La vie secrète de E. Robert Pendleton.
Michael COLLINS.
Note : 4,5 /5.
Le cri de la mort, le prix du succès!
C
inquième roman de cet auteur irlandais résidant aux Etats-Unis. Cinquième également que je lis.Dommage que certains de ses premiers écrits, en particulier la période où il vivait dans son pays natal ne fassent pas encore l'objet de traductions. Un livre en quatre parties, ou pourquoi pas quatre livres en un seul volume?E. Robert Pendleton, ancien écrivain, et professeur de lettres dans une obscure université américaine s'apprête à recevoir Allen Horowitz avec qui il fut étudiant, mais qui a très bien réussi dans la littérature. Pendleton constate la médiocrité de sa vie, ses aventures sans lendemain, sa carrière d'écrivain qui n'est plus qu'un souvenir, il ne lui reste qu'une solution, le suicide, mais ayant raté sa vie, il rate aussi sa mort.Adi, une de ses étudiantes, lui sauve la vie et s'installe chez lui quand de longs mois après, il sort du coma.Elle découvre un livre inédit de Pendleton, « Le cri », oeuvre ne figurant dans aucun document officiel, dont personne n'avait jamais parlé. Pendleton étant ruiné, avec l'aide d'Horowitz elle fait publier ce live, mais est-ce un roman, car il ressemble étrangement à un fait divers qui avait vu la mort d'une adolescente de treize ans?Un policier enquête, le livre a du succès, un prix littéraire est possible, Adi sombre dans la drogue, Pendleton tente de se suicider(suicide assisté?), son infirmière est tuée? Le meurtre d'Amber déjà revenue de tout, malgré son jeune âge a-t'il précédé le livre ? Une multitude de coupables potentiels pour, soit un meurtre isolé, soit un assassinat parmi une série d'autres?Des personnages profonds, complexes et attachants, ils sont là avec leurs qualités et leurs défauts, leurs bassesses également et aussi leurs médiocrités.E.Robert Pendleton, écrivain malheureux et solitaire, est rongé par la jalousie. Il se sait très fortement menacé de licenciement. Il n'est pas aimé de ses collègues de travail, ni de sa direction. Un court instant Adi lui parle d'un de ses livres, mais elle se désintéresse de lui dès qu'apparaît Horowitz.
Adi Wiltshire, elle, est considérée par les autres universitaires comme une étudiante attardée, sorte de groupie littéraire n'hésitant pas à payer de sa personne pour le bien être de ses écrivains favoris.Fille d'universitaires nomades et bohèmes, elle en est la digne représentante. Préparant une thèse, elle enseigne dans l'université. Elle prend goût à la drogue, et à une certaine notoriété. Tous les deux semblent pris dans une vie ennuyeuse, car ils ne ressemblent en rien à l'Amérique triomphante, lui l'infirme, elle peinant sur un sujet d'étude choisi en désespoir de cause.
Allen Horowitz, lui, est lucide et cynique, il sait que ses livres sont produits et vendus comme des savonnettes ; il reconnaît être saoul et solitaire à neuf heures trente du matin. Une belle couverture et un titre racoleur lui assurent le succès. Mais il aimerait faire paraître « Le cri » sous son nom, voyant prix littéraires et dollars affluer.
Jon Ryder, le policier intègre pris entre son enquête, les lettres anonymes et ses problèmes familiaux, dans ce milieu où tout le monde se connaît, comment trouver le coupable? Mais chez lui aussi on sent un désenchantement devant la mort d'une adolescente déjà détruite moralement et physiquement.
J'ai lu quelque part que ceux qui parlent le mieux des U.S.A. sont ceux qui arrivent et non pas ceux qui y sont nés, je ne sais si cette personne parlait de Michael Collins, mais ce genre de remarque pourrait s'appliquer à cet auteur. Comme dans ses autres romans, il nous dresse l'envers du décor de « l' American Way of Life ».
Ce livre est un foisonnement d'idées et d'histoires qui petit à petit s'imbriquent les unes dans les autres. L'auteur y dénonce le système universitaire américain, le monde de l'édition et ses mystères. Il est très difficile de parler de ce livre sans être sûr d'avoir oublié une partie de l'histoire. Quelques phrases de Nietzsche viennent mettre un peu de culture dans un monde de brutes. Une oeuvre foisonnante par la richesse de son écriture et la qualité de l'intrigue.
Extraits:
- En réalité l'université était le « vénérable berceau de la médiocrité » un amortissement universitaire accrédité, vendu à des prix exorbitants aux rejetons paresseux et peu doués de parents riches et désespérés.
- Être frappé de maladie mentale était la plus haute marque d'approbation de cette prétendue littérature.
- Le problème fondamental avec mon oeuvre c'était qu'elle ne faisait ni rire ni pleurer personne.
- Des gestes de gentillesse et de miséricorde avaient scellé la réputation d'Adi.
- C'est à nouveau sa paranoïa croissante qui créa sa dépendance.
- Telle était l'essence de cette université, de l'enseignement moderne-une marque commerciale et un mode de vie.
- Cela ressemblait à la vie d'autrefois.
- Avec l'inflation des titres, tout étudiant passable obtenait une mention très bien.
- Dès le début, les policiers avaient pris partie contre les victimes.
- « Aidez-moi à mourir ».
- Je crois qu'elle a appris quelque chose. Les femmes ont besoin de souffrir au moins une fois.
- Il n'était pas allé au Vietnam, uniquement parce que l'on n'avait pas tiré son numéro.
- ...mais qui a jamais pensé de manière rationnelle dans une histoire d'amour?
- Toute sa vie il avait lutté pour les perdants.
Éditions : Christian Bourgeois Éditeurs.
Titre original: Death of a Writer.
Autre chronique de l'auteur: ici.