue, français dans sa première partie, est en langue persane ensuite. La partie française est écrite en noire (ainsi que les dessins) la deuxième moitié en rouge, illustrations comprises, mais celles-ci ne sont pas les mêmes qu'au début. Ces illustrations sont des dessins au trait de l'auteur. La traduction comme pour « La plaine de Caïn » est de Didier Leroy, mais seulement trois nouvelles dans ce livre et une postface indispensable de Michel Barry pour comprendre le vécu de l'oeuvre de Spôjmaï Zariâb.
« La carte d'identité » il y a un an, huit mois et onze jours que « Petit père », adolescent de 15 ans, n'est pas sorti d'une petite pièce retirée. Sa seule visite est sa mère qui lui porte ses repas et quelques nouvelles du dehors, du monde. Il n'a plus de carte d'identité, et trop grand pour son âge, sa mère craint qu'il ne soit enrôlé de force dans l'armée. Ses frères et soeurs sont morts en bas âge, son père a fui dans les montagnes. Il se souvient de son enfance, l'amour que lui porte sa mère, l'école avec vue sur les montagnes afghanes. Une enfance pauvre et heureuse, mais ailleurs des gens ont décidé que la paix financièrement, ne rapportait pas assez, alors « Petit Père » voit son âne déchiquetée par une bombe, lui est blessé également, et est contraint de vivre caché. Sa mère décide de partir à la recherche de cette précieuse carte d'identité ; « Petit Père » attend son retour.....
Dans « La chasse aux anges », une femme vaquant à ses occupations culinaires répond aux questions de sa fille qui regarde tomber la neige! Elle se rappelle avoir vingt cinq ans plus tôt posé les mêmes questions à sa grand-mère.Ce sont des anges qui font tomber la neige, mais d'anges gardiens ils se transforment en anges espions, notant tout nos faits et gestes pour le jugement final. Ce fut la fin de l'angélisme enfantin, va-t-elle vingt cinq ans plus tard reproduire la même erreur?
« Ces murs qui nous écoutent », sorte de 1984 à l'oriental, « Big Brother » est remplacé par « Grand personnage ».Une femme dans un bureau voit ses collègues maigrir, certains quittent leur lieu de travail et disparaissent tout simplement, que deviennent-ils? Un jour elle commence à lire un livre sorti de sa poche, un de ses collègues la regarde et lui donne rendez-vous. Il lui avoue que lui aussi il a des livres, que son épouse pense qu'il est fou. Ils voudraient être seuls, pouvoir parler, mais pas un seul endroit n'est sûr!Une nouvelle magistrale sur la domination et l'esclavage moral, résultat d'un lent conditionnement par une société ultra totalitaire. Évidement les premières cibles sont les rapports humains et le savoir par l'intermédiaire des livres.
De la mère voulant sauver le seul fils qui lui reste à autre femme repensant à son enfance, un monde où les anges deviennent des geôliers de l'âme, brisant toute joie et exubérance. Un monde de victimes, victimes de la guerre et du communisme, victimes de l'intolérance religieuse, victimes de la bureaucratie et du culte de la personnalité, bref un monde qui sera peut-être le nôtre ou celui que l'on va laisser à nos enfants ou petits enfants?
Une très belle écriture, avec toujours cette impression de mélange que j'avais ressenti à la lecture de « La plaine de Caïn », mi- conte oriental et réalité actuelle.Comme ce livre est court, toutes les nouvelles sont de très bonne qualité et on trouve dans chacune les même fils conducteurs, la domination, la sensation d'étouffement, de solitude et l'oppression.Un très grand moment de lecture.
Extraits:
- Une chose encore le remplit : l'odeur insupportable d'un être humain enfermé entre quatre murs où il fait ses besoins.
- ...chaque fois qu'il repense au jour où l'explosion, dans son village, a fait monter la terre vers le ciel.
- Elle ne peut plus terminer. Elle achève de moins en moins ce qu'elle veut dire, la mère.
- Dieu nous garde de la géhenne !
- Parfois même la moindre de mes envies me donnait le frisson.
- L'ange de cette épaule là était devenu un vrai cauchemar.
- Dans ce monde, l'infini, c'est demain, c'est aujourd'hui, c'est maintenant.
- A force de baisser les yeux, nous gardions tout le temps la tête penchée, et nous ne pouvions plus la redresser.
- Dans le bureau régnait un silence angoissant. Pas un mot.
- Ils le liquidaient et l'enterraient. Peut-être même l'enterraient-ils avant de l'avoir liquidé... Qu'est-ce qu'on en sait?
- Ce monde est immense mais, par endroit tellement étriqué que la vie devient impossible.
- La bibliothèque me lançait des regards de reproches. J'étais complètement seul. Il n'y avait plus personne chez moi.
- Le temps passe, lent, cruel, terrifiant.
Éditions : L'Inventaire. Édition bilingue.

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13 mai 2008

FRADIER Catherine / Camino 999

Camino 999
Catherine FRADIER
Note : 2,5/5
Le denier du culte.
Un autre ouvrage qui participe au prix Cezam.
Un roman politico-policier parlant d'un scandale financier qui eut quelques implications en France dans les années 1970.
A noter que l'Opus Dei  très courageusement s'est attaqué à cet éditeur et à l'auteur de ce livre alors qu'il avait fait preuve d'un silence assourdissant pour « Le Da Vinci Code » . « Selon que vous soyez riches ou pauvres! ».
Enfin ce livre est sorti et c'est une bonne chose.
L'entrée de ce roman va vous couper l'appétit, entre un enfant maltraité qui mange dans la gamelle des chiens de la famille, et un anaconda géant qui digère un homme qu'il vient d'avaler, cela ne donne pas réellement envie d'attaquer le reste du menu, ni le plat du jour! Si un de vos amis vous demande de venir porter une poule (animal à plume) vivante à son animal de compagnie préféré, et que celui-ci prénommé Charles Édouard soit devenu vieux et irascible, refusez!Ensuite commence une histoire de meurtres ou de suicides maquillés dans les milieux financiers, qui se croisent avec des membres de la famille de l'enquêtrice. Une plongée dans le monde des homosexuels lyonnais, bref un grand choix d'ingrédients pour une affaire politico-financière sur fond de blanchiment d'argent.Une jeune fille kidnappée retrouvée vivante, mais son père, lui est repêché noyé, affaire de chantage ?
Les morts se multiplient , tous sont en relation avec la famille de Carla Montalban, haut responsable de la brigade criminelle de Lyon. Son cousin Luc est lui aussi tué, la compagne d'un policier est sauvagement torturée. Qui est derrière tout cela? Les tueurs sont vite connus « grâce » à leurs apparences ethniques ; tous les témoins parlent d'indiens, ils sont en réalité colombiens. Mais qui les emploie?
Carla Montalban, fille de famille aisée, a choisi l'indépendance financière et la police. Mais parfois elle se demande comment sa famille, émigrée espagnole, a fait pour s'enrichir si vite et à ce point?Différents crimes ou morts suspectes lui confirment que ses doutes semblent hélas avérés. Elle trouve enfin une photo de sa mère en compagnie d'un homme? Qui est-il, son amant ou autre chose? Et quel était son rôle exact dans la bonne marche des affaires familiales? Sa mort dans un accident d'avion trente ans plus tôt, crime ou accident? Pourquoi son cousin Luc est-il assassiné? Toutes ces questions resurgissent durant son enquête.Vincent Fontanel, l'homme dont elle est amoureuse, est-il réellement son sauveur, un soir où deux hommes étaient prêts à l'enlever, pourquoi prend-t'il des photos dans le bureau de son père?Son père et son oncle sont proches de l'église catholique et fréquentent les hautes autorités religieuses, font-ils partie de l Opus Dei?
Je reconnais avoir failli abandonner à plusieurs reprises, car il y a beaucoup trop de clichés dans ce livre,les personnages un peu caricaturaux et les situations relativement prévisibles. L 'héroïne qui tombe amoureuse d'un homme qui s'avère être autre chose que ce qu'elle pensait. Son adjoint spécialiste de sport en chambre et évidement lecteur de « L'équipe », des protagonistes que j'ai trouvés peu finalement peu attachants.
La lecture est facile, mais ce livre trop long, malgré un bon final. Bref un roman qui ne me laissera pas un grand souvenir.
Une phrase me pose problème : « Il avait demandé sa mutation à l'ambassade de France à Belfast »? Y-a-t'il une ambassade de France à Belfast? Après maintes recherches, il semblerait que non!
Extraits :
- Zola en comparaison, c'était "Oui-Oui à Neuilly".
- Dylan, il s'appelait Dylan. Son seul lien avec le monde des humains.
- On avait dû lui remonter les bretelles à plusieurs reprises et il en portait les stigmates comme un slip étiré jusqu'aux aisselles.
- Il boit, il fume comme une cheminée de Feyzin.
- T'es un flic et tu te conduis comme une moule à marée basse.
- Bien plus fort et bien plus lourd, il l'engrossa en toute conscience. Une histoire de trente secondes.
- Les chefs sont tous les mêmes marmonna-t-il . Ils sont instruits, mais il faut que ça se sache.
- Tu sais, cela fait longtemps que je me pose des questions sur la fortune de ma famille.
- Nous ne sommes pas responsables des choix idéologiques de nos parents commandant Montalban. Vous devez le savoir.
- Des indiens j'vous dis. Ils avaient des longs cheveux noirs et z'étaient coiffés comme les filles avec une couette.
- C'est quoi exactement l'Opus Dei?
L'oeuvre de Dieu pour tous. Sinon, l'Église dans l'église, la garde blanche, Santa Mafia, ou bien le bras armé du Vatican pour d'autres.
- C'est la plus forte concentration de pouvoir intégriste dans l'Église.
- L'argent, ma chère, l'argent.
- Les banques des paradis fiscaux n'envoient pas de relevés bancaires. Moins les pièces bancaires circulent, mieux est assurée la confidentialité.
Éditions : Après la lune éditions.

Posté par eireann yvon à 21:36 - Littérature policière - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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